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 Génocide en Vendée

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Lephenix



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MessageSujet: Génocide en Vendée   Dim 25 Avr 2010, 22:41

Solution finale en Vendée par Jean-Marie Montali

Le matin du 14 mars 1793, dans son manoir de Fonteclose, en pays de Retz, monsieur le chevalier Athanase de Charrette de la Contrie s’ennuyait ferme. Mis à part un mariage qu’il commençait déjà à regretter, la retraite volontaire de cet officier de marine, comptant une douzaine de campagnes contre les Anglais, n’avait offert jusqu’à maintenant que peu de distractions.

Ce jour là, voyant que le ciel laissait espérer une belle journée, le chevalier se préparait à partir pour la chasse, en songeant que la comtesse de la Rouchefoucauld, sa jolie voisine laissée seule par son mari émigré, accepterait peut-être de l’accompagner.

Mais des cris et le bruit d’une foule en marche allaient contrarier ses plans galants : une centaine de paysans, brandissant de vieilles pétoires, des fourches, des faux et même de simples bâtons, envahissaient sa cour en l’appelant.

Monsieur de Charrette comprit aussitôt. Il n’hésita pas une seconde à rejoindre cette curieuse troupe. Le chevalier venait d’entrer dans la « clandestinité ».

Un Vendéen invente les Colonnes infernales.

Depuis près d’une semaine, les paysans vendéens révoltés contre la Convention régicide et scandalisés par la levée de trois cent mille nouvelles recrues, parcouraient le pays et demandaient aux nobles de prendre leur commandement afin de combattre la République.

Le feu couvait en réalité depuis bientôt trois ans. Le 12 juillet 1790, l’Assemblée avait voté une loi, réorganisant l’Eglise en France. Il fallait s’y attendre : du moment qu’on voulait remettre en ordre l’Etat, il devenait logique de s’occuper aussi de l’Eglise. Pour cette « réorganisation », le Pape Pie VI n’avait pas été consulté. Première erreur.

Deuxième erreur : les nouvelles dispositions votées par les constituants mettaient en danger la vie même de l’Eglise. Qu’on en juge : Il était décidé, entre autres mesures, que les évêques et les curés seraient désormais élus par le peuple souverain. Que de telles mesures fussent inacceptables pour l’Eglise paraît évident. Elles portaient gravement atteinte à sa discipline, au point que les appliquer, c’était admettre la fin des pouvoirs religieux. Le Pape perdait son autorité sur les évêques ; ceux-ci celle qu’ils avaient sur leur clergé, et les curés eux-mêmes devenaient dépendants du bulletin de vote des électeurs !

Pourtant, la réaction des catholique se fit attendre : ce n’est que les 10 mars et 13 avril 1791 que Pie VI lançait deux brefs condamnant formellement la loi de juillet 1790. L’Assemblée répliquait le 27 novembre suivant en votant un projet obligeant les « prêtres fonctionnaires » à « prêter le serment » de tout faire pour maintenir l’autorité de la Constitution.

Cette fois, la rupture de l’Eglise et de l’Etat était consommée. Quelques mois plus tard, le 12 mars 1792, Pie VI lançait un troisième bref déclarant la constitution civile non seulement schismatique, mais aussi « hérétique en plusieurs de ses parties ». Il excommunierait les prêtres et évêques élus selon la nouvelle loi et qui ne se rétracteraient pas dans un délai de quatre mois. Un an plus tard, le 11 mars 1793, la Vendée, profondément catholique, se soulevait contre la République !

Le décret de la Convention ordonnant la destruction du département est du 1er août de la même année. L’idée des fameuses Colonnes infernales, responsables de tous les massacres, est du mois d’octobre suivant. On la doit à un membre de la Convention, Fayau … vendéen d’origine ! Elle a été reprise par son collègue Turreau, qui fit accorder le commandement de ces terribles colonnes à son cousin, le général Louis-Marie Turreau.

« Mon intention est bien de tout incendier »

Fils du maire d’Evreux où il est né le 4 juillet 1756, ancien surnuméraire des gardes d’Artois, seigneur de Garambouville, le général Turreau était un piètre soldat, mais un fin lettré. C’était surtout un parfait arriviste qui savait plier dans le sens du vent et flatter les puissants du moment. Des qualités qui lui valurent un rapide avancement dans l’armée … sans jamais avoir combattu.

Il reçu le commandement de l’armée de l’Ouest, le 4 novembre 1793. Optimiste et prétentieux, Turreau assura que son plan d’extermination, qui devait débuter le 27 janvier 1794, serait terminé en une quinzaine de jours. Deux semaines pour mater la rébellion, assurait-il. Elle devait durer deux ans …

Après s’être emparé de Noirmoutier, le 3 janvier, Turreau constitue huit colonnes. A leur tête, des généraux que l’histoire retiendra non pour leurs faits d’armes héroïques ou pour des charges de cavalerie menée sabre au clair, mais pour d’atroces massacres ordonnés et accomplis sur des populations françaises et catholiques : Moulin, Boucret, Grignon, Duval, Bonnaire et surtout Cordellier.

Les conventionnels leur donnent carte blanche quant aux méthodes de destruction et d’extermination. Mais Turreau juge cependant plus prudent de demander des détails et des ordres écrits à la Convention/
« Mon intention est bien de tout incendier, écrivait-il. Mais cette grande mesure doit être prescrite par vous. Je ne suis que l’agent passif des volontés du corps législatif … Vous devez également vous prononcer sur le sort des femmes et des enfants que je rencontrerai dans ce pays révolté. S’il faut les passer au fil de l’épée, je ne peux exécuter une pareille mesure sans un arrêté qui mette à couvert ma responsabilité. Je suis loin de présumer que vous voulussiez me compromettre. »

Turreau ne reçut pas la réponse qu’il espérait. Ce qui ne l’empêcha pas, le 19 janvier 1794, de lancer à ses troupes la proclamation suivante :
« Tous les brigands convaincus d’avoir pris les armes pour se révolter seront passés au fil de la baïonnette. On en agira de même avec les filles, femmes et enfants qui seront dans ce cas. Les personnes seulement suspectées ne seront pas plus épargnées. Tout ce qui peut être brûlé sera livré aux flammes.» On ne pouvait être plus clair : Massacrez-les tous ! Brûlez tout !

Turreau ne tarde pas à appliquer son terrible programme. Le 31 janvier, il envoie un rapport au Comité de salut public, où il écrit qu’ « on a incendié métairies, bourgs, villages, et passé au fil de la baïonnette tous les rebelles épars qui n’attendaient qu’un nouveau signal de rébellion ».

Paris lui répondit aussitôt :
« … Tu dois continuer à servir avec ce généreux dévouement qui n’appartient qu’au vrai sans-culotte. »

Il ne manquait plus au général Turreau que de mettre la main sur son principal ennemi, Charrette, pour être pleinement satisfait. Mais les huit Colonnes qui avaient pour mission de le capturer n’arrivaient pas à saisir l’insaisissable chevalier.

On brûlait des femmes pour récolter la graisse.

A la suite d’une bataille près de la Roche-sur-Yon et à l’issue de laquelle le chef blanc tint à rendre les honneurs militaires au seul officier bleu qui refusa d’agir en bandit, le général Haxo, Charette fut à deux doigts de tomber dans un piège tendu par le général Cordellier. Mais, après une habile retraite suivie d’un brusque changement de direction, les Vendéens parvenaient une fois de plus à passer à travers les mailles du filet. La manœuvre de Charette, qui suscita plus tard l’admiration de Napoléon, était celle d’un soldat ; celle utilisée désormais par Turreau et son adjoint Cordellier sera celle de criminels.

Fou de rage d’avoir laissé filé Charrette, Cordellier envoie ses lieutenants (Crouzet, Guignou et Lachenay) dans des villages vendéens avec l’ordre d’y massacrer la population.

Chemillé, Chanzeau, Melay, Saint-Mesmin, Pouzauges, Mouchamps furent attaqués. Ce qui s’y déroula dépasse l’imagination. Les bleus brûlaient les églises, assassinaient les ecclésiastiques, violaient les religieuses, les égorgeaient et leur arrachaient le cœur et la langue pour détruire ces organes annonciateurs du Verbe. Les femmes et les jeunes filles étaient elles aussi violées, puis éventrées et sciées en deux. De temps à autre, on brûlait même une femme pour … récolter la graisse ! Et le pire est encore à venir. Le 28 février 1794, les noms de Turreau et Cordellier s’inscrirent en lettres de sang et resteront à jamais synonymes d’horreur.

Ce jour-là, déployées en éventail, les troupes de Cordellier se répandent à travers champs sur plusieurs kilomètres de large, massacrant et brûlant tout ce qui leur tombe sous le sabre. Hommes, femmes, enfants, tous sont systématiquement assassinés. Les fuyards sont impitoyablement pris en chasse et abattus sur place après avoir été torturés et affreusement mutilés.

Les bleus, déchaînés et ivres de sang, rasent ainsi La Sauzais, les Temples, puis s’élancent vers Le Petit-Luc (aujourd’hui Les-Lucs-sur-Boulogne).

Situé à 22 kilomètres au nord de La Roche-sur-Yon, Le Petit-Luc était à l’époque une espèce d’entité territoriale formée de plusieurs villages et nichée sur un promontoire, au confluent de deux vallons.

Les bleux des Colonnes infernales y arrivent après avoir traversé le gué à La Malnaye, à une portée de fusil de l’église Notre-Dame. Le premier homme qu’ils tuent est le vieux curé Voyneau, venu à leur rencontre pour leur demander de prendre en pitié ses ouailles. Le vieillard a le cœur et la langue arrachés…

Les enfants cloués comme des chouettes aux portes des granges.

Arrivés devant l’église, les soldats massacrent tous les habitants qui s’y sont réfugiés. La suite tient du cauchemar. Epargnant bien involontairement les femmes et les enfants qui fuient vers la forêt, les bleus défoncent les portes des maisons, transpercent les nourrissons dans leurs berceaux, les emportent embrochés au bout des baïonnettes et les clouent, en riant, aux portes des granges. Comme c’est chouettes ! Ils mettent le feu au village, puis, se retirant de quelques dizaines de mètres, pour terminer le travail, ils détruisent l’église au canon.

Turreau et Cordellier pouvaient se réjouir : pour une belle victoire c’était une belle victoire ! Un nommé Chapelain, qui suivait Turreau, rend compte ainsi de cette … « bataille » :
« Aujourd’hui, journée fatigante mais fructueuse. Pas de résistance. Nous avons pu décalotter à peu de frais toute une nichée de calotins qui brandissaient leurs insignes du fanatisme… »

Effectivement, on retrouva, mêlés aux ossements, des dizaines de ces « insignes du fanatisme ». Il s’agissait des scapulaires du Sacré-Cœur et du rosaire que les martyrs avaient utilisés lors d’une dernière prière.

Un mois plus tard, l’abbé Barbedette, qui avait échappé à la tuerie – à ce moment-là il se trouvait avec l’armée de Charrette -, retourna sur les lieux du massacre. Il enterra lui-même les morts et dressa une liste de cinq cent soixante-quatre noms. Ce document est toujours conservé à la cure des Lucs. On peut y dénombrer cent dix enfants de moins de sept ans, trente-sept de huit à quinze ans, ainsi que soixante-treize victimes de plus de soixante ans.

Oui, vraiment, c’était une belle victoire : Etienne Beriau, quinze jours. Lubin Guillet, six ans. Rosali Martin, deux ans et dix mois. Jean Minaud, cinq ans et trois mois. Jeanne Minaud, quinze mois. Louis Bouron, trois mois…

Les jours suivants, les exploits des Colonnes infernales continuent. Ainsi le maire de Châteaumur, républicain bon teint, chargé de rédiger un rapport sur l’hécatombe de La Flocellière, n’eut pas le courage de donner des détails : il se contenta de manifester son dégoût par quatre pages d’etc.

En dépit de leurs valeureux succès, les Colonnes infernales sont tenues en échec. Charrette et Stofflet, un autre chef blanc ex-garde-chasse du marquis de Maulévrier, continuent à ridiculiser les bleu. Le 13 mai 1794, la Convention, qui commence à trouver la plaisanterie un peu longue, suspend Turreau. Le 20 mai, il est nommé à Belle-Ile-en-Mer, d’où il réclame « des dédommagement, des distinctions et des récompenses pour les guerriers qui défendent la République dans l’Ouest ».

Le nom de Turreau, le bourreau, gravé sur l’Arc de triomphe.

En guise de récompense, le 8 septembre suivant, la Convention, sur la proposition de Robespierre (mais oui !) le destitue. Le 28 du même mois, sur une motion de Billaud-Varennes, il est arrêté et enfermé à la prison du Luxembourg.

Le jour de son procès, Turreau, qui avait été mis en liberté provisoire, ne cherche pas à nier les massacres. Mais il en discute la responsabilité. Finalement, le 19 décembre 1797, il est acquitté à l’unanimité par le conseil militaire avec les conclusions suivantes :
« Le général a dignement rempli ses fonctions dans le commandement des armées de l’Ouest comme homme de guerre et comme citoyen. »

Incroyable verdict ? Pas vraiment. Le condamner, c’eût été condamner par la même occasion la Convention et le Comité de salut public.

Le 1815, Turreau fut admis à faire valoir ses droits à la retraite. Le 11 décembre 1816, après être redevenu royaliste au retour de Louis XVIII, puis bonapartiste pendant les Cent-Jours, le lieutenant général des armée du roi, Louis-Marie Turreau, baron de Linières, grand officier de l’Ordre royal de la Légion d’honneur, chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis, ancien ministre de France aux Etats-Unis, ci-devant citoyen général Turreau, décalotteur de calotins, massacreurs des partisans de la « Royerie », pourfendeur de nourrissons fanatiques, rendit paisiblement son âme à Dieu, dans ces terres de Conches.

Aujourd’hui, on peut lire son nom gravé dans la pierre, sous la voûte de l’Arc de triomphe, au beau milieu des grands soldats de l’Empire…

Pour en finir avec les guerres de Vendée, il faudra attendre Hoche et sa campagne de pacification qui sera plutôt celle d’un bon stratège que celle d’un sabreur. Néanmoins, ce n’est qu’après les Cent-Jours que la révolte vendéenne s’éteindra à peu près définitivement.

Selon certains auteurs, ces guerres auraient fait quelque 150 000 morts. Pour d’autres, sans doute beaucoup plus.

Quant au courageux Athanase de Charrette de la Contrie, ancien officier de marine et chef de bande, il fut enfin pris par le général Travot – et non pas par Hoche comme on le croit trop souvent – et fusillé le 29 mars 1796.

Son nom n’est gravé nulle part, si ce n’est sur une plaque commémorative apposée sur un mur de son manoir de Fonteclose d’où il partit, un matin de mars 1796…
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Acri



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MessageSujet: Re: Génocide en Vendée   Lun 26 Avr 2010, 08:43

Lephenix a écrit:
Son nom n’est gravé nulle part, si ce n’est sur une plaque commémorative apposée sur un mur de son manoir de Fonteclose d’où il partit, un matin de mars 1796…


Legé, fronton de la chapelle expiatoire



Belleville sur Vie, école des filles



Saint Sulpice le Verdon, bois de la Chabotterie



Nantes, place des agricilteurs Viarme



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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Génocide en Vendée   Lun 26 Avr 2010, 12:00

Solution finale ou génocide ?

Je crois que le terme de génocide est plus adapté.
Il ne s'agissait pas d'exterminer tous les Vendéens comme race ou peuple, mais de briser la résistance d'un peuple dans le sang.

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Arnaud
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MessageSujet: Re: Génocide en Vendée   Lun 26 Avr 2010, 12:26

Témoignage des commissaires républicains Morel et Carpenty à la Convention le 24 mars 1794 : « A Montournais, aux Epesses et dans plusieurs autres lieux, le général Amey fait allumer les fours et, lorsqu'ils sont bien chauffés, il y jette les femmes et les enfants. »
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Génocide en Vendée   Lun 26 Avr 2010, 13:16

Oui. Génocide.

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MessageSujet: Re: Génocide en Vendée   Jeu 29 Avr 2010, 08:38

"Solution finale" serait de toute façon anachronique...
Mais il y a bien génocide !
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MessageSujet: Re: Génocide en Vendée   Mar 04 Mai 2010, 22:27

Génocide ou "solution finale" cela importe peu ; cette discution stérile sur l'interprétation, n'est-ce pas là qu'un point de détail ? ... affraid
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Génocide en Vendée
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