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 Le sida et l'Afrique valaient mieux que cela

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Valtortiste91



Masculin Messages : 4991
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MessageSujet: Le sida et l'Afrique valaient mieux que cela   Sam 28 Mar 2009, 10:03

Le sida et l'Afrique valaient mieux que cette polémique où personne n'a été épargné, surtout pas ceux qui pensent s'en être sortis glorieusement. Personne.

Mais au-delà ce cela, la polémique a ouvert une discussion qui rebat les cartes sur le sujet. Cela est positif. Pour ma part, j'en tire des raisons en défaveur du préservatif tel que présenté, d'autres en sa faveur, d'autres soulèvent des interrogations.

Raisons en défaveur de la présentation actuelle

- Cela fait 20 ans que le Sida a été révélé et 19 ans et 11 mois que je pratique une sexualité naturelle, épanouie et sereine, sans avoir tué personne. Nous sommes des millions dans ce cas, y compris les personnes qui s'insurgent contre les propos du Pape. Le discours exclu donc une réalité et je ne l'accepte plus.

- Cela fait 20 ans que les mêmes médias, qui se veulent censeurs de la santé publique, diffusent des films où la sexualité – impulsive et instinctive - est présente de façon importante sans que le préservatif soit mis en scène. Je n'ai certainement pas vu tous les films (soft ou hard) concernés, mais cette contre-publicité continuelle interroge sur la cohérence.

- Cela fait 20 ans qu'un même message est diffusé sans l'effet escompté puisqu'il faut sans cesse le reprendre. Ainsi donc, soit le message est devenu mal adapté, soit la cible y est insensible. Il faut s'interroger et changer sans censure préalable.

Interrogations

- Autant j'avais une confiance absolue dans l'efficacité du préservatif, pour ceux qui l'utilisaient, autant j'ai désormais un doute. Selon les sources, on a une "chance" sur vingt (Ministère de la Santé), une sur dix (Sidaction) ou une sur cinq (Organisation mondiale de la Santé) de faire bingo. Cela m'effraie et j'attends une mise au point sérieuse sur cette question.

Raisons en faveur de la présentation actuelle

- Les associations qui reçoivent des personnes récemment atteintes par le Sida avec tous le cortège de drames qui l'accompagne, ne peuvent pas comprendre un discours médiatisé qui laisse place à l'ambiguïté.

- On peut aimer, même un séropo, et les conditions dans lesquelles peuvent s'exercer cet amour sincère ne peuvent être négligées. L'abstention est un idéal que même l'infime partie d'entre nous qui l'a choisi en conscience pour son sacerdoce, ne peut toujours tenir. Alors que dire des autres pour qui la défaillance serait la mort.

- Des frères et des sœurs en Dieu sont contraints à des conditions dégradantes de sexualité, notamment les prostituées (mais pas elles seulement). On ne peut rajouter drame sur drame.

- Il en est de même pour ceux qui sont tombés dans l'addiction à la sexualité à risque. Volontairement ou non ? Dieu jugera. En tous cas je ressens leur panique, au sens propre, qui provoque ces attitudes qui confinent à l'hystérie.
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MessageSujet: Re: Le sida et l'Afrique valaient mieux que cela   Sam 28 Mar 2009, 10:11

Et alors????
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Valtortiste91



Masculin Messages : 4991
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MessageSujet: Re: Le sida et l'Afrique valaient mieux que cela   Sam 28 Mar 2009, 10:29

Et l'Église dans tout cela ?

J'ai été humainement blessé, oui. Mais mon attachement à l'Église et ma confiance dans le Pape n'ont pas faibli :
- parce que la fidélité ne se négocie pas
- parce que l'amour est toujours posé au-delà des imperfections.

Mais en est-il de même pour tous ?

Il convient de ne pas confondre boboland (la bienpensance parisienne) et le reste du monde.
- On se souvient d'un grand éditorialiste qui titrait au lendemain du succès des JMJ de Paris "digitum in occulo" (le doigt dans l'œil). En effet tous prédisaient l'échec de ces JMJ qui devaient n'être fréquentées que par de rares intégristes ou des touristes.

- On se souvient des analyses qui prédisaient à Jean-Paul II en agonie un pontificat catastrophique, démenti par l'immense ferveur que sa mort a provoquée sur toute la planète.

- Certes, un sondage est venu stigmatisé le Pape. Mais il n'est pas différent de ce baromètre qui pointe d'année en année une perte de confiance, de plus en plus grande, dans l'info-télé… qui n'a rien changé. Ce sondage sur les cathos français a-t-il mesuré l'impact de la manipulation ou celui de la défection ? Nul ne le sait encore.

Ainsi donc le coup porté, et répété, peut être l'estocade finale, mais elle peut aussi avoir son effet contraire

- parce que l'immense majorité de l'humanité rêve plus de "l'amour toujours" que du fast-love en latex. Méfions-nous d'une audience qu'on ne soupçonne pas.

- parce que trop c'est trop et que l'excès de polémique tue la polémique. Je ne crois pas me tromper en ressentant, dans les médias, un discours qui est passé du triomphalisme à un acharnement hargneux.

- parce que le message sur la prévention du Sida est aujourd'hui brouillé. Si une partie des personnes affiche une radicalisation des points de vue, une très grande majorité se remet à réfléchir. Cette majorité, dans son for intérieur, n'est prisonnier d'aucun dogmatisme.

- parce qu'un fait nouveau est apparu : l'opinion catholique sur Internet. Ce fait est sans retour et assez puissant pour avoir incité les magazines en ligne, au contact de cette opinion, à une attitude plus respectueuse.

- parce que je crois que Dieu a vraiment dit que l'enfer pourra secouer les portes de l'Église, mais sans jamais les dégonder.
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MessageSujet: Re: Le sida et l'Afrique valaient mieux que cela   Dim 29 Mar 2009, 23:31

En voilà un dont l'avis vaut sont pesant d'or (source Golias... je sais... mais lisez et méditez quand même).

SIDA : le témoignage impressionnant d’un missionnaire
En qualité de Supérieur-Général puis de Délégué International de la Congrégation des Fils de la Charité, le Père Bouchaud a visité à plusieurs reprises tous les pays d’Amérique Latine et un bon nombre de pays d’Afrique. En fidélité à la mission des Fils de la Charité, il a été particulièrement attentif à la vie et aux problèmes des zones urbaines les plus pauvres. Puis, pendant huit ans, il a partagé la vie des habitants d’un bidonville de Mexico ; pendant trois ans, celle du ghetto de Chicago ; pendant un an, celle d’un quartier très populaire de Brazzaville, en Afrique, et, pendant treize ans, celle d’un bidonville de Manille, en Asie. Dans un continent ou un autre, le Père Bouchaud a animé plus de cent semaines de retraites de prêtres. Et il a recueilli beaucoup de confidences...

« Aujourd’hui, j’ai 86 ans. Que ce que je crois devoir dire n’apparaisse surtout pas comme un ensemble d’idées ou de théories, mais comme un devoir de conscience : la description de la réalité, telle qu’elle s’est, peu à peu, imposée à moi.

Cette réalité, c’est que les directives actuelles de notre Eglise, sur le terrain de la procréation, chargent les plus pauvres de notre monde de chaînes qui aggravent leur misère et contribuent à augmenter le nombre des humains vivant de manière inhumaine. Nulle part, dans ces immenses zones pauvres que j’ai d’abord visitées et auxquelles ensuite, j’ai appartenu, je n’ai vu les méthodes Billing, préconisées par les responsables de notre Eglise, faire preuve de quelque efficacité. Elles sont trop compliquées. Elles supposent une possibilité d’organiser la vie totalement inaccessible à la culture des pauvres. Elles sont pensées et expérimentées dans un monde qui n’est pas celui des pauvres. En imposant, comme seules solutions permises, des solutions qui leur sont inaccessibles et en interdisant les autres, l’Eglise contribue à enfermer les pauvres dans le cycle de la surnatalité.

Pendant les douze ans au cours desquels j’ai vécu dans le bidonville de Laura à Manille, j’ai vu la population de cette ville passer de 7 millions à plus de 13 millions et le nombre des habitants vivant en bidonville passer de 4 à 7 millions. J’ai vu un petit village de quelques centaines d’habitants, Bagong Silang, près de Manille, devenir une zone de 350.000 pauvres. J’ai vu plus de 7 millions d’hommes, et de femmes partir travailler à l’étranger et donc abandonner leurs familles pour les sauver de l’extrême pauvreté. J’ai vu des millions d’enfants s’entasser dans des taudis, assurés, presque tous, d’un avenir de misère. J’ai vu à Manille, comme à Mexico, comme à Brazzaville et ailleurs, des masses de jeunes, généreux et ouverts dans leur enfance, devenir, peu à peu, des membres de " gangs ", parce qu’ils vivent sans espace, sans travail et sans espérance.

Bien souvent, dans divers pays, j’ai senti la révolte gronder en moi, quand des parents de 8 ou 10 enfants, vivant dans l’affreuse misère de leur taudis, parfois avec un seul repas par jour (et quel repas !), me disaient en parlant du nombre de leurs enfants : " Nous sommes catholiques. C’est l’Eglise qui le veut…" Quand ces enfants seront adultes, comment n’auront-ils pas le désir de rejeter cette Eglise coupable, à leurs yeux, de la misère de leur enfance ?

Comment peut-on présenter l’interdiction du préservatif au nom de la dignité de la vie ?... alors que des millions de fœtus s’en vont, chaque jour, aux poubelles dans tous les coins du monde…ou sont enterrés comme des petits animaux, dans un quelconque recoin de terrain, par des parents qui aiment leurs enfants mais qui sont écrasés par l’impossibilité d’éduquer et même de nourrir leurs trop nombreux autres enfants déjà nés. Les vies de ces enfants, victimes de l’impossibilité dans laquelle se trouvent leurs parents de les faire vivre, sont-elles donc moins sacrées que celles des enfants possibles des gens « cultivés", capables de déchiffrer les messages des méthodes Billings, pour choisir, librement, de les faire naître ? Quand on vit au milieu des pauvres, comment leur expliquer ce qui apparaît comme les choix de notre Eglise à ce sujet ?... Moi, je n’ai pas pu ... Je ne peux pas ... J’aurais l’impression de trahir un message essentiel de Jésus.

J’ai découvert aussi une autre réalité dramatique : les malades du sida. Ils sont des millions dans le monde. La plupart d’entre eux sont jeunes, mariés, avec des enfants en bas âge. De toute évidence, la grande force pour ne pas être détruit par cette affreuse maladie, c’est un redoublement d’amour et de foi. Mais les risques de contagion leur interdisent les rapports conjugaux normaux. Or certains responsables dans l’Eglise affirment qu’en conséquence ils doivent vivre " comme frère et sœur " avec leur conjoint. Pourtant, dans ces moments de grande souffrance morale, le couple a particulièrement besoin de partage sexuel pour fortifier son amour. Le malade a besoin de ne pas se sentir rejeté comme un pestiféré... privé jusqu’à la mort de cette manifestation primordiale d’amour par celui ou celle qui l’aime... et qui aura, de surcroit, à prendre la responsabilité de se refuser à lui ou à elle. Je ne peux pas dire, au nom de Jésus, à ceux qui vivent ce drame, que l’interdiction du préservatif doit passer avant un amour à sauver pour un " condamné à mort ". Non ! je ne le peux pas parce que je suis sûr qu’aujourd’hui, Jésus ne dirait pas cela.

Je suis navré de constater que, dans ce domaine de la morale sexuelle, nous n’avons pas avancé depuis le Concile, et que nous avons même reculé. En effet, quand, jeune prêtre, je continuais mes études en Théologie à l’Université Catholique de Paris, on m’a enseigné que chaque famille devait avoir le nombre d’enfants qu’elle estimait, en conscience, pouvoir élever et éduquer dignement. Je retrouvais là une fidélité à l’esprit de Jésus, que je ne retrouve plus dans l’abondance et la surabondance des barrières et des mises en garde actuelles.

Notre Morale, spécialement en ce domaine de la Morale Sexuelle, ne s’est-elle pas égarée en se basant sur certaines conceptions philosophiques discutables, beaucoup plus que sur l’agir et l’enseignement de Jésus ? Je crois, pour ma part, cette question capitale. La préoccupation essentielle de Jésus face aux personnes en situation difficile sur le plan sexuel, n’est pas de les obliger à prendre tel ou tel chemin. Non ! c’est de les aider à retrouver leur responsabilité personnelle, dans la situation où ils sont. Face à la Samaritaine aux cinq maris successifs, face à la femme adultère, condamnée à mort par les autorités religieuses, face à Marie-Madeleine écrasée par son passé, Jésus ne condamne pas. Il ne brandit aucune obligation. Il leur prouve son amour : il les invite à se relever... Il ne leur donne même pas de conseils ... Il leur donne de chercher et de choisir, par elles-mêmes, les chemins pour changer leurs vies... Il les fait renaître à la liberté... Il leur fait retrouver leur dignité d’êtres responsables ...Il les remet dans le face à face avec Dieu, au cœur de leur vraie vie.

Ne sommes-nous pas, aujourd’hui, en train d’oublier ou de travestir ce message fondamental de Jésus ? ...et de perdre, en conséquence, la confiance des jeunes ? Chaque foyer devrait se poser librement des questions de cet ordre :
En conscience, tels que nous sommes tous les deux, avec notre santé, notre situation, notre assurance pour l’avenir et pour les croyants, notre foi en l’aide de Dieu, combien d’enfants pouvons-nous éduquer dignement ?
Comment organiser notre vie affective et sexuelle et comment y limiter les naissances, pour réaliser au mieux cette mission que Dieu confie à notre foyer ?

Cette responsabilité vécue apporterait, en elle-même, son cachet divin.

Ce serait, enfin, sur le terrain de la sexualité et de la procréation, une Bonne Nouvelle accessible à tous. Car, si les pauvres sont dans l’incapacité de comprendre et d’obéir aux méthodes Billings et autres, ils savent aussi bien et souvent mieux que les nantis décider par amour, vivre pour l’amour, et partager un magnifique amour.

Et à vous, frères spécialistes de la planification des naissances et de la morale conjugale dans notre Eglise, j’ose vous proposer ceci : " Venez partager, pendant quelques mois, la vie des pauvres dans l’un des innombrables bidonvilles de notre monde. Oubliez votre passé, votre culture, vos idées. Venez-y seulement avec votre Evangile. Et regardez, écoutez, dialoguez, méditez, priez. Cherchez loyalement et librement à découvrir ce que Jésus dirait et ferait, s’il était à notre place... ...en répétant sans cesse.les paroles lumineuses qu’il continue de nous adresser : ."Tout ce que vous faites aux plus petits des miens, c’est à moi que vous le faites". ...et en nous interrogeant tous, le chrétien de base comme le pape, sur cette question fondamentale de notre Foi : "Que dirait et que ferait Jésus s’il vivait aujourd’hui ? " »

Contact :secretariat@filsdelacharite.org
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Valtortiste91



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MessageSujet: Re: Le sida et l'Afrique valaient mieux que cela   Lun 30 Mar 2009, 06:32

adamev a écrit:

j’ose vous proposer ceci : " Venez partager, pendant quelques mois, la vie des pauvres dans l’un des innombrables bidonvilles de notre monde. Oubliez votre passé, votre culture, vos idées. Venez-y seulement avec votre Evangile. Et regardez, écoutez, dialoguez, méditez, priez. Cherchez loyalement et librement à découvrir ce que Jésus dirait et ferait, s’il était à notre place... ... »

Contact :secretariat@filsdelacharite.org
Je ""travaille" justement avec les Fils de la Charité dans un quartier populaire, le plus pauvre de mon département.
J'y suis en responsabilité depuis 15 ans. Le prêtre responsable - que j'aime beaucoup - n'a pas 86 ans, mais 36 ans de moins.
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