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 Le linceul de Turin au fil des siècles

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Chrysostome



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MessageSujet: Le linceul de Turin au fil des siècles   Dim 11 Avr 2010, 22:55

Le linceul de Turin au fil des siècles

Jacques de Guillebon

Le 11 avril 2010 - Eucharistie Sacrement de la Miséricorde - Une ostension du Saint Suaire a lieu à Turin du 10 avril au 23 mai, le pape Benoît XVI lui-même s’y rendra le 2 mai. Point sur le statut du Linceul de Turin et sur son histoire.

C’est l’énigme du siècle, l’objet le plus mystérieux de tous les temps. Connu depuis un très long temps, disparu puis réapparu, il a été victime du feu, de l’eau, de la malveillance ou de l’imbécillité des hommes. Et pourtant il a survécu. Il aurait accompli un incroyable voyage d’Orient en Occident, sans qu’aucune époque pût jamais être fixée totalement ni sur son origine ni sur la méthode de sa confection. On aura évidemment reconnu le Saint-Suaire, ou Linceul de Turin : invisible en général, renfermé dans un coffre de plomb qui le protège des injures du temps autant que des éventuelles déprédations volontaires, on peut voir le morceau de tissu à la valeur inestimable lors de son ostension décennale qui a lieu dans sa ville, à partir du 10 avril, et jusqu’au 23 mai. Rare pour le chrétien fervent, pour l’admirateur de l’objet ou le simple curieux, trop rare pour qu’on la rate à notre avis, cette occasion de contempler le Suaire est doublée par la parution d’un ouvrage merveilleux de Ian Wilson, L’énigme du Suaire (Albin Michel). Aidé du génie de sa race pour la narration, l’anglo-saxon Wilson, qui a voué sa vie à l’étude de l’objet, y retrace en effet sous les yeux ébahis du lecteur l’incroyable épopée de cet objet dont l’on croyait déjà tout savoir. S’inscrivant dans la lignée des travaux des Français Dominique Daguet ou A.-A. Upinsky, cet ouvrage tranche pourtant par son souffle qui tient le lecteur, même sceptique ou même spécialiste du Suaire, jusqu’au bout autant que par l’irruption de nouvelles preuves de son origine antique.

Dans la première partie, Wilson revient sur l’état des connaissances purement scientifiques à propos de l’objet actuel que l’on détient et dont l’on peut sans risque affirmer qu’on le connaît depuis le Moyen-Âge, le XIVe siècle précisément. Il n’y a rien de neuf ici, sinon que les informations parfois fragmentaires que l’on peut détenir à ce sujet sont très scrupuleusement remises en ordre par Ian Wilson et leur apparition retracée et documentée, depuis le premier négatif du photographe Secundo Pia en 1898 jusqu’à l’histoire du C14. La question non résolue de l’image photographique, le tissage du linceul qui est caractéristique de l’Orient ancien, la présence de pollens venus de Méditerranée, la tridimensionnalité de l’image mise en évidence par des appareils de la NASA en 1976, l’absence de peinture et la présence de sang, tout cela que l’on connaît déjà tant soit peu est réexpliqué pour le lecteur novice avec force détails.

En revanche, Wilson, respectant la neutralité scientifique élémentaire, ne tranche pas la question de la datation au carbone 14 qui, seule, ramène l’objet à une fabrication à l’époque médiévale : s’il ne soutient pas certaine thèse conspirationniste qui voudrait que les résultats aient été volontairement trafiqués, ou que ce soit sur une pièce plus récente doublant le suaire qu’aient été réalisés les prélèvements, il met en cause pourtant le sérieux de l’expérience qui lui semble avoir péché par imprudence et une trop grande célérité à vouloir publier des résultats présentés comme sensationnels à l’époque. Quoi qu’il en soit, il se garde bien de nier l’existence de cette pierre dans le jardin des tenants de l’authenticité du linceul que constitue cette datation qui n’est pas (encore ?) invalidée scientifiquement.

Mais, fasciné par l’objet, Wilson ne se contente pas de produire un énième livre résumant l’état de la connaissance du linceul. Il y ajoute des témoignages et des preuves inédits, dont le récit se lit comme celui d’un ouvrage à suspens, renvoyant les Dan Brown et autres grotesques producteurs d’intrigues mystico-ésotérico-ridicules à leur néant. Car l’histoire de ce linge telle que la raconte Wilson tient du prodige.

Selon lui, on peut suivre à la trace le Suaire quasiment depuis la mort et la Résurrection du Christ : pour soutenir cette thèse, Wilson s’appuie sur d’antiques traditions assyriennes qui racontent qu’un certain Addaï, qui serait ou l’Apôtre Thaddée des Évangiles ou l’un des disciples proches de Jésus, aurait converti le toparque d’Édesse (l’actuelle Urfa d’Irak) Abgar V dès les premières années de l’Église. Ces traditions et divers textes postérieurs racontent qu’Addaï aurait converti Abgar en plaçant « l’image sur son front comme un signe. […] Le roi pensa qu’il voyait une lumière qui brillait sur son visage, qu’aucun œil ne pouvait supporter et qui provenait de l’image qu’il présentait ». Dans les siècles suivants, Édesse s’enorgueillit de posséder cette image qui protégeait la ville en toutes circonstances. Elle la fit échapper notamment à la destruction quand la terrible armée du roi perse Kavadh menaça la ville en 503. Cette image, qui était déjà décrite comme acheiropoïétique, c’est-à-dire non faite de main d’homme, fut réputée avoir été cachée au-dessus de l’une des portes de la ville d’où elle veillait sur ses habitants. Elle aurait été redécouverte dans ladite porte en 544 lors d’une autre violente attaque perse. Vénérée comme un objet d’une valeur inestimable, elle était dissimulée au regard du tout-venant et seul le roi pouvait la contempler. Lors de la conquête arabo-musulmane, les témoignages abondent pour affirmer que les sectateurs de Mahomet eux-mêmes la vénéraient et que l’un de leurs chefs, alors qu’elle était revenue à Jérusalem, la jeta dans un geste d’ordalie pour en prouver la véracité dans un feu auquel elle réchappa. Conservée encore à Édesse sous domination musulmane dans les siècles suivants, différentes communautés de chrétiens s’en disputèrent la garde.

Étape à Byzance

Néanmoins, sa célébrité avait fait le tour de la chrétienté et les Empereurs byzantins la tenaient pour un immense joyau. Ainsi, en 943, un grand général arménien au service de l’Empire, Jean Curcuas, se présenta avec toute son armée aux portes d’Édesse : à la grande surprise des musulmans, il ne résolut pas de prendre la ville mais réclama seulement la fameuse « Image d’Édesse ». Surpris, ses défenseurs dépêchèrent à Bagdad, où se trouvait le siège du Califat, un émissaire pour savoir ce qu’ils devaient faire. Un sage musulman leur répondit qu’il valait mieux livrer l’Image plutôt que de faire couler le sang. Curcuas ramena donc en grande pompe jusqu’à la capitale l’image vénérée que les Grecs nommaient aussi Mandylion. A partir de là, son existence dans ce qui était alors le centre du monde est parfaitement documentée. Mais on peut s’interroger sur ce qui permet à Wilson d’identifier cette image avec le Suaire que nous connaissons aujourd’hui. L’enquêteur fait pour cela appel à l’histoire de l’art : il démontre que c’est à l’époque de la vénération de l’image à Édesse qu’apparaissent les Christ Pantocrator dont certains ressemblent étonnamment au visage qu’on pouvait voir sur le linceul. Il révèle aussi que du Sinaï à la Géorgie, d’innombrables petites églises ou monastères du haut Moyen Âge contiennent des références picturales à cette image, ce qui prouve incontestablement son existence dès les premiers siècles.

L’affaire se complique lors du sac de Constantinople par les Croisés, en 1204, année où le Mandylion disparaît de la capitale de l’empire. S’appuyant sur le récit du croisé Robert de Clari, présent lors du sac, ainsi que sur les origines de la famille de Geoffroy de Charny, qui est le premier propriétaire attesté du Linceul dans la France du XIVe siècle, Ian Wilson émet l’hypothèse que l’Image aurait été dérobée ou aurait fini par atterrir entre les mains des Templiers. Il ne s’agit pas là d’un complotisme débridé : l’auteur montre avec virtuosité que de nombreux textes médiévaux accusaient les Templiers de pratiquer l’idolâtrie en adorant une image dans le secret de leurs Temples. C’est notamment sur ces accusations que se fonda le procès inique qui aboutit à leur destruction. Poursuivant son enquête, Wilson révèle que Geffroy de Charny était d’une famille de Templiers, ce qui peut évidemment expliquer qu’il ait eu le Suaire en sa possession et commencé à organiser des ostensions dans sa petite église de Liré. La suite est très bien connue : l’évêque du lieu voulut interdire les pèlerinages qui déplaçaient de fortes foules vers le Saint-Suaire et rédigea un mémoire à l’intention du pape où il l’accusait d’être l’œuvre d’un peintre. Inspiration divine ou finesse de la part du pape, alors en Avignon ? Celui-ci renvoya ledit évêque dans ses buts et continua de permettre à la piété populaire de s’exprimer. Un siècle plus tard, une descendante de Charny n’ayant pas d’héritier légua le Linceul à la famille de Savoie qui finit par le transférer à Turin qui était devenu sa capitale. Depuis Jean-Paul II, ce linge qui, s’il est celui d’Édesse, aura traversé miraculeusement les siècles pour venir jusqu’à nous, appartient formellement au Saint-Siège.

Jacques de Guillebon

Ian Wilson, L’énigme du Suaire, Albin Michel, 2010, 416 pages, 22,50 e.
Emanuela Marinelli, Suaire de Turin. témoignage d’une présence. Dernières avancées scientifiques, Téqui, 2010, 140 pages, 14,90 e (Téqui publie aussi un Guide du Linceul de Turin, 24 pages, 5 e).
Jean-Baptiste Rinaudo et Claude Gavach, Le Linceul de Jésus enfin authentifié ? Enquête après les récentes découvertes sur le Suaire de Turin, F.-X. de Guibert, 2010, 570 pages, 35 e.
Arnaud-Aaron Upinsky, L’Église à l’épreuve du Linceul. « Et vous, qui dites-vous que je suis ? », F.-X. de Guibert, 2010, 27,50 e.


Sources :Lanef

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Eucharistie sacrement de la miséricorde - (E.S.M.) 11.04.2010 - TEglise

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