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 Les "racines musulmanes" de l'Europe

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Mécréant-LV



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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Lun 21 Avr 2008, 00:28

Dominique Urvoy, "fumeux" Shocked Shocked Shocked What a Face

En plus, tu mélanges tout...

Fin de ce débat, la discussion, à ce stade, n'étant plus possible Idea
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boudo



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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Lun 21 Avr 2008, 08:04

Débat passionnant , au contraire . On y découvre le caractère très ancien de l'amour-haine entre les laïques et les religieux de l'Occident chrétien . Merci à tous .
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Brice



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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Lun 21 Avr 2008, 09:33

BOnjour j'arrive un peu comme un cheveu sur la soupe dans ce débat mais Averroés n'a pas transmis Aristote aux européens mais des commentaires sur Aristote et c'est cela qui est repris par Saint Thomas d'Aquin, cela prouve qu'il y avait échange entre les Andalous (je ne dis ni arabe ni musulmans volontairement) et les occidentaux. Le reste c'est principalement de la manipulation idéologique (dans les deux sens).
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Lun 21 Avr 2008, 10:01

Brice a écrit:
BOnjour j'arrive un peu comme un cheveu sur la soupe dans ce débat mais Averroés n'a pas transmis Aristote aux européens mais des commentaires sur Aristote .

C'est vrai.

Et ce sont ces commentaires qui ont conduit les grands professeurs de l'époque à se procurer les manuscrits grecs de l'époque et à les faire traduire. Ils étaient jusque là, à part la logique, absolument inconnus et donc non utilisés.

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Arnaud
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Brice



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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Lun 21 Avr 2008, 10:28

En fait même, les commentaires d'Averroès était aussi importants pour ses contemporains que les textes d'Aristote eux-mêmes.
Je reviens sur le fait qu'en effet Averroès était répudié par ses coreligionnaires, ce qui fut également le cas de nombre de penseurs chrétiens également, je ne pense pas que l'Islam en soit fut plus tolérant que le christianisme à cette époque, ce qui fit la richesse de l'Andalousie c'est d'être un carrefour de cultures et de civilisation. Après tout il est aussi important d'être un vecteur de culture qu'un créateur de culture.
Pour revenir sur Averroès son rôle fondateur est d'avoir essayé d'accorder spiritualité et raison, on ne peut donc pas ignorer son influence sur la pensé de l'époque.
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Mécréant-LV



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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Lun 21 Avr 2008, 13:11

Brice a écrit:
BOnjour j'arrive un peu comme un cheveu sur la soupe dans ce débat mais Averroés n'a pas transmis Aristote aux européens mais des commentaires sur Aristote et c'est cela qui est repris par Saint Thomas d'Aquin, cela prouve qu'il y avait échange entre les Andalous (je ne dis ni arabe ni musulmans volontairement) et les occidentaux. Le reste c'est principalement de la manipulation idéologique (dans les deux sens).

Bravo à Brice, qui a ENFIN réussi à mettre tout le monde d'accord thumleft
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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Jeu 01 Mai 2008, 04:10

Citation :
Fatwa contre Sylvain Gouguenheim

Sylvain Gouguenheim est cet historien qui vient d'écrire un livre qui fait polémique. Il y dit en effet que les textes grecques anciens ne nous ont pas été transmis par les Musulmans, mais par des érudits chrétiens qui, au Moyen-âge maîtrisaient la langue d’Aristote. Les commissaires politiques de l'Ecole Normale Supérieure lui sont tombés dessus en publiant dans Télérama une pétition l'accusant de manquement au politiquement correct. D'autres censeurs, un "collectif international" de chercheurs, dénoncent dans Libération le crime de l’auteur, qui a osé identifier l’Europe éternelle à la chrétienté, "projet idéologique aux connotations politiques inacceptables". Suivez mon regard...

Dans Le Monde (plus objectif pour l'occasion), Sylvain Gouguenheim s'indigne et rétorque :

"Je suis bouleversé par la virulence et la nature de ces attaques. On me prête des intentions que je n'ai pas. Pour écrire ce livre, j'ai utilisé des dizaines d'articles de spécialistes très divers."

Michel Janva

Posté le 30 avril 2008

http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2008/04/fatwa-contre-sy.html
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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Jeu 01 Mai 2008, 04:11

Citation :
LE CAUCHEMAR VYCHINSKY : SYLVAIN GOUGUENHEIM

Le cauchemar Vychinsky, du nom du célèbre compagnon de Staline, procureur général du régime lors des « procès de Moscou », continue dans notre pays. Cette fois-ci c’est au tour du médiéviste Sylvain Gouguenheim de comparaître devant le tribunal du Politburo islamogauchiste. Il n’est pas le premier. Il ne sera pas le dernier.

Il y a eu Michel Houellebecq accusé en 2001 de propos racistes et islamophobes. Son crime, avoir déclaré, en septembre 2001 dans le mensuel « Lire », son rejet de tous les monothéismes avec toutefois cette précision : « la religion la plus con, c'est quand même l'islam. Quand on lit le Coran on est effondré... effondré! » Les tours jumelles allaient bientôt s’effondrer en même temps que les cons zélés allaient porter plainte. Parmi ceux-ci Mouloud Aounit, le petit procureur stalinien du MRAP qui démontrera une parfaite maîtrise de l’art de la synthèse islamogauchiste, puisque n’ayant pas son pareil pour marier petit livre rouge, petit livre vert et sans doute quelques chapitres du petit livre brun. Parallèlement à ce tir de barrage, on entendra les petits choeurs gauchistes de l’armée verte chanter que Houellebecq serait un « beauf égaré en littérature », un « nouveau réactionnaire ». Quelques voix à gauche le défendront toutefois, notamment Dominique Noguez et Philippe Sollers

En octobre 2003 c’est au tour de Louis Chagnon de subir l’assaut des milices parajudiciaires. Après avoir donné un cours sur le monde islamique prévu au programme de 5e, il sera accusé de « propos racistes anti-musulmans ». Qu’a-t-il bien pu raconter à ses élèves ? À vrai dire, juste la réalité dans son intégralité. Il compléta le cours classique sur l’islam, où Mahomet y est souvent dépeint comme un pieu bédouin, progressiste et tolérant, par les aspects guerriers de la vie du prophète de l’islam, mentionnant ainsi les pillages et les massacres ordonnés par celui-ci, notamment celui de la tribu juive des Beni Qoraiza, où 900 hommes furent massacrés en une seule journée. L’affaire montée en épingle par des parents d’élèves soutenus par le MRAP vaudra au professeur Chagnon un blâme de la part de sa hiérarchie ainsi qu’une citation directe à comparaître devant le Tribunal de Nanterre, adressée par le procureur Aounit, pour « appel à la haine raciale et propos racistes anti-musulmans ». Chose que je n’ai absolument pas comprise. Allah limite que les descendants directs de Mahomet, faisant fi de leurs propres livres, aient porté plainte pour diffamation soit, mais là « propos racistes », je ne vois pas. À moins que le procureur Aounit soit un descendant direct du prophète et que cette réalité infamante soit perçue par lui comme diffamante, ce qui se règle non pas devant un tribunal mais plutôt chez un psy. Signalons au passage notre joie d’apprendre que le tribunal administratif de Paris, vient d’annuler (par un jugement du 26 févier 2008) la mesure disciplinaire qui frappait Louis Chagnon.

8 février 2006, Charlie Hebdo publie les caricatures de Mahomet avec en première page ce titre « Mahomet débordé par les intégristes » jouxtant un dessin de Cabu qui représente Mahomet se prenant la tête entre les mains et disant « c’est dur d’être aimé par des cons… » Charlie Hebdo ne fut pas le seul à publier les caricatures mais le seul à être poursuivi par les cons habituels, sans doute blessés par la vérité. Le procureur Aounit sans se joindre à la plainte qualifiera tout de même ces caricatures « d’islamophobie rampante » et estimera qu’elles font exception à la liberté d’expression. Un procès qui accompagnera un autre, celui du directeur du journal Philippe Val, accusé par nos amis gauchistes d’autoritarisme, d’avoir « recentré » son discours, et de soutenir Israël. Bref, Philippe Val serait presque un néoconservateur qui mériterait d’être abattu.

19 septembre 2006, c’est au tour du professeur Redeker de devenir l’objet d’une chasse à l’homme. Il publie ce jour-là une tribune dans le Figaro intitulée « Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre », où il rappelle simplement que la démarche des islamistes visant à imposer les règles de l’islam au monde libre n’est pas le fruit de leur simple esprit. « Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran ». Mahomet, leur « beau modèle », ayant été un « chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame ». Notre professeur se verra démontrer l’inverse de ses propos par une belle fatwa appelant à son assassinat. Le procureur Aounit comparera lui Robert Redeker à Ben Laden (sic) pendant qu’à la télé j’entendrai à travers un reportage effectué dans le lycée où enseignait Robert Redeker ces propos dans la bouche d’élèves « on ne savait pas qu’il avait ces idées-là ». Ces idées-là (re-sic). Un début de procès qui sera arrêté par la levée de boucliers pro-Redeker de la part d’une bonne partie de la communauté intellectuelle de gauche comme de droite.

Un peu comme pour Ayaan Hirsi Ali que l’on recevait récemment à Paris et qui eut droit, d’un côté, aux mêmes soutiens dont bénéficia Monsieur Redeker pendant que d’autres la présentaient comme trop proche des milieux néoconservateurs. Comme si les faits et la réalité étaient nécessairement une affaire de politique.

Il semble malheureusement que ce soit le cas puisque le professeur Gouguenheim s’apprête à faire les frais d’une tribune le visant, signée par une quarantaine d’historiens et de philosophes des sciences, qui doit paraître ces jours-ci dans Le Monde et Libération sous le titre « prendre de vieilles lunes pour de nouvelles étoiles ou comment refaire aujourd’hui l’histoire des savoirs ». Une pétition dont le texte se conclut ainsi « Il est difficile de voir dans l’ouvrage de S. Gouguenheim, tel que Le Monde en rapporte les thèses de façon complaisante – lui assurant ainsi une diffusion inespéré – autre chose que les propos d’un idéologue ». Mais de quoi peut-il bien s’agir ?

Laissons Max Gallo nous l’expliquer tel qu’il le fit très justement dimanche matin dans l’émission de France culture « Esprit public »

Dans « Aristote au Mont Saint Michel, Sylvain Gouguenheim, un très bon médiéviste, professeur à l’Ecole Normale Supérieure, démontre que le vulgate selon laquelle la connaissance des philosophes grecs nous est venue par l’intermédiaire de l’islam est pour le moins à reconsidérer, en tout cas à discuter puisqu’il fait état de la traduction des œuvres d’Aristote au Mont St Michel par un personnage qui se nomme Jacques de Venise. Et malheureusement cette thèse fort intéressante ne va pas pouvoir être discutée calmement puisque dans l’un des Le Monde de cette semaine, j’apprends qu’il y a une pétition d’une quarantaine de médiévistes déclarant que monsieur Gouguenheim n’est jamais que l’un de ceux favorables à la thèse du choc des civilisations, que ce livre est un scandale, d’extreme-droite etc. Bref, dès lors que l’on n’est pas tout à fait d’accord avec la doxa, avec ce qui règne, même quand on est un médiéviste indiscutable, il devient dangereux de faire de l’histoire ».

D’autant plus dangereux quand on est un spécialiste de la mystique rhénane, des chevaliers teutoniques et des croisades, comme le rappelle gentiment Assouline dans son petit billet si délicatement fielleux.

Éléments « croisés » qui permettraient d’étayer la thèse d’accointances avec l’extrême-droite. Car outre le fait qu’il cite dans la bibliographie de son livre René Marchand, un essayiste marqué très à droite, après une enquête approfondie de nos petits juges d’instruction, il se trouverait que le site islamovigilant « occidentalis », définit par certains comme d’extreme-droite, aurait publié les bonnes feuilles du livre neuf mois avant sa parution. Un site où un certain Sylvain G. aurait déposé des commentaires encore plus vifs que dans le livre. Un site certes très à droite mais où l’on pouvait lire des positions pro-israéliennes et pro-américaines, des positions incompatibles avec la philosophie générale de l’extreme-droite.

Mais il est vrai que pour nos intellogauchistes si tolérants, si humanistes, c’est déjà trop. Car voyez-vous, l’important pour nos petits procureurs n’est pas comment vous vous définissez, ce que vous êtes maintenant, mais comment ils vous jugent, ce que vous avez été politiquement, dans votre stupide jeunesse, voir même dans une vie antérieure.

Or déjà que centriste c’est limite et que néoconservateur résonne dans la bouche de ces staliniens comme fasciste, imaginez le sort réservé alors à des sites ultraconservateurs. Leur crime politique est au-dessus de tout. Ils sont irrécupérables ma bonne-dame. Comme quoi nos intellogauchistes demeurent pour la peine capitale en matière politique. Avec en plus un goût pour la pensée virale. Non seulement tout militant de la droite ultraconservatrice restera un malade à vie, mais toute personne effleurant tout militant de cette droite le deviendra quasi-instantanément. Il n’y a que les va-et-vient entre gauche et extreme-gauche qui ne leur posent aucun problème. Et dire que ces gens-là sont payés pour réfléchir.

Une fragilité intellectuelle et une reductio ad Hitlerum qui explique parmi le tas d’arguments de mauvaise foi, cette perle dans l’une des tribunes « à propos du livre de Sylvain Gougueheim ». La thèse de Monsieur Gouguenheim serait la « négation » d’un siècle de travaux mais aussi une « révision » de l’histoire. Après la négation de crimes contre l’humanité voici le négationnisme ou le révisionnisme de « progrès en recherche historique ». À moins que la « translatio studiarum », l’échange d’études, entre musulmans et chrétiens soit un crime indéniable ou à moins que ce ne soit l’absence d’échanges le crime non révisable. Il est vrai que je m’y perds un peu dans toute cette confusion mentale…

Moralité de l’histoire, au lieu de nous proposer un intéressant débat, ces historiens préfèrent nous proposer un petit procès moscovite, visant à classer cette thèse dans « l’islamophobie ambiante », le tout à quarante contre un. Bravo, quel courage. Il ne manque plus que la plaidoirie du procureur général Aounit.

Voyez-vous messieurs dames gogochistes, la différence entre vous et les droites que vous conspuer, qu’elle soit républicaine, néoconservatrice et même ultraconservatrice, réside dans le fait que ces droites n’agitent pas la menace du tribunal, ne pétitionnent pas quand des marxistes, rêvant de la chute de la république, intègrent les universités de cette même république, ou à chaque fois que l’un de ces universitaires propose une thèse sociologique, historique, que sais-je, inspirée par la grille d’analyse marxiste. Et pourtant ce ne sont pas ce genre de thèses qui manquent. Comme quoi la tentation totalitaire n’est pas toujours là où on la dénonce mais après tout comme la meilleure défense reste l’attaque…

En attendant la plaidoirie ou bien un salutaire débat, je lirai non seulement ce livre mais soutiendrai également Monsieur Gouguenheim face aux disciples de Vychinsky.

VaSILi Sharangovich

http://republicoin.blogspot.com/2008/04/le-cauchemard-vychinsky-sylvain.html

(via Bivouac-ID Idea )
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Jeu 01 Mai 2008, 07:47

Il est absolument idiot de faire un procès politique là où doit juste intervenir un débat historique, fondé sur les sources, comme nous l'avons fait dans un autre sujet.

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Arnaud
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bajulum



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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Jeu 01 Mai 2008, 10:40

La France est le dernier pays stalinien d'europe. Ses habitants sont aussi parmi les plus sots puisque nous avons le 19ème QI d'europe. Et si ceci expliquait cela ?
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boudo



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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Jeu 01 Mai 2008, 11:06

J'ai horreur des étiquettes et des injures et les débats scientifiques doivent avoir lieu publiquement dans les espaces et médias réservés à cet effet , pas devant les juges .
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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Jeu 01 Mai 2008, 23:26

bajulum a écrit:
La France est le dernier pays stalinien d'europe. Ses habitants sont aussi parmi les plus sots puisque nous avons le 19ème QI d'europe. Et si ceci expliquait cela ?

OPTIME

le "si " est de trop
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Mécréant-LV



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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Ven 02 Mai 2008, 00:05

La réaction épidermique de la propagandastaffel, qui n'en finit plus de hurler, prouve surtout à quel point M. Gouguenheim tape juste, là où il faut.

Là où ca fait mal Idea

Et une manière intelligente de le soutenir est, par exemple, d'acheter son excellent bouquin ;)
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boudo



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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Ven 02 Mai 2008, 03:54

L'avez-vous acheté , vous ?
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Mécréant-LV



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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Ven 02 Mai 2008, 03:59

La commande est en cours Idea
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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Dim 05 Oct 2008, 12:06

Radio Courtoisie : L’Histoire et l’historiquement correct

Emission diffusée le 19 septembre 2008

Pour illustrer l’historiquement correct - formule de Jean Sévillia maintenant bien connue - Pierre-Alexandre Bouclay a invité Sylvain Gouguenheim, historien médiéviste, auteur du livre Aristote au mont Saint-Michel : Les racines grecques de l’Europe chrétienne dans lequel celui-ci développe la thèse selon laquelle les élites lettrées du Moyen Age, dans une quête volontaire qui correspond à un besoin de retrouver des éléments philosophiques ou scientifiques, ont redécouvert le savoir grec qu’ils avaient effectivement perdu, en empruntant plusieurs chemins de connaissance : une filière arabe indiscutable, mais également une filière grecque bien plus importante. Depuis la publication de ce livre, Sylvain Gouguenheim est plongé dans une cabale qui rappelle beaucoup les précédentes subies par Stéphane Courtois lorsqu’il publia le Livre Noir du Communisme et, plus récemment, par Olivier Pétré-Grenouilleau lorsqu’il voulut remettre en question l’histoire officielle de la traite négrière. Avec la participation de Jacques Heers, historien médiéviste, professeur honoraire à la Sorbonne, et Anne-Marie Le Pourhiet, professeur de droit public à l’Université de Rennes. (1:27:33)

Pour écouter l'émission : http://fr.novopress.info/?p=13422
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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Dim 05 Oct 2008, 12:08

(je poste l'info, qui fait un peu suite au précédent post, ici, afin de ne pas disperser le thème sur plusieurs fils Wink )

Hystérie xénophile : Léonard de Vinci était arabe

Posté le 2 octobre 2008 | Auteur : bds

Après les délires afro-centristes (les Egyptiens étaient noirs, Athènes doit tout à l’Afrique, l’Afrique berceau des sciences etc.), après la tentative — toujours d’actualité — d’établir d’extravagantes “racines islamiques” à l’Europe (affaire Guggenheim), après l’Andalousie “des Lumières”, les professionnels de l’auto-détestation et du métissage ont enfourché un nouveau cheval de bataille : Léonard de Vinci était arabe…

Selon un chercheur italien qui aurait réussi à isoler une empreinte digitale, Leonard de Vinci pourrait avoir une ascendance arabe. «Il s’agit de l’unique indice organique laissé par le génie Florentin », explique Luigi Capasso, directeur du département d’anthropologie à l’université de Chieti.

Se référant aux études de dactyloscopie (discipline scientifique qui s’intéresse aux crêtes et sillons présents à l’extrémité des doigts), le chercheur affirme que cette empreinte présente toutes les caractéristiques de celles généralement observées chez les peuples arabes. «Près de 65% des populations du Proche-Orient présentent les mêmes structures dactylographiques que celles reconstituées sur cette empreinte».

La biographie généralement retenue par les historiens veut que Léonard de Vinci soit né en 1452 des amours illégitimes de Ser Piero da Vinci avec Catarina, une pauvre paysanne. Le directeur du Museo Ideale à Florence pense qu’il y a une forte probabilité que l’enfant soit plutôt le fils d’une captive arabe, l’esclavage ayant largement cours à l’époque en Toscane. Voire, l’année même de la naissance de Léonard une loi fut édictée octroyant aux maîtres des droits sur leurs prisonniers. L’une des femmes opprimées dont l’histoire n’a pas retenu le nom aurait ainsi donné au monde l’un des plus grands génies de l’humanité. »

Arabe, esclavage, oppression et génie de l’humanité… Faut-il vous faire un dessin ?

Cette longue suite de doutes, d’hypothèses et de traficotages statistiques, qui imposerait de prendre cette information avec des pincettes de la taille d’un super-tanker, n’a pas dissuadé les “journaux” grand public (ci-contre, le Figaro) de reprendre allègrement l’information et de la transformer, par la magie du raccourci facile, en un titre bien claquant et plus accrocheur : “Vinci, l’arabe” (voir aussi).



Et c’est ainsi que l’hypothèse devint certitude. Bientôt, c’est l’évidence, la certitude deviendra le nouveau dogme enseigné aux enfants dès l’école primaire, et ce nouveau conte-à-dormir-debout sera abondamment repris dans les manuels scolaires, toujours en pointe en ce qui concerne les “petits arrangements” idéologiques.

Et chez les salonnards de plateau télé, celui qui osera remettre en question le bien fondé de l’invasion migratoire ou affirmer la pré-éminence des cultures européennes se verra bientôt répondre par un(e) sot(te) aux airs pénétrés : “Mais tu sais, Leonard de Vinci était arabe ! “

____________________
Prochaine épisode : on a retouvé un poil de Jeanne d’Arc dans le bûcher de Rouen. Les analyses sont formelles : elle était noire, fille d’esclave, et homosexuelle.

(parmi différentes sources : voir ici) (info via Spoiler)

http://www.fdesouche.com/?p=4432

Notre continent est devenu un gigantesque asile à ciel ouvert :evil: :evil: :evil:
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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Dim 05 Oct 2008, 12:15

:rigolo:

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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Dim 05 Oct 2008, 12:16

Rémi BRAGUE (Paris I / LMU)

Grec, arabe, européen
A propos d’une polémique récente


Commençons par rappeler les faits : Sylvain Gouguenheim, agrégé d’histoire, docteur ès-lettres, professeur d’histoire médiévale à l’École Normale Supérieure de Lyon (ex-Saint-Cloud), auteur de plusieurs ouvrages : sur Hildegarde de Bingen, sur les « terreurs de l’an Mil », sur les chevaliers teutoniques, publie en mars 2008 un livre dont le thème général est la transmission de l’héritage intellectuel de la Grèce à l’Europe médiévale . La thèse est que l’essentiel de cette transmission s’est effectué directement, ce qui tend à réduire le rôle de la médiation arabe.
Le livre a suscité un scandale inaccoutumé. Il a débordé le milieu assez restreint des gens compétents. La polémique a dérapé vers des procédés inhabituels entre universitaires, pour lesquels l’arme absolue ne va pas plus loin, à l’accoutumée, que l’éreintement dans une revue spécialisée . En l’occurrence, des manifestes furent publiés dans la presse et l’on fit circuler des pétitions.
J’aimerais ici, d’abord, présenter quelques observations sur les phénomènes qui me semblent avoir rendu possible une telle querelle. Puis, je traiterai sommairement la question du rôle de la culture arabe dans la formation de l’Europe intellectuelle.

Pourquoi le scandale ?

Université et médias

Le premier problème me semble être celui de l’articulation du savoir universitaire sur le discours médiatique.
La polémique est partie d’une recension parue dans Le Monde du 4 avril. Son auteur, Roger-Pol Droit, le chroniqueur philosophique habituel du journal, y présente le livre comme opérant une révolution totale : on croyait jusqu’alors que l’Europe devait tout au monde arabe ; on sait désormais qu’elle ne lui doit rien. Le langage médiatique rabote les nuances et traduit en binaire (tout/rien, bien/mal, etc.). Hegel disait que la philosophie peignait gris sur gris. Il en est de même des petits bouts d’ivoire que polissent les historiens. Les médias, eux, brossent leurs fresques en noir et blanc.
Des manifestes parurent donc, qui évoquaient l’article, sans en nommer l’auteur, et s’attaquaient au livre de S. Gouguenheim. Parmi les signataires, on trouvait des historiens unanimement reconnus dans l’étude de la question. D’autres étaient médiévistes, mais s’occupaient d’autres domaines. Certains, peu nombreux il est vrai, ne connaissaient à peu près rien au Moyen Age. En ce qui me concerne, je me suis abstenu de toute réaction positive ou négative, tout simplement parce que j’étais à l’étranger et n’avais pas encore pu me procurer le livre. On chuchote que certains signataires n’auraient pas eu ce scrupule…
Certaines critiques étaient tout à fait courtoises. On signala des erreurs de fait, des interprétations tendancieuses, une bibliographie incomplète et datée. Tous arguments recevables dans une discussion scientifique de bon ton.
Malheureusement, on lut et entendit aussi des amalgames peu compréhensibles. On mentionna pêle-mêle l’immigration, les discours du Pape, on cria au « racisme » et à l’« islamophobie ».

Une intelligentsia cloisonnée

Le second problème est celui de la structure de l’intelligentsia française. Elle souffre d’un manque de communication entre les chercheurs du CNRS, de l’Université ou des autres établissements d’enseignement supérieur, d’une part, et le grand public, d’autre part. Bien des chercheurs ne publient que dans des revues spécialisées qui ne sont guère lues que par leurs collègues. Certains auraient l’impression de déroger, ou tout simplement de perdre leur temps, s’ils écrivaient pour un public moins restreint. Ceux qui vulgarisent ne sont pas toujours regardés avec beaucoup de bienveillance par ceux qui s’en abstiennent.
Le résultat de ce divorce entre spécialistes et médias est que le marché du prêt-à-penser est entre les mains de gens fort peu compétents, dont personne ne prend soin de rectifier les allégations quand c’est nécessaire. D’où la présence sur ledit marché de plusieurs légendes, au gré des modes.
Les gens compétents ont raison de dire que ce que S. Gouguenheim a écrit, « tout le monde le savait déjà ». C’est exact si l’on prend « tout le monde » au sens où l’on parle du « tout-Paris », ce qui veut dire, dans les deux cas, quelques dizaines de personnes. Si en revanche, on pense au non-spécialiste qui cherche à s’informer dans la presse ou dans les médias, force est de constater que la légende qui y domine actuellement, « la thèse la plus médiatisée » (AMSM, p. 14), est bien celle contre laquelle s’élève S. Gouguenheim, lequel ne prétend pas faire plus que « donner à un public aussi large que possible […] des éléments d’information et de comparaison issus des travaux de spécialistes, souvent peu médiatisés » (AMSM, p. 10).
On peut regretter qu’il ne soit pas sur ces questions le meilleur spécialiste dont on puisse rêver. Mais pourquoi les spécialistes lui ont-ils laissé la tâche désagréable de rectifier le tir ? Et pourquoi abandonnent-ils le terrain à des ignorants, des menteurs et/ou des propagandistes ?

La légende à la mode

Qu’il existe une telle légende constitue le troisième des problèmes que j’ai mentionnés. On peut la décrire à grands traits, telle qu’on la rencontre dans de larges secteurs des médias. L’idée générale est que, au Moyen Age, ce qui s’appelle aujourd’hui l’Europe, la chrétienté latine, si l’on préfère, était plongée dans une obscurité profonde. L’Église catholique y faisait régner la terreur. En revanche, le monde islamique était le théâtre d’une large tolérance. Musulmans, juifs et chrétiens y vivaient en harmonie. Tous cultivaient la science et la philosophie. Au XIIe siècle, la lumière du savoir grec traduit en arabe passa d’Islam en Europe. Avec elle, c’était la rationalité qui y rentrait, permettant, voire provoquant la Renaissance, puis les Lumières.
Il est clair qu’aucun de ceux qui ont étudié les faits d’un peu près ne soutient une telle caricature. Il est clair aussi que ceux qui la rejettent le font soit pour de bonnes raisons, liées à un savoir plus exact, soit pour des raisons beaucoup moins avouables, comme le préjugé selon lequel les Arabes auraient de toute façon toujours été incapables de science ou de philosophie… Je suis payé (au sens propre) pour savoir que c’est on ne peut plus faux.
On a en tout cas un peu vite fait de dire que S. Gouguenheim s’en prendrait à des moulins à vent, que « personne » n’adhèrerait à la légende rose que j’ai dite. Car, encore une fois, si l’on veut dire : personne parmi les spécialistes, la cause est entendue. Si l’on veut dire en revanche : personne parmi ceux qui font l’opinion, on se trompe lourdement.

Un exemple : Sylvestre II

Comme exemple, ce discours du roi du Maroc prononcé à l’occasion de l’ouverture du festival de musique sacrée de Fez . On y explique que Gerbert d’Aurillac, le futur Pape Sylvestre II (mort en 1003) a tiré le savoir mathématique qui faisait l’admiration de ses contemporains de ses études à l’Université de Fez.
On suppose donc que : 1) la Qarawiyin (fondée en 859) était une université au sens européen de ce terme et non simplement une mosquée « générale » (jâmi‘a), mot qui en est venu à désigner une université dans le monde arabe contemporain ; 2) on y enseignait non seulement l’exégèse coranique, les traditions sur le prophète et le droit islamique (fiqh), mais aussi les sciences profanes, dont les mathématiques—et pas seulement ce qu’il faut pour calculer la direction de La Mecque ; 3) un chrétien venu d’Europe était le bienvenu à Fez où il pouvait séjourner en toute sécurité ; 4) Gerbert avait appris assez d’arabe pour suivre un enseignement supérieur dans cette langue .
Bien sûr, les gens compétents ont devant de telles sornettes le sourire distingué de la supériorité. Et ils me demanderont s’il était bien nécessaire d’épingler ainsi le malheureux écrivaillon qui a pondu ce laïus. Mais est-ce eux qui lisent les dépliants des agences de voyages ? Est-ce à eux que les guides serinent sur place de telles contrevérités ? Est-ce eux qui regardent la télévision ? Faut-il laisser à la merci du faux les braves gens tout prêts à apprendre ?
Et que faire lorsque des hommes politiques, des décideurs au plus haut niveau, sur les deux rives de la Méditerranée, s’en laissent accroire par ceux qui les conseillent ou rédigent leurs discours ?


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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Dim 05 Oct 2008, 12:17

La maison de la sagesse

Il me faut mentionner ici un second exemple, tant il est répandu. C’est celui de la « maison de la sagesse » (bayt al-hikma) de Bagdad. La légende y voit une sorte de C.N.R.S., un centre de recherche généreusement subventionné par les Califes amoureux du savoir, et où des traducteurs auraient été payés pour faire passer à l’arabe les trésors de la science et de la philosophie grecques.
La légende ne se nourrit que de soi ; rien de tout cela ne résiste à l’examen critique. La maison de la sagesse abritait bien une bibliothèque. Mais l’activité de tous les traducteurs que nous connaissons était commanditée par des clients privés, nullement par l’appareil d’État. Enfin, plus on remonte en arrière dans le temps, moins les chroniqueurs mettent en rapport l’activité de traduction avec cette fameuse maison .
Il semble que l’institution en question n’avait rien à voir avec les traductions, ni même en général avec le savoir profane, d’origine grecque. Elle semble avoir été avant tout à usage interne, plus précisément une sorte d’officine de propagande en faveur de la doctrine politique et religieuse que soutenaient les Califes de l’époque, à savoir le mu‘tazilisme, lui aussi objet de bien des légendes.
Rappelons en deux mots que les Mu‘tazilites étaient bien partisans de la liberté morale de l’homme comme indispensable pour penser la justice de Dieu qui ne peut récompenser et punir que des gens responsables de leurs actes. Mais n’oublions pas que, dans la pratique, ils ont lancé le pouvoir califal contre leurs adversaires en une campagne que bien des historiens nomment, au prix d’un anachronisme, « inquisition ».

L’Andalousie

Toute cette légende se replace dans le cadre d’un rêve rétrospectif, celui d’une société multiculturelle où aurait régné la tolérance. En particulier, l’Espagne sous domination musulmane (al-Andalus) aurait été la préfiguration de notre rêve d’avenir d’une société bigarrée de peuples et de croyances vivant en bonne intelligence. Le niveau culturel y aurait été fantastiquement élevé. Cela aurait duré jusqu’à la Reconquête chrétienne, laquelle aurait inauguré le règne du fanatisme, de l’obscurantisme, etc.
Les lieux où coexistaient effectivement plusieurs ethnies et religions ont tous disparu. Certains, comme Alexandrie ou la Bosnie, l’ont fait assez récemment pour que le souvenir de ces échecs, sanglant dans le dernier cas, ne se soit pas encore effacé. Et ne parlons pas de l’Irak… L’Espagne musulmane, elle, est assez éloignée dans le temps pour que l’on puisse encore en idéaliser la mémoire. De plus, l’Espagne est, depuis le XVIe siècle, le lieu idéal des légendes et des clichés. Cela a commencé par la « légende noire » sur la conquête du Nouveau Monde. Répandue par les plumitifs stipendiés par les rivaux commerciaux des espagnols et des portugais, dont la France, elle permettait à ceux-ci de légitimer leur piraterie d’État (dite « guerre de course »). N’insistons pas sur les poncifs « orientalistes » de Gautier et de Mérimée. Donc, pourquoi ne pas ajouter aux castagnettes et aux mantilles un al-Andalus rose ?
Pour le dire en passant, il serait fort instructif de reconstituer les origines de ce mythe andalou, depuis l’américain Washington Irving en passant par Nietzsche.
Un arabisant espagnol, Serafín Fanjul, s’est donné pour tâche de détruire cette légende et de montrer que les régions d’Espagne sous domination musulmane n’étaient ni plus ni moins agréables pour les communautés minoritaires que les régions chrétiennes. Des deux côtés, on constate discriminations et persécutions, le tout sur l’arrière-plan d’expéditions de pillage et de rapt. Plutôt que d’une coexistence (convivencia) harmonieuse, il s’agissait d’un système voisin de l’apartheid sud-africain . Là aussi, rien qui soit nouveau pour les historiens qui ont de cette époque une connaissance de première main. Mais qui les lit ?

Oublié ?

A toutes ces légendes vient se superposer ce que l’on pourrait appeler une « métalégende », une légende sur la légende. Cet état de choses si éminemment positif aurait été oublié. Voire, il aurait été refoulé de la mémoire de l’Occident par un processus volontaire, dû à quelque complot obscurantiste. De la sorte, la boucle paranoïaque est bouclée : si l’on ne trouve pas de traces du passé tel qu’on l’imagine, c’est que ces traces ont été effacées…
Mais est-ce bien vrai ? A-t-on jamais perdu de vue la contribution arabe au patrimoine culturel européen ? On parle à ce propos d’un « héritage oublié ». À ma connaissance, l’expression a été lancée par un livre de Maria Rosa Menocal, professeur de littérature comparée à Yale . L’ouvrage portait surtout sur le domaine ibérique. Il montrait que les littératures de la péninsule ont emprunté genres et thèmes aux auteurs d’expression arabe. Ce qui est fort exact. Peu après, l’expression a été rendue populaire en France par un chapitre d’Alain de Libera qui portait ce titre et qui la transposait au domaine de la philosophie .
Or donc, je me demande si la mention d’un « oubli », devenue depuis lors une sorte de slogan, ne serait pas un « coup de pub ». Car il faut poser au niveau de l’histoire la même question que celle que j’ai posée un peu plus haut à celui de l’actualité, celle du sujet à qui on attribue le savoir ou l’ignorance. En un mot : cet héritage a été oublié par qui ? L’homme de la rue ne l’a jamais oublié, pour la bonne raison qu’il ne l’avait jamais su. Mais les gens un peu cultivés ?
Avec la « Renaissance » et le mouvement humaniste, il se produisit une réaction contre la scolastique et ses défauts prétendus : mauvais latin, subtilités, abstractions, etc. Elle engloba les arabes dans le mépris de ce qui n’était pas le platonisme et l’aristotélisme supposés « purs ». Mais il fut vite corrigé par les études précises produites par les générations d’orientalistes qui se sont succédées depuis le XVIe siècle dans toute l’Europe : Guillaume Postel, Barthélemy d’Herbelot, Ignace Goldziher, et tant d’autres. Les érudits non orientalistes n’ont pas, eux non plus, oublié le rôle des Arabes. J’ai cité ailleurs deux textes du XVIIIe siècle qui le mentionnent. Et voici un passage d’Auguste Comte, trouvé au hasard de mes lectures : « Par une honorable transmission de la science grecque, la civilisation arabe figurera toujours parmi les éléments essentiels de notre grande préparation au Moyen Age ».
On ne cesse de répéter, pour s’en faire honte, des déclarations sur l’incapacité prétendue des « Sémites » à la pensée philosophique. À y regarder de plus près, elles sont en fait presque exclusivement localisées au XIXe siècle, voire au seul Ernest Renan. Celui-ci a en effet appliqué à l’histoire de la culture ce racisme tranquille, et d’ailleurs encore relativement de bon ton par rapport aux horreurs du siècle suivant, que partageaient bien de ses contemporains : la philosophie serait essentiellement « aryenne », et jamais « sémite » ; les philosophes de l’Islam auraient tous été des Persans, etc. Mais les naïvetés de Renan font-elles le poids face aux travaux imposants des orientalistes que j’ai nommés ?

Des nuances

J’en viens à l’aspect positif de mon propos, et tenterai une rapide synthèse de la question. Pour ce faire, je me permettrai de reprendre quelques résultats, évidemment provisoires, de deux de mes livres, auxquels je renvoie pour plus de détails .
Commençons par rappeler un peu plus précisément la thèse de S. Gouguenheim. La contribution de la civilisation islamique à celle de l’Europe est réelle, et personne ne songe à la nier. Mais elle est moins exclusive que ce que certains voudraient nous faire croire . La transmission directe à partir de l’Orient byzantin est plus importante qu’on ne l’a pensé. L’Europe latine n’a jamais cessé de loucher avec envie vers Constantinople. Un mince filet de savoir grec, venu d’Irlande ou de Byzance, a continué à irriguer l’Europe. En même temps qu’on traduisait Aristote de l’arabe, surtout en Espagne, on le traduisait directement du grec. Voire, avant. En particulier, S. Gouguenheim a attiré l’attention sur un personnage déjà connu, mais guère en dehors des cercles de spécialistes, Jacques de Venise, qui a traduit Aristote directement du grec au latin un demi-siècle avant les traductions sur l’arabe effectuées à Salerne, à Tolède, en Sicile, ou ailleurs (AMSM, p. 106-115).
Ensuite, sérions les questions et trempons notre pinceau dans les diverses nuances du gris.

La religion de l’islam


Il faut distinguer du côté de l’émetteur : l’islam-religion ne coïncide pas avec l’Islam-civilisation. Celle-ci a été rendue possible par l’unification du Moyen-Orient : d’abord unification politique sous le pouvoir des Califes et, plus tard, unification linguistique au profit de l’arabe. Cette civilisation a été construite autant par le travail des chrétiens, juifs ou sabéens du Moyen-Orient, et par les zoroastriens ou manichéens d’Iran, que par les musulmans qui n’étaient au départ qu’une caste militaire conquérante. Ainsi, les traducteurs qui ont transmis l’héritage grec à Bagdad étaient presque tous chrétiens, le plus souvent nestoriens. Les rares qui ne l’étaient pas appartenaient à la petite communauté « païenne » des Sabéens, comme le célèbre astronome Thabit ibn Qurra .
L’islam comme religion n’a pas apporté grand’ chose à l’Europe, et ne l’a fait que tard. Tout simplement parce qu’il n’y a été connu que tard. À la différence de Byzance, où le Coran avait été traduit dès le IXe siècle, l’Europe n’a connu le texte fondateur qu’après un long délai. La première traduction latine en fut faite à Tolède au milieu du XIIe siècle sous l’impulsion de l’abbé de Cluny Pierre le Vénérable. Mais elle n’a à peu près pas circulé avant d’être imprimée, tard dans le XVIe siècle . Le premier examen du Coran à la fois un peu sérieux et ouvert est l’œuvre du cardinal Nicolas de Cuse, au XVe siècle .
Parmi les traditions sur Mahomet (hadith), seul le récit merveilleux du « voyage nocturne » du Prophète au ciel (Scala Machumeti) est passé en Europe . L’apologétique (Kalâm) fut connue surtout par la réfutation de son école dominante qu’effectue Maïmonide dans son chef d’œuvre philosophique et exégétique . Elle a fourni à la physique d’Aristote une alternative discontinuiste (atomiste) qui fut exploitée par certains nominalistes, puis à l’époque moderne par Malebranche et Berkeley .

La civilisation de l’Islam

Sont venus de l’Islam comme civilisation deux sortes de biens culturels. D’abord, ceux qui ont transité par lui. Ainsi les chiffres dits « arabes », venus des Indes. Ou encore, ce qui d’Aristote ou d’Avicenne fut traduit à Tolède.
Est venue aussi de l’Islam la contribution originale par laquelle ses savants prolongeaient et dépassaient l’héritage grec. C’est le cas en mathématiques, y compris l’astronomie et l’optique avec la révolution introduite par Ibn al-Haytham (Alhacen). C’est le cas en médecine avec Razi (Rhazès) et Avicenne. Et bien sûr en philosophie, avant tout avec, encore une fois, Avicenne, peut-être le plus novateur.
La contribution des savants écrivant l’arabe est d’ailleurs loin de se limiter à ce qui a eu la chance de parvenir à l’Occident. Les travaux d’al-Biruni en géodésie, en minéralogie, etc., sans parler de l’exceptionnel miracle d’objectivité qu’est sa description de l’Inde, n’ont été connus qu’au XIXe siècle . En philosophie, al-Farabi n’a été que fort peu traduit au Moyen Age, et pas dans ses œuvres les plus originales de philosophie politique.
Il y a des mathématiques (ou de la médecine, de l’alchimie, etc.) arabes en ce sens que des œuvres relevant de ces disciplines ont été composées dans la langue de culture de tout l’Empire islamique, par des gens dont l’arabe n’était pas toujours la langue maternelle, qui n’étaient que très rarement originaires de la Péninsule Arabique, et qui n’étaient pas non plus tous musulmans.
En revanche, il n’y a pas de mathématiques musulmanes, pas plus qu’il n’y a une médecine chrétienne ou une botanique juive . Il y a des gens de diverses confessions qui se sont occupés de diverses sciences. Même pour la philosophie, je préfèrerais parler d’un usage chrétien, juif ou musulman de la philosophie plutôt que d’une philosophie chrétienne, juive ou musulmane.

Quoi ?

Il faut distinguer aussi la nature de la marchandise : de l’héritage grec, seul est passé par l’arabe ce qui relevait du savoir en mathématiques, médecine, pharmacopée, etc. En philosophie, ne sont passés par l’arabe qu’Aristote et ses commentateurs, avec quelques apocryphes d’origine néoplatonicienne et eux-mêmes attribués à Aristote. Le reste a dû attendre le XVe siècle pour passer directement de Constantinople à l’Europe, parfois sous la forme, réelle mais souvent un peu romancée, de manuscrits emportés par des savants byzantins fuyant la conquête turque.
Ce reste, ce n’est rien de moins que toute la littérature grecque : la poésie épique (Homère et Hésiode), lyrique (Pindare), dramatique (Eschyle, Sophocle, Euripide), l’histoire (Hérodote, Thucydide, Polybe), le roman. En philosophie, c’est le cas des traités d’Épicure cités par Diogène Laërce. C’est celui de Platon, de Plotin, et aussi, hélas, d’« Hermès Trismégiste », arrivés de Constantinople à la Florence des Médicis, où Marsile Ficin mit ces trois corpus en latin.
A plus forte raison, le legs théologique des Pères Grecs n’avait aucune raison d’intéresser les penseurs de l’islam. Il est entré en Europe, très partiellement d’ailleurs, en venant directement de l’Orient chrétien. Ce fut parfois par un transfert tout à fait matériel, comme ce manuscrit des œuvres du Pseudo-Denys l’Aréopagite, offert en 827 par le Basileus Michel III à l’empereur d’Occident Louis le Pieux, puis traduit par Hilduin, et à nouveau par Jean Scot Erigène, lequel traduisit aussi des morceaux de Némesius d’Emèse et de Maxime le Confesseur. Pour le reste, il fallut attendre, selon les cas, le XIIIe siècle, ou la Renaissance, voire Erasme.
N’oublions pas enfin que la culture ne se limite pas à ce qui se lit et s’écrit. Outre les textes, il y a les œuvres plastiques : architecture, sculpture, peinture. L’Islam, par scrupule religieux, n’a, avant une date récente, développé de sculpture et de peinture que par exception. La plastique grecque n’a donc pu exercer sur ses artistes la même fascination que celle que l’on rencontre en Occident. Tout ce qui relève des arts plastiques est passé du monde grec à l’Occident, la plupart du temps par l’intermédiaire de copies romaines, mais en tout cas sans détour arabe.
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MessageSujet: Re: Les "racines musulmanes" de l'Europe   Dim 05 Oct 2008, 12:17

Quand ?

Il faut aussi varier selon les époques. S. Gouguenheim a choisi de se concentrer sur la période « où tout semble s’être joué, c’est-à-dire la première partie du Moyen Age, entre les VIe et XIIe siècles » (AMSM, p. 11). C’est là qu’il apporte du nouveau, sinon aux savants, du moins au grand public.
En revanche, il a choisi d’arrêter son enquête au début du XIIIe siècle, et il s’en explique à deux reprises. C’est d’abord pour une raison de méthode : « à partir du XIIIe siècle, les faits sont trop bien établis pour qu’il vaille la peine de les reprendre » ; c’est aussi parce que l’évolution même des événements invite à un tel découpage : « au XIIIe siècle, l’Europe amorce une nouvelle étape de son histoire » (AMSM, p. 11 -12, puis 199). Aucune des deux raisons n’est sans valeur. Reste qu’une présentation d’ensemble aurait permis de mieux équilibrer le propos.
Le XIIIe siècle et le début du XIVe siècles constituent en tout cas l’apogée de l’influence exercée sur les penseurs européens par les penseurs arabes, et avant tout par les philosophes. Toute une série de travaux font aller le balancier vers une réévaluation au positif de l’apport des penseurs de langue arabe, musulmans comme juifs. Ainsi, Kurt Flasch a synthétisé les résultats de ses collègues pour montrer comment Albert le Grand, Dietrich de Freiberg, et jusqu’à Maître Eckhart ont nourri leur pensée de la discussion avec les thèses d’Avicenne, de Maïmonide et d’Averroès. Ce dernier devant d’ailleurs être distingué de l’« averroïsme » plus ou moins fictif construit au Moyen Age par les théologiens, puis de nos jours par les historiens qui leur font trop facilement confiance .
Comme toujours, on peut se demander si l’on ne risque pas d’aller d’un extrême à l’autre et de voir en Averroès, que l’on avait trop longtemps pris pour une simple tête de turc, tout juste bon à gésir vaincu sous les pieds d’un saint Thomas triomphant, la source exclusive de la pensée occidentale…
Après la génération de Dante, de Duns Scot, et d’Eckhart, l’influence des penseurs arabes marque le pas dans les milieux de langue latine. Elle se prolonge plus longtemps chez les Juifs, où l’influence d’Averroès reste vive jusqu’au XVe siècle, de sorte qu’une continuité s’établit avec les penseurs de Padoue.

Combien ?

Ne perdons pas non plus le sens des proportions. Le mince filet d’hellénisme passé à l’Europe jusqu’au XIIe siècle sur lequel S. Gouguenheim a attiré l’attention n’est pas nul, mais il est peu de choses par rapport à ce qui a été traduit au XIIIe siècle. À plus forte raison, il n’est pas comparable à ce qui était passé du grec ou du syriaque à l’arabe dans l’Empire Abbasside du IXe siècle.
Mais ces trois transferts ne sont à leur tour qu’une goutte d’eau par rapport à l’inondation qui a déferlé sur l’Europe à partir du XVe siècle. Elle a concerné tout ce qui était disponible en grec. Elle a débouché sur une véritable hellénomanie qui a duré plusieurs siècles, de la Renaissance italienne aux humanismes et classicismes de toute l’Europe, de Florence à Weimar en passant par Salamanque, Oxbridge, Leyde, Paris. Tout cet engouement littéraire s’appuyait sur un mouvement philologique, séculaire lui aussi, d’édition, de commentaire, de traductions.
L’hellénisme n’a été en terre d’islam que le fait d’individus comme les « philosophes » (falâsifa), intellectuellement des génies, mais socialement des amateurs privés de relais institutionnel. Ce n’est qu’en Europe qu’il a pris la forme d’un phénomène, sinon de masse, du moins de vaste envergure, puisqu’il concernait l’ensemble de l’élite intellectuelle.
Et pourtant, le phénomène capital n’est peut-être pas encore là. Pour ma part, je le situerais dans le fait que les érudits européens ne se sont pas contentés de traduire à partir du grec. Ils se sont, si l’on peut dire, avant tout « traduits » eux-mêmes vers le grec. Ce n’est qu’en Europe que l’on a appris le grec de façon systématique. Ce n’est qu’en Europe que, le plus concrètement du monde, le grec est devenu matière obligatoire dans l’enseignement secondaire—en gros, selon les pays, jusqu’au milieu du XXe siècle.

De la réceptivité

Il faut en finir avec la métaphore naïve de la transmission du savoir sur le modèle hydraulique, que je viens de filer avec un sourire : un liquide qui coulerait spontanément d’un niveau supérieur à un niveau inférieur, comme l’eau du château d’eau aux éviers. Le Socrate de Platon se moquait déjà d’une telle représentation de l’enseignement . Le récepteur doit, pour pouvoir s’approprier le savoir, s’en être d’abord rendu capable, s’être rendu réceptif.
Or donc, l’Europe a effectué, à partir du XIe siècle, un énorme travail sur soi, à partir de ses maigres ressources propres : Cicéron, s. Augustin, Boèce, Isidore, quelques autres encore. Elle a connu, dans la foulée de la Querelle des Investitures, et pour étoffer conceptuellement les arguments de la papauté comme ceux de l’Empire, une renaissance juridique dont le monument principal, mais loin d’être unique, est le Décret de Gratien. Elle a connu une renaissance littéraire (s. Bernard) et philosophique (s. Anselme, Pierre Abélard). Le tout s’est fait avec les seuls « moyens du bord ».
De plus, en même temps qu’elle mâchonnait les plus minces brins de l’héritage antique, l’Europe ruminait. Elle retrouva à l’intérieur d’elle-même ce qu’elle avait négligé, comme les compilations de droit romain auxquelles puisèrent les artisans de la renaissance juridique dont je viens de parler .
C’est cet essor intellectuel qui a permis à l’Europe de ressentir le besoin du savoir grec, d’aller le chercher là où il était, et de le recevoir de façon féconde. De plus, en même temps qu’elle allait chercher au-dehors ce qui lui manquait du savoir grec, l’Europe est revenue sur ce qu’elle en possédait déjà, elle a retraduit ce qu’elle avait traduit de par le passé. Ainsi, les œuvres de Denys l’Aréopagite, qui firent l’objet d’une troisième traduction .
L’appel à du savoir frais, latin, grec ou arabe, n’est donc pas seulement une cause de l’essor intellectuel européen ; il en est tout aussi décidément une conséquence.
La réception même d’Averroès le montre : c’est en Occident chrétien et juif qu’il fut lu et commenté. Après la chute des Almohades qu’il servait, son milieu d’origine l’oublia très vite. On lit parfois dans la rubrique « faits divers » qu’un chiffonnier a trouvé un collier de perles fines dans des ordures. Il en est un peu ainsi d’Averroès : l’Occident a ramassé ce joyau dans les poubelles de l’Islam.

Dette

L’Europe a-t-elle une dette à l’égard du monde arabe ? Un tel vocabulaire est maladroit. J’ai utilisé moi-même cette image de la « dette », et je regrette maintenant de n’avoir pas été plus circonspect. L’ennui est, d’une manière générale, que les images que la langue met à notre disposition sont toutes piégées et qu’il faut bien quand même parler. Ainsi, parler de « racines », c’est régresser au végétal et, du coup, négliger les aspects volontaires de la culture qui, au moins en partie, se choisit ses points de référence ; parler de « sources », c’est fomenter le modèle hydraulique d’écoulement dont je viens de dire les méfaits.
Dire « dette », dire « redevable », c’est aussi une façon de parler, et de rien de plus. Et prendre à la lettre ce qu’elle suggère aurait deux conséquences funestes.
La première, psychologique, est que le mot de « dette » induit une culpabilité (qu’on pense à l’allemand Schuld, à la fois « dette » et « faute »). On flatte par là le sentiment diffus d’avoir à expier dont souffre l’Europe actuelle. Celle-ci a du mal à faire face à son passé, souvent entaché d’indéniables crimes, voire elle trouve dans l’évocation de ceux-ci une complaisance morose.
La seconde conséquence est peut-être plus grave encore. Une dette est en rigueur de termes une réalité matérielle, mettons une somme d’argent. De plus il s’agit d’une chose dont le créancier a volontairement accepté de se défaire, s’en privant de la sorte pour en faire bénéficier le débiteur, et dont il attend qu’on la lui restitue. Parler de dette, c’est du coup suggérer que les biens concernés sont de nature matérielle. Or, il s’agit ici de biens spirituels, non d’objets. Et rien de ce qui vaut d’une dette ne s’applique aux choses de l’esprit. Les communiquer à autrui n’en prive pas celui qui les donne, lequel reste en leur possession : l’enseignement enrichit l’élève sans rien ôter au maître.
Et même là où il est question de biens matériels, est-il vraiment juste de parler de dette ? L’Europe a pris dans d’autres civilisations des biens qui sont devenus pour elle des évidences. Ainsi sont venus de Chine la soie, le thé, la porcelaine, le papier—ce dernier transitant par le monde islamique. Ou le maïs, le tabac, le chocolat sont venus du Nouveau Monde. Or donc, personne ne songerait à dire que nous avons une dette envers les Aztèques, et encore moins que nous devons parler avec un infini respect des sacrifices humains qu’ils pratiquaient, sous prétexte que nous mangeons des tomates.
Les choses sont un peu plus compliquées là où il s’agit de biens culturels. Leurs supports matériels—manuscrits, partitions, etc.—voyagent de la même façon que les valises. Mais leur contenu n’arrive vraiment à bon port qu’au prix d’un travail d’appropriation : lire, recopier, traduire, commenter, jouer, imiter, etc.
La France a naguère restitué à la Corée un précieux manuscrit jadis confisqué ; les Anglais pourraient rendre les fresques du Parthénon. Mais doit-on et peut-on rendre l’écriture aux anciens Égyptiens, l’empire aux Perses, la philosophie aux Grecs, le droit aux Romains ?
Et la rationalité ? A qui la rendre au juste ? La rationalité n’est pas un sac de patates que l’on pourrait transporter, importer et exporter, mais une attitude d’esprit qu’il faut conquérir par un travail sur soi.

Rationalité

Sur la rationalité, il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire. « Raison » est un mot-valise, voire une malle, que dis-je, un container…
Ne cherchons nulle part au Moyen Age la forme de rationalité puissante, mais étroite, à laquelle nous réduisons souvent la raison, à savoir la méthode expérimentale des sciences mathématisées de la nature. Celle-ci n’est apparue qu’avec la révolution galiléenne au début du XVIIe siècle. Le Moyen Age n’a connu d’usage scientifique des mathématiques qu’en optique et en astronomie. Et encore celle-ci ne cherchait-elle que des modèles capables de rendre compte des apparences célestes (« sauver les phénomènes »), nullement de décrire la réalité des choses.
On aurait tort d’opposer le christianisme comme religion rationnelle à l’islam qui serait, lui, irrationnel. Tout au contraire, l’islam se comprend lui-même comme une religion rationnelle, et il reproche même au christianisme de vouloir faire croire l’incroyable. Les dogmes de l’islam sont plausibles et ne comportent pas de mystères un peu bizarres comme le sont ceux du christianisme (Trinité, Incarnation, eucharistie, etc.). De plus, le Coran contient des injonctions à se servir de sa raison pour se rendre à l’évidence de l’existence du Créateur à partir de l’admiration des merveilles de la création, tous passages que les philosophes de l’Islam ont su mettre en valeur pour légitimer leur propre pratique . Enfin, même ceux des juristes qui, en principe, se refusaient à faire du raisonnement analogique un des fondements du droit ont, dans la pratique, déployé des trésors de subtilité pour déduire à partir des principes offerts par la Révélation des règles susceptibles de s’appliquer aux circonstances concrètes de la vie quotidienne. En revanche, ce n’est pas de la raison que dépend le fondement même de l’islam, à savoir l’acceptation comme authentique de la mission législatrice de Mahomet et celle du Coran comme dictée divine.
On a donc souvent, en matière de rationalité, l’impression de jouer à fronts renversés. Ainsi, Ibn Khaldun, que l’on peut pourtant considérer en matière de critique historique comme un « rationaliste » de haute volée, écrit posément : « Quand le Législateur nous guide vers une certaine perception, nous devons la préférer aux nôtres et lui accorder plus de confiance qu’aux nôtres. Nous ne devons pas chercher à la rectifier au moyen de la perception de la raison, même si elle la contredit. Au contraire, nous devons croire et savoir ce qu’il nous a été ordonné [de croire et de savoir], et nous taire sur ce que nous ne comprenons pas, en nous en remettant pour cela au Législateur et en laissant la raison à l’écart ».
On pourrait risquer un paradoxe : l’islam ayant d’emblée un contenu rationnel, il n’a pas connu le défi du mystère chrétien. Il a rendu nécessaire la théologie, laquelle procède à son exploration rationnelle avec l’aide d’outils empruntés à la philosophie. L’islam, de son côté, a pu se contenter d’une apologétique dirigée vers l’extérieur. La raison n’a pu prendre pour objet les fondements de la religion, et donc aussi du droit et de la morale. Elle a dû s’y contenter de déduire les conséquences de prémisses déjà admises. Ou alors, elle a dû se borner aux sciences qui ne touchaient que de très loin à la religion, comme les mathématiques.

Conclusion

L’affaire Gouguenheim aura eu au moins le mérite d’attirer l’attention d’un vaste public sur une question historique de grand intérêt. Elle était jusqu’alors, soit confinée aux monographies savantes, soit au contraire abandonnée aux bateleurs médiatiques qui en présentent des caricatures tendancieuses. Le livre de S. Gouguenheim, se plaçant sur le terrain de la bonne vulgarisation, se proposait de rectifier les secondes en puisant dans les premières. Il n’est pas l’ouvrage définitif et exhaustif dont on pourrait rêver. Mais tant que ce livre parfait restera au pays des rêves, celui de S. Gougenheim a l’avantage de contester quelques certitudes trop rapidement acquises.

Source : AMD-Libertyvox Idea
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Les "racines musulmanes" de l'Europe
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