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 1er août 1996, l’assassinat de Mgr Claverie, évêque d’Oran

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Espérance
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MessageSujet: 1er août 1996, l’assassinat de Mgr Claverie, évêque d’Oran   Lun 01 Aoû 2016, 14:13

1er août 1996, l’assassinat de Mgr Claverie, évêque d’Oran

http://www.la-croix.com/Religion/Monde/1er-aout-1996-l-assassinat-de-Mgr-Claverie-eveque-d-Oran-2016-08-01-1200779416

Au soir du voyage en Algérie du ministre français des affaires étrangères, Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, est assassiné devant son évêché.


Mgr Pierre Claverie, évêque d'Oran (Algérie) depuis octobre 1981 est assassiné le 1er août 1996.

Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran depuis octobre 1981, est assassiné jeudi 1er août 1996 dans l’explosion d’une bombe déposée devant son évêché, qui a détruit son véhicule et tué également son chauffeur.

L’attentat intervient quelques heures après la visite en Algérie du ministre français des affaires étrangères, Hervé de Charette, qui s’était rendu sur les tombes des sept moines français de Tibhirine.

Trois jours plus tôt, sur la radio RCF, l’évêque d’Oran avait exprimé sa crainte d’« une recherche d’attentat spectaculaire pour pallier les effets positifs de cette visite ». Mais face à la terreur, il expliquait : « Si nous restons en Algérie, c’est pour donner notre vie pour sauver l’avenir, plutôt que de quitter ce pays pour sauver notre vie ».

Comme le souligne Bruno Chenu dans un éditorial paru dans la Croix le 3 août 1996, « en toute lucidité, il courait le risque de la foi, comme un bon disciple de Jésus (…) Il savait que son assassinat serait un gros coup médiatique. Mais il préférait qu’on le vise lui, plutôt que les humbles religieux et religieuses d’Algérie ».

Le message que Mgr Claverie répétait sans cesse, son rejet de la violence et de l’injustice, son appel au dialogue, irritait les extrémistes de quelque bord qu’ils soient. Lors de la table ronde du Forum des communautés chrétiennes pour la Pentecôte 1994 à Angers, l’évêque d’Oran lançait un appel à la mise en œuvre d’un dialogue entre tous les étrangers que les hommes sont les uns pour les autres. Au lendemain de sa mort, la Croix faisait le choix de republier ce texte.

Mgr Claverie avait 58 ans. Il était la dix-neuvième victime de l’Église d’Algérie. Sept personnes seront condamnées à mort le 23 mars 1998 pour implication dans cet attentat. L’Église d’Algérie demandera que cette peine soit commuée en détention.

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MessageSujet: Re: 1er août 1996, l’assassinat de Mgr Claverie, évêque d’Oran   Lun 01 Aoû 2016, 14:13

La foi, rien que la foi

(La Croix du 3 août 1996)

L’éditorial de Bruno Chenu

Au beau milieu de la nuit olympique, il est donc une autre course qui s’est interrompue brutalement, celle de Mgr Claverie, évêque d’Oran. Cette course qui ne prend sens que dans la parole de l’apôtre Paul : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi. » Car que dire de cette vie, de cette mort, sinon qu’elles ne s’expliquent que par la foi en un certain Jésus, crucifié pour réconcilier l’humanité déchirée.

Ces dernières années, Mgr Claverie avait eu de multiples occasions de s’expliquer sur la mort qui le menaçait. Il avouait récemment : « Chaque moment a le goût d’une victoire sur la mort et un certain poids d’éternité ». Il savait que son assassinat serait un gros coup médiatique. Mais il préférait qu’on le vise lui, plutôt que les humbles religieux et religieuses d’Algérie.

En toute lucidité, il courait le risque de la foi, comme un bon disciple de Jésus. « Quoi de plus fou que d’aller au-devant de la mort sans autre équipement qu’un amour désarmé et désarmant qui meurt en pardonnant ? ».

Mais la foi ne commence que là où l’on est prêt à donner sa vie. C’est par la dépossession, le dépassement de soi, l’ouverture à l’autre, la confiance, que l’on entre dans le chemin de la foi. Si les chrétiens pensent trouver la paix, la justice, la liberté, la vérité sans risquer leur vie pour les faire advenir ou les défendre, ils ont une foi « rêvée » mais pas réellement profonde. « On ne sauve sa vie qu’en la perdant ou en la donnant. »

Le drame de l’Algérie est que ceux qui choisissent la vie, disent la vérité, cherchent la justice, signent par là même leur propre mort. La liste est déjà longue de ceux qui n’ont plus que leur mort pour nous exprimer le sens de la vie.

Non, la parole du Frère prêcheur qu’était Pierre Claverie, cette parole tellement libre parce que tellement vraie, n’a pas achevé sa course. Elle demeurera encore longtemps semence de vie pour ses auditeurs : « Apprendre à donner et à se donner, autrement dit aimer, c’est tromper la mort qui n’aura rien à nous prendre car l’amour aura tout donné. » Les assassins n’ont rien pris à l’évêque d’Oran : il avait tout donné.

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MessageSujet: Re: 1er août 1996, l’assassinat de Mgr Claverie, évêque d’Oran   Lun 01 Aoû 2016, 14:14

Pierre Claverie croyait en l’Algérie

(La Croix du 3 août 1996)

Par Frédéric Mounier et Michel Kubler

Né en Algérie, Pierre Claverie, dominicain devenu évêque d’Oran en 1981, a voué son existence au dialogue interreligieux. Lors de son dernier séjour en France, il avait dit adieu à ses frères dominicains.

Ce jour-là, il avait insisté : « Comme évêque d’une Église en Algérie, je reste. Nos sangs sont mêlés dans la violence. Jésus s’est posé sur ces lignes de fracture de l’humanité. Il est mort là. C’est le sens de la croix. »

Mgr Pierre Claverie nous confiait sa réaction à l’annonce de l’assassinat des sept moines de l’Atlas, dont il était des plus proches. Songeait-il, ce dominicain de 58 ans, qu’à la suite du Christ – et de dix-huit autres de ses disciples en Algérie – il serait appelé à verser lui-même son sang ?

Comment comprendre autrement, pourtant, le sens de toute une vie ? À Bruno Frappat, l’interrogeant sur son message en ces heures tragiques pour l’Algérie, l’évêque d’Oran avait répondu par « l’urgence du dialogue entre les religions ».

Une existence vouée à l’échange

Membre du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, ce pied-noir de la quatrième génération, né le 8 mai 1938 dans le quartier populaire de Bab el-Oued, à Alger, aura voué toute son existence à cet échange.

Dès son enfance, il a goûté le contact avec les musulmans. Parti pour ses études en métropole (au Saulchoir), puis à l’Institut dominicain du Caire, il reviendra en terre algérienne après son ordination en 1965. Il va enseigner l’arabe classique, non seulement à des Français, mais aussi à des Arabes. C’est l’heure de l’indépendance, l’heure des espérances et, pour le P. Claverie, de la confiance.

D’abord responsable du Centre diocésain d’Alger dit « des Glycines » pour l’étude et la formation linguistique, il succède à Mgr Teissier comme évêque d’Oran en mai 1981. Désormais rivé à l’Algérie, il en demande aussitôt la nationalité, que, quinze ans plus tard, il n’aura toujours pas obtenue. Son diocèse : 500 baptisés de souche, 1 500 travailleurs immigrés, une vingtaine de prêtres et une cinquantaine de religieuses à Oran, Tlemcen, Sidi Bel Abbès, Mostaganem…

Mgr Claverie s’identifiera totalement à cette Église pauvre, mais enracinée dans sa foi comme au sein du peuple algérien. Connu bien au-delà de la communauté chrétienne et des limites de son diocèse, il avait contribué à la création de la première Ligue algérienne des droits de l’homme et n’hésitait pas à prendre position sur des problèmes de société, notamment de justice et de droits de la femme.

Sur le terrain politique, il n’avait pas ménagé ses critiques à l’égard de l’accord dit de Sant’Egidio, conclu à Rome en janvier 1995 entre les partis de l’opposition et le FIS. Lorsque l’hydre islamiste vint le menacer, il refuse de céder à la violence. « Partir, disait-il, ce serait donner raison à ceux qui veulent séparer les communautés. »

Ses nombreuses prises de position et interventions publiques en ont irrité plus d’un, dans et hors l’Église, en Algérie comme de par le monde qu’il sillonnait autant que possible pour entretenir l’espoir. L’espoir du dialogue, au nom de la foi. Il y a quelques mois, il avait rassemblé dans un recueil, Lettres et messages d’Algérie (Karthala, 222 p., 120 F), des textes écrits d’octobre 1988 à novembre 1995 : l’évêque d’Oran y dénonçait autant la violence que les difficiles conditions de vie de la population. Et il y exprimait le fondement spirituel de sa présence en terre algérienne.

C’est pour parler de cet ouvrage qu’il avait effectué son dernier séjour à Paris en mai 1996. Pierre Claverie savait. Ses frères dominicains du couvent des Tanneries savaient : ils se voyaient, sans doute, pour la dernière fois. Avec ses frères Vincent Cosmao, René Luneau, et bien d’autres fils de Saint-Dominique, ils s’embrassaient. Chacun sentait que ces étreintes pourraient bien avoir un goût d’éternité.

L’évêque d’Oran avait couru les médias, martelant avec calme le même message : « Si nous restons en Algérie, c’est pour donner notre vie pour sauver l’avenir, plutôt que de quitter ce pays pour sauver notre vie. » Au cours du dîner, il avait raconté ce qu’il savait du drame des moines de Tibhirine, s’extasiant avec tendresse sur le vieux F. Amédée, l’un des deux rescapés. Mais il racontait aussi comment les terroristes avaient assassiné six jeunes islamistes de son diocèse, rentrés chez eux lassés de tant de violence.

Tout cela, Pierre Claverie le racontait. En Algérie, certains pensaient qu’il parlait trop. Mais c’était son Algérie, qu’il savait raconter aussi par la vraie joie de vivre à Oran, l’été. Il se tournait alors vers ses frères : « Cet été aussi, vous verrez, il fera bon vivre chez nous. » Il était convaincu que le drame de Tibhirine avait marqué un seuil infranchissable dans l’escalade de la terreur, et provoquerait « dans tout le pays un électrochoc, le rejet global d’une violence aussi inouïe ».

S’il avait confiance dans l’escorte policière que lui imposaient les autorités algériennes, il savait aussi s’en passer pour sillonner son diocèse. Il se voulait seulement un Algérien parmi d’autres, un Algérien pour les autres. Comme des milliers d’autres, il vient d’en payer le prix du sang.

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MessageSujet: Re: 1er août 1996, l’assassinat de Mgr Claverie, évêque d’Oran   Lun 01 Aoû 2016, 14:15

« Le maître mot de ma foi est le dialogue »

(La Croix du 3 août 1996)

Témoignage de Mgr Claverie lors de la table ronde du Forum des communautés chrétiennes pour la Pentecôte 1994 à Angers. Un appel à la mise en œuvre d’un dialogue entre tous les étrangers que les hommes sont les uns pour les autres.

DOCUMENT

Je viens d’un pays où nous avons rêvé qu’après des siècles de conflits et 130 ans de colonisation, une réconciliation serait possible. Forts d’une expérience malheureuse, nous étions fermement décidés à ne pas retomber dans les erreurs passées et à mettre en œuvre un véritable dialogue pour mieux se connaître, se comprendre et prendre en charge ensemble les défis communs que nous lançaient les évolutions de nos sociétés. Nous avons tenté sincèrement cette démarche, convaincus de la nécessité et de l’urgence pour notre temps de réviser nos ambitions dominatrices et d’abandonner les exclusives pour éviter le malheur des fractures et des guerres menées au nom de la religion ou sous sa bannière.

Avec le temps, nous avions rencontré chez de nombreux musulmans la même volonté, et, dans tout le Maghreb, des cellules de dialogue s’étaient formées. Nous y étions peu nombreux car la présence chrétienne dans ces pays est symbolique : elle pèse de peu de poids et ne représente pas vraiment un danger pour la majorité musulmane. Quelques centaines de prêtres, religieuses et laïcs, coopérants et résidents étaient ainsi décidés à bâtir de nouvelles relations pour un avenir différent.

Les évolutions propres à l’Algérie font maintenant peser sur ce projet une lourde hypothèque. Des groupes armés qui se réclament de l’islam et se proclament combattants (moudjahidine) d’une révolution culturelle, politique et économique radicale, nous ont pris pour cible. Ils entendent purifier la terre algérienne de toute présence jugée impure, des juifs, des chrétiens et des mécréants selon leurs propres termes. Ils invoquent l’histoire pour justifier ce projet de purification en nous accusant d’être des croisés d’une nouvelle guerre menée par l’Occident contre l’islam, d’être les agents d’un néocolonialisme culturel porteur de perversions auxquelles ils opposent l’héritage arabo-musulman que sont la charia et ses prescriptions, selon leur interprétation. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seules victimes de cette opération : des musulmans qui ont une autre interprétation de ce même héritage tombent aussi sous leurs coups.

Nous percevons mieux, dans ces états extrêmes, les enjeux de tels combats, et nous sommes brutalement renvoyés à nos raisons de vivre et de croire. Savoir que l’on est exposé à la mort ne permet plus de se payer de mots ou de bonnes intentions. Et, d’abord, cela nous interroge sur ce que nous sommes réellement pour les autres.

Nous croyons sincèrement que nous sommes animés par un désir de réconciliation universelle et de paix, nous pensons que la bonne volonté devrait suffire et qu’ainsi nous répondons à la volonté de Dieu qui, pour nous, est amour, réconciliation et paix. Nous oublions que nous appartenons à un monde qui, tout en se réclamant de l’héritage judéo-chrétien, n’a cessé de manifester, depuis des siècles, une volonté de domination universelle et qui a commis parfois, au nom même de la religion, des crimes analogues à ceux qui ensanglantent aujourd’hui la terre musulmane. Les vieux démons sont toujours prêts à resurgir de leurs tombes et, en tout cas, ils demeurent présents dans la mémoire de leurs victimes.

Je me rappelle alors que Jésus n’est pas seulement le prophète de l’amour divin mais qu’il a donné sa vie pour le manifester. Et il l’a fait en plaçant sa vie et son œuvre sur les lignes de fracture de l’humanité blessée : fracture dans l’homme désorienté parce qu’il a perdu le sens de sa vie, fractures entre les humains qui s’excluent les uns les autres ou s’exploitent et s’écrasent, fractures entre les croyants, juifs ou païens, qui se mettent à la place de Dieu et se jugent mutuellement en se condamnant à l’enfer. Il a ouvert les bras pour étendre entre les ennemis le pont de la réconciliation. Le signe de la croix, qui paraît tellement blasphématoire à tant de croyants, est pour nous le trait d’union entre Dieu et l’humanité et entre les humains. Cette croix porte un homme écartelé qui donne sa vie plutôt que de l’arracher aux autres pour réaliser le projet de Dieu.

Jésus place mon Église sur ces mêmes lignes de fracture, sans armes et sans aucune volonté ni aucun moyen de puissance. Depuis l’indépendance de l’Algérie, nous avons vécu un appauvrissement continu de tout ce qui faisait notre poids et notre surface sociale (écoles, hôpitaux, institutions diverses) et nous nous sommes trouvés à la merci de ceux que nous voulions continuer à servir, avec des moyens dérisoires face à leurs immenses besoins. Mais ces moyens étaient pour nous des lieux de rencontre, des plates-formes pour mieux se connaître et se comprendre, avec nos différences et le lourd héritage de nos conflits passés et actuels.

Quoi de plus nécessaire et de plus urgent aujourd’hui que de créer ces lieux humains où l’on apprend à se regarder, à s’accueillir, à collaborer, à mettre en commun les héritages culturels qui font la grandeur de chacun. Il me semble que le pluralisme est un défi majeur de ce temps. Notre table ronde en est l’image. Nous sommes proches les uns des autres, nous vivons les uns chez les autres : allons-nous perpétuer nos querelles et nos guerres ? Allons-nous reprendre nos conquêtes et relancer nos anathèmes en laissant libre cours à notre volonté de puissance et de domination ?

Chacun porte, il est vrai, un message, une vérité, une conviction qu’il cherche à faire partager. Chacun est pétri par une culture qui le constitue dans son humanité particulière, et c’est à travers elle qu’il entre en communication avec les autres. Nous sommes bien des étrangers les uns pour les autres. Il serait illusoire de penser que nous pourrions atteindre immédiatement l’humanité commune dépouillée de ses marques historiques, charnelles, concrètes.

Et, cependant, nous pressentons bien que ces marques ne doivent pas nous enfermer dans nos particularismes : les aventures coloniales et missionnaires du siècle dernier nous ont appris qu’il y avait une véritable perversion à croire que chacun réalise l’universel et qu’il a donc le droit (divin) de s’imposer à tous comme la perfection absolue. S’agissant de Dieu, nous savons pourtant bien qu’il est infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons en concevoir et que nous n’avons jamais fini de le découvrir. S’agissant de l’homme, nous savons un peu mieux maintenant que le miroir brisé de nos identités doit être reconstitué pour refléter l’homme parfait dont nous parle, entre autres, Ibn Arabi.

Dès lors, l’étranger (l’autre) revêt une importance vitale pour chacun. Je sais bien qu’il y a des équilibres à respecter et des conditions objectives à créer dans les domaines économique et social pour que la relation aux autres soit positive et n’entraîne pas l’agressivité et le rejet.

Comme minoritaire dans un monde différent de mes origines, comme émigré, je mesure la difficulté d’être accepté, respecté, accueilli (et encore le suis-je d’une manière extraordinaire en Algérie). Surtout aujourd’hui où l’on croit mieux assurer son identité en se repliant sur l’espace national ou religieux… Mais, précisément, à cause de cela, la violence se généralise.

Sans idéalisme et avec persévérance, notre foi en un Dieu qui est entré dans l’humanité nous pousse à y créer les conditions de la rencontre et de la fraternité universelles non pas au-delà de nos différences mais avec elles. Jésus me révèle l’infinie valeur de chaque être humain, précieux aux yeux de Dieu. Il me donne de reconnaître dans l’autre l’appel à sortir de mes limites et de mon arrogance dominatrice pour découvrir en lui ce qui me manque encore pour être pleinement, authentiquement, généreusement humain.

Le maître mot de ma foi aujourd’hui est donc le dialogue. Non par tactique ou opportunisme, mais parce que le dialogue est constitutif de la relation de Dieu aux hommes et des hommes entre eux. Avec Jésus, je réapprends que Dieu même, pour se faire connaître et manifester sa volonté, a emprunté à l’humanité ses mots et jusqu’à sa chair.

Je pressens également que la relation de Dieu à l’humanité révèle quelque chose de son être même qui, pour moi, est communion de relations dans l’Esprit d’amour. Je constate enfin que toute l’histoire sainte se déroule sous le signe de la communication rompue et retrouvée dans un dialogue dont Dieu prend l’initiative. La fécondité de cette histoire lui vient de cet échange d’amour dialogal qui s’inscrit contre la rupture diabolique de l’origine.

Et c’est pourquoi j’en veux aux religions, et même souvent à mon Église, de pratiquer plus volontiers un monologue agressif et de cultiver leurs particularismes, et je souffre de voir quel lamentable témoignage donnent les croyances dans leur prétention à soumettre et à régir l’humanité en l’asservissant à leurs lois.

Que l’autre, que tous les autres soient la passion et la blessure par lesquelles Dieu pourra faire irruption dans les forteresses de notre suffisance pour y faire naître une humanité nouvelle et fraternelle. Il y va de l’avenir de la foi dans notre monde.

Extrait de Lettres et messages d’Algérie, de Pierre Claverie, Karthala, 1996, p. 21-25.

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