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 Homélie du Cardinal Danneels - Nuit de Noel 2006

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MessageSujet: Homélie du Cardinal Danneels - Nuit de Noel 2006   Jeu 28 Déc 2006, 12:36

Noël 2006 - Homélie du Cardinal Godfried Danneels (Archevêque de Malines-Bruxelles)
Nuit de Noël 2006
Bruxelles – Cathédrale des saints Michel et Gudule

ACCEPTER L’AUTRE

Un enfant comme un autre ?

Voici la nuit de Noël. Voici la crèche et l’Enfant, Marie et Joseph, les bergers avec leurs petits agneaux, l’étoile et – pourquoi pas ? – le bœuf et l’âne que la dévotion populaire y a ajoutés. Et quelques flocons de neige, bien sûr. Une scène attendrissante, dont le charme nous émeut. Depuis des siècles, les hommes se sont inclinés devant la crèche pour admirer et pour prier.

Nous voyons le tableau. Mais comprenons-nous son mystère ? Notre œil voit bien, mais notre foi voit-elle quelque chose ? Car il y a des millions de mamans avec un enfant dans les bras sur notre planète. Et souvent, ceux-ci souffrent bien plus que l’Enfant de la crèche. Oui , il y a beaucoup d’enfants qui nous demandent de les regarder. Ainsi, les enfants du Proche et Moyen-Orient au regard apeuré, à moins que toute lumière ne soit déjà éteinte dans leurs yeux. Ainsi, les enfants du Darfour au regard affamé, qui meurent dans l’indifférence générale. Ne faudrait-il pas regarder ceux-là, plutôt que l’Enfant de la crèche ?

Et pourtant cet Enfant dans la crèche n’est pas un enfant comme les autres.
Cet enfant est le Fils de Dieu sur la paille. Voilà pourquoi, Il est unique, même s’il a beaucoup de petits frères et sœurs.

Comment Dieu a-t-il pu venir parmi nous ? Entrer dans notre histoire ? Porter toutes nos misères, au point même de se rendre « complice » de tout ce mal commis au cours d’une histoire longue de violence et de sang ? Comment a-t-il pu nous accepter comme ses frères et ses sœurs ?

C’est le secret de Dieu et le secret de la nuit de Noël : Dieu accepte l’homme. Il nous accepte. Tels que nous sommes, pas tels qu’Il nous aurait voulus ou rêvés. Car le rêve de Dieu sur l’homme était bien différent de ce que l’homme en a fait.


Dieu nous aime tels que nous sommes. Et nous ?

Dieu nous accepte tels que nous sommes : nous n’avons pas à nous dresser sur la pointe des pieds pour mériter son amour. En ceci consiste l’amour, nous dit saint Jean : « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est Lui qui nous a aimés le premier et gratuitement » (1 Jn 4,10). Il n’y a pas de plus grande distance que celle qui sépare le ciel de la terre, Dieu et l’homme. C’est ce qui faisait déjà crier le prophète Isaïe : « Ah Seigneur si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! » (Is 63,19b). Et Il est descendu. Comme Jésus, d’ailleurs. Saint Paul n’écrit-il pas : « Lui qui était dans la condition de Dieu, n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il s’est dépouillé lui-même, prenant la condition de serviteur, devenu semblable aux hommes » ( Phil 2 ,6-7).

Si Dieu, si différent de nous, nous accepte tels que nous sommes, pourquoi ne pas nous accepter les uns les autres ? Tels que nous sommes. La distance entre humains est tellement plus courte que celle qui sépare le ciel de la terre. Si Dieu enjambe la distance entre ciel et terre, pourquoi la distance entre nous et les autres semble-t-elle infranchissable ? Accepter l’autre tel qu’il est : Voila le secret de la crèche, le secret de Noël. C’est le secret de Dieu.


Si différents de ce que nous avions imaginé

Accepter l’autre tel qu’il est et non pas tel que nous voudrions qu’il soit. Cela ne vaut-il pas tout d’abord entre conjoints ? Au début, chaque couple chante : « Ah ! Comme on se ressemble, elle est mon autre moi, ma propre image dans le miroir, mon âme sœur ». Et lui pense tout autant. Mais bien vite les choses changent : L’autre s’avère tout autre et le devient de plus en plus. Alors, nous reprenons à notre compte le cri du prophète pour nous lancer l’un à l’autre : « Ah si tu pouvais déchirer ton ciel et descendre jusqu’auprès de moi ! » (Is 63,19b). « De grâce prends-moi comme je suis. Dois-je me dresser toujours sur la pointe des pieds pour pouvoir mériter ton amour ? Epouse-moi à nouveau chaque jour ».

Puis vient l’enfant, le fruit du couple. Et les parents de se dire : « Mais comme il nous ressemble ce petit, c’est tout son papa, tout sa maman ». Mais petit bonhomme devient grand et donc différent. Si différent de celui qu’ils avaient imaginé et rêvé ! A la naissance, la femme dit, telle Eve dans le livre de Genèse : «J’ai engendré mon semblable avec l’aide de Dieu » (C fr. Gn 4 ;3). Mais avec les années qui passent, elle doit enfanter son enfant une seconde fois. Lui donner une vie authentique. Le rendre libre et autonome. Le laisser être lui-même. Il s’agit d’une seconde naissance. Et cet accouchement-là est bien plus douloureux. L’enfant revendique le droit d’être autre. Devenu grand, il nous lance : « Je suis différent de vous : Acceptez-moi tel que je suis ».


Etrangers, SDF et Sans-abri
Il existe encore des dizaines de milliers d’autres personnes qui vivent autour de nous, tout en étant tellement différentes : les étrangers, les SDF, les sans-abri. Peut-être avons-nous également pensé au début : « Tout compte fait, ils ne sont pas si différents de nous ». Mais le temps nous a détrompé. Ils diffèrent de nous : par leur culture, leurs usages, leur langue et leur religion. Eux aussi, ils nous crient : « Acceptez-nous tels que nous sommes ». En retour, ils doivent aussi nous accepter. Tels que nous sommes. Cela vaut dans les deux sens. Mais pourquoi toujours attendre que ce soit l’autre qui fasse le premier pas ?

L’étranger habite parfois à notre porte. Il vit tout près de nous. Comme il peut être difficile d’accepter l’autre tel qu’il est, et cela même à l’intérieur de la famille ! De même, comme il nous est difficile d’accepter nos compatriotes qui proviennent de l’autre côté de la frontière linguistique ! Sauf évidemment, quand on les rencontre en vacances sur quelque plage paradisiaque…


Neuf heures ou neuf ans ?
Au cours de la cérémonie de clôture de Bruxelles-Toussaint 2006, j’ai rappelé qu’à Bruxelles beaucoup de gens cherchent un habitat. En vain. Ce sont souvent des mamans solitaires ayant la charge de petits enfants. J’ai invité tous ceux et celles qui disposent d’un logement inoccupé à être généreux et à accueillir ceux qui n’en ont pas. Déjà en juin dernier, j’avais écrit aux paroisses de ne pas vendre le cas échéant leurs immeubles inoccupés, mais de les mettre à la disposition d’agences qui les rénovent et puis les louent à un juste prix. La réponse a dépassé mes attentes. Je remercie tous ceux et celles qui y ont collaboré. Mais ce n’est malheureusement pas suffisant. La foule des SDF et autres sans-abri à Bruxelles croît de jour en jour. Selon le CPAS de Bruxelles, leur nombre est passé ces dernières années de deux cents à six cents. Les pouvoirs publics font pourtant de grands efforts : trois-cent-cinquante nouveaux lits cette année en plus des mille de l’an dernier. C’est louable. Augmenter le nombre de lits pour gérer des situations de détresse en cas de grand froid, c’est bien. Rendre cela superflu, c’est mieux. Ce sont les loyers qui devraient être abordables. Comme j’ai récemment entendu dire : « Mieux vaut procurer à quelqu’un une maison pour neuf ans que de lui donner un lit pour neuf heures ». Et je ne parle même pas des exploiteurs qui réclament des loyers exorbitants pour un tout petit studio. Bien sûr que la crèche de Jésus était exiguë. Mais elle était au moins gratuite ! La crèche de ses frères et sœurs à Bruxelles coûte cher et offre à peine plus d’espace que l’étable de Bethléem. Sans parler de l’ameublement insuffisant. A cela, Jésus répond : « Ce que vous n’avez pas fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. » (Cfr. Mt 25)
.
Accepter l’autre ? Oui et tel qu’il est. Mais il y a aussi cet Autre tellement plus « autre » : Dieu Lui-même. N’est-il pas le plus oublié de tous ? Un sans-abri parmi les hommes ? Pourtant, Il ne nous demande pas un logement, pas même un petit studio. Il ne demande que notre cœur. Et de ce cœur nous sommes tous propriétaires.

Noël signifie accueillir l’autre, au sens propre comme au sens figuré. L’accueillir dans nos maisons et dans nos cœurs. Tel est le secret de la nuit de Noël. Et, frères et sœurs, permettrez-moi d’ajouter… «Ceci n’est pas une fiction » ! Sainte fête de Noël 2006


+ Godfried Card. Danneels
Archevêque de Malines-Bruxelles
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