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 Un billet d'humeur bien senti sur les polémiques autour du Pape

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Philippe Fabry
Administrateur


Masculin Messages : 13954
Inscription : 31/01/2009

MessageSujet: Un billet d'humeur bien senti sur les polémiques autour du Pape   Mar 14 Avr 2009, 15:19

La France est un pays catholique. Enfin, elle l’était encore la
semaine dernière, quand tout ce qui portait calotte passionnait les
rédactions et déclenchait dans le pays des élans rares de haine et de
détestation. Quelle autre nation qu’une ultra-catholique pourrait à ce
point focaliser toute son attention sur les propos et l’attitude de
l’évêque romain ? Les sujets de préoccupation de nos journaux et de nos
magazines n’ont rien eu à envier ces dernières semaines à ceux de l’Osservatore Romano : le pape, le pape, le pape.
On croyait la République laïque, on la voyait maintenant
s’agenouiller sur des prie-dieu, faire ses dévotions et enseigner à
l’Eglise ce qu’elle devait croire, dire et penser. Exeunt les
polémiques sur les racines chrétiennes de l’Europe et la laïcité
positive : la Fille aînée de l’Eglise était de retour. En forme,
quoique légèrement sourdingue.
Rien d’autre que le pape ne semblait plus exister dans l’actualité.
Chacun, ministres et people, avait son avis sur la question et
entendait bien toucher sa part du gâteau médiatique pour dénoncer les
propos de ce pape décidemment réactionnaire. Pour enfoncer le clou, on
compara même Benoît XVI à son prédécesseur : on apprit donc que
Jean-Paul II n’avait pas seulement attaqué le mur de Berlin à la petite
cuiller, mais qu’il était aussi beaucoup plus cool sur les questions de
société – dernière nouvelle. L’Eglise eut beau envoyer quelques-uns de
ses prélats pour tenter d’expliquer ses positions sur la levée de
l’excommunication des lefebvristes, l’avortement thérapeutique ou le
port obligatoire de la capote, rien n’y fit. L’Osservatore Romano
consacra même un article aux catholiques qui, en Ouganda, distribuent
des préservatifs chaque jour : chacun tint cela pour une manœuvre de
diversion.
Il faudra désormais que les catholiques français s’y habituent : sur
les affaires de l’Eglise, Pierre Bergé et Christophe Dechavanne sont
beaucoup plus informés et instruits que ce béotien de Mgr Vingt-Trois.
De quoi se mêle-t-il, d’ailleurs, celui-là ? Et pourquoi défend-il le
pape ? Il ne peut pas s’occuper de ses affaires ? Il n’a rien d’autre à
faire dans la vie ? Spécialiste incontesté du prêt-à-penser,
l’infaillible Pierre Bergé sait. Et il le dit lui-même, confessant au
micro d’une journaliste de France 2 qu’il s’intéresse depuis longtemps
aux affaires de l’Eglise, “bien qu’étant protestant et athée”. Bien vu,
mon Pierrot. Et mon grand-père, il s’intéresse à la parution du
prochain Têtu, “bien qu’étant mort et hétérosexuel”.
Comme l’ensemble de l’épiscopat français, président de la Conférence
des évêques en tête, semblait unanime à préconiser l’usage du
préservatif pour ceux qui ne peuvent pas s’empêcher d’avoir de
multiples partenaires de jeux, on se fit fort d’aller débusquer à
France Bleu Orléans l’évêque du cru qui professait sur les ondes de la
radio publique la plus effroyable monstruosité : “Le préservatif n’est
pas fiable à 100 %.” Ouh là là ! que n’avait-il pas dit, cet hérétique
! Ne sait-il pas que la capote est fiable à 1000 %, qu’on peut déchirer
l’emballage avec les dents sans endommager le condom, que si on utilise
comme lubrifiant de la vaseline ou de la harissa le préservatif n’est
bien entendu jamais poreux et que l’histoire des trithérapies
préventives en cas de rupture du latex n’est qu’une bonne grosse
légende urbaine que les internes se racontent dans les salles de garde ?
Quand la bulle médiatique a une idée en tête, elle ne l’a pas
ailleurs. Si elle a décidé que les curés étaient opposés à la capote,
ils doivent se soumettre et s’y plier. C’est la raison pour laquelle on
gonfle artificiellement l’audience d’un évêque qui s’exprime un matin
sur une locale de Radio France pour lui consacrer le soir l’ouverture
du 20 heures, tandis que Mgr Vingt-Trois, président de la conférence
épiscopale, doit se contenter de notes de bas de page dans des revues
spécialisées lorsqu’il veut balancer l’une ou l’autre chose sensée.
Je ne voudrais pas jouer le papolâtre de service – cela m’obligerait
à me lever le dimanche matin et à me comporter en bon chrétien –, mais
il me faut reconnaître que le langage de vérité, c’est l’Eglise
catholique qui le tient. Il est à mille lieux des slogans : il appelle
chacun à sa responsabilité. La relation à l’autre est une chose trop
importante pour la confier aux publicitaires, comme ne l’a pas dit
Clemenceau. Et même pour tirer son coup vite fait bien fait, toutes
lumières éteintes, il ne suffit pas de réciter une neuvaine de Sortez couvert, il faut savoir mettre une capote et la mettre bien. Responsabilité, donc, et rien d’autre.
Autant l’avouer tout de suite : il faut s’appeler Hans Jonas (encore
un Boche comme Ratzinger, on les aura !) pour trouver excitante
l’éthique de responsabilité ou Emmanuel Levinas pour croire à cette
fadaise que notre relation à autrui engage toujours notre
propre humanité. Il faut même être un peu marxiste (c’est-à-dire
beaucoup Jérôme Leroy) pour s’apercevoir que le comportement sexuel
n’est pas du tout lié à la doctrine de l’Eglise catholique (qui
professe ce qu’elle veut en matière de mœurs et que personne en
définitive n’écoute), mais aux infrastructures de la société. Qu’on le
veuille ou non, “le mode de production de la vie matérielle conditionne
le processus global de la vie sociale, politique et spirituelle1“.
Pour Marx, l’infrastructure conditionne la superstructure. Ce n’est pas
le pape qui a décrété le puritanisme dans l’Angleterre victorienne ni
même la reine elle-même. Ce n’était pas non plus l’aggiornamento des
idées en vogue du temps d’Elisabeth I qui en était la cause. Les
manufacturiers de Liverpool, dont les coûts salariaux s’amoindrissaient
d’autant plus qu’ils promouvaient le modèle familial, gagnant deux
autres bras supplémentaires et escomptant une progéniture2 vite productive, avaient déjà scellé l’affaire…
Aujourd’hui, la loi de l’infrastructure, fût-elle “impensée” au sens
althussérien, c’est la consommation. Et cette loi s’étend à toute
l’hyperstructure : l’intime, le sociétal, le politique, le médiatique
(le médiatique résultant d’un ordonnancement assez approximatif des
trois autres ordres). Et manque de bol, le spirituel ne veut point s’y
plier. Il résiste, le bougre. Et son langage devient dès lors
incompréhensible. Quand les cuisses d’une femme sont aussi consommables
qu’une paire de Nike, quand le corps de l’autre se rend aussi
accessible que l’achat d’un sandwich au Mac Do du coin, quand les
images et les slogans déferlent dans une indétermination absolue, quand
tout se vaut dès lors que tout s’achète, alors plus rien ne vaut rien.
Vouloir parler de valeurs dans ce monde-là est aussi opportun que
parler de corde dans la maison d’un pendu.
Mais, à quoi bon, sur de tels sujets, user notre raison ? Contre
l’infrastructure, on ne peut rien (le jeune Marx le pressentait dès sa
dissertation d’Abitur). Il est aujourd’hui assez émouvant de
voir quelques catholiques, comme Patrice de Plunkett et Vincent Neymon,
vouloir réagir et tenir bon. Mais c’est comme pisser dans un violon,
dût-il, ce dernier, jouer le Salve Regina.
Moi qui ne suis pas spécialiste de ces choses-là (et des autres non plus au demeurant), j’ai été interviewé, suite à un article
sur Benoît XVI, par quelques journalistes. Le premier que j’eus au
téléphone me demanda si j’étais catholique. Je lui répondis que oui et
que, Dieu me préservant malgré tout de la bigoterie, c’était
irrémédiable. Il enchaîna abruptement : “Vous êtes catholique, oui,
mais de quel courant ?”
Il m’apprenait que l’Eglise avait des courants. Comme mon cœur
balançait (suis-je catholique fabiusien, rocardien, strauss-kahnien ou
mollétiste ?), je ne pus que lui répondre : “Je suis du courant Jésus,
fils de Dieu, conçu du Saint Esprit, né de la Vierge Marie, a souffert
sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort, enseveli, est descendu aux
enfers, le troisième jour est ressuscité des morts…” Je n’étais pas
arrivé à la communion des saints et à la rémission des péchés qu’il
m’engueulait déjà au téléphone : “Et le pape dans tout ça ! Et ses
erreurs de communication, hein ?”
Quand je lui expliquai que le rôle de l’Eglise n’était pas de
participer à la bulle communicationnelle, mais d’assurer le bon envoi
des bélinos et des mails entre l’ici-bas et le Très-Haut, il me prit
pour un plaisantin, m’insulta de tous les noms et me raccrocha au nez.
Quoi ? je ne suis pas à la droite de l’Eglise, je ne suis pas à sa
gauche et encore moins en son milieu. Je crois simplement que l’Eglise
n’a pas à s’adapter aux modes passagères ni à communiquer : elle a
simplement à “porter témoignage” comme l’apôtre Paul y invitait déjà
les Corinthiens. Et ce n’est pas le même job : la communication vous
promet des Rolex, l’Eglise la vie éternelle. Chacun son fonds de
pension.
En attendant, le 22 mars dernier, l’Agence France Presse
distribuait, reprise d’un sondage Ifop-JDD, la bonne nouvelle : les
catholiques français veulent changer de pape. Ben oui, mes cocos, et on
l’installera en Avignon. Et il aura une gueule d’amour comme Gérard
Philipe, sauf qu’il sera issu de la diversité et qu’on le choisira
assez vieux pour qu’il clamse assez vite (les Français adorent les
papes morts), qu’il aura la foi mais pas trop, qu’il sera hyper cool
sur les questions sociétales, style Dalaï Lama mais en moins orange et
qu’il se battra pour le pouvoir d’achat. Rien d’autre ? Si ! bien sûr,
il faudrait aussi qu’il soit un peu juif et musulman, histoire de pas
discriminer. Et s’il pouvait être homosexuel ou trans ou bi ou
lesbienne au mois de juin, quand approche la gay pride, le type serait un vrai cador. Le nec plus ultra
serait qu’il soit une femme. Une participative et démocratique. Et
divorcée, deux enfants à charge, dont un ado à problèmes. Et sûr qu’on
votera pour elle aux prochaines européennes.
Cessons nos quolibets, laissons parler l’Agence France-Presse : “43
% des catholiques français souhaitent que le pape Benoît XVI
démissionne ou parte en retraite, selon un sondage Ifop paru dans le Journal du dimanche.
Seulement 54 % ne le souhaitent pas…” Et maintenant, ami catho,
réactionnaire, papophile, contempteur de la capote et collectionneur
incurable de croix légèrement gammées, révise ton arithmétique
médiatique : elle t’apprendra que 43 est supérieur à 54. Evidemment.
Alors, comme t’y incite le Carême, convertis-toi et crois en la Bonne
Nouvelle. Tu y liras l’histoire d’un homme3
qui se contentait de dessiner de son doigt des signes sur le sable,
chaque fois que se déchaînait autour de lui la compétition des
mauvaises nouvelles.

_________________
"Les désastres nous enseignent l'humilité" Saint Anselme de Canterbury
« N’attendre de l’État que deux choses : liberté, sécurité. Et bien voir que l’on ne saurait, au risque de les perdre toutes deux, en demander une troisième. » Frédéric Bastiat
Pensez à visiter mon blog : http://www.historionomie.com
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Philippe Fabry
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MessageSujet: Re: Un billet d'humeur bien senti sur les polémiques autour du Pape   Mar 14 Avr 2009, 15:20

Trouvé ici :
http://www.causeur.fr/le-pape-le-pape-le-pape,2210

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Jeb



Masculin Messages : 4320
Inscription : 04/02/2008

MessageSujet: Re: Un billet d'humeur bien senti sur les polémiques autour du Pape   Mar 14 Avr 2009, 15:32

Excellent cet article que tu as trouvé Philippe thumleft
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Invité
Invité



MessageSujet: Re: Un billet d'humeur bien senti sur les polémiques autour du Pape   Mar 14 Avr 2009, 15:34

L'a une gentille petite gueule d'amour, notre causeur !
Et en plus philosophe ! Voilà que notre Cardinal Vingt-Trois passe la moulinette de son eprit !!!

Allez, je ne dirais pas '22' vlà les flics', mais 'défendons notre Dédé 23 !
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spidle33



Masculin Messages : 4540
Inscription : 24/03/2006

MessageSujet: Re: Un billet d'humeur bien senti sur les polémiques autour du Pape   Mar 14 Avr 2009, 17:24

Très bon oui.


A se demander si dans la tete des gens, l'achat d'un préservatif n'est pas plutot l'achat de la "bonne femme" (pardon mesdames) qui va avec.
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boudo



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Inscription : 28/01/2008

MessageSujet: Re: Un billet d'humeur bien senti sur les polémiques autour du Pape   Mar 14 Avr 2009, 19:48

Un triple ban pour François Miclo et un grand merci à Philippe Fabry . L'esprit français auquel je ne participe pas mais que j'admire , est toujours vivant ...
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