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 Comprendre la révolution: Le petit peuple et le grand peuple (Augustin Cochin et Igor Chafarévitch)

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Pignon



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MessageSujet: Comprendre la révolution: Le petit peuple et le grand peuple (Augustin Cochin et Igor Chafarévitch)    Révolution - Comprendre la révolution: Le petit peuple et le grand peuple (Augustin Cochin et Igor Chafarévitch)  EmptyJeu 23 Juil - 15:39

Révolution - Comprendre la révolution: Le petit peuple et le grand peuple (Augustin Cochin et Igor Chafarévitch)  Igor_Shafarevich

S'appuyant sur les travaux d'Augustin Cochin, Igor Chafarévitch analyse dans son lumineux ouvrage "Russophobie" la captation du pouvoir, dans les Etats et les systèmes politiques issus de la Révolution française, par un "petit peuple" tyrannique aux intérêts indépendants du "grand peuple" (majorité) qu'il est censé représenter.



"Les vues examinées dans les deux précédents chapitres se fondent en un système unique. Qui plus est, leur fondement est constitué par tout une philosophie de l'Histoire - une vision particulière du caractère du processus historique. Il s'agit en l'occurence de savoir si l'Histoire est un processus organique, comparable à celui de la croissance d'un organisme vivant qu'on appelle l'évolution biologique, ou si elle est consciemment construite par les hommes comme une sorte de mécanisme. En d'autres termes, la question est de savoir si une société est un organisme ou bien un mécanisme, si elle est morte ou vivante (1).

Selon le premier point de vue, c'est à la faveur d'une [lente] évolution que la société humaine se seraient constituées des "normes de comportement" (au sens large: des normes technologiques, sociales, culturelles, morales et religieuses). Ces "normes de comportement" ne sont, en règle générale, l'invention consciente de personne, elles sont apparues à la suite d'un processus très complexe dont chaque nouvelle étape se fonde sur toute l'histoire antérieure. L'avenir est le fruit du passé, de l'Histoire, et non de supputations. Pas plus qu'un nouvel organe chez un animal n'apparaît parce que celui-ci a préablement acquis la conviction de son utilité, aucune institution sociale nouvelle n'est créée consciemment, et dans un but précis.

Le second point de vue consiste à affirmer qu'une société est construite par les hommes d'une façon logique, d'après des critères d'utilité et sur la base de de résolutions prises à l'avance. Là, on est autorisé et bien souvent forcé d'ignorer les traditions historiques, le caractère des peuples, les systèmes de valeurs élaborés au cours des siècles (une parole de Voltaire semble typique à cet égard: "vous voulez avoir de bonnes lois? Brûlez les vôtres et faites-en de nouvelles")(2). En revanche, un rôle décisif est joué par ceux qui détiennent les connaissances et le savoir-faire requis. Ce sont les véritables créateurs de l'Histoire. C'est à eux qu'appartient la rude tâche d'élaborer des plans pour l'avenir afin d'y plier ensuite l'insaisissable élan de la vie. le peuple n'est plus qu'un matériau entre leurs mains. Tels des charpentiers travaillant le bois ou des ingénieurs coulant le béton armé, ils érigent avec ce matériau [vivant] une construction nouvelle dont le schéma a été préalablement élaboré. Il va de soi qu'une telle vision des choses creuse un véritable gouffre entre le "matériau" et les "créateurs". Ces derniers ne peuvent considérer le "matériau" comme leur semblable (cela entraverait leur travail): en revanche, ils sont tout à fait enclins à éprouver à son égard de l'antipathie, voire de l'irritation si ce "matériau" refuse de remplir son rôle. Le choix de l'une ou de l'autre de ces conceptions détermine deux morphologies différentes. Celui qui adopte le premier point de vue se considère comme une sorte d'auxiliaire et de collaborateur des puissances qui surpassent de loin ses limitations individuelles. Celui qui se sent attiré par la seconde conception peut être enclin à se prendre pour un créateur indépendant de l'Histoire, un démiurge, un petit dieu et, en fin de compte, un violeur car c'est en suivant une telle voie qu'on aboutit à une société privée de liberté, quelles que soient les vélléités démocratiques d'une telle idéologie.



 (...) Ce phénomène social pourrait sans doute devenir plus intelligible pour nous si nous le remplaçons dans un cadre historique plus vaste. Nous connaissons, en effet, au moins une situation historique où un phénomène semblable a été minutieusement et très clairement décrit - il s'agit de la Grande révolution Française. Parmi les chercheurs qui se sont penchés sur cette période, l'un des plus intéressants, tant par l'originalité de ses idées que par son extraordinaire érudition, est sans conteste l'historien français Augustin Cochin. Dans ses travaux (3), il a accordé une attention toute particulière à une certaine couche sociale et intellectuelle qu'il a appelée le "Petit Peuple". D'après Cochin, un cercle restreint de personnes formées au sein de sociétés de pensée, d'académies, de loges maçonniques, de clubs et de cellules a joué un rôle décisif dans le déroulement du processus révolutionnaire en France. Ces cercles n'avaient d'autre environnement intellectuel et spirituel que le leur: ce fut un "Petit Peuple" au milieu du "Grand Peuple", voire même une sorte d'"anti-peuple", puisque sa vision du monde était diamétralement contraire à celle du "Grand Peuple". On y forgeait un type d'homme entièrement nouveau, enclin au renversement [des valeurs]: tout ce qui constituait les racines, l'"échine spirituelle" de sa nation devait lui sembler profondément étranger: ainsi, il ne devait faire aucun cas de la foi catholique, du code de l'honneur, de la fidélité au souverain, de sa fierté historique, de l'attachement aux usages et aux privilèges de sa province natale non plus que de son état ou de sa guilde. Les "sociétés" autour desquelles se groupait le "Petit Peuple" se chargeaient de créer à l'intention de leurs membres une sorte d'univers clos à l'intérieur duquel se déroulait leur existence toute artificielle. Par exemple, si dans le monde ordinaire, c'est l'expérience qui constituait le critère ultime en matière de jugement (l'expérience historique), dans leur monde clos, c'était l'opinion générale. N'était réel que ce que les autres membres de la "société" tenaient pour tel, et de même pour ce qu'ils disaient et approuvaient. L'ordre naturel des choses se trouvait ainsi renversé: la doctrine n'était plus une conséquence [de l'expérience], mais sa cause. Le mode de recrutement des ces "sociétés" obéissait à la maxime : "se libérer du poids mort", c'est-à-dire des gens soumis aux lois du "monde ancien", i.e. des gens d'honneur, de parole et de foi. C'est pour cette raison que toutes ces "sociétés" connaissaient des épurations périodiques (qui correspondent aux "purges "de notre époque). Ceci dans le but de forger un "Petit Peuple" de plus en plus pur, pour marcher vers la "liberté", c'est-à-dire une libération de plus en plus grande par rapport aux modes de penser du "Grand Peuple" qui n'étaient en l'occurence que des préjugés tels que le sentiment religieux ou monarchique, saisissables seulement en vertu d'un contact spirituel [avec les réalités que ces mots recouvrent]. Ce processus purificateur se trouve illustré chez Cochin d'un bel exemple, celui du "bon sauvage", très répandu dans la littérature de l'époque des "Lumières" avec le Prince persan de Montesquieu ou le Gourou de Voltaire, etc. Il s'agit le plus souvent d'un individu possédant tous les accessoires matériels ainsi que toutes les connaissances théoriques offertes par la civilisation, mais totalement privé de la compréhension de l'esprit qui anime tout cela, et c'est pourquoi tout le choque, tout lui paraîtstupide et illogique. D'après Cochin, ce personnage n'a rien d'une fiction, il fait partie de la vie: cependant il n'habite pas les forêts de l'Ohaïo, on le trouve tout simplement au sein des académies philosophiques et des loges maçonniques, il est l'image de l'homme [nouveau] qu'elles voulaient créer, être paradoxal pour qui son environnement naturel équivaut au vide, tout comme ce même milieu représente pour d'autres le monde réel. Il voit tout mais ne comprend rien, et c'est justement la profondeur de cette incompréhension qui fait toute la valeur du personnage. Après avoir entièrement parcouru le cursus éducatif offert à lui, c'est une existence pleine de merveilles qui attend le jeune représentant du "Petit Peuple": toutes les difficultés de la vie réelle disparaissent pour lui, tout lui semble alors simpleet clair, comme s'il était définitivement libéré des chaînes de la vie. Mais il y a l'envers de la médaille: l'apprenti-sorcierne sait guère vivre en dehors de son milieu d'adoption, dans l'univers du "Grand Peuple" il suffoque tel un poisson hors de l'eau. Ainsi, le "Grand Peuple" devient une menace pour l'existence du "Petit Peuple": c'est le début d'une lutte: les Lilliputiens tentent d'enchaîner Gulliver. D'après Cochin, cette lutte traversa les années qui précédèrent la révolution ainsi que la période révolutionnaire elle-même. 1789-1794, c'était le quinquennat du pouvoir du "Petit Peuple" sur le "Grand Peuple". Celui-ci ne reconnaissait de peuple que lui-même et ce sont ses propres droits qu'il a formulés dans les fameuses "Déclarations". Ce fait explique cet apparent paradoxe, lorsque le "peuple vainqueur" se retrouva en minorité et les "ennemis du peuple" en majorité (cette affirmation revenait sans cesse dans la bouche des révolutionnaires).
Nous sommes là confrontés à une vsion du monde étonnamment proche de celle qui fait l'objet de notre analyse dans le présent travail. Elle consiste entre autres à ne considérer son histoire nationale que sous l'angle de l'échec, à la tenir tout entière pour une scène de boucherie: voyez toutes ces Henriade et Pucelle d'Orléans... Il s'agit de rompre tout lien avec la tradition historique et cela par n'importe quel moyen: changements de noms des villes, du calendrier, etc. L'idée prévaut que tout ce qui est raisonnable doit être emprunté à l'extérieur, en l'occurence à l'Angleterre: cette conviction inspire, entre autres, les Lettres Philosophiques de Voltaire (qu'on appelle parfois Lettres anglaises). On estime en particulier devoir emprunter à un système politique étranger - le parlementarisme anglais.Nous sommes d'avis que cette façon de voir les choses ne s'applique pas seulement à la Révolution Française mais il est susceptible d'éclairer un ensemble de faits historiques beaucoup plus large. Chaque période de crise dans la vie d'un peuple voit apparaître un "Petit Peuple" porteur d'une idéologie diamétralement opposée à celle de la majorité. Tous les éléments organiques de la structure sociale, les racines spirituelles de la nation, sa tradition politique, ses principes moraux, son mode de vie original, tout cela est rejeté en bloc et traité comme un ramassis d'âneries, de préjugés grotesques et malpropres destinés à être élagués sans compromis.

N'ayant plus de liens sprirituels avec son peuple d'origine, cette petite "élite" considère celui-ci comme un matériau: le travail  sur ce matériau n'est plus qu'une question d'ordre TECHNIQUE sans rapport avec la moindre norme morale, dénuée de toute sympathie (le verbe grec sunpathéo signifie littéralement "souffrir avec" NdT), de toute pitié. Cochin fait observer que cette vision du monde trouve son expression dans le symbole fondamental du mouvement maçonnique (qui a joué un rôle important dans la préparation de la Révolution Française): la construction du Temple, où les individus ne sont que les pierres que l'on assemble mécaniquement en suivant le plan des "architectes". (chapitre IV: Le petit peuple)



Igor Chafarévitch


de l'Académie des Sciences de Russie
de l'Académie des Sciences et des Arts des USA
de l'Académie Nationale Américaine des Sciences
de l'Académie Léopoldine d'Allemagne
de l'Académie Nationale italienne des Lynx
de la British Royal Society of London
Ancien rapporteur au Comité des Droits de l'Homme en URSS
Lauréat du Prix Lénine
Lauréat du Prix Heinemann





La Russophobie. Traduit du russe par Alexandre Volsky et publié sous la direction de Christian Jansen. Editions Chapitre Douze SER (1993)


(1) C'est à Platon qu'appartient la comparaison du législateur avec un maître d'oeuvre. Il élabore le plan d'un Etat idéal dans la République et les lois. De son côté, Aristote considère l'Etat comme le résultat d'une évolution naturelle comparable à celle de la famille (Cf.: Politique 1252a). Dans Culture de la Renaissance en Italie, J. Burckardt affirme qu'il était courant de penser, à l'époque de la Renaissance, que l'Etat représentait une construction artificielle. La théorie du "contrat social" de Hobbes et de Rousseau est une belle illustration du point de vue "constructiviste". En revanche, le point de vue qui considère un Etat comme une sorte d'"organisme" vivant a conduit certains à imaginer une "physiologie sociale", une "anatomie sociale", voire d'appliquer la théorie de Darwin aux phénomènes sociaux: cf l'ouvrage de Karl Menger: Untersuchungen über die Sozialwissenschaften und der politischen Ökonomie.. Leipzig, 1883. De nos jours, le point de vue "organiciste" est développé dans l'oeuvre de Hayek. De manière générale, ce sont les historiens qui soutiennent la théorie "organique", tandis que celles des "mécanismes sociaux" appartiennent en propre aux sociologues et aux politiciens (par exemple l'expression d'"ingénierie sociale").
(2) Phrase retraduite du russe, l'auteur n'ayant fourni aucune indication quant à sa source. (NdT).

(3) Les sociétés de pensée et la démocratie, Paris 1921.


https://strategika.fr/2020/07/19/augustin-cochin-et-le-piratage-mental-des-francais-depuis-1789/

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Le Chevalier Drach: « Il ne faut pas s'étonner si l'étude de cette science a amené un grand nombre de juifs à embrasser le christianisme. En effet, à moins de faire violence au texte des précieux morceaux qui nous restent de la Kabbale ancienne, il faut convenir que le dogme chrétien y est professé aussi nettement que dans les livres des Pères de l'Église. Les rabbins s'en sont si bien aperçus qu'ils ont pris des mesures pour éloigner les juifs de la lecture de la Kabbale parce qu'elle pourrait, disaient-ils, ébranler la foi de ceux qui n'y sont pas assez solidement affermis. »
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boulo



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MessageSujet: Re: Comprendre la révolution: Le petit peuple et le grand peuple (Augustin Cochin et Igor Chafarévitch)    Révolution - Comprendre la révolution: Le petit peuple et le grand peuple (Augustin Cochin et Igor Chafarévitch)  EmptyVen 24 Juil - 0:45

Merci , Pignon . [ Il y a deux ou trois fautes d'orthographe à corriger ... ] .

Les marxistes se sont aussi considérés comme des " ingénieurs sociaux " . Un collègue communiste pro-soviétique me martelait toujours : " il faut faire le bonheur du peuple malgré lui " .

Mais les faits sont plus têtus encore que ces ingénieurs . Et un accident peut mettre tous leurs " beaux " édifices par terre , que ce soit Tchernobyl ou un virus .

Le slogan de Marx et Engels " Prolétaires de tous les pays , unissez-vous " avait été transformé humoristiquement par des victimes des camps du goulag en " Les prolétaires de tous les pays sont ici réunis ... " 

[ rapporté dans le livre autobiographique d'un assomptionniste français victime : " Onze ans au paradis " ( de Jean Nicolas , Fayard ou Poche )

Extrait : " Ces dirigeants pour qui la " Vérité " n'est que l'opportunité du moment , qui ne vivent et se maintiennent que par le mensonge et la tromperie , qui ont exigé le sacrifice de plusieurs milliers d'hommes , comment pourraient-ils réaliser la vraie justice sociale ? Pourrait-elle être le fruit de tant de crimes , de mensonges et de trahisons ? "  ] .
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Pignon



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MessageSujet: Re: Comprendre la révolution: Le petit peuple et le grand peuple (Augustin Cochin et Igor Chafarévitch)    Révolution - Comprendre la révolution: Le petit peuple et le grand peuple (Augustin Cochin et Igor Chafarévitch)  EmptyVen 24 Juil - 5:02

Ce processus révolutionnaire est toujours en cours.
Le but étant la République Universelle.
https://www.laprocure.com/republique-universelle-francs-macons-lumieres-revolutions-pierre-yves-beaurepaire/9791024202587.html

Sur ma chaîne YT:
(Beaurepaire)



(Le grand Maître en bonus)

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MessageSujet: Re: Comprendre la révolution: Le petit peuple et le grand peuple (Augustin Cochin et Igor Chafarévitch)    Révolution - Comprendre la révolution: Le petit peuple et le grand peuple (Augustin Cochin et Igor Chafarévitch)  EmptyVen 24 Juil - 5:46

Voici le projet ...
Bonne lecture, camarades catholiques.
Source maçonnique de première main:

CRÉATION AU GODF DE LA LOGE D’ETUDES ET DE RECHERCHE « RÉPUBLIQUE UNIVERSELLE »

C’est lors de sa réunion du 1er décembre que le Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France a accepté la création d’une nouvelle loge d’études et de recherche, sous le nom de « République Universelle ».

Souchée sur la Région Paris III, la loge « République Universelle » sera composée de 39 Maîtres fondateurs provenant de nombreux Orients différents. Elle se présente comme ayant vocation à réunir des Frères et Soeurs du GODF soucieux de réfléchir sur la dimension universaliste du projet maçonnique.

J’ai posé quelques questions à Philippe Foussier, ancien Grand-Maître du GODF (2017-2018), et l’un des initiateurs de la loge.

Philippe, qu’est-ce qui a motivé la création de cette loge de recherche ?

Philippe Foussier : Cette formidable utopie maçonnique qu’est la République universelle, que le Chevalier de Ramsay a si bien décrite à la fin des années 1730, continue à nous inspirer. C’est pour revivifier cette ambition que cette Loge d’études et de recherche a été créée. Dès la naissance de la franc-maçonnerie en France, la loge maçonnique apparaît comme une préfiguration en miniature de ce que pourrait être cette République universelle.
Bien sûr, elle est imparfaite, elle discrimine des catégories importantes de la population, et au premier chef les femmes, mais dans cette société d’ordres qui caractérise la monarchie absolue de droit divin, elle réunit des hommes de conditions diverses autour d’un projet commun. Elle abolit temporairement les catégories du monde profane pour ne reconnaître que les vertus individuelles et les qualités propres de ses membres.
Ce que pose Ramsay à travers son célèbre Discours, dont Alain Bauer et Roger Dachez dans leur toute récente Nouvelle histoire des francs-maçons en France (Tallandier, 2018) disent qu’il était devenu au cours du XVIIIe siècle « une sorte de best-seller de la littérature maçonnique »,  Emmanuel Kant l’interrogera d’un point de vue philosophique quelques décennies plus tard. C’est le cœur de l’esprit des Lumières.
Cette idée universaliste viendra nourrir la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 et notamment son article premier selon lequel « tous les hommes naissent libres et égaux en droits ». On peut considérer que cet idéal a réalisé des progrès pendant les siècles suivants, et notamment à travers la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui pose, comme son nom l’indique, l’idée de droits universels. Ce qui a motivé la création de cette Loge « République Universelle », c’est avant tout la nécessité de nous ressourcer à l’aune de ces principes intemporels et… universels. Le dernier livre de l’historien de la maçonnerie Pierre-Yves Beaurepaire, La République universelle des francs-maçons des Lumières aux révolutions (Dervy, 2018) offre de ce point de vue des perspectives stimulantes. Il y en a beaucoup d’autres.

Quels sont ses objectifs, ses ambitions ?

La Loge d’études et de recherche a un statut particulier au Grand Orient de France, en marge des loges souveraines, puisqu’elle n’interfère pas dans la gestion de l’obédience, même si elle fonctionne avec tous les codes rituels que nous connaissons. « République Universelle » devient la quinzième du Grand Orient de France. Elle réunit donc des frères et des sœurs du Grand Orient qui souhaitent approfondir les dimensions philosophiques, historiques, contemporaines de cet idéal.
Celui-ci se caractérise d’abord par sa propension à rassembler des hommes et des femmes quelles que soient leurs origines, leur couleur de peau, leur nationalité, leurs convictions philosophiques ou spirituelles. Il est précisément en phase avec l’ambition maçonnique de réunir ce qui est épars alors que tant d’autres forces n’ont pour but que de séparer, diviser, distinguer.
Cet idéal de rassemblement, d’union est en effet battu en brèche par ces idéologies qui sont nées avec la Contre-Révolution et qui ont pour obsession de toujours ramener les êtres humains à leur essence, à leurs origines, à leurs héritages, à leurs racines et qui trouvent même quelquefois écho chez certains maçons. Longtemps porté par la seule extrême-droite, le différentialisme a aujourd’hui irrigué de nombreux autres courants et il constitue une menace très concrète pour l’universalisme auquel nous sommes attachés. Tous ces idéologues portent en eux la haine du métissage et du cosmopolitisme, une obsession pour la pureté et l’identité, ils promeuvent un modèle de société séparatiste où on ne se rassemble qu’entre personnes identiques, reliées par les ancêtres et le patrimoine génétique. Ils sont si obsédés par les racines qu’ils dénient à l’Homme de pouvoir se construire aussi avec les branches et des feuilles, pour reprendre leur métaphore botanique. Et c’est pourtant elles qui permettent de se tourner vers l’autre et donc vers l’universel.
L’ambition de cette Loge réside d’abord dans la nécessité de continuer à tisser le fil rouge qui nous relie, des origines de la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle – et que Ramsay a si bien défini -, à aujourd’hui. Nous considérons que ces principes constitutifs du projet maçonnique originel n’ont pas pris une ride, même s’il faut repenser sans cesse leurs modalités d’application.

Quel sera son programme à court et moyen terme ?

Comme les autres Loges d’études et de recherche du Grand Orient de France, elle se réunira trois ou quatre fois dans l’année. Chaque tenue permettra d’entendre trois voire quatre planches qui émaneront prioritairement de ses fondateurs, puis des membres qui nous rejoindront. Elles susciteront bien entendu un débat et elles seront diffusées par voie électronique à leurs membres et aux frères et soeurs qui souhaitent en être destinataires. Toutefois, pour la tenue inaugurale, une fois n’est pas coutume, nous aurons un invité profane dans le cadre d’une Tenue blanche fermée. C’est le biographe d’Edouard Glissant et spécialiste de Sartre et de Beckett, l’universitaire François Noudelmann qui viendra nous entretenir des problématiques liées à l’universalisme aujourd’hui.

Et ces fondateurs, qui sont-ils ?

Nous avons souhaité que le collège des fondateurs présente deux caractéristiques fortes. D’une part qu’il soit nombreux, et c’est ainsi qu’une quarantaine de frères et soeurs du Grand Orient sont réunis pour cette aventure. D’autre part, nous avons souhaité qu’ils émanent d’Orients et de Loges très divers et c’est ainsi que nous trouverons parmi eux des membres du Grand Orient de toutes les régions métropolitaines de l’Obédience. Témoin de cette variété géographique, le Vénérable en sera le Mulhousien Christophe Devillers et l’Orateur Xavier Chabois-Chouvel, de l’Orient de Langon. Ils sont avec moi, qui serai 1er Surveillant, les pilotes du projet. Le Collège des Officiers dans son ensemble reflète cette diversité géographique.

Qui peut rejoindre la Loge, et comment faire ?

Les modalités d’affiliation sont définies par le règlement général et il faut au préalable et en parallèle appartenir à une Loge bleue du Grand Orient. Tous les frères et soeurs qui se reconnaissent dans ce projet pourront naturellement exprimer le souhait de rejoindre les fondateurs après l’allumage des feux, qui aura lieu le 12 janvier rue Cadet.


https://www.hiram.be/creation-au-godf-de-la-loge-detudes-et-de-recherche-republique-universelle/

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https://fr.m.wikipedia.org/wiki/David-Paul_Drach
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