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 Ineffabilis Deus - PIE IX

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Jean-Yves Tarrade



Masculin Messages : 3598
Inscription : 15/03/2006

MessageSujet: Ineffabilis Deus - PIE IX   Sam 23 Fév 2008, 23:28

Constitution apostolique INEFFABILIS DEUS DU PAPE PIE IX POUR LA DÉFINITION ET LA PROCLAMATION DU DOGME DE L'IMMACULÉE CONCEPTION, LE 8 DÉCEMBRE 1854 (*)



1. Exposé du sentiment de l'Église: Marie fut toujours sans aucune tache

Le Dieu ineffable, dont les voies sont miséri­corde et vérité, dont la volonté est toute-puissan­te, dont la sagesse atteint d'une extrémité à l'autre avec une force souveraine et dispose tout avec une merveilleuse douceur, avait prévu de toute éternité la déplorable ruine en laquelle la transgression d'Adam devait entraîner tout le genre humain. Et, dans les profonds secrets d'un dessein caché à tous les siècles, il avait résolu d'accomplir, dans un mystère encore plus pro­fond, par l'incarnation du Verbe, le premier ouvrage de sa bonté, afin que l'homme, qui avait été poussé au péché par la malice et la ruse du démon, ne pérît pas, contrairement au dessein miséricordieux de son Créateur, et que la chute de notre nature, dans le premier Adam, fût répa­rée avec avantage dans le second. Il destina donc à son Fils unique, dès le commencement et avant tous les siècles, la Mère de laquelle, s'étant incarné, il naîtrait, dans la bienheureuse plénitude des temps. Il la choisit, il lui marqua sa place dans l'ordre de ses desseins; il l'aima par-dessus toutes les créatures, d'un tel amour de prédilection, qu'il mit en elle, d'une manière singulière, toutes ses plus grandes complaisances. C'est pourquoi, puisant dans les trésors de sa divinité, il la com­bla, bien plus que tous les esprits angéliques, bien plus que tous les saints, de l'abondance de toutes les grâces céleste, et l'enrichit avec une profusion merveilleuse, afin qu'elle fût toujours sans aucune tache, entièrement exempte de l'es­clavage du péché, toute belle, toute parfaite et dans une telle plénitude d'innocence et de sain­teté qu'on ne peut, au-dessous de Dieu, en concevoir une plus grande, et que nulle autre pensée que celle de Dieu même ne peut en mesu­rer la grandeur.



2. Raison suprême de ce privilège: la maternité divine

Et certes, il convenait bien qu'il en fût ainsi, il convenait qu'elle resplendît toujours de l'éclat de la sainteté la plus parfaite, qu'elle fût entière­ment préservée, même de la tache du péché ori­ginel, et qu'elle remportât ainsi le plus complet triomphe sur l'antique serpent, cette Mère si vénérable à qui Dieu le Père avait résolu de don­ner son Fils unique, Celui qu'il engendre de son propre sein, qui lui est égal en toutes choses et qu'il aime comme lui-même, et de le lui donner de telle manière qu'il fût naturellement un même unique et commun Fils de Dieu et de la Vierge-, elle que le Fils de Dieu lui-même avait choisie pour en faire substantiellement sa Mère; elle enfin, dans le sein de laquelle le Saint-Esprit avait voulu que, par son opération divine, fût conçu et naquît Celui dont il procède lui-même.



3. Son degré de certitude : une vérité révélée

Cette innocence originelle de l'auguste Vierge, si parfaitement en rapport avec son admi­rable sainteté et avec sa dignité suréminente de Mère de Dieu, l'Église catholique qui, toujours enseignée par l'Esprit Saint, est la colonne et le fondement de la vérité, l'a toujours possédée comme une doctrine reçue de Dieu même et ren­fermée dans le dépôt de la révélation céleste. Aussi, par l'exposition de toutes les preuves qui la démontrent, comme par les faits les plus illustres, elle n'a jamais cessé de la développer, de la proposer, de la favoriser chaque jour davanta­ge. C'est cette doctrine, déjà si florissante dès les temps les plus anciens, et si profondément enra­cinée dans l'esprit des fidèles, et propagée d'une manière si merveilleuse dans tout le monde catholique par les soins et le zèle des saints évêques, sur laquelle l'Église elle-même a mani­festé son sentiment d'une manière si significati­ve, lorsqu'elle n'a point hésité à proposer au culte et à la vénération publique des fidèles la Conception de la Vierge (1). Par ce fait éclatant, elle montrait bien que la Conception de la Vierge devait être honorée comme une Conception admirable, singulièrement privilégiée, différente de celle des autres hommes, tout à fait à part et tout à fait sainte puisque l'Église ne célèbre de fêtes qu'en l'honneur de ce qui est saint. C'est pour la même raison, qu'empruntant les termes mêmes dans lesquels les divines Ecritures parlent de la Sagesse incréée et représentent son origine éternelle, elle a continué de les employer dans les offices ecclésiastiques et dans la liturgie sacrée, et de les appliquer aux commencements mêmes de la Vierge; commencements mystérieux, que Dieu avait prévus et arrêtés dans un seul et même décret, avec l'Incarnation de la Sagesse divine.
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Jean-Yves Tarrade



Masculin Messages : 3598
Inscription : 15/03/2006

MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Sam 23 Fév 2008, 23:28

LA RÉVÉLATION DE LIMMACULÉE CONCEPTION I. L'ENSEIGNEMENT ORDINAIRE DE L'ÉGLISE



Mais encore que toutes ces choses connues, pratiquées en tous lieux par les fidèles, témoi­gnent assez quel zèle l'Église romaine, qui est la Mère et la Maîtresse de toutes les Églises, a mon­tré pour cette doctrine de l'Immaculée Conception de la Vierge, il est toutefois digne et très convenable de rappeler en détail les grands actes de cette Église, à cause de la prééminence et de l'autorité souveraine dont elle jouit juste­ment, et parce qu'elle est le centre de la vérité et de l'unité catholique, et celle en qui seule a été garanti inviolable le dépôt de la religion, celle dont il faut que toutes les autres Églises reçoivent la tradition de la foi.

Or, cette sainte Église romaine n'a rien eu de plus à coeur que de professer, de soutenir, de pro­pager et de défendre, par tous les moyens les plus persuasifs, le culte et la doctrine de l'Immaculée Conception: c'est ce que prouvent et attestent de la manière la plus évidente et la plus claire tant d'actes importants des Pontifes romains, nos Prédécesseurs, auxquels, dans la personne du Prince des Apôtres, Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même a divinement confié la charge et le pouvoir suprême de paître les agneaux et les bre­bis, de confirmer leurs frères, de régir et de gou­verner l'Église universelle.



1. Son enseignement sur le culte

Nos prédécesseurs, en effet, se sont fait une gloire d'instituer de par leur autorité apostolique la fête de la Conception dans l'Église romaine, et d'en révéler l'importance et la dignité par un offi­ce propre et par une messe propre où la prérogati­ve de la Vierge et son exemption de la tache héré­ditaire étaient affirmées avec une clarté manifeste. Quant au culte déjà institué, ils faisaient tous leurs efforts pour le répandre et le propager, soit en accordant des indulgences, soit en concédant aux villes, aux provinces, aux royaumes, la faculté de se choisir pour protectrice la Mère de Dieu, sous le titre de l'Immaculée Conception; soit en approuvant les Confréries, les Congrégations et les Instituts religieux établis en l'honneur de l'Immaculée Conception; soit en décernant des louanges à la piété de ceux qui auraient élevé, sous le titre de l'Immaculée Conception, des monastères, des hospices, des autels, des temples, ou qui s'engageraient par le lien sacré du serment à soutenir avec énergie la doctrine de la Conception Immaculée de la Mère de Dieu. En outre, ils ont, avec la plus grande joie, ordonné que la fête de la Conception serait célébrée dans toute l'Église avec la même solennité que la fête de la Nativité; de plus, que cette même fête de la Conception serait célébrée par l'Église universelle, avec une octave, et religieusement observée par tous les fidèles comme une fête de précepte, et que chaque année une chapelle pontificale serait tenue, dans notre basilique patriarcale libérienne, le jour consacré à la Conception de la Vierge.

Enfin, désirant fortifier chaque jour davantage cette doctrine de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu dans l'esprit des fidèles, et exciter leur piété et leur zèle pour le culte et la vénération de la Vierge conçue sans la tache originelle, ils ont accordé, avec empressement et avec joie, la facul­té de proclamer la Conception Immaculée de la Vierge dans les litanies dites de Lorette, et dans la Préface même de la messe, afin que la règle de la prière servit ainsi à établir la règle de la croyance. Nous-même, suivant les traces de nos glorieux prédécesseurs, non seulement nous avons approu­vé et reçu ce qu'ils avaient établi avec tant de piété et de sagesse, mais, nous rappelant l'institution de Sixte IV (2), Nous avons confirmé par notre auto­rité l'office propre de l'Immaculée Conception, et nous en avons, avec une grande joie, accordé l'usage à toute l'Église (3).



2. Son enseignement sur la doctrine

a) L'enseignement lui-même

Mais comme les choses du culte sont étroite­ment liées avec son objet, et que l'un ne peut avoir de consistance et de durée si l'autre est vague et mal défini, pour cette raison, les Pontifes romains nos Prédécesseurs, en même temps qu'ils faisaient tous leurs efforts pour accroître le culte de la Conception, se sont attachés, avec le plus grand soin, à en faire connaître l'objet et à en bien inculquer et préciser la doctrine. Ils ont, en effet, enseigné clairement et manifestement que c'était la Conception de la Vierge dont on célébrait la fête, et ils ont proscrit comme fausse et tout à fait éloignée de la pensée de l'Église, l'opinion de ceux qui croyaient et qui affirmaient que ce n'était pas la Conception, mais la Sanctification de la Sainte Vierge que l'Église honorait (4). Ils n'ont pas cru devoir garder plus de ménagements avec ceux qui, pour ébranler la doctrine de l'Immaculée Conception de la Vierge, imaginaient une distinction entre le premier et le second ins­tant de la Conception, prétendaient qu'à la vérité c'était bien la Conception qu'on célébrait, mais pas le premier moment de la Conception (5). Nos Prédécesseurs, en effet, ont cru qu'il était de leur devoir de soutenir et défendre de toutes leurs forces, tant la fête de la Conception de la Vierge bienheureuse, que le premier instant de sa Conception comme étant le véritable objet de ce culte. De là ces paroles d'une autorité tout à fait décisive, par lesquelles Alexandre VII (6), l'un de nos Prédécesseurs, a déclaré la véritable pensée de l'Église: « C'est assurément, dit-il, une ancien­ne croyance que celle des pieux fidèles qui pen­sent que l'âme de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le premier instant où elle a été créée et unie à son corps, a été, par un privilège et une grâce spéciale de Dieu, préservée et mise à l'abri de la tache du péché originel, et qui, dans ce sentiment, honorent et célèbrent solennellement la fête de sa Conception ».



b) Sa défense contre les adversaires

Mais surtout nos Prédécesseurs ont toujours, et par un dessein suivi, travaillé avec zèle et de toutes leurs forces à soutenir, à défendre et à main­tenir la doctrine de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu. En effet, non seulement ils n'ont jamais souffert que cette doctrine fût l'objet d'un blâme ou d'une censure quelconque; mais ils sont allés beaucoup plus loin. Par des déclarations positives et réitérées, ils ont enseigné que la doc­trine par laquelle nous professons la Conception Immaculée de la Vierge était tout à fait d'accord avec le culte de l'Église, et qu'on la considérait à bon droit comme telle-, que c'était l'ancienne doc­trine, presque universelle et si considérable, que l'Église romaine s'était chargée elle-même de la favoriser et de la défendre; enfin, qu'elle était tout à fait digne d'avoir place dans la liturgie sacrée et dans les prières les plus solennelles. Non contents de cela, afin que la doctrine de la Conception Immaculée de la Vierge demeurât à l'abri de toute atteinte, ils ont sévèrement interdit de soutenir publiquement ou en particulier l'opinion contrai­re à cette doctrine, et ils ont voulu que, frappée pour ainsi dire de tant de coups, elle succombât pour ne plus se relever. Enfin, pour que ces décla­rations répétées et positives ne fussent pas vaines, ils y ont ajouté une sanction.



c) Quelques témoignages: Alexandre VII

C'est ce qu'on peut voir dans ces paroles de Notre prédécesseur Alexandre VII: « Nous, dit ce Pontife, considérant que la Sainte Église romaine célèbre solennellement la fête de la Conception de Marie sans tache et toujours Vierge, et qu'elle a depuis longtemps établi un office propre et spécial pour cette fête, selon la pieuse, dévote et louable disposition de Sixte IV (7), notre Prédécesseur, voulant à notre tour, à l'exemple des Pontifes romains, nos Prédécesseurs, favo­riser cette pieuse et louable dévotion, ainsi que la fête et le culte qui en est l'expression, lequel culte n'a jamais changé dans l'Église romaine depuis qu'il a été institué; et voulant aussi pro­téger cette pieuse dévotion, qui consiste à honorer par un culte public la Bienheureuse Vierge, comme ayant été, par la grâce préve­nante du Saint-Esprit, préservée du péché originel; désirant enfin conserver dans le trou­peau de jésus-Christ l'unité d'esprit dans le lien de la paix, apaiser les dissensions et ôter toute cause de scandale: sur les instances et les prières des susdits évêques et des chapitres de leurs églises, du roi Philippe ( 8 ) et de ses royaumes, nous renouvelons les Constitutions et Décrets que les Pontifes romains, nos Prédécesseurs, et spécialement Sixte IV (9), Paul V (10) et Grégoire XV (11), ont publiés en faveur du sentiment qui affirme que l'âme de la Bienheureuse Vierge Marie, dans sa création et au moment de son union avec le corps, a été dotée de la grâce du Saint-Esprit et préservée du péché originel, et aussi en faveur de la Conception de la même Vierge Mère de Dieu, les­quels sont établis et pratiqués, comme il est dit plus haut, en conformité de ce pieux sentiment-, et nous commandons que l'on garde les dites Constitutions sous les mêmes censures et peines qui y sont portées ».

« De plus, tous et chacun de ceux qui conti­nueront à interpréter les dites Constitutions ou Décrets de manière à rendre illusoire la faveur qu'ils accordent au susdit sentiment, ainsi qu'à la fête et au culte établis en conséquence, ou qui oseront renouveler les disputes sur ce sentiment, cette fête et ce culte, de quelque manière que ce soit, directement ou indirectement, et aussi sous quelque prétexte que ce puisse être, même sous celui d'examiner s'il peut y avoir lieu à une défi­nition sur ce sujet, ou sous le prétexte de faire des gloses ou des interprétations sur la Sainte Ecriture, les saints Pères ou les Docteurs; ou qui oseront enfin, sous quelque autre prétexte et à quelque occasion que ce soit, de vive voix ou par écrit, parler, prêcher, disserter, disputer, soit en affirmant et décidant quelque chose à l'encontre, soit en élevant des objections et les laissant sans réponse, soit en employant enfin quelque autre forme ou moyen de discussion que nous ne pou­vons pas ici prévoir; outre les peines et les cen­sures contenues dans les Constitutions de Sixte IV et auxquelles nous voulons les sou­mettre et les soumettons en effet par ces pré­sentes; nous voulons de plus que par le fait même, et sans autre déclaration, ils soient privés de la faculté de prêcher, faire des leçons publiques, enseigner et interpréter et privés de toutes voies active et passive dans quelque élec­tion que ce soit, et en outre que toujours par le seul fait, et sans autre déclaration préalable, ils soient frappés d'une perpétuelle inhabilité à prê­cher, faire des leçons publiques, enseigner et interpréter, desquelles peines nous nous réser­vons à nous seul, et aux Pontifes romains nos Successeurs, le droit d'absoudre et de dispenser, sans préjudice des autres peines qui pourraient nous paraître, à nous et aux Pontifes romains, nos Successeurs, devoir leur être infligées, et auxquelles ils seront soumis, comme nous les y soumettons par la présente Constitution, renou­velant les Constitutions et Décrets de Paul V et de Grégoire XV, rappelés plus haut ».

« Quant aux livres dans lesquels le susdit sen­timent ou la légitimité de la fête et du culte éta­blis en conséquence sont révoqués en doute, et dans lesquels est écrit ou se lit quelque chose à l'encontre, comme il a été dit plus haut, ou qui contiennent des dires, discours, traités et dis­putes contre les sentiments, fêtes et cultes sus­, dits, soit que ces livres aient été publiés après le décret précité de Paul V ou qu'ils voient le jour à l'avenir de quelque manière que ce soit, nous les défendons sous les peines et les censures conte­nues dans l'Index des livres prohibés, voulant et ordonnant que, par le seul fait et sans autre déclaration, ils soient tenus pour expressément défendus ».

3. Ordres religieux, Universités, évêques...

Au reste, tout le monde sait avec quel zèle cette doctrine de l'Immaculée Conception de la Vierge, Mère de Dieu, a été enseignée, soutenue, défendue par les Ordres religieux les plus recom­mandables, par les Facultés de théologie les plus célèbres (12) et par les docteurs les plus versés dans la science des choses divines. Tout le monde sait également combien les évêques ont montré de sollicitude pour soutenir hautement et publi­quement, même dans les assemblées ecclésias­tiques, que la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, en prévision des mérites de Jésus-Christ, Notre Seigneur et Rédempteur, n'avait jamais été soumise au péché originel; mais qu'elle avait été entièrement préservée de la tache d'origine, et par conséquent rachetée d'une manière plus sublime.



4. Le Concile de Trente

À tout cela, il faut ajouter une chose qui est assurément d'un grand poids et de la plus haute autorité, c'est que le Concile de Trente lui-même, en publiant son décret dogmatique sur le péché originel, dans lequel, d'après les témoignages des Saintes Ecritures, des saints Pères et des Conciles les plus autorisés, il est établi et défini que tous les hommes naissent atteints du péché originel, le saint Concile déclare pourtant d'une manière solennelle que, malgré l'étendue d'une définition si générale, il n'avait pas l'intention de comprendre dans ce décret la Bienheureuse et Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu. Par cette déclaration, les Pères du Concile de Trente ont fait suffisamment entendre, eu égard aux circonstances et aux temps, que la Bienheureuse Vierge avait été exempte de la tache originelle, et ils ont très clairement démontré qu'on ne pou­vait alléguer avec raison, ni dans les divines Ecritures, ni dans la Tradition, ni dans l'autorité des Pères, rien qui fût, de quelque manière que ce soit, en contradiction avec cette grande pré­rogative de la Vierge (13).
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Jean-Yves Tarrade



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Sam 23 Fév 2008, 23:29

II. LA TRADITION DES ANCIENS ET DES PÈRES

Remarque préliminaire: l'Église et la Tradition

C'est qu'en effet cette doctrine de l'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge a toujours existé dans l'Église; l'Église, par la très grave autorité de son sentiment, par son enseignement, par son zèle, sa science et son admirable sagesse, l'a de plus en plus mise en lumière, déclarée, confirmée et propagée d'une manière merveilleuse chez tous les peuples et chez toutes les nations du monde catholique; mais, de tout temps, elle l'a possédée comme une doctrine reçue des Anciens et des Pères, et revêtue des caractères d'une doctrine révélée. Les plus illustres monuments de l'Église d'Orient et de l'Église d'Occident, les plus véné­rables par leur antiquité, en sont le témoignage irrécusable. Toujours attentive à garder et à défendre les dogmes dont elle a reçu le dépôt, l'Église de jésus Christ n'y change jamais rien, n'en retranche jamais rien, n'y ajoute jamais rien-, mais portant un regard fidèle, discret et sage sur les enseignements anciens, elle recueille tout ce que l'antiquité y a mis, tout ce que la foi des Pères y a semé. Elle s'applique à le polir, à en perfectionner la formule de manière que ces anciens dogmes de la céleste doctrine reçoivent l'évidence, la lumière, la distinction, tout en gar­dant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre, en un mot, de façon qu'ils se dévelop­pent sans changer de nature, et qu'ils demeurent toujours dans la même vérité, dans le même sens, dans la même pensée (14).



1. L'interprétation du Protévangile

Or, les Pères et les écrivains ecclésiastiques, nourris des paroles célestes, n'ont rien eu plus à cœur, dans les livres qu'ils ont écrits pour expli­quer l'Ecriture, pour défendre les dogmes et ins­truire les fidèles, que de louer et d'exalter à l'en­vi, de mille manières et dans les termes les plus magnifiques, la parfaite sainteté de Marie, son excellente dignité, sa préservation de toute tache du péché et sa glorieuse victoire sur le cruel ennemi du genre humain. C'est ce qu'ils ont fait en expliquant les paroles par lesquelles Dieu, annonçant dès les premiers jours du monde les remèdes préparés par sa miséricorde pour la régénération et le salut des hommes, confondit l'audace du serpent trompeur, et releva d'une façon si consolante l'espérance de notre race. Ils ont enseigné que par ce divin oracle: « Je mettrai l'inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne » (Gn 3, 15, Dieu avait clairement et ouvertement montré à l'avance le miséricordieux Rédempteur du genre humain, son Fils unique, Jésus-Christ, désigné sa bienheureuse Mère, la Vierge Marie, et nettement exprimé l'inimitié de l'un et de l'autre contre le démon. En sorte que, comme le Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, détruisit, en prenant la nature humai­ne, l'arrêt de condamnation qui était contre nous et l'attacha triomphalement à la Croix, ainsi la très Sainte Vierge, unie étroitement, unie insépa­rablernent avec lui, fut, par lui et avec lui, l'éter­nelle ennemie du serpent venimeux, le vainquit, le terrassa sous son pied virginal et sans tache, et lui brisa la tête (15).

2. L'application des figures bibliques

Cette éclatante et incomparable victoire de la Vierge, cette innocence, cette pureté, cette sain­teté par excellence, cette exemption de tout péché, cette grandeur et cette ineffable abondan­ce de toutes les grâces, de toutes les vertus, de tous les privilèges dont elle fut comblée, les mêmes Pères les ont vus, soit dans cette arche de Noé qui seule, divinement édifiée, a complète­ment échappé au commun naufrage du monde entier (Gn 6-9), soit dans l'échelle que contem­pla Jacob, dans cette échelle qui s'éleva de la terre jusqu'au ciel, dont les anges de Dieu mon­taient et descendaient les degrés, et sur le som­met de laquelle s'appuyait Dieu lui-même (Gn XXVIII, 12). Soit encore dans ce buisson ardent que Moïse vit brûler dans un lieu saint, et qui, loin d'être consumé par les flammes pétillantes, loin d'en éprouver même la moindre altération, n'en était que plus vert et plus florissant (Ex 3, 2) ; soit dans cette tour inexpugnable à l'ennemi et de laquelle pendent mille boucliers et toute l'armure des forts (Ct 4, 4) ; soit dans ce jardin fermé qui ne saurait être profané et qui ne craint ni les souillures, ni les embûches (Ct 4, 12) ; soit dans cette cité de Dieu tout étincelante de clar­tés et dont les fondements sont assis sur les montagnes saintes (Ps 86,1). Ou encore dans cet auguste temple de Dieu tout rayonnant des splendeurs divines et tout plein de la gloire du Seigneur (Is, 6, 1-4) ; soit enfin dans une foule d'autres figures de ce genre qui, suivant les Pères, ont été les emblèmes éclatants de la haute dignité de la Mère de Dieu, de sa perpétuelle innocence, et de cette sainteté qui n'a jamais souffert la plus légère atteinte.



3. L'application des paroles symboliques

Pour décrire ce même assemblage de tous les dons célestes et cette originelle intégrité de la Vierge, de laquelle est né jésus, les mêmes Pères, empruntant les paroles des prophètes, ont célébré cette auguste Vierge comme la colombe pure, comme la sainte Jérusalem, comme le trône élevé de Dieu, l'arche de la sanctification et la demeure que s'est bâtie l'éternelle Sagesse; comme la Reine qui, com­blée des plus riches trésors et appuyée sur son bien-aimé, est sortie de la bouche du Très-Haut, parfaite, éclatante de beauté, entièrement agréable à Dieu, sans aucune tache, sans aucu­ne flétrissure.



4. L'interprétation de la salutation de l'archange Gabriel et d'Élisabeth

Ce n'est pas tout: les mêmes Pères, les mêmes écrivains ecclésiastiques ont médité pro­fondément. les paroles que l'ange Gabriel adressa à la Vierge Bienheureuse lorsque, lui annonçant qu'elle aurait l'honneur insigne d'être la Mère de Dieu, il la nomma « Pleine de grâces » (Lc 1, 28 ), et considérant ces paroles prononcées au nom de Dieu même et par son ordre, ils ont enseigné que par cette solennelle salutation, salutation singulière et inouïe jusque-là, la Mère de Dieu nous était montrée comme le siège de toutes les grâces divines, comme ornée de toutes les faveurs de l'Esprit divin, bien plus, comme un trésor presque infini de ces mêmes faveurs, comme un abîme de grâce et un abîme sans fond, de telle sorte qu'elle n'avait jamais été sou­mise à la malédiction, mais avait partagé avec son Fils la perpétuelle bénédiction qu'elle avait méritée d'entendre de la bouche d'Élisabeth, ins­pirée par l'Esprit Saint: « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni » (Lc 142) (16).



5. L`antithèse de la première et de la seconde Eve

De là ces pensées, exprimées aussi unanime­ment qu'éloquemment par les mêmes Pères, que la très glorieuse Vierge, celle en qui le Tout­-Puissant a fait de grandes choses, a été comblée d'une telle effusion de tous les dons célestes, d'une telle plénitude de grâces, d'un tel éclat de sainteté, qu'elle a été comme le miracle ineffable de Dieu, ou plutôt le chef-d'oeuvre de tous les miracles; qu'elle a été la digne Mère de Dieu, qu'elle s'est approchée de Dieu même autant qu'il est permis à la nature créée, et qu'ainsi elle est au­ dessus de toutes les louanges, aussi bien de celles des anges, que de celles des hommes.

C'est aussi pour cela, qu'afin d'établir l'inno­cence et la justice originelle de la Mère de Dieu, non seulement ils l'ont très souvent comparée avec Ève encore vierge, encore innocente, exemp­te de corruption avant qu'elle eût été trompée par le piège mortel de l'astucieux serpent; mais, avec une admirable variété de pensées et de paroles, ils la lui ont même unaniment préférée. Ève, en effet, pour avoir misérablement obéi au serpent, perdit l'innocence originelle et devint son esclave; mais la Vierge Bienheureuse, croissant toujours dans la grâce originelle, ne prêta jamais l'oreille au ser­pent, et ébranla profondément sa puissance et sa force par la vertu qu'elle avait reçue de Dieu.



6. Les images ou les métaphores

Aussi n'ont-ils jamais cessé d'appeler la Mère de Dieu, ou bien un lys parmi les épines, ou bien une terre absolument intacte, une terre vierge, dont aucune tache n'a même effleuré la surface, une terre toujours bénie, libre de toute contagion du péché, et dont a été formé le nouvel Adam; ou bien un irréprochable, un éclatant, un délicieux paradis d'innocence et d'immortalité, planté par Dieu lui-même, et inaccessible à tous les pièges du serpent venimeux; ou bien un bois incorruptible que le péché, ce ver rongeur, n'a jamais atteint; ou bien une fontaine toujours limpide et scellée par la vertu du Saint-Esprit; ou bien un temple divin, un trésor d'immortalité; ou bien la seule et unique fille non de la mort, mais de la vie, une production non de colère, mais de grâce, une plante toujours verte qui, par une providence spéciale de Dieu, et contre les lois communes, est sortie florissante d'une racine flétrie et corrompue.



7. Les affirmations propres et expresses

Tout cela est plus clair que le jour? Cependant, comme si ce n'était point assez, les Pères ont, en propres termes et d'une manière expresse, déclaré que, lorsqu'il s'agit de péché, il ne doit en aucune façon être question de la Sainte Vierge Marie, parce qu'elle a reçu plus de grâce, afin qu'en elle le péché fût absolument vaincu et de toutes parts (17). Ils ont encore professé que la Très glorieuse Vierge avait été la réparatrice de ses ancêtres et qu'elle avait vivifié sa postérité; que le Très-Haut l'avait choisie et se l'était réservée dès le commencement des siècles; que Dieu l'avait prédite et annoncée quand il dit au serpent: « Je mettrai l'inimitié entre toi et la femme » (Gn 3, 15), et que, sans aucun doute, elle a écrasé la tête venimeuse de ce serpent; et pour cette raison, ils ont affirmé que la même Vierge Bienheureuse avait été, par la grâce, exempte de toute tache du péché, libre de toute contagion et du corps, et de l'âme, et de l'intelligence; qu'elle avait toujours conversé avec Dieu ; qu'unie avec Lui par une alliance éternelle, elle n'avait jamais été dans les ténèbres, mais toujours dans la lumière, et par conséquent qu'elle avait été une demeure tout à fait digne du Christ, non à cause de la beauté de son corps, mais à cause de sa grâce originelle.

8. Les expressions d'universelle et suréminente sainteté

Viennent enfin les plus nobles et les plus belles expressions par lesquelles, en parlant de la Vierge, ils ont attesté que, dans sa Conception, la nature avait fait place à la grâce et s'était arrêtée tremblante devant elle, n'osant aller plus loin. Il fallait, disent-ils, avant que la Vierge Mère de Dieu fût conçue par Anne, sa mère, que la grâce eût fait son œuvre et donné son fruit; il fallait que celle qui devait concevoir le premier-né de toute créature fût elle-même conçue première-née.

Ils ont attesté que la chair reçue d'Adam par la Vierge n'avait pas contracté les souillures d'Adam, et que pour cette raison la Vierge Bienheureuse était un tabernacle créé par Dieu lui-même, formé par le Saint-Esprit, d'un travail aussi beau que la pourpre, et sur lequel ce nou­veau Béçaléel (Ex 31, 2) s'était plu à répandre l'or et les plus riches broderies ; qu'elle devait être célébrée comme celle qui avait été la première ceuvre propre de Dieu, comme celle qui avait échappé aux traits de feu du malin ennemi, et qui, belle par nature, ignorant absolument toute souillure, avait paru dans le monde, par sa Conception Immaculée, comme l'éclatante auro­re qui jette de tous côtés ses rayons.

Il ne convenait pas, en effet, que ce vase d'élection subît le commun outrage, puisqu'il était si différent des autres, et n'avait avec eux de commun que la nature, non la faute. Bien plus, comme le Fils unique a dans le ciel un Père que les séraphins proclament trois fois saint, il convenait absolument qu'il eût sur la terre une Mère en qui l'éclat de sa sainteté n'eût jamais été flétri. Et cette doctrine a tellement rempli l'esprit et le coeur des Anciens et des Pères que, par un langage étonnant et singulier, qui a prévalu parmi eux, ils ont très souvent appelé la Mère de Dieu Immaculée et parfaitement immaculée, innocente et très innocente, irréprochable et absolument irréprochable, sainte et tout à fait étrangère à toute souillure de péché, toute pure et toute chaste, le modèle et pour ainsi dire la forme même de la pureté et de l'innocence, plus belle et plus gracieuse que la beauté et la grâce même, plus sainte que la sainteté, seule sainte et très pure d'âme et de corps, telle enfin qu'elle a surpassé toute intégrité, toute virginité, et que seule devenue tout entière le domicile et le Sanc­tuaire de toutes les grâces de l'Esprit-Saint, elle est, à l'exception de Dieu seul, supérieure à tous les êtres, plus belle, plus noble, plus sainte, par sa grâce native, que les chérubins eux-mêmes, que les séraphins et toute l'armée des anges (18 ), si excellente, en un mot, que pour la louer, les louanges du ciel et celles de la terre sont égale­ment impuissantes.

Personne, au reste, n'ignore que tout ce lan­gage a passé, comme de lui-même, dans les monuments de la liturgie sacrée et dans les offices de l'Église, qu'on l'y rencontre à chaque pas et qu'il y domine, puisque la Mère de Dieu y est invoquée et louée, comme une colombe unique de pureté et de beauté; comme une rose toujours belle, toujours fleurie, absolument pure, toujours immaculée et toujours sainte, tou­jours heureuse, et qu'elle y est célébrée comme l'innocence qui n'a jamais été blessée; enfin, comme une autre Eve, qui a enfanté l'Emmanuel.
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Jean-Yves Tarrade



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Sam 23 Fév 2008, 23:30

VERS LA DÉFINITION DOGMATIQUE DE L'IMMACULÉE CONCEPTION



1. Pétitions anciennes et nouvelles

Faut-il s'étonner, après cela, si une doctrine, qui, au jugement des Pères, est consignée dans les Saintes Écritures, qu'ils ont eux-mêmes trans­mise et attestée tant de fois et d'une manière si imposante, que tant d'illustres monuments d'une antiquité vénérable contiennent d'une manière expresse, que l'Église a proposée et confirmée par la très grave autorité de son jugement; en un mot, si la doctrine de l'Immaculée Conception de la Vierge, Mère de Dieu, a été l'objet d'une telle piété, d'une telle vénération, d'un tel amour; si les pasteurs de l'Église elle-même et les peuples fidèles se sont fait une telle gloire de la professer chaque jour davantage, en sorte que leur plus douce consolation, leur joie la plus chère a été d'honorer, de vénérer, d'invoquer et de proclamer partout, avec la plus tendre ferveur, la Vierge, Mère de Dieu, conçue sans la tache originelle? Aussi, depuis les temps anciens, les évêques, les ecclésiastiques, les Ordres réguliers et même les empereurs et les rois ont instamment prié le Siège apostolique de définir comme un dogme de la foi catholique l'Immaculée Conception de la Très Sainte Mère de Dieu (19). De nos jours même, ces demandes ont été réitérées, et surtout elles ont été présentées à notre Prédécesseur Grégoire XVI, d'heureuse mémoire (20), et à nous-même, tant par les évêques, par le clergé séculier et le clergé régulier, que par les princes souverains et les peuples fidèles (21).



2. La préparation immédiate

a) L'initiative du Pape

Prenant donc en sérieuse considération, dans une joie profonde de Notre cœur, tous ces faits, dont nous avons une pleine connaissance-, à peine élevé sur la Chaire de Saint Pierre, malgré notre indignité, par un secret dessein de la divine Providence, avons-nous pris en main le gouver­nail de toute l'Église, que notre plus ardent désir a été, suivant la vénération, la piété et l'amour dont Nous sommes animé depuis nos plus tendres années envers la Très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, d'achever tout ce qui pouvait être encore dans les voeux de l'Église, afin d'accroître l'honneur de la Bienheureuse Vierge et de répandre un nouvel éclat sur ses prérogatives.



b) La Congrégation cardinalice et la consulte des théologiens

Mais voulant y apporter toute la maturité pos­sible, nous avons institué une Congrégation par­ticulière, formée de cardinaux de la Sainte Église romaine, nos Vénérables Frères, illustres par leur piété, leur sagesse et leur science des choses divines (22), et nous avons choisi, tant dans le clergé séculier que dans le clergé régulier, des hommes spécialement versés dans les sciences théologiques, afin qu'ils examinent avec le plus grand soin tout ce qui regarde l'Immaculée Conception de la Vierge et nous fassent connaître leur propre sentiment (23).



c) Le consultation « par écrit »

En outre, bien que les demandes par les­quelles on nous sollicitait de définir enfin l'Immaculée Conception nous eussent instruit du sentiment d'un très grand nombre d'évêques, nous avons adressé une Encyclique, datée de Gaète, 2 février 1849 (24), à tous nos vénérables Frères les évêques de tout l'univers catholique, afin qu'après avoir adressé à Dieu leurs prières, ils nous fassent connaître par écrit quelle était la dévotion et la piété de leurs fidèles envers la Conception Immaculée de la Mère de Dieu, et surtout ce qu'eux-mêmes pensaient et désiraient touchant la définition projetée, afin que nous puissions rendre notre jugement. suprême le plus solennellement possible.

Certes, notre Coeur n'a pas reçu une médiocre consolation lorsque les réponses de nos Vénérables Frères nous sont parvenues; car non seulement dans ces réponses, toutes pleines d'une joie, d'une allégresse et d'un zèle admirables, ils nous confirmaient leur propre sentiment et leur dévotion particulière, ainsi que celle de leur cler­gé et de leur peuple fidèle envers la Conception Immaculée de la Bienheureuse Vierge, mais ils nous demandaient, comme d'un voeu unanime, de définir par notre jugement et autorité suprême l'Immaculée Conception de la Vierge (25).

Notre joie n'a pas été moins grande lorsque nos vénérables Frères les cardinaux de la Sainte Église romaine, membres de la Congrégation particulière dont nous avons parlé plus haut, et les théologiens consulteurs choisis par nous, nous ont demandé avec le même empressement et le même zèle, après un mûr examen, cette définition de la Conception Immaculée de la Mère de Dieu (26).



d) Le Consistoire

Après ces choses, suivant donc les traces illustres de nos Prédécesseurs et désirant procé­der régulièrement et selon les formes, nous avons convoqué et tenu un Consistoire dans lequel, après avoir adressé une allocution à nos vénérables Frères les cardinaux de la Sainte Égli­se romaine, nous les avons entendus avec la plus grande consolation nous demander de vouloir bien prononcer la définition dogmatique de l'Immaculée Conception de la Vierge Mère de Dieu (27).



e) La décision

C'est pourquoi, plein de confiance, et persua­dé dans le Seigneur que le temps opportun est venu de définir l'Immaculée Conception de la Très Sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, que les paroles divines, la vénérable tradition, le sen­timent constant de l'Église, l'unanime accord des évêques catholiques et des fidèles, les actes mémorables de nos Prédécesseurs ainsi que leurs Constitutions, ont mise dans une admi­rable lumière et si formellement déclarée ; après avoir mûrement pesé toutes choses, après avoir répandu devant Dieu d'assidues et de ferventes prières, nous avons pensé qu'il ne fallait pas tar­der davantage à sanctionner et définir par notre jugement suprême l'Immaculée Conception de la Vierge, à satisfaire ainsi les si pieux désirs du monde catholique et notre propre piété envers la Très Sainte Vierge, et en même temps à honorer de plus en plus en elle son Fils unique Notre­ Seigneur Jésus-Christ, puisque tout l'honneur et toute la gloire que l'on rend à la Mère rejaillit sur le Fils.



3. La définition dogmatique

En conséquence, après avoir offert sans relâche, dans l'humilité et le jeûne, nos propres prières et les prières publiques de l'Église à Dieu le Père par son Fils, afin qu'il daignât, par la vertu de l'Esprit-Saint, diriger et confirmer notre esprit; après avoir imploré le secours de toute la cour céleste et invoqué avec des gémissements l'Esprit consolateur, et ainsi, par sa divine inspi­ration, pour l'honneur de la Sainte et Indivisible Trinité, pour la gloire et l'ornement de la Vierge Mère de Dieu, pour l'exaltation de la foi catho­lique et l'accroissement de la religion chrétienne



Par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des Bienheureux apôtres Pierre et Paul et la nôtre, nous déclarons, nous prononçons et définissons que la doctrine qui enseigne que la Bienheureuse Vierge Marie, dès le premier instant de sa Conception, a été, par une grâce et un privilège spécial du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute tache du péché originel, est révélée de Dieu, et par conséquent qu'elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles (28 ).

C'est pourquoi, si quelques-uns avaient la présomption, ce qu'à Dieu ne plaise, de penser contrairement à notre définition, qu'ils appren­nent et qu'ils sachent que, condamnés par leur propre jugement, ils ont fait naufrage dans la foi et cessé d'être dans l'unité de l'Église-, et que, de plus, ils encourent par le fait même les peines de droit, s'ils osent exprimer ce qu'ils pensent de vive voix ou par écrit, ou de toute autre manière extérieure que ce soit.



4. Résultats espérés

a) Pour l'Église

En vérité, notre bouche est pleine de joie et notre langue est dans l'allégresse; et nous ren­dons et rendrons toujours les plus humbles et les plus profondes actions de grâces à Notre­Seigneur de ce que, par une faveur singulière, il Nous a accordé, sans mérite de notre part, d'of­frir et de décerner cet honneur, cette gloire et cette louange à sa Très Sainte Mère.

Nous avons la plus ferme espérance et la confiance la plus assurée que la Vierge Bienheureuse qui, toute belle et tout immaculée, a écrasé la tête venimeuse du cruel serpent et apporté le salut du monde; qui est la louange des prophètes et des Apôtres, l'honneur des martyrs, la joie et la couronne de tous les saints, le refuge le plus assuré de tous ceux qui sont en péril, le secours le plus fidèle, la médiatrice la plus puis­sante de l'univers entier auprès de son Fils unique pour la réconciliation; la gloire la plus belle, l'ornement le plus éclatant, le plus solide appui de la sainte Église; qui a toujours détruit toutes les hérésies, arraché les peuples et les nations fidèles à toutes les plus grandes calami­tés, et qui nous a nous-même délivré de tant de périls menaçants, voudra bien faire en sorte, par sa protection toute-puissante, que la Sainte Mère l'Église catholique, toutes les difficultés étant écartées, toutes les erreurs vaincues, soit de jour en jour plus forte, plus florissante chez toutes les nations et dans tous les lieux ; qu'elle règne d'une mer à l'autre et depuis les rives du fleuve jus­qu'aux extrémités du monde; qu'elle jouisse d'une paix entière, d'une parfaite tranquillité et liberté; que les coupables obtiennent leur par­don, les malades leur guérison, les faibles de cœur la force, les affligés la consolation, ceux qui sont en danger le secours; que tous ceux qui sont dans l'erreur, délivrés des ténèbres qui couvrent leur esprit, rentrent dans le chemin de la vérité et de la justice, et qu'il n'y ait plus qu'un seul ber­cail et qu'un seul pasteur.



b) Pour la dévotion à Marie Immaculée

Que les enfants de l'Église catholique, nos Fils bien-aimés, entendent nos paroles, et qu'animés chaque jour d'une piété, d'une vénération, d'un amour plus ardents, ils continuent d'honorer, d'invoquer, de prier la Bienheureuse Mère de Dieu, la Vierge Marie, conçue sans la tache origi­nelle; et que, dans tous leurs périls, dans leurs angoisses, dans leurs nécessités, dans leurs doutes et dans leurs craintes, ils se réfugient avec une entière confiance auprès de cette très douce Mère de miséricorde et de grâce. Car il ne faut jamais craindre, il ne faut jamais désespérer, sous la conduite, sous les auspices, sous le patronage, sous la protection de Celle qui a pour nous un coeur de Mère, et qui, traitant elle-même l'affaire de notre salut, étend sa sollicitude sur tout le genre humain; qui, établie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre, et élevée au-dessus de tous les chœurs des anges et de tous les rangs des saints, se tient à la droite de son Fils unique, Notre-Seigneur Jésus-Christ, intercède efficace­ment par toute la puissance des prières mater­: pelles, et trouve ce qu'elle cherche, et son inter­cession ne peut être sans effet.



5. Promulgation

Enfin, pour que cette définition dogmatique par nous prononcée touchant l'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, soit portée à la connaissance de l'Église universelle, nous avons voulu la consigner dans nos pré­sentes Lettres apostoliques, en perpétuelle mémoire de la chose, ordonnant que les copies manuscrites qui seront faites desdites Lettres, ou même les exemplaires qui en seront imprimés, contresignés par un notaire public, et munis du sceau d'une personne constituée en dignité ecclésiastique, fassent foi auprès de tous, de la même manière absolument que le feraient les présentes Lettres elles-mêmes, si elles étaient exhibées ou produites.

Qu'il ne soit donc permis à qui que ce soit de contredire, par une audacieuse témérité, ce texte écrit de notre déclaration, décision et définition ou bien d'y porter atteinte et de s'y opposer. Que si quelqu'un avait la hardiesse de l'entreprendre, qu'il sache qu'il encourrait le courroux du Dieu Tout-Puissant et de ses apôtres Pierre et Paul.

Donné à Rome, près Saint-Pierre, l'année mil huit cent cinquante quatrième de l'Incarnation de Notre Seigneur, le sixième jour avant les ides de décembre de l'an 1854, de notre pontificat le neuvième.



PIE IX, PAPE
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Jean-Yves Tarrade



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Sam 23 Fév 2008, 23:32

version française

http://paroissespsp.free.fr/1854%20Ineffabilis%20Deus.htm

Vatican version anglaise



http://www.vatican.va/holy_father/pius_xii/apost_constitutions/documents/hf_p-xii_apc_19501101_munificentissimus-deus_en.html

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Jean-Yves Tarrade



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Sam 23 Fév 2008, 23:48

Excellent commentaire du Père Garrigou Lagrange (1941)



http://www.salve-regina.com/Theologie/La_plenitude_de_graces_en_Marie.htm




La plénitude initiale de grâces en Marie



par le P. Reg. Garrigou-Lagrange, O. P.

La vie spirituelle n° 253, mai 1941



La grâce habituelle, que reçut la bienheureuse Vierge à l’instant même de la création de sa sainte âme, fut une plénitude, en laquelle se vérifiait déjà ce que l’ange devait dire le jour de l’Annonciation : « Je vous salue, pleine de grâce ». C’est ce qu’affirme avec la tradition Pie IX en définissant le dogme de l’immaculée Conception. Il dit même que Marie, dès le premier instant « a été aimée par Dieu plus que toutes les créatures « præ creaturis universis », qu’il s’est pleinement complu en elle et qu’il l’a comblée admirablement de toutes ses grâces, beaucoup plus que tous les esprits angéliques et que tous les saints. »[1]



Perfection de cette plénitude initiale



On pourrait citer ici sur ce point de nombreux témoignages de la tradition[2]. Nous insisterons surtout sur les raisons théologiques communément invoquées par les Pères et les théologiens.

Saint Thomas[3] explique la raison de cette plénitude initiale de grâce, lorsqu’il dit :
Citation :
« Plus on approche d’un principe (de vérité et de vie), plus on participe à ses effets. C’est pourquoi Denys affirme (De cœlesti hierarchia, c. 4) que les anges, qui sont plus près de Dieu que les hommes, participent davantage à ses bontés. Or le Christ est le principe de la vie de la grâce ; comme Dieu, il en est la cause principale, et comme homme (après nous l’avoir méritée) il nous la transmet, car son humanité est comme un instrument toujours uni à la divinité : « la grâce et la vérité nous sont venues par lui » (Jean I, 17). La bienheureuse Vierge Marie, étant plus près du Christ que personne, puisqu’il a pris en elle son humanité, a donc reçu de lui une plénitude de grâce qui dépasse celle des autres créatures ».

Saint Jean-Baptiste et Jérémie furent aussi, selon les témoignages de l’Ecriture, sanctifiés dans le sein de leur mère, mais sans être préservés du péché originel ; Marie dès le premier instant reçut la grâce sanctifiante à un degré très supérieur à eux, avec le privilège spécial d’être préservée à l’avenir de toute faute même vénielle, ce qui n’est affirmé d’aucun saint[4].

Dans son explication de l’Ave Maria[5], saint Thomas décrit la plénitude de grâce en Marie (ce qui se vérifie déjà dans la plénitude initiale) de la façon suivante.

Tandis que les anges ne manifestent pas leur respect aux hommes, parce qu’ils leur sont supérieurs, comme esprits purs et comme vivant surnaturellement dans la sainte familiarité de Dieu, l’archange Gabriel en saluant Marie, se montra plein de respect et de vénération pour elle, car il comprit qu’elle le dépassait par la plénitude de grâce, par l’intimité divine avec le Très Haut et par une parfaite pureté.

Elle avait reçu en effet la plénitude de grâce à un triple point de vue : pour éviter tout péché, si léger soit-il, et pratiquer éminemment toutes les vertus ; pour que cette plénitude débordât de son âme sur son corps et qu’elle conçut le Fils de Dieu fait homme ; pour que cette plénitude débordât de son âme aussi sur tous les hommes[6] et pour qu’elle nous aidât dans la pratique de toutes les vertus.

De plus elle dépassait les anges par sa sainte familiarité avec le Très Haut, c’est pourquoi l’archange Gabriel en la saluant lui dit : « Le Seigneur est avec vous », comme s’il lui disait : vous êtes plus intime que moi avec Dieu, car il va devenir votre Fils, tandis que je ne suis que son serviteur. De fait, comme Mère de Dieu, Marie a une intimité plus étroite que les anges avec le Père, le Fils et l’Esprit-Saint.

Enfin elle dépassait les anges par sa pureté, bien qu’ils soient purs esprits, car elle n’était pas seulement très pure en elle-même, mais elle donnait déjà la pureté aux autres. Non seulement elle était exempte du péché originel[7] et de toute faute soit mortelle, soit vénielle, mais aussi de la malédiction due au péché : « tu enfanteras dans la douleur… et tu retourneras en poussière » (Gen. III, 16, 19). Elle concevra le Fils de Dieu sans perdre la virginité, elle le portera dans un saint recueillement, elle l’enfantera dans la joie, elle sera préservée de la corruption du tombeau et associée par l’Assomption à l’Ascension du Sauveur.

Elle est déjà bénie entre toutes les femmes, parce qu’elle seule, avec son Fils et par lui, enlèvera la malédiction qui pesait sur la race humaine, et elle nous portera la bénédiction en nous ouvrant les portes du ciel. C’est pourquoi elle est appelée l’Etoile de la mer qui dirige les chrétiens vers le port de l’éternité.

L’ange lui dira : Le fruit de vos entrailles est béni. Tandis que en effet le pécheur cherche dans ce qu’il désire ce qu’il ne peut pas y trouver, le juste trouve tout en ce qu’il désire saintement. A ce point de vue le fruit des entrailles de Marie sera trois fois béni.

Eve a désiré le fruit défendu, pour avoir « la science du bien et du mal » et savoir se conduire seule, sans avoir besoin d’obéir ; elle a été séduite par le mensonge : « Vous serez comme des dieux » ; et loin de devenir semblable à Dieu, elle s’est éloignée et détournée de lui. Au contraire Marie trouvera tout dans le fruit béni de ses entrailles ; en lui elle trouvera Dieu même et nous le fera trouver.

Eve, en cédant a la tentation, a désiré la délectation, et a trouvé la douleur. Au contraire Marie trouve et nous fait trouver la joie et le salut en son divin Fils.

Enfin le fruit désiré par Eve n’avait qu’une beauté sensible, tandis que le fruit des entrailles de Marie est la splendeur de la gloire spirituelle et éternelle du Père. La Vierge elle-même est bénie. mais plus encore son Fils qui apporte à tous les hommes la bénédiction et le salut.

Ainsi parle suint Thomas de la plénitude de grâce en Marie en son Commentaire de l’Ave Maria ; il vise surtout la plénitude réalisée le jour de l’Annonciation, mais cela s’applique déjà dans une mesure à la plénitude initiale, comme ce qui est dit du fleuve s’applique à la source dont il procède.



Comparaison de la grâce initiale de Marie à celle des saints



On s’est demandé si la grâce initiale de Marie fut plus grande que la grâce finale de chacun des anges et des hommes, et même que la grâce finale de tous les anges et de tous les saints pris ensemble. Et l’on a généralement entendu cette question non pas précisément de la grâce consommée du ciel, mais de celle qui précède immédiatement l’entrée au ciel[8].

A la première partie de cette question les théologiens répondent communément d’une façon affirmative ; c’est en particulier l’avis de saint Jean Damascène[9], de Suarez[10], de Justin de Miéchow, O. P.[11], de Ch. Vega[12], de Contenson[13], de saint, Alphonse[14], du P. Terrien[15], Godts, Hugon, Merkelbach, etc.

Aujourd’hui tous les ouvrages de Mariologie sont unanimes sur ce point et considèrent la chose comme certaine ; c’est même exprimé par Pie IX dans la Bulle Ineffabilis Deus au passage que nous venons de citer un peu plus haut.

La raison principale est prise de la Maternité divine, motif de tous les privilèges de Marie, et cette raison se présente sous deux aspects, suivant qu’on considère la fin à laquelle la première grâce fut ordonnée en elle, ou l’amour divin qui en a été la cause.

La première grâce a été en effet accordée à Marie comme une digne préparation à la maternité divine, ou pour la préparer à être la digne Mère du Sauveur, dit saint Thomas (q, 27, a. 5, ad. 2). Or la grâce même consommée des autres saints ne serait pas encore une digne préparation à la maternité divine, qui appartient à l’ordre hypostatique ou d’union au Verbe. La première grâce en Marie dépasse donc déjà la grâce consommée des autres saints.

Aussi de pieux auteurs expriment cette vérité en accommodant ces paroles du Psaume 86 : « Fundamenta ejus in montibus sanctis » et ils l’entendent ainsi : ce qui est le sommet de la perfection des autres saints n’est pas encore le commencement de la sainteté de Marie.

Cette même raison apparaît sous un autre aspect en considérant l’amour incréé de Dieu pour la Sainte Vierge : comme la grâce est l’effet de l’amour acte de Dieu qui nous rend ainsi aimables à ses yeux, tels des enfants adoptifs, une personne reçoit la grâce d’autant plus abondamment qu’elle est plus aimée par Dieu. Or Marie dès le premier instant, en sa qualité de future Mère de Dieu, est plus aimée de lui que n’importe quel saint même parvenu au terme de sa vie, et plus qu’aucun ange. Elle a donc reçu dès le premier instant une grâce supérieure.

Cela ne fait aucun doute et n’est plus discuté aujourd’hui.
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Jean-Yves Tarrade



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Sam 23 Fév 2008, 23:48

La première grâce en Marie fut-elle supérieure à la grâce finale de tous les saints et anges pris ensemble ?

Quelques théologiens l’ont nié, parmi les anciens et parmi les modernes[16].



Cependant il est au moins très probable, sinon certain[17], selon la grande majorité des théologiens qu’il faut répondre affirmativement avec Ch. Vega, Contenson, saint Alphonse, Godts, Monsabré, Tanquerey, Billot, Sinibaldi, Hugon, L. Janssens, Merkelbach, etc.



Il y a d’abord un argument d’autorité

Pie IX, dans la bulle Ineffabilis Deus, favorise très manifestement cette doctrine lorsqu’il dit, dans le passage déjà cité : « Deus ab initio,… Unigenito Filio suo Matrem… elegit atque ordinavit, tantoque prae creaturis universis est prosecutus amore, ut in illa una sibi propensissima voluntate complacuerit. Quapropter, illam longe ante omnes angelicos Spiritus, cunctosque sanctos caelestium omnium charismatum copia de thesauro Divinitatis deprompta ita mirifice cumulavit, ut… eam innocentiae et sanctitatis plenitudinem prae se ferret, et quae major sub Deo nullatenus intelligitur, et quam praeter Deum nemo assequi cogitando potest. »[18]

Selon le sens obvie, toutes ces expressions, spécialement celle-ci : « cunctos sanctos », signifient que la grâce en Marie, dès le premier instant dont il est parlé à cet endroit, dépassait celle de tous les saints ensemble ; si Pie IX avait voulu dire que la grâce en Marie dépassait celle de chacun des saints, il aurait écrit « longe ante quemlibet angelum et sanctum » et non pas « longe ante omnes angelicos spiritus, cunctosque sanctus ». Il n’aurait pas dit non plus que Dieu a aimé, Marie plus que toutes les créatures « prae creaturis universis » et qu’il s’est plus complu en elle seule « ut in illa una sibi propensissima voluntate complacuerit ».

On ne peut pas dire qu’il ne s’agit pas du premier instant, car Pie IX, sitôt après le passage cité, dit : « Decebat omnino ut Beatissima Virgo Maria perfectissimae sanctitatis splendoribus semper ornata fulgeret ».

Un peu plus loin dans la même bulle il est dit que, selon les Pères, Marie est supérieure par la grâce aux chérubins, aux séraphins et à toute l’armée des anges « omni exercitu angelorum », c’est-à-dire à tous les anges réunis. C’est concédé par tous s’il s’agit de Marie au ciel, mais il faut se rappeler que le degré de gloire céleste est proportionné au degré de charité au moment de la mort, et que celui-ci en Marie était proportionné lui-même à la dignité de Mère de Dieu, à laquelle la Sainte Vierge fut préparée dès le premier instant.

A cet argument d’autorité tiré de la bulle Ineffabilis Deus, il faut ajouter deux raisons théologiques qui précisent celles que nous avons exposées un peu plus haut, et qui sont prises de la maternité divine, suivant qu’on considère la fin à laquelle la première grâce fut ordonnée ou l’amour incréé qui en a été la cause.

Pour bien entendre ces deux raisons théologiques, il faut d’abord remarquer que, bien que la grâce soit de l’ordre de la qualité et non pas de celui de la quantité, du fait que la plénitude initiale en Marie dépasse la grâce consommée du plus grand des saints, il n’est pas immédiatement évident pour tous qu’elle dépasse celle de tous les saints réunis. La vue de l’aigle comme qualité ou puissance dépasse celle de l’homme qui a les meilleurs yeux, mais elle ne lui permet cependant pas de voir ce que voient l’ensemble des hommes répandus à la surface de la terre. Il est vrai qu’il se mêle ici une question de quantité ou d’étendue et de distance, ce qui n’arrive pas lorsqu’il s’agit d’une pure qualité immatérielle. Il convient pourtant d’ajouter ici une précision nouvelle ; et cette précision peut conduire non seulement à une probabilité, mais à la certitude.



1° La première grâce en Marie, puisqu’elle la préparait à être la digne Mère de Dieu, devait être déjà proportionnée au moins de façon éloignée à la maternité divine. Or la grâce finale de tous les saints, même pris ensemble, n’est pas encore proportionnée â la dignité de Mère de Dieu, qui est d’ordre hypostatique, comme nous l’avons vu. Et donc la grâce finale de tous les saints même pris ensemble est inférieure à la première grâce reçue par Marie.

Cet argument parait être en lui-même certain, quoique quelques théologiens n’aient pas saisi toute sa portée.

On a objecté : la première grâce en Marie n’est pas encore une préparation prochaine à la maternité divine ; aussi la preuve n’est-elle pas concluante.

Beaucoup de théologiens ont répondu ; quoique la première grâce en Marie ne soit pas une préparation prochaine à la maternité divine, elle en est cependant une préparation digne et proportionnée, selon l’expression de saint Thomas, IIIa., q. 27, a. 5 ad 2m : « prima quidem (perfectio gratiae) quasi dispositiva, per quam B. Maria Virgo reddebatur idonea ad hoc quod esset mater Christi ». Or la grâce consommée de tous les saints ensemble n’était pas encore proportionnée à la maternité divine qui est un privilège unique au monde et d’ordre hypostatique. La preuve conserve donc sa valeur.



2° La personne qui est plus aimée par Dieu que tentes les créatures ensemble reçoit une plus grande grâce que toutes ces créatures réunies, car la grâce est l’effet de l’amour incréé et lui est proportionnée. Comme le dit saint Thomas Ia. q. 20, a. 4 : « Dieu aime plus celui-ci que celui-là, en tant qu’il lui veut un bien supérieur, car la volonté divine est cause du bien qui est, dans les créatures ». Or de toute éternité Dieu a aimé Marie plus que toutes les créatures ensemble comme celle qu’il devait préparer dès le premier instant de sa conception à être la digne Mère du Sauveur. Selon l’expression de Bossuet : « Il a toujours aimé Marie comme mère, il l’a considérée comme telle dès le premier moment qu’elle fut conçue ».

Cela n’exclut pas d’ailleurs en Marie le progrès de la sainteté ou l’augmentation de la grâce, car celle-ci, étant une participation de la nature divine, peut toujours augmenter et reste toujours finie ; même la plénitude finale de grâce en Marie est limitée, quoiqu’elle déborde sur toutes les âmes.

A ces deux raisons théologiques relatives à la maternité divine s’ajoute une confirmation importante qui apparaîtra de plus en plus en parlant de la médiation universelle de Marie. Elle pouvait, en effet, dès ici-bas et dès qu’elle a pu mériter et prier, plus obtenir par ses mérites et ses prières que tous les saints ensemble, car ils n’obtiennent rien sans la médiation universelle de la Sainte Vierge, qui est comme l’aqueduc des grâces ou dans le corps mystique comme le cou par lequel les membres sont unis à la tête. Bref, Marie, dès qu’elle put mériter et prier, pouvait sans les saints obtenir plus que tous les saints ensemble sans elle. Or le degré du mérité correspond au degré de la charité et de la grâce sanctifiante. Marie a donc reçu dès le début de sa vie un degré de grâce supérieur à celui que possédaient immédiatement avant leur entrée au ciel,tous les saints et tous les anges réunis.



Il y a d’autres confirmations indirectes ou des analogies plus ou moins éloignées : une pierre précieuse comme le diamant vaut plus que la quantité d’autres pierres réunies. De même dans l’ordre spirituel, un saint comme le Curé d’Ars pouvait plus par sa prière et ses mérites que tous ses paroissiens pris ensemble. Un fondateur d’ordre comme un Saint Benoît vaut plus à lui seul par la grâce divine qu’il a reçue pour cette œuvre que tous ses premiers compagnons, car tous réunis ils n’auraient pu faire cette fondation sans lui, tandis que lui aurait pu trouver d’autres frères comme ceux venus à lui dans la suite. On a donné aussi d’autres analogies : l’intelligence d’un archange dépasse celle de tous les anges inférieurs à lui pris ensemble. La valeur intellectuelle d’un saint Thomas dépasse celle de tous ses commentateurs réunis. La puissance d’un roi est supérieure non seulement à celle de son premier ministre, mais à celle de tous ses ministres ensemble.

Si les anciens théologiens n’ont pas explicitement traité cette question, c’est très probablement parce que la solution leur paraissait évidente. Ils disaient par exemple à la fin du traité de la grâce, pour en montrer la dignité : tandis qu’une pièce de dix francs ne vaut pas plus que dix d’un franc, une grâce ou une charité de dix talents vaut beaucoup plus que dix charités d’un seul talent[19] ; c’est pourquoi le démon, cherche à maintenir dans la médiocrité des âmes qui, par la vocation sacerdotale ou religieuse, sont appelées très haut ; il veut empêcher ce plein développement de la charité, qui ferait beaucoup plus de bien qu’une charité inférieure simplement multipliée à son degré très commun où elle s’accompagne de tiédeur.

Il faut faire ici attention à l’ordre de la pure qualité immatérielle qui est celui de la grâce sanctifiante. Si la vue de l’aigle ne dépasse pas celle de tous les hommes réunis, c’est qu’il se mêle ici une question de quantité ou de distance locale, du fait que les hommes répandus en différentes régions à la surface de la terre peuvent voir ce que l’aigle, placé sur un sommet des Alpes, ne peut atteindre. Il en est autrement dans l’ordre de la pure qualité.

Si cela est vrai, il n’est pas douteux que Marie, par la première grâce qui la disposait déjà à la maternité divine, valait plus aux yeux de Dieu que tous les apôtres, les martyrs, les confesseurs et les vierges réunis, qui se sont succédés et se succéderont dans l’Eglise, plus que toutes âmes et que tous les anges créés depuis l’origine du monde.

Si l’art humain fait des merveilles de précision et de beauté, que ne peut faire l’art divin dans la créature de prédilection, dont il est dit : « Elegit eam Deus et præelegit eam » et qui a été élevée, dit la liturgie, au-dessus de tous les chœurs des anges. La première grâce reçue par elle était déjà une digne préparation à sa maternité divine et à sa gloire exceptionnelle qui vient immédiatement au-dessous de celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Elle a souffert du reste, comme lui, à proportion, car elle devait être victime avec lui, pour être victorieuse aussi avec lui et par lui.

Ces raisons théologiques nous permettent d’entrevoir déjà toute l’élévation et la richesse de la plénitude initiale de grâce en Marie. Si les chefs-d’œuvre de la littérature classique, grecque, latine ou française, contiennent. beaucoup plus de beautés qu’on ne le croirait à première lecture lorsqu’on les lit entre quinze et vingt ans, si ces beautés ne nous apparaissent que lorsque nous reprenons la lecture de ces œuvres à un âge plus avancé ; s’il en est de même des écrits d’un saint Augustin ou d’un saint Thomas, que penser des beautés cachées dans les chefs-d’œuvre de Dieu même, dans ceux composés immédiatement par lui, et en particulier, dans le chef-d’œuvre spirituel, de nature et de grâce, qu’est la très sainte âme de Marie, Mère de Dieu. On est porté d’abord à affirmer la richesse de la plénitude initiale de grâce en elle à raison de sa beauté entrevue ; il arrive ensuite qu’on se demande si l’on n’a pas forcé la note, en transformant une probabilité en certitude ; finalement une étude approfondie nous ramène à la première affirmation, mais en connaissance de cause, non plus seulement parce que c’est beau, mais parce que c’est vrai, et parce qu’il y a là des convenances non seulement théoriques, mais des convenances qui ont effectivement motivé le choix divin, et dans lesquels s’est reposé le bon plaisir de Dieu.



Fr. Réginald Garrigou-Lagrange, O. P.
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Jean-Yves Tarrade



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Sam 23 Fév 2008, 23:49

[1] Ineffabilis Deus : « Ineffabilis Deus… ab initio et ante sæcula unigenito Filio suo Matrem, ex qua caro factus in beata temporum plenitudine nasceretur elegit atque ordinavit, tantoque prae creaturis universis est prosecutus aurore ; ut in illa una sibi propensissima voluntate complacuerit. Quapropter illam longe ante omnes angelicos Spiritus, cunctosque Sanctos cælestium omnium charismatum copia de thesauro Divinitatis, deprompta ita mirifice cumulavit, ut ipsa ab omni prorsus peccati labe semper libera, ac tota pulchra et perfecta eam innocentia et sanctitatis plenitudinem præ se ferret, qua major sub Deo nullatenus intelligitur, et quam præter Deum nemo assequi cogitando potest ».

« Le Dieu ineffable… Dès le commencement, et avant tous les siècles, choisit et prépara pour son Fils Unique la Mère de laquelle, s’étant incarné, il naîtrait dans la bienheureuse plénitude des temps ; il l’aima plus que toutes les créatures, d’un tel amour, qu’il mit en elle, d’une manière singulière, ses plus grandes complaisances. C’est pourquoi, puisant dans les trésors de sa divinité, il la combla si merveilleusement, bien plus que tous les esprits angéliques, bien plus que tous les saints, de l’abondance de tous les dons célestes, qu’elle fut toujours complètement exempte de tout péché, et que toute belle et parfaite elle apparut dans une telle plénitude d’innocence et de sainteté qu’on ne peut, hors celle de Dieu, en concevoir une plus grande, et que nulle autre pensée que celle de Dieu même ne peut en mesurer la grandeur. »

[2] Cf. Terrien, La Mère de Dieu, t. II, 1, VII, p. 191-234. – De la Broise, S. J., La Sainte Vierge, ch. II et XII, et Dict. Apol., art. Marie, col. 207, ss.

[3] IIIa, q. 27, a. 5.

[4] Ibidem, a. 6, ad 1m.

[5] « Expositio super salutatione angelica », opuscule écrit vers 1272-1273.

[6] Les théologiens disent communément aujourd’hui que Marie nous a mérité d’un mérite de convenance (de congrue) tout ce que le Christ nous a mérité en stricte justice (de condigno).

[7] D’après la récente édition critique de l’opuscule de saint Thomas, que nous citons ici, édition publiée par J.-F. Rossi, C. M., « S. Thomae Aquinatis Expositio Salutionis Angelicæ » (Divus Thomas, Placentiae, 1931, p. 445-479), on lit à cet endroit dans l’original : « Ipsa enim (beata Virgo) purissima fuit et quantum ad culpam, quia nec originale, nec mortale, nec veniale peccatum incurrit… »

On voit par ce texte que saint Thomas, à la fin de sa vie (1272-1273), affirmait de nouveau comme il l’avait dit dans la première période de sa carrière théologique, que Marie a été préservée du péché originel. « Talis fuit puritas beatæ Virginis, quæ a peccato originali et actuali immunis fuit » (I Sent., Q. 44, q. 1, a. 3, ad 3m). Ce qu’il avait affirmé d’abord dans l’élan de sa piété, il le réaffirmait, après une période d’hésitation, par un jugement plus mûr et plus motivé.

Il n’est pas rare, en ces questions, que le théologien à ses débuts affirme un privilège parce qu’il y voit seulement une convenance, quelque chose de beau, et finalement il l’affirme parce que c’est vrai.

G. J.-M. Vosté, O. P., Commentarius in III P., in q. 27, a. 2, Rome, 2° éd..1940.

[8] Les théologiens admettent généralement que la grâce consommée de Marie au ciel dépasse la gloire de tous les saints et anges réunis ; et que tout au moins la grâce finale de Marie, au moment de sa mort, ou même au moment de l’Incarnation du Verbe, dépassait la grâce finale de tous les saints réunis au terme de leur vie terrestre. Ici nous nous demandons si la plénitude initiale en Marie avait déjà cette valeur par comparaison â celle des saints. On sait d’ailleurs que dans les élus, le degré de gloire correspond au degré de grâce et de charité qu’ils avaient avant l’entrée au ciel.

[9] Orat. De Nativ. Virg. P. G. XCVI, 648, ss.

[10] « De Mystiriis vitae Christi », disp. IV, sect. I.

[11] « Collat. super Litanias B. Mariæ Virg. », col. 134.

[12] « Theologia Mariana », n° 1150 ss.

[13] « Theolog. Mentis et cordis », 1, 10, diss. VI, c. 1.

[14] « Glorie di Maria », II, P., disc. 2.

[15] « La Mère de Dieu », t. 1.

[16] Théophile Raynaud, Terrien et Lépicier ne répondent affirmativement que s’il s’agit de la plénitude finale de grâce en Marie, à la fin de sa vie mortelle. D’autres comme Valentia l’accordent s’il est question de la plénitude de grâce de la seconde sanctification, au moment de l’Incarnation du Verbe ; mais, avec saint Alphonse, « Li Glorie di Maria », II, disc. 2, p. 1, la grande majorité des théologiens modernes l’admettent pour la plénitude initiale. Les deux premières affirmations sont certaines, la troisième relative à la plénitude initiale est au moins très probable, comme le montre bien le P. Merkelbach. « Mariologia » 1939, p. 178-181.

[17] Nous considérons personnellement la chose comme certaine, à cause des principes que nous exposerons à la fin du présent article, principes communément reçus chez les anciens théologiens.

[18] La traduction de ce texte important a été donnée note 1. Nos lecteurs sont priés de se reporter à cet endroit.

[19] Cf. « Salmanticenses », Cursus theol., de Caritate, disp. V, dub. III, § 7, n° 76, 80, 85, 93, 117.
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Dim 24 Fév 2008, 08:29

La grâce de Marie à sa conception ne peut être plus grande que la gloire des saints du Ciel pour deux raisons simples :

1° Elle vit dans la foi
2° Elle est un nourrisson

Question 1: La grâce de Marie à sa conception est-elle plus grande que la gloire des saints du Ciel ?

Réponse, c'est impossible:
Marie vit dans la foi, qui est passagère (car imparfaite)

Les saints vivent dans la claire vision qui est définitive.

Or, comme dit saint Paul,
Citation :
lorsque ce qui est parfait paraitra (la claire vision) ce qui est passager disparaîtra.
Ainsi, Marie a perdu la foi le jour de sa naissance au Ciel. Elle ne croyait plus: ELLE VOYAIT.

Question: La charité de Marie à sa conception est-elle plus grande que la charité des saints du Ciel ?

Du côté de Dieu, le projet est unique et plus grand que pour tout autre saint (la future maternité divine). Donc l'amour a pour elle un projet plus grand que tout ce qui se verra à jamais.
Une remarque: Jésus considère la maternité divine comme une grâce inférieure à la maternité divine DANS SON COEUR:

Citation :

Matthieu 12, 48 A celui qui l'en informait Jésus
répondit: "Qui est ma mère et qui sont mes frères?"


Matthieu 12, 49 Et tendant sa main vers ses disciples,
il dit: "Voici ma mère et mes frères.


Matthieu 12, 50 Car quiconque fait la volonté de mon
Père qui est aux cieux, celui-là m'est un frère et une soeur et une mère."




Du côté de Marie, la charité est en conséquence la plus grande. Maisv cette charité est PASSIVE. Car elle ne s'exerce pas encore d'une manière libre. Marie est portée par l'Esprit Saint en elle, mais elle ne répondra à cet amour par un acte libre de sa volonté que plus tard. Car l'âme de Marie à sa conception est celle d'un nourrisson.

Une imprécision du père Garrigou-Lagrange:

Citation :
Marie dès le premier instant reçut la grâce sanctifiante à un degré très supérieur à eux, avec le privilège spécial d’être préservée à l’avenir de toute faute même vénielle, ce qui n’est affirmé d’aucun saint[4].

ce qui n’est affirmé d’aucun saint

C'est une imprécision. Marie n'est pas la seule : Eve et Adam aussi eurent cette grâce.

D'autre part, Marie peut, comme Adam et Eve, commettre un péché mortel, non par faiblesse et ignorance, mais par choix. Car Marie, comme Adam et Eve, est libre et devra être confrontée à Lucifer.

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En Christ



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Dim 24 Fév 2008, 10:16

La grâce de l'immaculée conception de Marie fut-elle équivalente à celle d'Adam et Eve au degré près ?

Je veux dire par là que ce serait bizarre d'avoir différent grade ou degré de stade d’immaculée conception.

Non ?
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Dim 24 Fév 2008, 10:33

En Christ a écrit:
La grâce de l'immaculée conception de Marie fut-elle équivalente à celle d'Adam et Eve au degré près ?

Je veux dire par là que ce serait bizarre d'avoir différent grade ou degré de stade d’immaculée conception.

Non ?

Cher En Christ, on peut prendre la grâce pour la comprendre par plusieurs points de vue;:

1° Du côté de l'amour de Dieu pour nous: de ce point de vue, personne n'est plus aimé car l'amour de Dieu, c'est Dieu lui-même tout entier et sans rétention.

2° Du côté du projet de Dieu pour telle ou telle créature:
Et dans ce cas, le projet sur Eve (vision béatifique sans passer par l'apprentissage de la croix et la rédemption) est moins profond et audacieux que pour Marie.

3° Du côté de la réception de la Créature, on peut regarder deux choses puisque la grâce est une alliance avec a) une initiative venant de Dieu et b) une réponse venant de la créature.

a) Du côté de une initiative venant de Dieu: Marie reçoit dans son âme de tout petit bébé une présence vibrante de la Trinité unique, supérieure à toute grâce initiale des anges et des hommes, inférieure cependant à la vision béatifique. Sa grâce INITIALE est donc unique, quoique inférieure à la gloire des saints. Par contre, au terme de sa vie, elle aura été fidèle au promesses de cette grâce initiale de manière PARFAITE, donc supérieure à tout.

b) Du côté de la réponse venant de Marie: le jour de sa conception, la réponse de Marie est PASSIVE, car elle n'est encore qu'un bébé. Elle n'exerce pas encore sa liberté ce qui fait que son "oui" n'est pas le sien mais celui de Dieu en elle. Cela a moins de valeur qu'un "oui" libre (ce qu'elle fera vers l'âge de raison).

Vous le voyez, c'est cela la théologie. C'est une analyse qui doit tenir compte de tout. J'attends la réponse de Jean-Yves à chacun des points.

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Jean-Yves Tarrade



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Dim 24 Fév 2008, 14:26

En Christ a écrit:
La grâce de l'immaculée conception de Marie fut-elle équivalente à celle d'Adam et Eve au degré près ?

Je veux dire par là que ce serait bizarre d'avoir différent grade ou degré de stade d’immaculée conception.

Non ?

Pour moi, et définitivement, la pureté originelle et la grâce de la conception immaculée qu'a reçue Marie sont deux choses FONDAMENTALEMENT différentes.

A moins d'assassiner Pie IX ! What a Face
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Jean-Yves Tarrade



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Dim 24 Fév 2008, 14:43

Cher Arnaud,

Ton obstination à nous dire "il est écrit ceci mais il faut comprende cela" n'est pas le début du début d'une démonstration !

Ce que Pie IX a écrit est écrit et fait autorité !
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Olivier JC



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Dim 24 Fév 2008, 15:17

Pour moi, et définitivement, la pureté originelle et la grâce de la conception immaculée qu'a reçue Marie sont deux choses FONDAMENTALEMENT différentes.

Parce qu'il y a le péché entre les deux, et que plus haute est la grâce qui doit préserver du péché que celle qui n'a pas à s'en soucier.
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Lilas



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Dim 24 Fév 2008, 19:10

Jean-Yves TARRADE a écrit:
Ce que Pie IX a écrit est écrit et fait autorité !

Bonjour Very Happy
Je n'ai pas lu l'intégralité de vos posts, j'en suis à la moitié simplement (mais je compte reprendre ma lecture).
fleur 6 Je m'excuse par avance de mes propos qui vous sembleront peut être un peu crus.

J'ai une question qui me brûle les lèvres : Avez vous conscience qu'il s'agit de déifier la Vierge Marie ?
Où est Jésus dans tout cela ?
A lire vos posts, il y a une hiérarchisation différente de la Sainte Trinité, où je vous le rappelle la Vierge Marie n'a pas sa place, Jésus semble faire partie de la seconde génération... En haut nous avons Dieu puis Marie, le Saint Esprit ... au milieu ? En tout cas Jésus semble être défini comme inférieur à Marie....

De plus, la vénération de Marie est issue de rites païens, l'ECR l'ayant reconnu tardivement... Il s'agissait donc de christianiser un rite païen....
Je ne veux pas être de mauvaise Foi, mais....
L'Ange Gabriel en se présentant souligne que Marie est bénie entre toutes les femmes, certes parce que par son attitude elle a amené Dieu à s'intéresser à elle.

Je respecte la Vierge Marie, les Saints, mais je ne les vénèrent pas. Mes prières vont à Dieu par l'intermédiaire de Jésus qui est je vous le rappelle le seul médiateur entre nous et Yahvé.
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Olivier JC



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Dim 24 Fév 2008, 22:35

Citation :
De plus, la vénération de Marie est issue de rites païens, l'ECR l'ayant reconnu tardivement... Il s'agissait donc de christianiser un rite païen....

Quelles sont vos sources ?

Citation :
L'Ange Gabriel en se présentant souligne que Marie est bénie entre toutes les femmes, certes parce que par son attitude elle a amené Dieu à s'intéresser à elle.

Ce n'est pas comme cela que Dieu agit. Si l'attitude de Marie fut ce qu'elle a été, c'est bien parce que Dieu lui a donné de l'avoir. Le seul rôle de Marie là-dedans, c'est d'avoir accepté la grâce, et encore, certains vous diront que l'on ne peut accepter la grâce que se Dieu donne de l'accepter. Grand mystère que celui-là...

Citation :
Je respecte la Vierge Marie, les Saints, mais je ne les vénèrent pas. Mes prières vont à Dieu par l'intermédiaire de Jésus qui est je vous le rappelle le seul médiateur entre nous et Yahvé.

S'il vous est déjà arrivé de prier pour une personne, ou qu'une personne prie pour vous, alors rien ne justifie votre réticence, sauf la crainte de tomber dans un polythéisme larvé ou d'attenter à l'unique médiation du Christ (ce qui en soi est un motif louable, d'autant plus que le risque existe).
Quant à la vénération proprement dite (vous la mélangez avec l'intercession), elle n'est que l'une des multiples manières de rendre gloire à Dieu dans ses oeuvres.
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Lilas



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Lun 25 Fév 2008, 00:27

Olivier JC a écrit:
Citation :
De plus, la vénération de Marie est issue de rites païens, l'ECR l'ayant reconnu tardivement... Il s'agissait donc de christianiser un rite païen....

Quelles sont vos sources ?

Je vais vous donner quelques adresses de sites intéressants.
Sachez que les rites, pouvoirs, représentations de la Sainte Vierge sont identiques à ceux pratiqués dans les rites païens de l'antiquité qui concernaient la Déesse Mère.

http://clubchretien.free.fr/vierge_marie.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mariologie
http://www.canalacademie.com/les-mots-des-religions-la-Vierge.html
http://www.er.uqam.ca/nobel/r14310/NDdBS/NDdBS1madonnaSoccorso.html
http://lieuxsacres.canalblog.com/archives/vierges_noires_fichier/index.html
(pour ce dernier site, si vous ne parvenez pas directement au dossier, cliquez dans la partie gauche : "vierges noires")

Olivier JC a écrit:
S'il vous est déjà arrivé de prier pour une personne, ou qu'une personne prie pour vous, alors rien ne justifie votre réticence, sauf la crainte de tomber dans un polythéisme larvé ou d'attenter à l'unique médiation du Christ (ce qui en soi est un motif louable, d'autant plus que le risque existe).

Vous avez trouvé les termes exact : le polythéisme larvé. Very Happy
Adresser une prière à la Vierge Marie, à Sainte Rita,... cela m'est arrivé, mais dans ces moments là je n'ai pas la sensation d'une prière venant du coeur, j'ai le sentiment de déifier une autre personne que Dieu et cela me dérange.
C'est pourquoi j'ai finalement pris la décision d'adresser mes prières uniquement à Dieu I love you .

Je ne comprends pas la déification de la Vierge Marie, il y a un seul Dieu, pourquoi en créer d'autres ? Je connais beaucoup de personnes dans mon entourage qui préfèrent prier la statue d'un Saint ou de la Vierge Marie, et ils s'en remettent uniquement à cette icône, Dieu n'intervient pas.
Une amie m'a même dit un jour : "je ne crois pas en Dieu, seulement en la Vierge Marie" ! Shocked
Je trouve que ces cultes parallèles prennent trop d'ampleur, on en vient à oublier notre créateur.
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Jean-Yves Tarrade



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Lun 25 Fév 2008, 08:30

Arnaud Dumouch a écrit:
La grâce de Marie à sa conception ne peut être plus grande que la gloire des saints du Ciel pour deux raisons simples :

1° Elle vit dans la foi
2° Elle est un nourrisson

Tu dénatures le texte de Pie IX :
Citation :
seule devenue tout entière le domicile et le Sanc­tuaire de toutes les grâces de l'Esprit-Saint, elle est, à l'exception de Dieu seul, supérieure à tous les êtres, plus belle, plus noble, plus sainte, par sa grâce native, que les chérubins eux-mêmes, que les séraphins et toute l'armée des anges

Marie est dès sa conception le Sanctuaire de toutes les grâces de l'Esprit Saint indépendament de sa croissance spirituelle personnelle qui lui fera au cours de sa vie comprendre sa mission.

Qu'avait-elle compris à 15 ans quand elle enfante le Fils de Dieu.
Elle n'avait pas tout compris mais cela n'enlève rien au Fils de Dieu.

Par conséquent :

Pie IX : 1
Arnaud : 0

Vive Pie IX cheers
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Jean-Yves Tarrade



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Lun 25 Fév 2008, 08:32

Olivier JC a écrit:
Pour moi, et définitivement, la pureté originelle et la grâce de la conception immaculée qu'a reçue Marie sont deux choses FONDAMENTALEMENT différentes.

Parce qu'il y a le péché entre les deux, et que plus haute est la grâce qui doit préserver du péché que celle qui n'a pas à s'en soucier.


Absolument ! sunny


Mais cela soulève une question grave.

Pourquoi Eve a-t-elle reçu moins de grâce que Marie ?
Pourquoi était-elle par rapport à Marie dans une situation de faiblesse.

Voilà ! On y revient !
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Jean-Louis B



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MessageSujet: Re: Ineffabilis Deus - PIE IX   Lun 25 Fév 2008, 11:01

Parce que si l'incarnation était prévue par Dieu depuis le commencement du monde, il ne pouvait y avoir que Marie pour cela ?

L'incarnation auraît-elle pu se faire en dehors de l'Immaculée Conception - pleine de grâces ?

Néanmoins, Eve avait forcément reçue elle aussi de très grandes grâces, au moins pour, malgré la faute originelle, se repentir amèrement et surtout ne pas se jeter définitivement dans le bras du serpent (qui n'en avait plus...) par désespoir ou pour qu'il devienne leur protecteur.
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