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 POLOGNE : génocide polonais et résistance

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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 29 Nov 2006, 10:33

Durant la seconde guerre mondiale, il y a eu 3 millions de Polonais juifs et 3 millions de Polonais chrétiens tués par les Nazis. Il y avait 6 millions de Juifs en Pologne à la veille de la guerre, mais 3 millions de ces Polonais juifs vivaient sur des territoires qui ne sont plus polonais actuellement. Par ailleurs, les Polonais qui n'étaient pas massacrés ou déportés par les Nazis l'étaient par les Soviétiques. Tout le monde savait qu'il pouvait être le prochain sur la liste, personne n'était à l'abri.
La population polonaise dans son ensemble était la cible des Nazis et des Soviétiques, qui s'étaient alliés avant la guerre. Il y a eu un génocide du peuple polonais en général. Les Soviétiques, dans leurs épurations, ont également éliminé de nombreux Juifs. La Pologne avait une position géographique stratégique. Les Soviétiques et les Nazis se disputaient le cadavre de la Pologne.
Les Tziganes, quant à eux, ont été pratiquement intégralement rayés de la surface du globe, ainsi que les Tchétchènes. Hitler avait visiblement l'intention de faire disparaître certains peuples indésirables.

Citation :
Ainsi s'impose à nous le devoir de dépeupler, comme nous avons celui de cultiver méthodiquement l'accroissement de la population allemande. Vous allez me demander ce que signifie "dépeuplement", et si j'ai l'intention de supprimer des nations entières ? Eh bien, oui, c'est à peu près cela. La nature est cruelle, nous avons donc le droit de l'être aussi. (Hilter en 1934 à propos de la Pologne, les Pays baltes, la Biélorussie et l'Ukraine )

Pour la plupart, la guerre est une période de pénurie et de dangers, dont on attend anxieusement la fin. Certains pays d'Europe cependant décideront de s'engager dans la collaboration avec l'Allemagne, espérant obtenir ainsi une place meilleure dans l'Europe nouvelle. En Pologne et dans les anciens territoires soviétiques, la brutalité de la répression décourage toute collaboration.

Liberté de culte partie intégrante de la Consitution de 1791

Chaque Polonais était libre de sa religion depuis des siècles, la formule cujus regio, ejus religio, n'y ayant pas été adoptée. C'est pourquoi la Pologne était devenue "le seul pays sans bûchers" d'Europe, et donc le pays refuge des Juifs (Paradisium Judeorum), puis des protestants, notamment français. Henri de Valois, élu au trône de Pologne par la noblesse polono-lituanienne, fut obligé de jurer de respecter la liberté religieuse de ses futurs sujets. Si non jurabis, non regnabis ("si tu ne prêtes pas serment, tu ne régneras pas") lui déclara tout de go l'émissaire polonais à Paris, à Notre Dame. La Constitution assurait également la liberté ou la protection de l'Etat aux paysans. Elle affirmait, par ailleurs, que "la religion catholique, apostolique et romaine est et restera à jamais la religion nationale" tout en assurant "une liberté de croyance entière, sous la protection du gouvernement" et "un libre exercice à toutes les religions et à tous les cultes".

L'AK résistait depuis 1939

L'AK (Armée de l'Intérieur) résistait depuis 1939, et elle était livrée par les protocoles secrets du Pacte Ribbentrop-Molotov (entre Moscou et Berlin) à l'extermination conjointe par les nazis allemands et les communistes soviétiques pendant la période d'occupation germano-soviétique de la Pologne jusqu'en 1941. Ensuite, bien que les Soviétiques fussent devenus les alliés des Polonais en se ralliant aux Alliés anglo-saxons, après l'attaque d'Hitler contre l'URSS, leurs combats communs ne mirent pas fin à la "liquidation" des combattants polonais de l'AK. Les liquidations physiques et les déportations de l'AK se poursuivirent jusqu'à sa dissolution par Londres en 1945, puis de ses héros et de ses survivants jusqu'aux années 1950. Les chefs militaires de l'Armée de l'Intérieur et les représentants politiques du Gouvernement polonais en exil à Londres sur le territoire national furent enlevés par le NKVD en Pologne et, dans l'illégalité la plus absolue, condamnés à Moscou en 1946 lors d'un procès truqué sur lequel l'Occident ferma tout bonnement les yeux. L'ignorance des faits ou le silence prudent ont finalement déprécié aussi son geste.

La Résistance polonaise, c'était essentiellement L'AK non communiste. En 1944, celle-ci comptait 360 000 soldats (c'était la plus grande Résistance européenne par son efficacité au combat, avec la Résistance yougoslave). Il y avait en Pologne, selon les calculs des chefs communistes, seulement 22 000 résistants communistes et sympathisants. Malheureusement, ces partisans étaient en même temps agents de Moscou oeuvrant pour une occupation soviétique de la Pologne à l'occasion de la Libération, après des combats communs. La maison mère de Vladimir Poutine, le NKVD, en même temps que le SMERCH et d'autres services du renseignement et de la répression soviétiques furent chargés par Staline et le Gouvernement soviétique de la mission de liquidation par tous les moyens, dont principalement le meurtre, la déportation ou l'incorporation dans les forces communistes, de la Résistance polonaise non communiste.

Dès le 17 septembre 1942, l'AK informe Londres du génocide des Juifs

La Résistance polonaise antinazie de l'Armée de l'Intérieur (AK) sera la première à alerter les Alliés occidentaux. Dès le 17 septembre 1942, l'AK informera Londres du génocide des Juifs perpétré en Pologne par l'occupant nazi allemand :

Citation :
En même temps que la tragédie du peuple polonais, décimé par l'ennemi, depuis près d'un an se déroule le massacre monstrueusement planifié des juifs. Ce génocide est sans précédent dans l'histoire du monde... Comme le commandement de la résistance civile ne peut pas s'y opposer de manière active, il proteste au nom de tout le peuple polonais contre le crime dont les juifs sont victimes. Toutes les organisations politiques et sociales (dans la clandestinité - AV) de Pologne s'unissent à cette protestation...

Et le 27 novembre 1942, le Conseil national polonais (Parlement) en exil à Londres appellera à son tour les Alliés à entreprendre une action contre le génocide et à élaborer des lois fixant déjà les peines réservées aux criminels nazis. En vain. Les appels ne seront pas entendus.

Les services de renseignement polonais avaient continué à transmettre l'info aux Alliés, qui ont fait la sourde oreille :

Citation :
En 1944, le service de renseignement de l’Armée de l’Intérieur parvint à intercepter une fusée qui n’avait pas éclaté sur le polygone et à en transmettre des fragments à Londres.Les informations concernant la localisation des usines d’essence (opération« Synthèse ») et des dispositifs militaires sur les territoires allemand et polonais étaient tout aussi essentielles. On transmit aussi des rapports ayant trait aux camps de concentration et d’extermination. Le matériau transmis par les Polonais était hautement apprécié par leurs partenaires. Nous lisons entre autres dans les évaluations de l’Intelligence Service : « le service polonais de renseignement nous a fourni des informations extrêmement utiles » (Ier semestre de 1942), les analyses faites par l’Armée de l’Intérieur « appartiennent aux plus précieuses que nous détenions » (juin 1944).Tout compte fait, depuis la seconde moitié de 1940 jusqu’à la fin de 1943 (en absence de données pour la période ultérieure), les réseaux de renseignements polonais transmirent aux Alliés plus de 26 mille rapports et plusieurs milliers de dépêches allemandes décryptées.
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 29 Nov 2006, 14:21

VICTIMES DES SOVIETIQUES


1917-1920

On ne sait pas exactement combien de morts a fait le "Brasier" des Confins orientaux polonais depuis la Révolution russe de 1917 jusqu'à la victoire polonaise de 1920 : sans doute une ou deux centaines de milliers de Polonais de ces territoires occupés par les tsars lors des partages de la Pologne au XVIIIème siècle et partiellement repris par la IIème République Polonaise renaissante en 1918-1920.

1928-1938

Ensuite, selon les archives soviétiques, 800 000 Polonais ont été liquidés physiquement, de 1928 à 1938, pendant les purges de l' "Opération POW" et de l' "Opération polonaise du NKVD", étendues au parti communiste polonais. La liquidation de ce parti (KPP) déborda et atteignit 134 529 personnes qui n'étaient pas toutes du parti, mais avaient participé ou servi aux expériences socio-politiques des communistes sur les Polonais de la partie des Confins orientaux polonais laissés à la Russie par le traité polono-bolchevique de Riga en mars 1921, après la défaite de Moscou.

1939-1941

En septembre 1939, à la suite de la campagne germano-russe contre la Pologne et de la double occupation du pays, 5 274 000 Polonais des Confins orientaux de la République (39,96% de la population autochtone) se sont trouvés sous occupation soviétique. En dehors de chasses à l'homme, d'arrestations et d'internements ou de liquidations immédiates, Moscou a ordonné une opération d'enregistrement par le NKVD des "éléments socialement dangereux". Ces derniers ont été évalués à plus de trois millions. L'enregistrement a précédé les déportations, qui ont atteint 1 692 000 Polonais, mais pas les trois millions désignés par le Kremlin. Ces déportations qui ont repris dès l'entrée en 1944 de l'Armée rouge en Pologne orientale, ont encore frappé 49 600 soldats de la Résistance polonaise antinazie (A.K.) et 50 200 Polonais civils.

Il faut prendre en compte, quand on manie les chiffres selon Moscou :

1. l'assassinat et la déportation de Polonais sans trace ni mention d'aucune sorte de "Polonais", sauf les témoignages et les rapports d'époque des victimes et des résistants chargés de l'observation et de la recherche;

2. le déguisement des crimes politiques et "antinationaux" de l'Etat-parti soviétique et de ses "organes" de répression - crimes considérés comme nécessaires à l' "internationalisme" prolétarien communiste au profit de Moscou - sous des appellations anodines, le plus souvent de droit commun, destinées à édulcorer les faits et à brouiller les pistes sur le moment et pour l'avenir;

3. le camouflage, par les autorités soviétiques, des Polonais liquidés sous la nationalité des autres autochtones des Confins orientaux de la République Polonaise occupée;

4. la dissimulation par des Polonais eux-mêmes, conscients de jouer leur vie, de leur nationalité polonaise, et leur propre camouflage sous la nationalité d'emprunt des autres autochtones de l'Est de leur Etat occupé et annexé par l'URSS.

On sait aujourd'hui que cette déportation a été organisée de concert par le NKVD et la Gestapo à Zakopane, dans les Tatras près de Cracovie, dans le cadre des réunions de "travail" et d' "échanges" en hiver 1939-1940. La Gestapo a autorisé ses collègues du NKVD à déporter 240 000 Polonais de Pologne occidentale, réfugiés devant l'avance allemande en Pologne orientale.

Le génocide perpétré par les Soviétiques en Pologne


Il a donc commencé en 1917 jusqu'à 1938, et il s'est poursuivi de 1939 à 1941, puis de 1942 à 1956, atteignant en près de quarante ans plus de deux millions et demi de personnes, dont peut-être quelques centaines de milliers de Polonais juifs ou d'origine juive, morts pour le "crime de nationalité" polonaise, y compris dans le cas de communistes et de socialistes polonais internationalistes, notamment entre 1934 et 1938 en URSS, ou pour leur patriotisme polonais antisoviétique ou anticommuniste. Des officiers polonais juifs (de religion juive) ou bien catholiques d'origine juive, morts à Katyn et en d'autres lieux de supplices en Union soviétique sont morts victimes du génocide polonais et non victimes du génocide juif ; comme du côté nazi, des époux chrétiens de Polonais juifs ou de juifs polonais sont parfois morts victimes du génocide juif et non du génocide polonais.

L'Allemagne nazie et l'Union soviétique ont été guidées toutes les deux par la haine de Dieu en l'homme, et c'est au nom de cette haine inhumaine qui se voulait surhumaine, qu'elles ont commis le génocide contre la civilisation judéo-chrétienne, contre les deux nations qui en portaient à la fois le flambeau et le fardeau.
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Jeu 30 Nov 2006, 14:14

LE PACTE GERMANO-SOVIETIQUE

Après le pacte germano-soviétique d'août 1939, Staline met en oeuvre l'élimination systématique des élites polonaises. Non seulement il fait assassiner plus de 25 000 officiers polonais, mais sa police politique déporte au goulag près de 1 800 000 Polonais, dont plus d'un million ne reviennent pas.

Les protocoles annexes du pacte germano-soviétique : un secret entretenu pendant cinquante ans

Par Guy DURANDIN, professeur honoraire de Psychologie sociale à l’Université Paris V-René Descartes. Ancien chargé de cours à l’Institut français de Presse (Université Paris II). Cet article, paru dans la revue Historiens et Géographes (n°382, mars 2003), constitue une partie d’un ensemble de travaux sur le secret auxquels l’auteur se consacre depuis plusieurs années.

Le 23 août 1939, Hitler et Staline concluaient un pacte dit de "non-agression". Il comprenait sept articles, dont les quatre premiers, les plus importants, énonçaient les dispositions que voici :

Citation :
Article 1.- Les deux parties contractantes s'engagent à s'abstenir de tout acte de violence, de tout agissement agressif et de toute attaque l'une contre l'autre, et ce, tant isolément qu'avec les concours d'autres puissances.
Article 2.- Au cas où l'une des parties contractantes devrait être l'objet d'agressions militaires de la part d'une tierce puissance, l'autre partie s'engage à n'apporter aucun soutien d'aucune sorte à cette tierce puissance.
Article 3.- Les gouvernements des deux parties contractantes resteront désormais en contact permanent pour se consulter et s'informer mutuellement des problèmes touchant à leurs intérêts communs.
Article 4.- Aucune des deux parties contractantes n'apportera de participation à aucun groupement de puissances dirigé - directement ou indirectement - contre l'autre partie.

Le traité fut signé à Moscou, dans la nuit du 22 au 23 août, par J. von Ribbentrop pour le gouvernement du Reich, et V.Molotov pour le gouvernement de l'U.R.S.S. La nouvelle fit la stupéfaction du monde, et un scandale.
Stupéfaction, car la préparation du pacte s’était faite en secret, et alors même que des conversations étaient officiellement en cours entre l'Union soviétique, la France et l'Angleterre en vue d'une alliance militaire contre l'Allemagne nazie. A de cette ligne officielle, des conversations secrètes ont eu lieu entre Anglais et Allemands. La diplomatie anglaise et Chamberlain lui-même, Premier ministre, étaient influencés par un groupe de pensée semi-secret, qui estimait le traité de Versailles injuste, et croyait pouvoir apaiser Hitler en lui faisant des concessions importantes, tant en Europe qu'en matière de colonies. Des conversations économiques, interrompues en 1938 en raison de la crise de Munich, ont été reprises secrètement en 1939.
Et scandale, parce qu'Hitler avait professé jusque-là un anti-communisme virulent, et que la propagande soviétique, de son côté, ne cessait de dénoncer le fascisme et le nazisme comme les pires ennemis de l'humanité. Voilà que les deux ennemis se faisaient amis, et cela à un moment où les agissements d'Hitler mettaient le monde sous tension.

Mais le monde aurait été beaucoup plus scandalisé qu'il ne l'a été au mois d'août 1939, s'il avait connu les protocoles secrets qui accompagnaient le pacte de non-agression, et le traité d'amitié qui suivit, au mois de septembre, accompagné lui aussi d'articles secrets. Le pacte du 23 août comportait un protocole secret, composé de quatre articles :

Citation :
1- Dans le cas d'une modification politico-territoriale des territoires appartenant aux Etats baltes (Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie), la frontière septentrionale de la Lituanie représentera la limite des sphères d'influence de l'Allemagne et de l'U.R.S.S.. L'intérêt de la Lituanie pour la région de Vilno est reconnu par les deux parties.
2- Dans le cas d'une modification politico-territoriale des territoires de l'Etat polonais, les sphères d'influence de l'Allemagne et de l'U.R.S.S. seront limitées approximativement par les rivières Narev, Vistule et San.La question de savoir si l'intérêt des deux parties est de considéer comme souhaitable le maintien d'un Etat polonais indépendant ainsi que la question de savoir quelles frontières aurait cet Etat ne pourront être réglées définitivement qu'en fonction des développements politiques ultérieurs. Dans tous les cas, les deux gouvernements leur apporteront une solution par un arrangement à l'amiable.
3- Dans le sud-est de l'Europe, la partie soviétique insiste sur l'intérêt porté à la Bessarabie. Du côté allemand on déclare se désintéresser totalement de ces régions.4.- Ce protocole sera considéré par les deux parties comme strictement secret.

Ainsi, les deux partenaires se partageaient les Etats baltes et la Pologne, et convenaient d'attribuer la Bessarabie à l'U.R.S.S., en secret, c'est-à-dire sans aucune consultation des intéressés. Et le second paragraphe de l'article 2 vouait la Pologne, en tant que nation, À disparaître purement et simplement.
Or, ces articles secrets sont la clé du pacte même, dit de non-agression : si les deux adversaires ont pu surmonter leur méfiance réciproque et mettre provisoirement de côté leur antagonisme idéologique, c'est grâce au butin qu'ils se juraient de partager après une agression menée de concert. Le pacte, public, de non-agression entre les deux parties reposait sur leur projet, secret, d'agression d'un ou plusieurs tiers. L'essentiel, c'était l'"annexe".

Et, après l'invasion de la Pologne, le 1er septembre par l'Allemagne nazie, et le 17 par l'U.R.S.S., l'entente entre les deux agresseurs est allée plus loin. Ribbentrop est retournÉ À Moscouet a signÉ avec Molotov, le 29 septembre, un traité dit "d'amitié et de d’élimitation des frontières",qui, considérant l'État polonais comme désintégré, décidait que l'administration publique serait effectuée désormais, à l'ouest de la ligne de partage, par le gouvernement du Reich allemand, et à l'est par le gouvernement de l'U.R.S.S., sans interférence d'aucune autre puissance. Le traité était assorti de trois protocoles annexes, dont un confidentiel, et deux secrets. Le second de ces derniers concernait la manière de traiter les Polonais résistants, anti-staliniens aussi bien qu'anti-nazis :

Citation :
[...] Les deux parties ne toléreront sur leurs territoires aucune agitation polonaise qui menacerait le territoire de l'autre partie. Elles briseront tout début d'agitation sur leurs territoires respectifs, et s'informeront mutuellement des moyens à employer à cette fin.

C'est ainsi que le N.K.V.D. et la Gestapo agirent de concert tout l'hiver 1939-1940, échangeant leurs informations, - et leurs opposants réciproques.

Le pacte germano-soviétique, fondé sur ses "annexes" secrètes, a satisfait, sur le moment, les deux protagonistes. Hitler voulait faire la guerre, il l'a faite. Staline voulait déclencher la guerre, elle s'est déclenchée.

Avant le pacte, chacun des deux se trouvait potentiellement exposé à deux fronts :

- Hitler : à la Pologne, l'Angleterre et la France d'une part, la Russie de l'autre,
- Staline : à l'Allemagne nazie à l'ouest, et le Japon à l'est.

Par le pacte, Hitler se débarrassait du danger oriental, et il put concentrer le gros de ses troupes à l'ouest. Staline, lui, se protégeait à l'Ouest, en se préparant à exploiter, le moment venu, la décomposition de l'Europe, pour y imposer sa dictature.
Qu'Hitler ait voulu faire la guerre, cela ressort clairement de ses discours secrets : le 23 mai 1939, il dit à ses généraux :

Citation :
Dantzig n'est pas la question. Le problème, c'est d'agrandir l'espace vital de l'Allemagne ("Lebensraum"), pour la nourrir. Il faut attaquer la Pologne à la première occasion.

Et, le 22 août, il abat devant eux sa carte maîtresse : afin d'éviter que la Russie n'attaque l'Allemagne une fois qu'elle se serait emparée de la Pologne, il a mené graduellement un changement de politique, en partant des négociations commerciales. Et il est parvenu à ce que les Russes, dit-il, proposent un pacte de non-agression. Maintenant, la voie est ouverte aux militaires.

Quant À Staline, il a oeuvré, délibérément, au déclenchement de la guerre. Raisonnant en termes stratégiques, il dit en effet, le 19 août 1939, devant le Politburo :

Citation :
Si nous signons avec la France et la Grande-Bretagne un pacte d'assistance mutuelle, l'Allemagne renoncera certainement à la Pologne et cherchera un modus vivendi avec les puissances occidentales. La guerre sera repoussée, mais, par la suite, les événements pourront prendre un tour dangereux pour l'URSS. Si nous acceptons la proposition faite par l'Allemagne de conclure avec elle un pacte de non-agression, elle attaquera évidemment la Pologne, ce qui rendra inévitable l'intervention de la France et de l'Angleterre. L'Europe occidentale sera alors la proie de troubles et de désordres graves. Dans ces conditions, nous aurons de grandes chances de rester à l'Écart du conflit, et nous pourrons espérer entrer en guerre lorsque ce sera avantageux pour nous.

Mais en jouant la carte Hitler, Staline s'est "cruellement trompé", dit Sakharov. Le 22 juin 1941,en effet, moins de deux ans après la signature des pactes de non-agression et d'amitié, Hitler attaquait la Russie. Il avait reçu d'elle, dans l'intervalle, des quantités de matières premières, en vertu des Échanges Économiques conclus lors du pacte d'amitié, matières premières en provenance de l'U.R.S.S.- même (céréales et pétrole surtout), ou bien de pays étrangers auprès desquels l'Allemagne n'aurait pas pu s'approvisionner, en raison du blocus britannique (caoutchouc et cuivre du bassin pacifique, par exemple). Il allait maintenant les utiliser contre elle. Et installation de bases maritimes, dédiées tant à l'attaque qu'à la défense, à Mourmansk, et dans la baie de Zapadnaya Litza.

C'est pour commencer, à la Pologne et aux pays baltes que les protocoles secrets ont coûté cher :

- Pologne : six millions de morts, victimes des nazis, et plus d'un million et demi de morts et dis-parus en captivité et déportation soviétiques ,
- Lituanie : 105 000 morts, 294.000 déportés en Sibérie, et 200.000 Juifs déportés en Allemagne, en 1941.
- Lettonie, 110.000 arrêtés ou déportés,
- Estonie, 100.000 arrêtés ou déportés.

Pour l’Union soviétique, la guerre a été, sur le plan humain, une catastrophe : vingt millions de morts. Mais, pour Staline, une victoire politique, car, attaqué par Hitler en 1941, il a été obligé de lutter contre le Nazisme, et il a acquis ainsi, par le jeu des contraires, un brevet de démocratie. Les démocraties occidentales, prises au piège, l’ont aidé militairement, et moralement toléré.Quant à Hitler, il avait décidé de faire la guerre à tout prix, allant jusqu’à s’allier, pour un temps, avec l’ennemi. Le prix : ce fut sept millions de morts allemandes, et la défaite.

Lettre de Ribbentrop à Schulenburg, le chargeant de demander aux autorités soviétiques d’occuper sans tarder la partie de la Pologne qui leur était dévolue, selon leur accords secrets.

Citation :
Le ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich à l'ambassadeur d'Allemagne en Union Soviétique (Schulenburg)
Télégramme, n° 253, 3 septembre
Berlin, le 3 septembre 1939 à 18h 50
Reçu à Moscou le 4 septembre 1939 à 12h 30
Très urgent ! A l'attention exclusive de l'ambassadeur. Secret absolu. Destiné à titre personnel au seul chef de mission ou à son représentant. Top secret. A ne déchiffrer que par lui-même. Confidentialité absolue.
Nous estimons de façon certaine que nous aurons radicalement vaincu l'armée polonaise dans quelques semaines.
Nous tiendrons alors sous occupation militaire la zone définie à Moscou comme appartenant à la sphère d'influence de l'Allemagne. Pour des raisons militaires, nous serons naturellement obligés de repousser les forces militaires polonaises, qui se trouveront de fait dans une zone relevant de la sphère d'influence de la Russie.
Veuillez consulter immédiatement Molotov sur ce sujet et voir si l'Union soviétique ne souhaite pas que l'armée russe s'oppose, le moment venu, aux forces polonaises présentes dans la sphère d'influence de la Russie et occupe le territoire. De notre point de vue, une telle décision serait non seulement un soulagement pour nous, mais irait aussi, selon les accords de Moscou, dans le sens des intérêts soviétiques.
Au cours de cette rencontre, veuillez établir s'il nous est loisible de discuter de cette question avec les officiers qui viennent d'arriver auprès de nous, et quelle est la position que le gouvernement soviétique a l'intention d'adopter.
Ribbentrop

Déclaration des gouvernements allemand et russe s’apprêtant à accuser la France et l’Angleterre de la continuation éventuelle de la guerre, après l’effondrement de la Pologne.

Citation :
Déclaration conjointe du gouvernement du IIIe Reich et du gouvernement de l'URSS, le 28 septembre 1939
Le gouvernement du IIIe Reich et le gouvernement de l'URSS, après avoir définitivement réglé, par le biais du traité signé ce jour, les problèmes provoqués par l'effondrement de la Pologne et institué des bases solides pour une paix durable en Europe de l'Est, expriment l'un et l'autre leur conviction que l'intérêt véritable de tous les peuples est de mettre un terme à l'état de guerre qui sévit actuellement entre l'Allemagne d'une part et la Grande-Bretagne et la France d'autre part. En conséquence, ces deux gouvernements conviennent d'unir leurs efforts, aidés en cela, le cas échéant, par des gouvernements amis, de façon à atteindre cet objectif le plus rapidement possible. Dans l'hypothèse où ces efforts conjoints resteraient sans effet, cela démontrerait que la Grande-Bretagne et la France sont responsables de la continuation de la guerre, en conséquence de quoi, en cas de continuation de la guerre, les gouvernements d'Allemagne et d'Union soviétique s'engagent à se consulter mutuellement sur les mesures à prendre.
Moscou, le 28 septembre 1939
Pour le gouvernement du Reich, J. Ribbentrop
Par délégation, pour le gouvernement d'URSS, W. Molotov
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Ven 01 Déc 2006, 14:43

La victoire dans la guerre polono-bolchevique de 1919-1920

Ce fut une victoire qui sauva l’Europe, mais éveilla contre la Pologne la haine de l’Union soviétique totalitaire et de l’Allemagne qui allait le devenir bientôt. Pilsudski, en tant que chef de guerre et concepteur du plan de bataille en août 1920 sur la Vistule, mais aussi les généraux Rozwadowski et Sikorski, ainsi que les soldats polonais, auxquels le capitaine de Gaulle rendit hommage, sauvèrent l’Europe du déferlement bolchevique russe et spartakiste allemand, puis simplement de la volonté des deux pays de prendre leur revanche contre le Traité de Versailles. La campagne de 1919-1920 dévoila en effet une amorce de collusion germano-soviétique visant déjà la Pologne et les Pays Baltes, mais aussi le Traité de Versailles.

Collusion germano-russe national bolchevique

Le 29 juillet 1920, un officier de liaison du Commandement suprême de l’Armée polonaise a envoyé de Dantzig/Gdansk un rapport sur les préparatifs allemands à l’offensive bolchevique contre la Pologne. On y voit expliciter, d’ailleurs, par la partie allemande, la notion de Nationalbolschevism et de Deutsch-Sozialistisch-Bolschevistisch Freundlichen Charakters comme base de collusion germano-russe. L’assistance allemande aux bolcheviques russes contre la Pologne devait être « financière », « matérielle » et « active ».

Citation :
Il y a 6 000 officiers allemands et 4 divisions purement allemandes qui luttent actuellement du côté russe. (…) Au dernier moment, notre agent de Krolewiec (Koenigsberg – AV) rapporte que le 27 juillet a eu lieu une réunion secrète de tous les commandants et officiers du Wehrkreiskommando I. Il a été décidé que, lorsque les bolcheviques franchiraient la frontière de la Prusse orientale, les Allemands feraient semblant de s’y opposer, mais qu’ils les laisseraient passer, afin que les armées bolcheviques puissent prendre le chemin le plus court pour occuper Varsovie. La réunion était dirigée par le général von Dassel.


Même après la défaite du spartakisme, l’étiquette communiste révolutionnaire servait de paravent à l’entraide germano-soviétique contre la Pologne et la France :
"Le spartakisme de ces détachements est la firme derrière laquelle se dissimule une aide allemande active aux « libérateurs rouges » russes qui comptent forcer la Coalition à réviser le Traité de Versailles", fait constater le 2ème Bureau polonais au colonel Spedding de la Mission militaire britannique auprès du Commandement polonais.

Citation :
Un ancien officier allemand attaché à l’état-major général de la XIIème armée bolchevique à Ostroleka, et travaillant pour la Russie en tant qu’intermédiaire entre communistes allemands, russes et anglais, a reconnu à Kovno que le plan de l’armée bolchevique est de conclure une alliance avec l’Allemagne pour déclarer la guerre à la France.

Voilà l’un des messages secrets de Berlin interceptés par le Renseignement de Pilsudski le 19 septembre 1920, après la défaite russe sur la Vistule. La guerre secrète s’est poursuivie bien après l’ultime victoire polonaise sur le Niémen qui aboutira au Traité polono-russe de Riga du 17 mars 1921. (cf. archives éditées par Janusz Cisek, Londres, Fondation Culturelle Polonaise, 1990).

L'opportunisme de nombreux occidentaux au sujet du maître du Kremlin et du communisme

Les Américains comme les Anglais étaient informés de nombreux crimes de Staline en Pologne. Pour éviter une dégradation de leurs relations avec le récent allié soviétique, les alliés occidentaux adoptèrent un profil bas et poussèrent même l'impudence jusqu'à conseiller aux Polonais de ne pas faire trop de bruit autour de Katyn et de s'arranger au mieux avec l'armée de Moscou alors que celle-ci décime leurs rangs … On touche ici un des points les plus douloureux des décennies du soviétisme : la difficulté de faire entendre un témoignage.
Voici à ce propos un texte éloquent de Maria Czapska, au sujet des récits des prisonniers polonais du goulag :

Citation :
A l'époque, en 1943, quand les premiers Polonais libérés des camps avaient commencé à arriver en Angleterre, la Russie était une alliée utile, donc intouchable. La réalité soviétique glaçait les auditeurs :"Quelle exagération, quel culot, nous aussi nous connaissons la Russie. - Voilà de vieux règlements de compte polono-russes, dénués d'objectivité … "Les compagnons demeurés dans les camps, entre la vie et la mort, répétaient, désespérés et pleins d'espérance, à ceux qui étaient libérés : "Dites à l'Occident … Dites toute la vérité sur ce que nous étions et sur ce qu'ils ont fait de nous !" Et les partants juraient de dire toute la vérité, sans rien cacher, la vérité sur l'abaissement de l'homme. Cependant, personne n'en voulait, de cette vérité, personne ne voulait l'écouter, personne n'en était curieux, et les témoignages de "l'autre monde" ne trouvaient pas preneurs.

La même année, à la conférence de Téhéran, le représentant britannique Anthony Eden scellait le sort de la Pologne en l'abandonnant à Moscou.

Dans ce contexte, les archives mettent en valeur la lucidité du Vatican.

Dès mai 1941, soit avec un mois d'avance, le Saint-Siège sait qu'Hitler a l'intention de mettre fin au pacte germano-soviétique signé en août 1939, en attaquant Staline. Le Vatican connaît les dangers pour l'Eglise et pour le monde de l'idéologie et du système soviétiques. Il soutient cependant l'URSS contre le nazisme, mais sans jamais cesser de mettre en garde les Alliés démocrates, laïcs ou chrétiens. A l'époque, les Anglais pensent qu'après la guerre deux grandes puissances se partageront le pouvoir en Europe : la Russie et l'Empire britannique. Aussi Londres tente-t-elle de convaincre le Vatican qu'il est possible de converger avec l'URSS vers une nouvelle forme de gouvernement mondial, où le libéralisme assurerait la suprématie anglo-saxonne avec la participation socialiste de l'URSS à une union plus vaste et plus globale.

Dès 1944, Washington fait le forcing - notamment par la voix de Myron Taylor, représentant du Président Roosevelt - pour convaincre le Vatican qu'une bonne entente est possible entre l'Union soviétique et les peuples libres, invitant l'Eglise à faciliter la collaboration avec l'URSS. De leur côté, promettait ce messager de Roosevelt, les Etats-Unis feraient de leur mieux pour que la Russie respecte la liberté religieuse. Mgr Tardini de la secrétairerie d'Etat fait alors valoir qu'il lui semble peu probable que l'URSS réponde aux espoirs américains, au-delà des effets de propagande. Il ne faut pas se limiter à la liberté religieuse, fait remarquer le représentant de l'Eglise catholique aux laïcs américains, mais exiger le respect de la liberté en tous domaines. Grâce à de fructueuses recherches dans les archives du Vatican, Alexandra Viatteau cite de nombreux documents dont certains ont été publiés par la secrétairerie d'Etat du Saint-Siège, pour rendre compte de ces échanges.
Voici, par exemple, l'extrait d'un mémorandum préparé le 21 juin 1944 par la secrétairerie d'Etat, en vue de la première audience de Myron Taylor chez Pie XII.

Citation :
Le Saint-Siège considère avec beaucoup de préoccupation les objectifs de guerre du gouvernement soviétique. L'intention d'occuper les Etats baltes, une partie de la Pologne et des Balkans ne serait pas en accord avec la charte Atlantique et pourrait sérieusement compromettre la paix.

Le Vatican ne croit pas le Kremlin décidé à respecter la liberté de ces peuples et invite donc les démocraties occidentales à ne pas sous-estimer le danger du communisme en Europe. Plus de quatre décennies de violations des libertés fondamentales en Europe de l'Est et de tensions Est-Ouest suivent cet avertissement. Ce qui devrait, aujourd'hui encore, faire réfléchir sur les conséquences parfois contre-productives d'un pseudo "pragmatisme" plus opportuniste que lucide.

http://www.diploweb.com/p4viat01.htm
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lagaillette



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Ven 01 Déc 2006, 14:58

A propos des guerres de la Pologne, je me faisais tantôt des réflexions sur les détours de l'Histoire.

Je ne vais pas reprendre l'histoire depuis Ladislas.

A la veille de la "deuxième guerre mondiale", l'intégrité de la Pologne, entre les deux loups qui ne demandent qu'à la dévorer, est garantie par "les alliés" franco-anglais. C'est même quand Hitler, ayant pris la précaution de s'assurer que "l'ours soviétique" le laisserait faire, pour le moment, attaque la Pologne que la France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Allemagne, après avoir laissé Hitler absorber l'Autriche et la Tchécoslovaquie.
Le pacte germano-soviétique n'était pas fait pour durer. L'Allemagne attaque son ennemi héréditaire à l'est : la Russie devenue -ce qui est encore pire - bolchevique. Et ce sera les armées soviétiques qui viendront vous "libérer".
Le partage de Yalta vous fait tomber dans l'escarcelle de l'URSS ; vos "libérateurs" deviennent vos oppresseurs.
Quarante ans après, chute du mur de Berlin, vous recouvrez votre liberté, et maintenant, vous entrez dans le club européen où vous vous retrouvez en compagnie de votre premier agresseur de 1939. mais c'est là que vous avez le plus de chances de pouvoir en faire à votre tête.
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Sam 02 Déc 2006, 11:39

Je trouve ça assez bien vu. ;)
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Sam 02 Déc 2006, 11:41

Jean-Paul II à propos de l'avenir de la Pologne :

Citation :
L'action est juste qui garantit à la Pologne la place qui lui est due dans les structures politiques et économiques de l'Europe unie. Il faut, toutefois, que la Pologne y prenne place en tant qu'Etat possédant sa propre identité spirituelle et culturelle, sa tradition historique liée au christianisme. Cette tradition, cette identité nationale, la Pologne ne peut y renoncer.


L'historien français d'origine polonaise, Edouard Krakowski, écrivait aussi, dès 1937 que le plus grand danger, c'est :

Citation :
l'abandon progressif au moindre effort, la perte de toute foi, de tout idéal, l'oubli de toute tradition qui en viendrait vite à ruiner la source spirituelle d'énergie. Un peuple peut être encore vivant, d'une vie opprimée, mais secrètement nationale, lorsqu'il est conquis. Il risque de perdre, dans sa pleine liberté, cette vie nationale lorsqu'il n'en fait plus usage que pour la recherche du lucre et des jouissances.
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Lun 04 Déc 2006, 14:15

L´ETAT POLONAIS CLANDESTIN (1939 – 1945) L´INSURRECTION DE VARSOVIE (août – octobre 1944)

La Pologne a été le premier pays qui dut résister aux prétentions d’Hitler. Son invasion par les Allemands, le 1er septembre 1939, déclencha la seconde guerre mondiale. Le 17 septembre, la Pologne fut également agressée de l’est par l’Union Soviétique. Deux jours plus tard, dans un message adressé à la ville de Varsovie par la population britannique, la Pologne fut nommée “porte-drapeau de la liberté en Europe”.

Les soldats des forces armées polonaises (dirigées par le gouvernement polonais en exil: d’abord à Paris, puis à Angers et, à partir de juin 1940, à Londres) ont combattu sur presque tous les fronts de la seconde guerre pour l’indépendance, la liberté et la souveraineté de la Pologne. Les tombeaux polonais, disséminés dans plus de quarante pays, témoignent de la pérennité de la tradition polonaise qui engageait, depuis des siècles, les Polonais à combattre à travers le monde “pour notre liberté et la vôtre”.

L’État Polonais Clandestin, institué dès le début de la guerre, fut un phénomène sans précédent dans l’Europe en guerre. Cette structure étatique (dépendante du gouvernement en exil) fut exceptionnelle en raison de son organisation, mais surtout de l’étendue de son champ d’action et du soutien de la population dont elle bénéficiait. Cet Etat clandestin disposait de l’Armée de l’Intérieur (connue sous l’acronyme polonais “AK”) qui était la plus grande armée clandestine en Europe (350 000 soldats dont 60 000 tombés au champ d’honneur ou assassinés) et la mieux organisée.

L’engagement de la population dans la résistance dirigée par l’État Polonais Clandestin trouve notamment son expression dans la participation de milliers de jeunes à l’enseignement clandestin. Par ailleurs, le Conseil d’Aide aux Juifs “Żegota” est devenu le symbole de la solidarité humaine en cette période tragique de l’histoire de la Pologne.

L’Insurrection de Varsovie (1er août – 5 octobre 1944) fut le point culminant de la lutte de l’État Polonais Clandestin contre l’occupant. Cette bataille, la plus sanglante de l’histoire de Pologne, entreprise par l’armée AK, conformément à la devise “nous voulions être libres et ne devoir cette liberté qu’à nous-mêmes”, coûta la vie à des centaines de milliers de Polonais.

L’Insurrection de Varsovie fut la dernière décision souveraine de la nation et de l’état polonais.

Au cours des décennies du joug communiste, c’est précisément le souvenir de l’État Polonais Clandestin, l’ethos de l’Armée AK et de l’Insurrection de Varsovie qui a constitué le fondement moral de la Pologne et des Polonais.

Cette tradition a ensuite nourri le mouvement “Solidarność” dont la détermination décida du sort de la Pologne et, indirectement, de celui de l’Europe. Aujourd’hui, la Pologne rejoint la communauté européenne des nations avec toute la richesse de son patrimoine historique et la mémoire du prix incommensurable payé pour le droit à la liberté et à décider souverainement de son propre sort.

http://www.consulat-pologne-strasbourg.org/archives_fr.html
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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Lun 04 Déc 2006, 17:24

J'ai cru un moment que ce fil était supprimé: c'eût été dommage car le sujet est rarement abordé en France; et aussi parce que je n'avais pas eu le temps de le lire;

je cite:
La campagne de 1919-1920 dévoila en effet une amorce de collusion germano-soviétique visant déjà la Pologne et les Pays Baltes, mais aussi le Traité de Versailles.

Jacques Bainville voit aussi ds ces évènements (et ds la nécessité où s'est trouvée la France d'aider la Pologne), un avertissement pour l'avenir en ce sens que, de ses alliés contre l'Allemagne, seule la Pologne était assez crédible, à condition de continuer à l'aider, justement; et en 1939, c'est précisément ce que la France ne fit pas: l'alliance lui faisait devoir d'intervenir au plus tard 15 jours après l'agression allemande; frileusement tapis derrière leur Ligne Maginot, les français ne bougèrent pas; parce que tout leur système militaire était défensif et qu'il n'était pas question de "mourir pour Dantzig"

Pacalou
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Lun 04 Déc 2006, 17:27

Mais il me esemble de toute façon que la France n'avait pas les moyens militaires d'intervenir. Pourquoi alors avait-elle promis son aide à la Pologne ? C'est ce que j'aimerais comprendre.
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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mar 05 Déc 2006, 08:48

Chantecler a écrit:
Mais il me semble de toute façon que la France n'avait pas les moyens militaires d'intervenir. Pourquoi alors avait-elle promis son aide à la Pologne ? C'est ce que j'aimerais comprendre.

Question d'intérêt bien compris: la Pologne étant le seul état ayant quelque consistance à l'est de l'Allemagne, susceptible contrebalançer la puissance allemande, c'était l'intérêt de la France de la soutenir;
C'est d'ailleurs une nécessité dans laquelle Bainville voit un inconvénient majeur: un allié qu'il faut assister est un poids autant qu'une aide;
La Pologne , comme la Tchécoslovaquie, est trop faible face à l'Allemagne, et cherche même parfois, ds la période, des accommodements avec l'Allemagne; elle signe un pacte de non-agression avec Hitler vers 1935 je crois; on ne peut lui jeter la pierre car c'est pour son gvnt une question de survie de la nation; mais c'est typiquement le genre de réaction qu'auront les petits états issus du Traité, prédites par Bainville qui ne s'illusionnait pas sur leurs capacités internes et externes;
Qt à la France, elle était tellement épuisée par la guerre, physiquement saignée à blanc, financièrement ruinée et psychologiquement tentée par le pacifisme, que les français pratiqueront une stratégie de défense allant à l'encontre de la politique de l'alliance de revers nouée avec la Pologne et la Tchécoslovaquie, qui, loin d'une ligne Maginot qui la condamnait à attendre une action de l'ennemi, eût logiquement exigée une armée mobile capable d'intervenir pour aider une nation amie agressée;
Mais cela, les français n'en étaient plus psychologiquement capables; les gvnts qui ont conçu la Ligne Maginot se sont faits l'écho des souhaits du peuple, qui n'avait qu'un désir: "plus jamais ça"!
C'était une politique égoiste et les polonais, dt les intérêts étaient pourtant directement liés aux nôtres, en ont fait les frais: tandis que l'alliance faisait obligation à la France d'intervenir ds las 15 jours après une agression, celle-ci n'a pour ainsi dire pas bougé; les français campaient sur leur "ligne"; et les polonais furent défaits en 17 jours;
Les allemands avaient ss doute parié sur l'inertie française, connaissant notre psychologie et l'orientation purement défensive de notre stratégie...

Pacalou
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mar 05 Déc 2006, 11:00

En tout cas, la question est importante : pourquoi l'Angleterre et la France n'ont-elles pas déclaré la guerre à l'URSS après le 17 septembre 1939, comme elles l'avaient fait pour l'Allemagne après le 1er septembre ?

Et celle-ci : pourquoi, lorsque les Polonais ont signalé la présence de camps de concentration nazis, les Alliés n'ont-ils pas réagi ?

Arnaud disait :

Citation :
Pour ma part, je crois que personne n'a pris conscience de l'horreur, même après la guerre. Il a fallu 20 ans. L'humanité est restée abasourdie par l'énormité du crime. Mais ce n'est qu'un avis.

Pourtant, le message des Polonais était pourtant on ne peut plus clair :

Citation :
En même temps que la tragédie du peuple polonais, décimé par l'ennemi, depuis près d'un an se déroule le massacre monstrueusement planifié des juifs. Ce génocide est sans précédent dans l'histoire du monde... Comme le commandement de la résistance civile ne peut pas s'y opposer de manière active, il proteste au nom de tout le peuple polonais contre le crime dont les juifs sont victimes. Toutes les organisations politiques et sociales (dans la clandestinité - AV) de Pologne s'unissent à cette protestation...

Citation :
Les « alliés » qui célèbrent Auschwitz n’ont pas fait grand chose pour empêcher l’extermination. Ils ne pouvaient pas ne pas savoir et pourtant ils ont réservé les bombardements à des objectifs « militaires » ou « psychologiques » (comme le bombardement « gratuit » de Dresde). Auschwitz n’était pas un objectif militaire. [...] Descendant comme bien d’autres de rescapés, élevé dans le souvenir du traumatisme, je ne me reconnais dans aucune des commémorations actuelles. Je tremble toujours devant les photos des camps ou les films sur l’extermination. Mais je ne supporte pas qu’on réécrive l’histoire.
(Pierre Stambul, Mémoire juive et éducation)

Denirèe question : qui, à l'heure actuelle, a encore intérêt à dissimuler la réalité des crimes soviétiques, des camps de concentration soviétiques, et à focaliser le regard sur les seuls crimes nazis ?

Selon Arnaud :

Citation :
Une génération presque entière, en Occident, a cru au paradis et à la générosité communiste. Elle n'arrive pas à reconnaître qu'elle a commis le crime qu'elle a tant reprocher à ses pères: la collaboration avec la bête. C'est donc l'orgueil qui empêche la vérité.

Je pense aussi que les Alliés n'ont pas voulu reconnaître qu'il n'avaient gagné que la moitié de la guerre, et que les héros antinazis voulaient occulter que bien souvent ils ne l'avaient été qu'au prix d'une collaboration avec les Soviétiques. Cela aurait fait tomber, et ferait encore tomber des piédestals. Et enfin, je pense que l'idéologie soviétique vit encore. D'ailleurs, il existe encore des Etats communistes.
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MessageSujet: ..   Mar 05 Déc 2006, 11:20

Chantecler a écrit:
En tout cas, la question est importante : pourquoi l'Angleterre et la France n'ont-elles pas déclaré la guerre à l'URSS après le 17 septembre 1939, comme elles l'avaient fait pour l'Allemagne après le 1er septembre ?


That is an excellent question!
(ce n'est qu'un avis personnel) n'étant pas à une naiveté près, les démocraties estimaient pê que ds le conflit qui se précisait il pouvait être opportun de garder au feu un fer soviétique contre l'Allemagne?
Il faudrait établir ce que les gvnts alliés pouvaient savoir à l'époque (en IXbre 39) de la véritable teneur du pacte germano-soviétique (encore que le coup de poignard de Staline à la Pologne a du logiquement en interroger qques-uns?
Reste que stratégiquement parlant une déclaration de guerre alliée à la Russie n'avait guère de sens (pas plus qu'en Crimée en 1855, où l'on a eu toutes les peines du monde à décider de l'endroit où attaquer le géant russe): la Russie était trop loin, il n'y avait pas de point de contact avec elle...
Moralement il est vrai que l'agression soviétique contre la Pologne appelait une telle déclaration de guerre; mais qu'aurait-elle changé? De toutes façons l'Allemagne aurait bénéficié des matières premières soviétiques comme le permettait le Pacte et tôt ou tard Hitler se serait retourner contre son complice d'un temps.
Mais c'est là pure spéculation...

Pacalou
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mar 05 Déc 2006, 22:02

PACALOU a écrit:
n'étant pas à une naiveté près, les démocraties estimaient pê que ds le conflit qui se précisait il pouvait être opportun de garder au feu un fer soviétique contre l'Allemagne?

Mais alors pourquoi avoir promis ce soutien à la Pologne, s'ils ne comptaient pas honorer leur promesse ? Il y a quelque chose qui cloche.
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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 08:57

Chantecler a écrit:
PACALOU a écrit:
n'étant pas à une naiveté près, les démocraties estimaient pê que ds le conflit qui se précisait il pouvait être opportun de garder au feu un fer soviétique contre l'Allemagne?

Mais alors pourquoi avoir promis ce soutien à la Pologne, s'ils ne comptaient pas honorer leur promesse ? Il y a quelque chose qui cloche.

Je vérifierai si je trouve qque chose à ce sujet précis;
Mon avis est que l' alliance entre les démocraties et la Pologne ignorait superbement les soviétiques; qu'elle oubliait la situation stratégique difficile de la Pologne coinçée entre deux géants et loin de ses alliés; c'était absolument irréaliste, mais le seul agresseur potentiel considéré était l'Allemagne (il faut reconnaitre qu'Hitler était internationalement bcp plus agité que Staline!); c'était toutefois aller contre toute une tradition séculaire qui faisait devoir aux occidentaux de tenir compte de la Russie; Bainville (tjrs lui!) explique que les démocraties ont négligé cet axiome que l'Allemagne et la Russie devaient fatalement s'entendre aux dépens de la Pologne; la résurrection même de celle-ci était comme un appel au resurgissement de la logique qui, à partir de 1772 avait présidé aux partages de la Pologne; en 1920, cela avait été évité de justesse et le miracle de la Vistule constiutait un avertissement; la Pologne n'était viable selon Bainville (et les autres états issus de l'Empire des Habsbourg) qu'à la condition qu'il n'y ait plus d'Allemagne unie et puissante sous la férule prussienne; ce manque de logique est à l'origine d'une paix bancale dont le maintien était conditionné par des interventions militaires (appui français à Varsovie en 1920, occupation de la Ruhr en 1923) ou à des accords passés par les petits états avec les grands voisins russe et allemand: il y a toute une série de pactes de non-agressions dont on ne parle jamais (et dt le célèbre pacte de 1939 germano-russe n'est que le dernier en date) signés par la Pologne avec l'Allemagne, par la Russie avec la Pologne, par l'Allemagne avec la Tchécoslovaquie, etc. au gré des fluctuations diplomatiques; ceci en dit long sur la crainte qui animait les petits états, tous prêts à tout afin que ce soit le voisin qui soit dévoré en priorité (ce serait tjrs ça de gagné); c'est cette instabilité que selon Bainville, il fallait à tout prix éviter, par l'existence soit de l'Autriche-Hongrie soit d'une Allemagne divisée.
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 11:54

Au sujet des relations entre la France, la Pologne, la Russie, de façon anecdotique, voici ce qu'en pense l'écrivain français d'origine russe, Henri Troyat. Dans sa biographie du tsar Nicolas Ier, il cite une lettre de cet autocrate de la Russie, vieille rivale de la Pologne pour la puissance à l'Est de l'Europe, qui avait fini par partager cette République royale avec la Prusse et l'Autriche - car, seule, la Russie n'avait pas réussi à vaincre la Pologne. Nicolas Ier écrivait en avril 1831, au moment de la Grande Insurrection polonaise, au maréchal Diebitch, qui n'arrivait pas à remporter de victoire contre les Polonais :

Citation :
... les Russes ne peuvent pas être toujours vaincus par les Polonais: les siècles sont là pour le prouver... Au nom de Dieu, ne perdez pas de temps, soyez fermes dans vos résolutions, ne tergiversez pas continuellement, et tachez, par une action brillante et hardie, à prouver à l'Europe que l'armée russe est toujours celle qui a été deux fois à Paris." En effet. De là vient également un certain complexe français qui nous fait difficilement admettre que les Polonais ont parfois vaincu les Russes mieux que nous - encore en 1920, dans une guerre polono-bolchevique qui fut la seule guerre perdue par les Soviétiques, avant celle de l'Afghanistan. On trouve ce complexe au fond de la sympathie de la France pour la Pologne. Derrière "l'amitié traditionnelle", il y a un amour fraternel assez compliqué entre deux sœurs rivales. Il peut même arriver, si insensé que cela paraisse à la France, que l'action politique et stratégique de la Pologne soit plus pertinente.
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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 14:15

Chantecler a écrit:


Citation :
... les Russes ne peuvent pas être toujours vaincus par les Polonais: les siècles sont là pour le prouver... Au nom de Dieu, ne perdez pas de temps, soyez fermes dans vos résolutions, ne tergiversez pas continuellement, et tachez, par une action brillante et hardie, à prouver à l'Europe que l'armée russe est toujours celle qui a été deux fois à Paris." En effet. De là vient également un certain complexe français qui nous fait difficilement admettre que les Polonais ont parfois vaincu les Russes mieux que nous - encore en 1920, dans une guerre polono-bolchevique qui fut la seule guerre perdue par les Soviétiques, avant celle de l'Afghanistan. On trouve ce complexe au fond de la sympathie de la France pour la Pologne. Derrière "l'amitié traditionnelle", il y a un amour fraternel assez compliqué entre deux sœurs rivales. Il peut même arriver, si insensé que cela paraisse à la France, que l'action politique et stratégique de la Pologne soit plus pertinente.

D'abord, nous français sommes allés à Moscou!!! Et si nous ne ns y sommes pas maintenus ce n'est pas aux soldats russes qu'il faut en imputer le mérite mais à leur "général Hiver"; 1er point

les russes ne sont pas arrivés seuls à Paris en 1814 et 1815: c'est tout ce qui comptait de puissances militaires européennes, qui a permis la défaite de Napoléon...2ème point

un complexe français vis à vis de la Pologne? une mauvaise conscience plutôt, dirais-je! (rapport à 1939) un point qui semble devoir être relativisé: la victoire -incontestable- des polonais sur les bolcheviques est à mettre aussi -je ne dis pas: également car j'ignore la part exacte qu'ils y ont prit- au crédit des français et de la mission militaire sous le général Weygand et le colonel De Gaulle; 3ème point

sur la pertinence de l'action politique et stratégique des polonais, il est certain que les polonais connaissent mieux le terrain à l'est de l'Europe, que les français, quelle que soit l'époque! A preuve cet irréalisme romantique des français qui en 1831 réclamaient de leur gouvernement une aide et une intervention pour soutenir les insugés polonais, alors que la Pologne russe était enclavée, et qu'il n'y avait aucun moyen de les joindre sans passer par d'autres pays (Prusse, Autriche) qui n'avaient aucun intérêt à laisser transiter une aide matérielle et a fortiori militaire...

dans le traité de Versailles, les français n'ont pas su exiger et obtenir l'éclatement de l'Allemagne qui seul aurait pu contrebalançer (je me répète!) la disparition de l'empire des Habsbourg; ils se sont contentés des garanties (des mots, "un chiffon de papier" disait Hitler) des anglo-saxons;
et ils n'ont pas fait l'effort de faire respecter par les allemands tous les termes du Traité; les polonais sous Pilsudski, eux, y était vigilants, parce que plaçés en première ligne; que n'ont-ils été épaulés par les français!

une remarque tout de même en forme de bémol: outrela nécessité de les appuyer constamment économiquement et militairement, -ce qui représentait une charge pour la France, Bainville était très sceptique sur la capacité des polonais à se donner un régime politique efficace et stable; il redoutait que le pays ne tombe dans les dissenssions internes et dans l'instabilité congénitale de la "République" aristocratique qui avait tant profité à ses voisins; de fait la Pologne n'a connu qu'une courte période démocratique, suivie d'un régime autoritaire; sa politique extérieure a connu des fluctuations; son gvnt a d'ailleurs obtenu de Hitler l'annexion aux dépens de la défunte Tchécosolovaquie de Teschen; ce n'est qu'un détail, mais révélant l'absence de solidarité entre les états "de Versailles"


Sur un point en tous cas la Pologne n'a pas varié: la Russie; je ne sais plus quel illustre patriote polonais (Kosciuszko? Mickiewicz?) a dit: "avec les prussiens ns perdons notre liberté, avec les russes ns perdons notre âme";
lorsque sur la requête des démocraties qui lui demandaient son alliance, Staline a mis comme condition le libre passage de ses troupes sur le territoire polonais -à vrai dire seul moyen de venir au contact de l'armée allemande, les polonais avaient énergiquement refusé ce principe; il est permis de penser que la demande de Staline, si elle ne manquait pas de logique, stratégiquement parlant, n'était pas du tout dénuée d'arrières-pensées; les négociations ayant avortées sur cette base, et Staline ayant besoin de se prémunir contre l'Allemagne, il fera des avancées en direction de Hitler, avancées qui aboutiront au Pacte de 1939;

les polonais auraient-ils du accepter, je ne le crois pas: la guerre est simplement la conséquence plus ou moins lointaine et directe d'un traité funeste signé à Versailles dans lequel on a mis un peu vite au rencart des constantes politiques et stratégiques qui avaient dominé l'histoire depuis trois siècles, pour ne tenir compte (et encore, très partiellement et partialement) que du principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, donc des nationalités -comme si des états fondés sur celles-ci n'auraient pas leurs caprices propres et le désir tout aussi dangereux et pê encore plus inexpiable de s'imposer au détriment du voisin!
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 15:30

Citation :
la victoire -incontestable- des polonais sur les bolcheviques est à mettre aussi -je ne dis pas: également car j'ignore la part exacte qu'ils y ont prit- au crédit des français et de la mission militaire sous le général Weygand et le colonel De Gaulle

Oui.
Et Napoléon, les Polonais lui doivent effectivement beaucoup, il est même mentionné dans leur hymne :

Nous traverserons la Vistule, nous traverserons la Warta,
Nous serons Polonais,
Bonaparte nous a montré,
Comme il nous faut triompher.


Citation :
Bainville était très sceptique sur la capacité des polonais à se donner un régime politique efficace et stable;


Hem. Va peut-être falloir rouvrir le fil sur l'histoire de la Pologne. Sais-tu que la Pologne fut un grand royaume très influent durant des siècles ?


Dernière édition par le Mer 06 Déc 2006, 15:41, édité 1 fois
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 15:41

Le rôle du général Maxime Weygand

Quel fut le rôle du général Weygand pendant la bataille de la Vistule ? Pendant cette bataille qui devint, selon le mot de Lord d’Abernon, la « 18 ème bataille décisive du monde » , Pilsudski imposa son plan et agit sans filet, bien servi par ses généraux et ses troupes, ainsi que par la présence d’observateurs alliés français et britanniques.

«La victoire a été remportée avant tout grâce au génie stratégique d’un seul homme, et parce que celui-ci avait mené une action si périlleuse qu’elle demandait plus que du talent, de l’héroïsme », témoigna Lord d’Abernon avec fair-play.
Le général Weygand a joué un rôle primordial dans la préparation de la bataille du 6 au 14 août, en assurant à la Pologne l’arrivée indispensable du matériel de guerre, principalement français, envers et contre les difficultés créées par les syndicalistes allemands dans les ports. Décoré par Pilsudski de la plus haute distinction militaire, « Virtuti Militari », fêté par Varsovie reconnaissante, Veygand – qui n’appréciait pas la flagornerie -, a eu ce mot de retour à Paris: « La France a suffisamment de sa propre gloire militaire pour ne pas tenter de l’accroître aux dépens de la Pologne ». On ne peut que souhaiter à nos historiens la rigueur de la vérité du général Veygand. Dans l’enseignement militaire, cela semble aujourd’hui acquis.
http://www.diploweb.com/forum/pilsduski.htm

Le général de Gaulle a publié les "Mémoires de guerre" qui ont été contestées par le général Weygand.
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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 15:54

Chantecler a écrit:

Oui. Je t'apporte des infos plus tard. Et Napoléon, les Polonais lui doivent effectivement beaucoup, il est même mentionné dans leur hymne :

Nous traverserons la Vistule, nous traverserons la Warta,
Nous serons Polonais,
Bonaparte nous a montré,
Comme il nous faut triompher.


Certain historien brit estime que les polonais ont eu bcp à souffrir de la militarisation napoléonienne et que le grand duché de Varsovie n'a été qu'un avatar de la Pologne, parce que Napoléon n'a pas voulu vexer la Prusse en lui enlevant Dantzig, et l'Autriche en lui reprenant la Galicie, ce qui aurait pu, avec le grd duché, reconstituer un vrai royaume; marchandage dt les polonais ont fait les frais; il y aurait une part de naiveté ds la reconnaissance des plononais envers Napoléon, mais il est vrai qu'ils n'ont plus eu ensuite bcp de soutins... jusqu'en 1920; et qu'importe, c'est une grande page d'histoire commune aux deux pays...

Citation :
Bainville était très sceptique sur la capacité des polonais à se donner un régime politique efficace et stable;


Hem. Va peut-être falloir rouvrir le fil sur l'histoire de la Pologne. Sais-tu que la Pologne fut un grand royaume très influent durant des siècles ?

de Memel à Kiev et de Poznan à Smolensk!
Hem. :sos: ben oui, la republique polonaise des nobles, de la diète avec son introuvable unanimité Boulet et ses rois élus (pfs étrangers comme tu sais), tout cela était pê très bien (encore que) à usage interne mais les voisins suédois, prussiens, autrichiens et russes en ont pleinement profité pour réduire à néant ce bel espace de tolérance religieuse (je sais) et de civilisation (Copernic, Chopin, etc.);
et, même si cela te déplait, il s'est trouvé des polonais pour s'accommoder de la domination étrangère (tu me rectifieras si besoin mais ne sont-ce pas les Czartorysky (pardon pour l'ortho) qui ont lgtps été partisans du Tsar? Enfin, eux ou d'autres... et puis nécessité fait loi à certains moments de l'histoire;

C'est vrai tu as enlevé tout le fil sur l'histoire de la Pologne que j'avais seulement commençé à lire; faut penser à ton public!flower
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 16:00

PACALOU a écrit:
C'est vrai tu as enlevé tout le fil sur l'histoire de la Pologne que j'avais seulement commençé à lire; faut penser à ton public!flower

Personne ne le lisait, à part Arnaud, je ne savais pas que tu le lisais. Ca ne faisait qu'exciter de la hargne chez des gens que ça dérangeait. Tu veux que je le rouvre ? Et je commence à quelle époque ?

PACALOU a écrit:
le grand duché de Varsovie n'a été qu'un avatar de la Pologne, parce que Napoléon n'a pas voulu vexer la Prusse en lui enlevant Dantzig, et l'Autriche en lui reprenant la Galicie, ce qui aurait pu, avec le grd duché, reconstituer un vrai royaume; marchandage dt les polonais ont fait les frais

Tout à fait, mais il faut rendre à César ce qui est à César, et sans lui il n'y avait plus de Pologne du tout.
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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 16:07

Chantecler a écrit:

Personne ne le lisait, à part Arnaud, je ne savais pas que tu le lisais. Ca ne faisait qu'exciter de la hargne chez des gens que ça dérangeait. Tu veux que je le rouvre ? Et je commence à quelle époque ?

tout (j'avis survolé seulement l'ensemble)
et pourquoi t'inquiéter des pisse-vinaigre?
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 16:24

PACALOU a écrit:
et pourquoi t'inquiéter des pisse-vinaigre?

Parce qu'il y a suffisamment de tension en ce moment sans en rajouter, et que ces fils étaient interprétés comme une volonté de créer une querelle de plus au lieu d'être pris pour ce qu'ils étaient. Mais puisque cela t'intéresse, je recommence à raconter l'histoire de ce pays depuis le commencement.


Dernière édition par le Mer 06 Déc 2006, 23:00, édité 2 fois
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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 16:28

Chantecler a écrit:
PACALOU a écrit:
et pourquoi t'inquiéter des pisse-vinaigre?

Parce qu'il y a suffisamment de tension en ce moment sans en rajouter, et que ces fils étaient interprétés comme une volonté de créer une querelle de plus au lieu d'être pirs pour ce qu'ils étaient. Mais puisque cela t'intéresse, je recommence à raconter l'histoire de ce pays depuis le commencement.

merci
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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 16:46

Ce n'est pas le bon fil mais tant pis: une question: tu connais sûrement le film (magnifique) d'Andrzej Wajda "Chronique des évènements amoureux";
au début on voit des lanciers à l'entrainement, sur une musique militaire absolument superbe; j'ai tjrs voulu la retrouver et quand je dialogue avec toi ça me reprends... C'est ds tes compétences?flower
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 16:51

Chantecler a écrit:
On m'a reproché, par de nombreux mp, et au nom de la liberté de pensée et d'expression, d'avoir fermé les fils concernant ce pays (je croyais que personne ne lisait). Il paraît que c'est faire un pas en arrière. J'en rouvre donc un, mais ne vous plaignez pas si la présence de ce fil déchaîne l'agressivité de certains.

C'est pau moi.

J'ose plus. Maintenant que vous êtes en tenue de barbouze...

Respect... Mr.Red

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Arnaud
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 22:56

J'ai trouvé ton film, Pacalou, je ne le connais pas, mais je vois que ça se passe à Wilno, le berceau de ma famille. Mais je n'ai pas trouvé la musique en question, désolée. :no



Synopsis :
Witeck vient de terminer ses études secondaires. Promis à un bel avenir, il va bientôt se présenter au baccalauréat. Il vient passer quelques semaines de vacances chez lui, à Wilno. Dans le train qui le ramène vers sa ville natale, il rencontre un inconnu qui lui prédit son destin. Witeck retrouve avec joie Wilno - cette ville de garnison où les régiments de cavalerie sont en effervescence - et ses proches, sa mère et son grand-père, ses amis. Un jour, venu porter un télégramme à ses parents, Witeck fait la connaissance d'Alina. C'est un véritable coup de foudre. Mais la réalité n'est pas aussi simple... Alina, même si elle n'est pas insensible au jeune homme, semble s'amuser de la situation; et puis ses parents sont hostiles à cette idylle. Le climat s'obscurcit, les menaces de guerre avec l'Allemagne se précisent. Witeck est pourtant bien loin de tout cela; ses sentiments amoureux et les fréquentes apparitions du mystérieux inconnu qui lui dévoile à chaque fois d'autres parcelles de son avenir, suffisent largement à occuper son esprit. Malgré l'opposition de ses parents, et la violence de son père, médecinmajor qui tire au gros-sel dans les fesses de Witeck, Alina finit par succomber. Tourmenté, Witeck manque son baccalauréat. La guerre éclate. Witeck et Alina décident de fuir et de mourir pour sceller leur amour. Mais la Vie l'emporte. Les premières bombes tombent; Witeck et Alina, qui se donnent la main, n'y prêtent guère attention.

________________________________________

"Wajda ... a réalisé un film beau et dépaysant où un coin de Lituanie Polonaise en 1939 ... est devenu comme le domaine enchanté de notre Grand Meaulnes... Avec ses adolescents du domaine enchanté, il ne se replie pas sur un passé idéalisé, il regarde autrement, en ouvrant de nouvelles portes, de nouvelles fenêtres." - Le Monde.
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 23:06

Et pour être très honnête, Pacalou, j'ai pas trop envie d'ouvrir un fil sur l'histoire de la Pologne et de la raconter de façon linéaire. Peut-être dans quelques semaines ou quelques mois, mais là j'ai la flemme. Tu me pardonnes ?
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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 23:22

Chantecler a écrit:
Et pour être très honnête, Pacalou, j'ai pas trop envie d'ouvrir un fil sur l'histoire de la Pologne et de la raconter de façon linéaire. Peut-être dans quelques semaines ou quelques mois, mais là j'ai la flemme. Tu me pardonnes ?

chère Krystyna
mais je ne te demandais aucun travail: seulement l'honneur de lire ce que tu as déjà fait et que je n'avais pas pris le temps jusqu'ici de lire...

et ns pouvons tt à fait continuer le dialogue sur le fil existant sur DA salut
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 23:27

salut
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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 23:33

Le film de wajda est splendide; j'en ai un souvenir ému; quand on sait toutes les difficultés qu'il a fallu surmonter (tracasseries soviétiques) pour le tourner sur place à Wilno, il n'en a que plus de prix; dommage pour la musique; à prpos, il n'y a pas non plus la mélodie sur le site de l'hymne polonais que tu m'as fait (entre)voir...
as-tu des photos de cette ville (Wilno)? ça paraissait fort joli!
bonne soirée
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mer 06 Déc 2006, 23:38

Mon père y est retourné pour la première fois en 2003 (il l'avait quittée en 45). Je le verrai à Noël, je lui demanderai de scanner quelques photos. (Je lui demanderai aussi s'il connaît ce film.)

Tiens, voici des photos trouvées sur le net :







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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Jeu 07 Déc 2006, 08:21

Chère Krystyna
merci pour les photos; j'en avais trouvé sur un site voici qque temps; c'était moins bien;
une question: comment dit-on "lancier" (cavalier muni d'une lance) en polonais? je pourrais pê rechercher leur musique à partir du mot polonais?
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Jeu 07 Déc 2006, 14:55

J'avais pas vu ta question : lansjer (prononcer "lansyerr")
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Lun 11 Déc 2006, 11:33

Lech Walesa: la loi martiale en Pologne, une "grave erreur" des communistes

La loi martiale, décrétée en Pologne par le général Wojciech Jaruzelski le 13 décembre 1981, fut une "grave erreur" des communistes", estime 25 ans plus tard le chef historique du syndicat Solidarité et ex-président polonais Lech Walesa.
"Je pense que l'état de siège, c'était la défaite des communistes, pas la nôtre: ils ont ainsi enfoncé les derniers clous à leur cercueil.
Le communisme y a commis une grave erreur qui lui a été fatale", a déclaré M. Walesa dans une interview à l'AFP.
Assis dans son bureau à Gdansk, port de la Baltique où le premier syndicat libre du bloc soviétique a vu le jour, Lech Walesa, 63 ans, se souvient des moments dramatiques d'il y a un quart de siècle, et livre ses réflexions sur la suite des événements.
C'est dans la nuit de samedi à dimanche qu'une chape de plomb s'était abattue sur la Pologne.
L'armée était sortie dans les rues avec des chars et des blindés, des dizaines de milliers de militants syndicaux avaient été arrêtés et le mouvement Solidarité décrété illégal 16 mois après sa naissance au milieu des grandes grèves de l'été 1980.
"Je savais bien ce qui aller arriver.
Je me demandais seulement, combien de sang va couler pour que nous puissions remporter l'étape suivante.
C'était ma seule pensée", se souvient Lech Walesa.
"Je ne souhaitais pas une grande résistance, mais une résistance intelligente, sans coup de feu, sans bagarres.
Quand j'ai été interné, j'ai dit aux responsables du régime: 'si quelque part le sang risque de couler, je suis à votre disposition pour intervenir'. Un général m'a répondu: 'vous plaisantez, c'est un état de guerre!'
Et il m'a clairement laissé entendre qu'il fallait bien quelques morts pour que la population ait peur de la loi martiale".
Lech Walesa ne condamne toutoutefois pas le général Jaruzelski.
"C'est une homme très intelligent, mais il appartient à une génération des temps malheureux".
"Il aurait certainement été un grand personnage s'il avait vécu à une autre époque.
Je ne sais pas s'il a sincèrement adhéré au communisme, s'il y a cru vraiment, ou s'il s'est laissé enrôler. Je ne le jugerai pas.
Que Dieu le juge et l'histoire".
Une autre solution qu'un coup de force contre Solidarité était-elle possible?
"Théoriquement oui, mais pratiquement non".
"Le moteur communiste tournait à gauche et nous avons tourné à droite.
Un moteur ne peut à la fois tourner à gauche et à droite, c'est évident: soit le moteur casse la roue qui tournait à droite, soit la roue casse le moteur".
A la retraite politique aujourd'hui, Lech Walesa sillonne le monde, en donnant des conférences.
"Je passe la moitié de l'année à l'étranger et l'autre moitié en Pologne.
Différentes associations politiques ou professionnelles m'invitent.
Les gens veulent savoir ce que je pense de l'Amérique, de l'Europe, du monde, ou que je leur raconte notre lutte contre le communisme".
Il n'hésite pas à afficher son euroscepticisme.
"Aujourd'hui, nous sommes dans une Union européenne sans programme, sans vision.
On en prend trop et on ne construit pas assez.
L'élargissement 'tous à la fois', c'était une mauvaise chose, il aurait fallu le faire progressivement, mieux préparer les structures", estime-t-il.
Lui arrive-t-il encore d'aller à la pêche comme en 1983, le jour où il avait reçu son prix Nobel de la Paix?
"Ce jour-là, j'ai fait exprès de ne pas rester chez moi.
Je savais que c'était un grand événement, que les journalistes allaient m'assaillir et j'ai préféré ne pas les avoir tous à la maison.
Mais je ne pêche plus, je n'en ai pas le temps, je suis trop fatigué".
"Dans la politique polonaise, il n'y a plus de place pour moi aujourd'hui, quand tout se passe normalement.
Mais, si un jour ça barde, je peux encore revenir", prévient-il.

GDANSK (Pologne), (AFP)

Le président polonais promulgue une loi pour démasquer les ex-agents communistes

Le président polonais Lech Kaczynski a promulgué lundi une loi qui obligera quelque 400.000 personnes à produire une attestation indiquant s'ils avaient collaboré ou non avec l'ancienne police secrète communiste.
La loi s'appliquera à toutes les personnes nées avant le 1er août 1972.
Elle concerne les hauts fonctionnaires et magistrats mais aussi les gestionnaires des sociétés à capital d'Etat, les directeurs d'école, les enseignants des universités, les diplomates ou encore les journalistes.
"J'ai signé cette loi parce que, depuis 1991 je reste partisan de cette vérification", a expliqué M. Kaczynski aux journalistes.
En vertu des nouvelles dispositions, les personnes concernées doivent obligatoirement demander à l'Institut de la mémoire nationale (IPN), qui gère les archives de l'ancienne police politique SB et des autres services spéciaux communistes, une attestation indiquant s'ils avaient oui ou non collaboré avec ces services.
Les dossiers datant de l'époque communiste, concernant les personnalités publiques, seront en outre publiés par IPN, ainsi qu'une liste nominative des anciens fonctionnaires de la SB.
Dans le même temps, le chef de l'Etat a d'ores et déjà annoncé qu'il proposerait d'ici à trois semaines des amendements à cette loi avant même qu'elle n'entre en vigueur dans trois mois.
M. Kaczynski souhaite notamment introduire des distinguos dans le terme de collaborateur.
Il souhaite aussi que dans un premier temps les personnes concernées fassent une simple déclaration sur l'honneur, l'IPN ne pouvant matériellement pas traiter toutes les demandes en même temps.
Contrairement à d'autres pays ex-communistes comme la République tchèque ou l'ex-RDA (Allemagne de l'Est), la Pologne n'avait jusqu'à présent pas ouvert au public les archives de la police politique communiste, les confiant aux historiens d'IPN.
Ceux qui seront qualifiés par IPN d'ex-agents pourront, s'ils le contestent, faire appel devant un tribunal.
La législation actuellement en vigueur oblige seulement les députés, sénateurs, ministres et magistrats à déclarer s'ils avaient oui ou non collaboré avec les services communistes.
Un aveu n'entraîne pas de sanction automatique mais un mensonge est puni d'une interdiction d'assumer une fonction publique pendant dix ans.
Actuellement, quelque 27.000 personnes sont concernées par cette législation.
Les frères Lech et Jaroslaw Kaczynski, respectivement chef d'Etat et Premier ministre polonais, avaient fait de cette mesure le principal cheval de bataille de leur parti conservateur Droit et Justice, victorieux des législatives de l'automne dernier.

(novembre 2006)
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Ven 15 Déc 2006, 17:41

Spectacles de rue et cérémonies, 25 ans après la loi martiale en Pologne - 12/12/2006

Les premiers spectacles de rues, expositions et cérémonies officielles ont été organisés mardi soir en Pologne, 25 ans après l'instauration, dans la nuit du 12 au 13 décembre 1981, par le général Wojciech Jaruzelski de la loi martiale, contre le mouvement Solidarité.
Plusieurs jeunes, déguisés en uniformes de la police anti-émeute du régime communiste polonais se sont placés mardi à l'entrée de la rue menant vers la maison de l'ancien homme fort de la Pologne communiste.
"C'est une date importante pour notre pays. Les jeunes devraient s'en souvenir", a déclaré à l'AFP Jacek Cieslar, étudiant de 22 ans, déguisé en ancien policier, un fusil à la main.
"Nous sommes ici pour montrer qu'on se souvient et non pas pour jouer", explique son collègue, en uniforme de ZOMO, police anti-émeute d'il y a 25 ans.
Cependant, selon un sondage de l'institut Pentor publié mardi, 46% des Polonais estiment que la proclamation de la loi martiale avait été justifiée, notamment par la menace d'une intervention des troupes soviétiques.
30% des Polonais gardent une opinion négative sur le coup de force du général Jaruzelski et 24% n'ont aucune opinion sur cet événement.
Des expositions consacrées à l'état de siège et à ses victimes ont été organisées dans plusieurs villes de Pologne mardi et à minuit, le président Lech Kaczynski devait remettre des médailles aux héros de la lutte contre le régime communiste.
Un affrontement entre les militants du syndicat indépendant Solidarité et la police anti-émeute sera reconstitué mercredi dans le centre de Varsovie et sera retransmis en direct par la télévision publique.
Toute la journée de mercredi, le discours du général Jaruzelski annonçant la loi martiale doit être diffusé toutes les heures par des haut-parleurs dans le centre historique de la capitale.
Dans la nuit du samedi au dimanche 13 décembre 1981, le général Wojciech Jaruzelski, à l'époque Premier ministre, décréta la loi martiale pour mettre fin aux activités du syndicat indépendant Solidarité qui comptait près de 10 millions de membres, 16 mois après sa création lors des grèves aux chantiers navals de Gdansk de l'été 1980.
Plusieurs dizaines de milliers de militants syndicaux étaient arrêtés, à commencer par leur chef charismatique, l'électricien Lech Walesa.
Toute activité syndicale a été interdite et le pays a été entièrement paralysé: téléphones coupés, frontières bloquées, circulation des voitures particulières interdite, journaux fermés, et le couvre-feu instauré à partir de 22H00.

VARSOVIE, (AFP)
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pascalou



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Ven 15 Déc 2006, 22:43

25 ans déjà; qd je lis tout ça, j'ai l'impression qu'il s'agit de choses qui se st passées hier; je me souviens avoir entendu sur Solidarnosc et son chef bcp de commentaires négatifs ds la presse et de la part des individus -notamment d'un ami sympathisant communiste (une vraie ordure sur ce plan): c'est un syndicat de droite; Walesa est catho; il a 12 enfants; il est contre l'avortement, etc.
Pourtant il en fallait du cran, à cette époque et ds ce contexte totalitaire, pour se lever et s'opposer à la tyrannie;
le souvenir de tels aveuglements de la part de mes compatriotes me donne à penser que si la France va mal, elle n'a que ce qu'elle mérite; et pourtant c'est mon pays et je l'aime; mais ce sont les polonais qui ont donné au monde une des plus belles manifestations de courage dans l'adversité.
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Sam 16 Déc 2006, 08:18

Cher Pascalou,

Je partage votre constatation.


Si bien qu'en analysant le XX° siècle, on ne peut que relire ce passage de l'Evangile:

Citation :
Matthieu 23, 29 "Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui bâtissez les sépulcres des prophètes et décorez les tombeaux des justes,
Matthieu 23, 30 tout en disant: Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang des prophètes.
Matthieu 23, 31 Ainsi, vous en témoignez contre vous-mêmes, vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes!
Matthieu 23, 32 Eh bien! vous, comblez la mesure de vos pères!
Matthieu 23, 33 "Serpents, engeance de vipères! comment pourrez-vous échapper à la condamnation de la géhenne?

Cela correspond exactement:

Citation :
Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang des prophètes.

Je traduits: "Si nous avions vécu durant la seconde guerre mondiale, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang des Juifs.

Mais ce qui me frappe le plus, c'est que ces personnes, conscientes aujourd'hui d'avoir objectivement soutenu des tyrannies communistes sanguinaires, continuent de se montrer intransigeantes dans leurs jugement avec ceux de la génération précédentes qui soutinrent des tyrannies du bord inverse.

_________________
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Sam 16 Déc 2006, 10:36

«Solidarność » et le changement de système en Europe centrale et orientale

Il y a vingt cinq ans, le 31 août 1980, le syndicat «Solidarność » est né. Toute tentative de définir ce phénomène nous montre qu’il échappe aux classifications traditionnelles. Car «Solidarność » fut en même temps: une révolution, un grand mouvement social, une insurrection nationale et aussi - tout simplement - un syndicat. Mais un syndicat unique dans l’histoire du monde qui, au moment culminant, compta plus de 9,5 millions de membres, issus de toutes les couches et de tous les groupes sociaux, donc 1 /3 des 38 millions de la population de notre pays (sans compter les enfants et les personnes âgées). «Solidarność » devenait en Pologne le garant du renouveau dans de nombreux domaines de la vie du pays, garant des réformes économiques, de l’élimination de l’injustice, du refrènement de l’illégalité et des abus commis par l’appareil du pouvoir communiste, de la restitution de la vérité dans les médias et dans l’éducation, il devint un mouvement de revendication des droits civiques et des traditions nationales.
« Solidarność » fut un mouvement pacifiste qui renonçait par principe au recours à la violence dans la solution des conflits collectifs. Il menait son activité à l’échelle de tout le pays et de toute la nation faisant appel aux principes de solidarité sociale et aux valeurs morales dans la vie publique. Etant lui-même la négation des règles du régime communiste – il porta atteinte aux fondements du communisme en Pologne, et par la suite dans l’ensemble du bloc soviétique.
« La lumière de ‘Solidarność’ jetait l’éclat sur nous tous » — constatèrent déjà en 1981 les analystes français du mouvement.
En août 2003, le texte original des 21 Revendications de Gdańsk d’août 1980 ainsi que la collection d’archives, fondée au Centre KARTA à Varsovie, «Solidarność » — naissance d’un mouvement (documents originaux d’août 1980 à décembre 1981) furent inscrits sur la liste de l’UNESCO des plus importantes collections d’archives existant dans le monde, au Registre international «Mémoire du Monde ».
Aujourd’hui, «Solidarność » est un syndicat qui intervient au nom de ses membres pour défendre leurs droits économiques et leurs droits de travailleurs.
La Pologne est un Etat démocratique qui le 1 mai 2004, à côté des six autres Etats post-communistes, devint membre de l’Union européenne, en changeant d’abord - le 1 janvier 1990 – le nom de République populaire de Pologne en République de Pologne.
La naissance de «Solidarność » fut précédée par une longue histoire de la résistance de la société polonaise au système communiste, régime imposé à la Pologne et aux autres pays de l’Europe centrale et orientale après la Seconde guerre mondiale.

Après Yalta

En février 1945, les dirigeants de la coalition antihitlérienne — le Premier ministre de la Grande-Bretagne, Winston J. Churchill, le Président des Etats-Unis, Franklin D. Roosevelt, et le dictateur de l’URSS, le généralissime Joseph Staline se sont rencontrés à Yalta en Crimée pour établir, vers la fin de la guerre, les zones d’influence en Europe. Au moment du déplacement des frontières de la Pologne et de la prise de décision sur son sort après la guerre, personne ne demanda l’avis des Polonais qui luttaient au côté des alliés sur tous les fronts (déjà en septembre 1939, la Pologne fut victime de deux agresseurs - du IIIe Reich et de l’URSS).
A Yalta, on priva les nations de l’Europe centrale et orientale – pour presque un demi-siècle – de liberté et de chance pour la démocratie, reconnaissant leur appartenance au bloc soviétique.
Le pouvoir communiste, instauré en Pologne par la force des chars soviétiques, et ensuite «légitimé » par un référendum truqué en 1946 et lors des élections en 1947, introduisit pour de longues années le régime stalinien avec sa terreur et ses mensonges. Pendant les quelques années d’après-guerre, la résistance indépendantiste fut éliminée, des milliers «d’ennemis du peuple » furent condamnés à mort ou à une prison de plusieurs années ; chaque manifestation d’indépendance fut étouffée. La société fut partagée, terrorisée et presque pacifiée.
Après la mort de Staline (en 1953), la Pologne connut l’affaissement du régime L’année 1956 apporta «le déluge d’octobre » (entre autres ce qui fut inconnu dans les autres pays du bloc soviétique : l’indépendance de l’Eglise catholique, une certaine autonomie des milieux de l’intelligentsia et des milieux créateurs, et à la campagne le maintien des exploitations agricoles individuelles). Mais il laissa vive la mémoire de Juin de Poznań lorsque la grève des ouvriers, déclenchée pour revendiquer «du pain et de la liberté », se transforma en émeutes dans les rues pendant lesquelles les deux parties du conflit se servirent des armes. (On estime qu’à Poznań au moins 63 personnes civiles et 20 soldats et membres des services de sécurité trouvèrent la mort, quelques centaines furent blessées, près de 700 arrêtées, et quelques dizaines condamnées.) « Le déluge » officiel s’était avéré très superficiel mais le cours de vie social, indépendant du pouvoir, poursuivait son existence et commençait à gagner du terrain.
La suivante révolte publique (cette fois-ci de «l’intelligentsia ») eut lieu en 1968 lorsque le gouvernement étouffa brutalement le mouvement démocratique des étudiants et mena en même temps une officielle campagne antisémite (près de 20 mille Juifs ou personnes d’origine juive quittèrent alors la Pologne subissant diverses pressions). Ces événements ont contribué cependant à la création en Pologne de la «génération’68 », active dans les années futures au sein de l’opposition contre le régime.
Dans les autres pays de la région, le désir de changer d’appartenance politique se manifestait aussi par des révoltes et par des contestations massives qui échouaient malheureusement à cause de l’intervention des forces armées soviétiques – Berlin - juin 1953, Budapest - novembre 1956, Tchécoslovaquie - août 1968. La participation, pendant l’intervention des forces du Pacte de Varsovie, des détachements polonais à la pacification de la révolution de Dubcek en 1968 resta un élément douloureux pour les relations polono-tchèco-slovaques.

L’Année 1970

Le 12 décembre 1970, les autorités polonaises annoncèrent une hausse des prix des produits alimentaires de base. Le lendemain, les Chantiers navals de Gdańsk se mirent en grève, ensuite les autres entreprises de la ville. Le manque de réaction de la part du pouvoir provoqua, le 15 décembre, une manifestation de quelques milliers de personnes dans les rues de Gdańsk. Les manifestants mirent feu au siège du Comité de voivodie du POUP. Le Ier secrétaire du POUP, Władysław Gomułka, donna l’ordre à la milice d’utiliser les armes et de faire entrer dans la ville les forces armées. L’armée et la milice tirèrent non seulement sur la foule révoltée mais aussi sur des passants qui par hasard se trouvaient sur la ligne du tir. Le 16 décembre, l’armée ouvrit le feu sur les personnes qui sortaient du portail numéro 2 des Chantiers navals de Gdańsk, le 17 décembre matin - sur les ouvriers qui se rendaient au travail aux Chantiers navals de Gdynia, le 18 décembre - à Elbląg et Szczecin... D’après les données officielles, sur le Littoral polonais 45 personnes furent tuées, 1165 blessées, près de 3 mille arrêtées.
Le nombre réel de victimes reste inconnu : les funérailles se déroulaient en cachette, les tombes disparaissaient, les familles étaient terrorisées. Les autorités voulaient à tout prix dissimuler le crime mais il laissa des traces durables dans la mémoire ; la ballade, très bien connue à l’époque, bien que diffusée en cachette, disait : « c’est le parti qui tire sur les ouvriers... ». Le parti par son nom «ouvrier ». Après les «événements de décembre », les autorités de l’Etat et du parti changèrent. Edward Gierek devint Ier secrétaire du POUP.
Ce fut cependant un trauma pour les deux parties. La mémoire des morts devint un point de repère à tous les moments d’affrontements futurs entre la société et le pouvoir. Qu’il n’ait pas eu de recours à la force en août 1980, c’est à cette mémoire que cela est dû.

Une opposition au grand jour

En juin 1976, le pouvoir essaya à nouveau d’introduire de très fortes hausses de prix (en moyenne de 70%). Cela provoqua des grèves dans plusieurs villes. Des manifestations particulièrement violentes eurent lieu dans les établissements de Radom et de Ursus. Elles furent brutalement étouffées par des unités spéciales mécanisées de la milice (ZOMO). Beaucoup de personnes (souvent accidentelles) furent arrêtées — malmenées dans les prisons (entre autres lors des «sentiers de santé » – les arrêtés étaient obligés de courir entre deux rangs de miliciens armés de matraques), ensuite jugées et condamnées à prison, à des amendes très élevées ou licenciées sans possibilité de trouver un autre emploi. Les représentants des milieux oppositionnels de l’intelligentsia qui avaient organisé simultanément une action de contestation, portaient aide juridique et financière aux opprimés.
Le 23 septembre, quatorze membres de l’opposition lancèrent un Appel à la société et aux autorités de la RPP, appel qui devint une déclaration fondatrice du Comité de défense des ouvriers (KOR) (après un an transformé en Comité d’autodéfense sociale «KOR » - KSS «KOR »). Dans cet appel furent lancées des paroles clés pour l’avenir : « Les victimes des représailles actuelles ne peuvent compter sur aucune aide ni défense des institutions crées à cet effet par exemple des syndicats dont le rôle est pitoyable. Les agences d’assistance sociale refusent aussi leur aide. Dans une telle situation, c’est la société qui doit se charger de ce rôle, la société dans l’intérêt de laquelle les opprimés ont manifesté. La société n’a pas d’autres méthodes de défense contre l’illégalité que la solidarité et l’aide réciproque ».
KOR fut le premier groupe de l’opposition démocratique qui, bien que toujours illégal, mena son activité au grand jour pour défendre les droits de l’homme (la liste de ses membres avec adresses et téléphones fut publique). Il commença à publier ses propres bulletins. Grâce aux contacts avec les journalistes étrangers et l’émigration (aussi par l’intermédiaire de la Radio Europe Libre), il transmettait des informations sur son activité à un public très vaste. Les milieux de KOR donnèrent naissance à beaucoup d’initiatives oppositionnelles en rassemblant des centaines de personnes. Un réseau d’éditions clandestines se développa en dehors du contrôle de la censure – de plus en plus de journaux et de revues, et par la suite aussi de livres furent publiés. La Société des cours scientifiques menait aussi son activité d’auto-formation. KOR inspira la création de comités fondateurs des Syndicats libres à Katowice et sur le Littoral, ainsi que des Comités d’étudiants de «Solidarność ».
KOR fut l’un des mouvements de l’opposition qui se référait aux résultats de la Conférence d’Helsinki pendant laquelle l’Union soviétique s’engagea à respecter les droits de l’homme. En mai 1976, le dissident russe Andrei Sakharov créa le Groupe moscovite d’Helsinki, en juillet 1976, KOR entama son activité et en janvier 1977, en Tchécoslovaquie, fut publiée la Charte 77.
De temps en temps, ils réussissaient à avoir des rencontres comme celle, organisée en été 1978 r., à la frontière polono-tchécoslovaque, des plus importants militants du KSS « KOR » et de la Charte 77 (entre autres de Jacek Kuron et de Vaclav Havel). En Pologne, aussi virent le jour en 1977, d’abord le Mouvement de défense des droits de l’homme et du citoyen (ROPCiO), et ensuite d’autres groupes d’opposition qui représentaient souvent des options idéologiques différentes.
On estime que, vers la fin des années soixante-dix, le nombre de personnes engagées dans l’activité oppositionnelle était de près de 500 personnes actives et, en plus, plus de 1000 personnes qui s’y associaient occasionnellement. Mais la littérature indépendante, imprimée en clandestinité, qui se répandait de plus en plus, parvenait à des milliers de personnes et influait sur le changement de l’attitude de nombreux milieux à l’égard du régime.


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Jesus Christ est mon Dieu



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Jeu 21 Déc 2006, 13:12

Jésus-Christ, roi de Pologne
Un groupe de députés catholiques polonais a déposé au Parlement un projet de résolution proclamant Jésus-Christ "roi de Pologne". Le projet a recueilli 46 signatures d'élus de la Ligue des familles polonaises (LPR), du parti Droit et Justice (PiS) des frères jumeaux Kaczynski, et du parti paysan PSL. Ses promoteurs se réfèrent à des arguments "théologiques et historiques", faisant valoir que la Vierge-Marie avait déjà été proclamée "reine de Pologne" il y a 350 ans par le roi Jean-Casimir.

Michel Janva

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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Jeu 21 Déc 2006, 14:38

Jesus Christ est mon Dieu a écrit:
Jésus-Christ, roi de Pologne
Un groupe de députés catholiques polonais a déposé au Parlement un projet de résolution proclamant Jésus-Christ "roi de Pologne". Le projet a recueilli 46 signatures d'élus de la Ligue des familles polonaises (LPR), du parti Droit et Justice (PiS) des frères jumeaux Kaczynski, et du parti paysan PSL. Ses promoteurs se réfèrent à des arguments "théologiques et historiques", faisant valoir que la Vierge-Marie avait déjà été proclamée "reine de Pologne" il y a 350 ans par le roi Jean-Casimir.

Michel Janva

http://www.lesalonbeige.blogs.com/[/quote]

Les polonais vont en prendre plein les mirettes pour leur grade de calotins superstitieux et arriérés de la part de nos médias télévisuels ou autres plus ou moins officiels, si jamais cette information est reprise par eux ce dont je doute. Quand ils le feraient, ce serait probablement avec des sourires et des commentaires exprimant la plus vive commisération ...

Voici moins de quatre siècles, en 1638 je crois, le roi de France de l'époque, Louis XIII, a de son côté très sérieusement consacré son royaume à la Vierge Marie; et ce roi qui était sans enfant en eut un, qui sera Louis XIV, le plus grand de nos rois, avant qu'il ne se laisse griser par le pouvoir et gâter par la bagatelle comme Salomon...

Combien de français savent cela? Combien rigoleraient si on le leur disait?
C'est pourtant un fait historique, établi, vérifiable dans les archives, et sans lequel cette époque est inintelligible!

Dévot de la Mère de Dieu, souverain fidèle à son épouse, sans maitresses, Louis XIII n'est pas un sujet intéressant pour notre temps d'apostasie et d'amoralité. Il n'était pour autant ni un idiot ni un pleutre: fidèle à un idéal de chevalerie pourtant passé de mode et malgré une santé fragile, il commanda ses armées sur le terrain, et eut au moins l'intelligence de garder sa vie durant à son service un des plus grands ministres qui gouvernèrent jamais la France: Richelieu.

Dans la préface au livre que lui a consacré René Laurentin, c'est un grand historien protestant (je ne sais plus son nom) qui affirme que cette consécration "engage tous les français qui se sentent concernés par elle"...

Pacalou


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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Jeu 21 Déc 2006, 15:52

Citation :
Voici moins de quatre siècles, en 1638 je crois, le roi de France de l'époque, Louis XIII, a de son côté très sérieusement consacré son royaume à la Vierge Marie; et ce roi qui était sans enfant en eut un, qui sera Louis XIV, le plus grand de nos rois, avant qu'il ne se laisse griser par le pouvoir et gâter par la bagatelle comme Salomon...

Et on peut dire que Louis VIV, par son abus de pouvoir, fut comme Salomon la source de la ruine de la royauté française et de la mort de Louis XVI.

Cela s'est souvent passé dans l'histoire: Dieu donne une grande gloire, et l'homme s'ennorgueilli et détruit tout.

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Arnaud
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Jeu 21 Déc 2006, 18:58

Mais c'est très connu, en Pologne, que Marie est reine de Pologne : c'est dans plein de cantiques à Marie et vous l'avez chanté à Częstochowa
en 90 : Maryjo Królowo Polski... :mdr:
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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Ven 22 Déc 2006, 09:02

Chantecler a écrit:
Mais c'est très connu, en Pologne, que Marie est reine de Pologne : c'est dans plein de cantiques à Marie et vous l'avez chanté à Częstochowa
en 90 : Maryjo Królowo Polski... :mdr:

Qui a chanté à Częstochowa?! Arnaud? Moi, là comme ailleurs cela ne me ferait pas de difficulté de chanter Marie-Reine!
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Ven 22 Déc 2006, 16:42

Beaucoup de Français sont alllés aux JMJ en Pologne en 90, et sont revenus en chantant ces paroles, bien connues des Polonais. Ce n'est pas un scoop pour nous que Marie soit Reine de Pologne. C'est une de ses appellations, là-bas.

Maryjo Królowo Polski,
Jestem przy Tobie,
Pamiętam o Tobie,
I czuwam na każdy czas.


Marie, Reine de Pologne,
Je suis près de toi,
Je me souviens de toi,
Je veille.

Il y a mille mélodies pour ces paroles. On les apprend au caté.

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Jonas et le signe



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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Ven 22 Déc 2006, 16:51

Chantecler a écrit:
Beaucoup de Français sont alllés aux JMJ en Pologne en 90, et sont revenus en chantant ces paroles, bien connues des Polonais. Ce n'est pas un scoop pour nous que Marie soit Reine de Pologne. C'est une de ses appellations, là-bas.

Ah, pour les polonais sans doute pas; pour moi non plus, j'avais entendu parler de cela; mais pour les français moyens complètement coupés de leur religion...:smurf:
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Ven 29 Déc 2006, 22:49

Le Pape Polonais

L’élection du cardinal Karol Wojtyła comme pape, et ensuite la visite de Jean-Paul II en Pologne en juin 1979 – avaient fait de la société polonaise atomisée, se débattant avec ses problèmes quotidiens, une société qui tout à coup sentit qu’elle formait une communauté et, plus encore, une communauté de millions. Cette société découvrit en elle-même la force spirituelle, l’expérience commune de sa propre identité, elle sentit la liberté que donne la libre expression de la volonté collective. Pendant les messes célébrées par le Pape, pour la première fois, une foule tranquille, disciplinée se rassemblait bien qu’en proie à de vives émotions – en quelque sorte contre les autorités de l’Etat dont l’idéologie lui était complètement étrangère.
La visite du Pape fit comprendre aussi bien à la société qu’au pouvoir communiste que dès lors les Polonais avaient un point d’appui en dehors des structures du régime imposé, et les paroles exprimées par le Pape le 2 juin sur la Place de la Victoire à Varsovie: « Que vienne Ton Esprit ! Et renouvelle la face de la terre. De cette terre » – se sont avérées prophétiques.

Une vague de grèves

Le pays se plongea cependant dans un chaos économique. Les hausses de prix camouflées, l’inflation de plus en plus grande, amenèrent au début de 1980 à un manque sur le marché de presque tous les produits. La tension sociale croissait de mois en mois. La hausse des prix de viande, le 1 juillet 1980, dans les cantines et dans les buffets des entreprises, fut l’étincelle qui enflamma un tonneau de poudre.
La plus importante fut la grève générale de juillet à Lublin qui embrassa 150 entreprises avec 50 mille personnes, le transport en commun, les chemins de fer. Le gouvernement commença à négocier et signa le 11 juillet un accord avec les comités de grève appelés «d’arrêt » (pour ne pas utiliser le mot qui sonnait dangereusement grève). En plus des concessions de nature sociale, il garantit aux grévistes la sécurité et s’engagea à procéder aux nouvelles élections aux conseils d’entreprise. Pour la première fois dans l’histoire d’après-guerre, un accord fut signé entre le pouvoir et les ouvriers en grève.
Les autorités s’efforçaient de maîtriser la situation dans l’immédiat en renonçant à l’introduction de nouveaux prix et en promettant des hausses minimes. Telles étaient aussi, au début «locales », les ambitions de la grève à Gdańsk bien que les concessions politiques faites à Lublin donnassent de l’espoir pour de nouvelles actions dans la lutte oppositionnelle.
La grève aux Chantiers navals Lénine de Gdańsk fut déclenchée le 14 août 1980 pour défendre Anna Walentynowicz, une ouvrière licenciée, co-organisateur du Syndicat libre (WZZ) créé en 1977. La grève fut lancée par Bogdan Borusewicz du KOR et du WZZ avec trois jeunes ouvriers du chantier ainsi qu’avec un militant gréviste de 1970 et membre du WZZ illégal, lui aussi licencié — Lech Wałęsa. Le lendemain, les grèves s’étendirent aux autres chantiers, aux ports et aux autres entreprises de la ville.
Le 16 août, le compromis fut atteint aussi au sujet de la hausse des prix et du supplément pour les travailleurs des chantiers en raison de cette hausse – la majorité des membres du comité de grève, ayant constaté que leur objectif fut atteint, demanda aux ouvriers de quitter le terrain du chantier. Un moment les séparait de la fin de la grève sans concessions à caractère plus général, politique, qui donneraient des garanties aux autres entreprises en grève. Sous la pression des représentants des plus petites entreprises qui étaient venus au chantier pour soutenir les grévistes, la décision fut prise de rester et de continuer une grève de solidarité.

Une grève au nom de tous

La nuit du 16 au 17 août, il ne resta dans le grand chantier naval que près de mille grévistes. Ils pouvaient devenir un objet facile de pacification mais les autorités ne se sont pas décidées à résoudre le problème par force — plus tard ce serait déjà beaucoup plus difficile.
Au cours de cette nuit, le Comité de grève inter-entreprises (MKS) se constitua. Il formula la liste des 21 revendications, et parmi elles sept politiques. La plus importante fut la première – la création d’un syndicat indépendant du parti, et en outre – la garantie du droit à la grève, le respect de la liberté de la parole, la libération des prisonniers politiques et des démarches qui permettraient au pays de sortir de la crise. Les 21 revendications de Gdańsk sont devenues pendant quelques jours le décalogue du pays révolté, en grève.
Le 18 août, la grève générale commença à Szczecin. Là-bas aussi on forma un Comité de grève inter-entreprises qui présenta de semblables revendications.
Chaque jour de nouvelles entreprises s’associaient au MKS de Gdańsk. Le 21 août, leur nombre atteignit 350. Vers la fin d’août, la vague de grèves embrassa la Haute Silésie. A la fin d’août, plus de 700 mille personnes de 700 entreprises dans plus de la moitié des 49 voivodies furent en grève.
Aux Chantiers navals de Gdansk – outre les nombreuses personnes qui soutenaient cette contestation (journalistes ou artistes – venus aussi de l’étranger) arrivaient les intellectuels de l’opposition, issus principalement de la Société indépendante des cours scientifiques pour créer une commission d’experts, et parmi eux Tadeusz Mazowiecki et Bronislaw Geremek.
Le sentiment de force et de communauté ne cessait de croître. Jamais encore en Pologne d’après-guerre, les manifestations n’avaient atteint une telle envergure ni, ce qui est plus important encore, une telle solidarité. Les grévistes étaient tout le temps accompagnés par la foule qui se rassemblait devant le chantier – devenant ainsi un garant supplémentaire de leur sécurité. Les gens allaient devant le chantier comme ils le faisaient, il y a un an, pour rencontrer le Pape – manifestant leur appartenance à la communauté.
Inspiré par cette unité collective, le plasticien Jerzy Janiszewski fit le projet de l’emblème de «Solidarność », reconnu avec le temps dans le monde entier: « L’idée partait de la similitude suivante: comme les hommes dans une foule serrée où l’un soutient solidairement l’autre [...], les lettres de ce mot devraient soutenir l’une l’autre. J’ai encore ajouté le drapeau car je me rendais compte que la cause ne concernait plus uniquement notre milieu mais qu’elle était devenue universelle ».
Le 23 août, aux Chantiers navals de Gdańsk, les ouvriers et les représentants des autorités se trouvèrent face à face. Pour les représentants du gouvernement, ces entretiens furent un choc. Voilà que les ouvriers, traités comme objets par le «pouvoir ouvrier » communiste, sont devenus leurs adversaires.
Face à la menace de l’extension de la grève, les autorités ont décidé d’accepter les revendications: le 30 août les accords furent signés à Szczecin, le 31 août à Gdańsk et trois jours plus tard avec les mineurs de Jastrzębie. L’accord de Gdańsk était fondamental vu l’importance des concertations et le rôle futur du centre de Gdańsk.
Lech Wałęsa, au moment du succès, le 31 août 1980, dit : « Avons-nous atteint tout ce que nous voulions, tout ce que nous désirons, et ce à quoi nous rêvons ? Non, pas tout mais nous savons tous que nous avons obtenu beaucoup. Le reste, nous l’obtiendrons aussi car nous avons la chose la plus importante : notre syndicat indépendant, autogéré ».
Ce fut la première brèche institutionnelle ouverte dans le bloc communiste. Le système qui semblait inébranlable fut mis en cause. L’échelle de la contestation surprit les autorités en Pologne et le Kremlin – les communistes de Moscou ne se sont pas décidés à intervenir militairement en Pologne, considérant qu’une telle action serait trop risquée. Il s’est avéré combien forte est la solidarité sociale.

Un syndicat national

Dès le début de septembre 1980, dans tout le pays, les MKS respectifs se sont transformés en Comités inter-entreprises fondateurs des syndicats libres. Par la suite, on créa des comités (malgré le pouvoir qui voulait bloquer ce processus) aussi là où les accords n’étaient pas signés. Les accords d’août sont devenus, à partir de 11 septembre, le fondement pour la création de nouveaux syndicats dans l’ensemble du pays.
Le 17 septembre, à Gdańsk, au congrès des représentants de plus de 20 Comités inter-entreprises, la décision fut prise de fonder une organisation unique à portée nationale – le Syndicat indépendant et autogéré (NSZZ) «Solidarność » , et le nombre déclaré d’adhérents était déjà à l’époque 3 millions de personnes. Dans ses rangs se sont trouvés les ouvriers et les employés - des personnes de presque toutes les professions ; ensuite le mouvement - bien que sous forme organisationnelle distincte - embrassa aussi d’autres groupes sociaux: étudiants, agriculteurs.
La Commission nationale d’entente fut constituée sous la présidence de Lech Wałęsa et en sont devenus membres entre autres : Andrzej Gwiazda, Marian Jurczyk, Bogdan Lis, Andrzej Słowik, Zbigniew Bujak, Patrycjusz Kosmowski, Antoni Kopaczewski i Andrzej Rozpłochowski.
La première période de l’activité légale de «Solidarność » fut appelée «carnaval de liberté ». Le monopole de la propagande du pouvoir fut sapé efficacement par les centaines de bulletins syndicaux, diffusés dans toutes les régions, par les agences d’information du Syndicat et par l’hebdomadaire «Tygodnik Solidarność » publié officiellement en 1981 à un tirage de 500 mille exemplaires. Tadeusz Mazowiecki en fut le rédacteur en chef. Seule la télévision resta le dernier «fronton » de la propagande du pouvoir.
Mais cette organisation ou réorganisation de la vie sociale et cette «fête » furent accompagnées par des tensions politiques croissantes et par des difficultés économiques de plus en plus grandes, surtout celles d’approvisionnement. Après la période spontanée de constitution et d’enregistrement du Syndicat, après les tensions liées aux tentatives de manipuler son statut, vint une crise violente dans les rapports entre la société et le pouvoir qui bloquait les changements démocratiques. De nombreuses grèves éclataient à portée parfois locale ou plus étendue, même nationale, provoquées par le non respect des accords d’août, par le manque d’autorisation pour l’enregistrement du Syndicat des Agriculteurs «Solidarność » ou de l’Union indépendante des Etudiants.
Les sentiments sociaux devenaient de plus en plus radicaux. Le pouvoir ne cessait de provoquer de nouveaux conflits. L’une des plus graves provocations eut lieu à Bydgoszcz où, en mars 1981, les militants syndicalistes, dont entre autres Jan Rulewski, furent sérieusement malmenés par la milice. Prenant leur défense, le Syndicat tout entier organisa solidairement une grève d’avertissement de quatre heures et au fait tout le pays fut immobilisé – ce fut une manifestation de la grande force de «Solidarność ». Le pays se trouva au bord de la grève générale que tous craignaient vu la probabilité de l’intervention militaire soviétique. Le compromis atteint à l’époque avec le pouvoir (et la révocation de la grève) diminua la force de pression sur le pouvoir – aussi bien celle du Syndicat « Solidarność » que de la société qui le soutenait.

Un Appel aux travailleurs de l’Europe de l’Est

Le Ier Congrès du NSZZ «Solidarność » fut convoqué en septembre 1981 - il fut précédé par les premières élections démocratiques des délégués en Pologne d’après-guerre. L’Appel aux travailleurs de l’Europe de l’Est devint l’un des plus importants documents de ce Congrès :
« Les délégués rassemblés à Gdańsk au Ier Congrès de „S” transmettent aux ouvriers d’Albanie, de Bulgarie, de Tchécoslovaquie, de RDA, de Roumanie, de Hongrie et à toutes les nations de l’Union soviétique leurs salutations et leur soutien. En tant que premier syndicat indépendant dans notre histoire d’après-guerre – nous sentons profondément la communauté de notre destin. Nous vous assurons que malgré les mensonges propagés dans vos pays, nous sommes une authentique organisation rassemblant 10 millions de travailleurs, née à l’issue des grèves ouvrières. Notre objectif est de lutter pour améliorer l’existence de tous les travailleurs. Nous soutenons ceux d’entre vous qui ont décidé d’emprunter la difficile voie de la lutte pour des syndicats libres [...]. »
Ce document éveilla des controverses en tant que «non politique », appelant à la révolte dans l’ensemble du bloc communiste et par cela «dangereux ». Mais cet Appel devint surtout un geste symbolique d’ouverture aux autres nations de la zone d’influence soviétique, «de la volonté de partager » la liberté conquise, une annonce de la voie commune. Au Kremlin, ce document éveilla une véritable fureur — Leonid Brejnev téléphona au Ier secrétaire du POUP, Stanisław Kania, et, vu l’Appel, il exigea l’introduction en Pologne de l’état de siège. Dans les grands établissements de travail soviétiques, les «collectifs ouvriers » organisèrent des manifestations orageuses et condamnèrent dans leurs résolutions « Solidarność ».
Tout au long de ce carnaval de «Solidarność » qui dura 16 mois, les partis communistes dans les «pays frères » se protégeaient contre son influence, en y voyant une menace mortelle pour leur pouvoir. Les communistes allemands, craignant que la peste de «Solidarność » ne se propage, fermèrent, déjà en octobre 1980, par décision unilatérale, la frontière avec la Pologne, ouverte jusqu’alors pour une circulation sans visas.


Dernière édition par le Dim 31 Déc 2006, 19:45, édité 1 fois
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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Lun 01 Jan 2007, 15:48

La contre-révolution — le pouvoir contre la société

La création d’une grande organisation sociale indépendante, telle que « Solidarność », fut tout à fait contraire à la nature même du régime communiste. Les tendances à restituer le monopole du pouvoir dominaient au sein de la direction du POUP qui subissait des pressions des autres régimes des pays communistes voisins et craignait la menace de l’intervention soviétique.
Les plans d’affaiblir ou de diviser «Solidarność » se sont avérés dans les années 1980–81 peu réalistes. Ils avaient donc comme alternative la préparation de l’état de siège ce que l’on faisait en secret presque dès le jour de la signature des Accords d’août, à partir de septembre 1980.
Déjà au cours de la grève, en août 1980, l’état-major du Ministère des Affaires intérieures élabora un plan de pacification des Chantiers navals. Mais la direction du parti voulut éviter l’effusion de sang – la mémoire des événements de Décembre 70 restait toujours vive.
Une commission soviétique spéciale pour les affaires de la Pologne, dite Commission de Souslov, préparait aussi un plan d’intervention militaire - le 29 août quatre divisions devaient être prêtes à agir. Engagés dans la guerre en Afghanistan, incertains de l’attitude de l’armée polonaise, mais sûrs de la détermination de la résistance de la société polonaise et de la condamnation de l’Occident, les dirigeants soviétiques ne se sont pas décidés à ouvrir un «deuxième front ».
D’autre part, le 8 décembre 1980, les forces armées du Pacte de Varsovie étaient prêtes à intervenir en Pologne — 18 divisions de l’URSS, de la RDA et de la Tchécoslovaquie se trouvaient à la frontière. La décision de renoncer à cette action fut prise à la dernière minute, considérant que le moment n’était pas propice pour procéder à une attaque (entre autres après la mise en garde univoque du président des Etats-Unis, Jimmy Carter). Plus tard, les Soviétiques menaçaient souvent d’intervenir. On le craignait en Pologne et cette menace devenait souvent un argument contre la radicalisation des revendications par le Syndicat. (D’où la définition du phénomène: « une révolution auto-restrictive »).
Au cours de l’année 1981, les Soviétiques constataient de plus en plus clairement qu’ils ne voulaient pas intervenir en Pologne, que l’ordre devait être instauré par les camarades polonais eux-mêmes.
Les communistes polonais ne pouvaient pas savoir que le 10 décembre 1981, trois jours avant l’instauration de l’état de siège, pendant la session du Bureau politique du PCUS, Youri Andropov avait dit : « Nous n’envisageons pas d’intervention militaire en Pologne. C’est une position juste et nous devrions nous en tenir jusqu’à la fin. Je ne sais pas comment le problème sera tranché mais même si la Pologne se trouve sous le pouvoir de «Solidarność», ce ne sera qu’une chose. [...] Nous devons prendre soin de notre pays ».
L’Union soviétique admettant l’existence de la Pologne de «Solidarność » perdait la force de puissance globale. Mais en Pologne ni la société ni le pouvoir agissant au nom de cette puissance ne le savaient pas.

L’état de siège

Le 13 décembre 1981, le général Wojciech Jaruzelski, qui se trouvait à la tête du pouvoir, décréta en Pologne l’état de siège. Des blindés de transport, l’armée et les ZOMO (unités spéciales mécanisées de la Milice) sortirent dans les rues, toutes les liaisons téléphoniques furent coupées. La structure de l’Etat fut militarisée. Entre autres, l’activité de toutes les organisations, associations et syndicats fut suspendue, un dispositif de justice sommaire introduit, le couvre-feu instauré.
La première nuit du 12 au 13 décembre, la majorité des dirigeants de «Solidarność », les militants des entreprises reconnues comme particulièrement importantes, les intellectuels qui soutenaient le mouvement, furent internés (officiellement plus de cinq mille personnes furent arrêtées, mais avec le temps leur nombre devint plus important; en décembre 1982 – malgré les libérations – on nota plus de 10 mille internés).
« Solidarność » se laissa surprendre- le syndicat ne se préparait pas à une résistance physique, armée; il fut perplexe face aux forces militaires utilisées par l’Etat.
Et pourtant, dès les premiers moments de l’état de siège, la résistance naissait, résistance qui d’abord prit une forme de grèves d’occupation. Mais les forces unies de la milice et de l’armée pacifiaient brutalement les entreprises successives en grève. En Silésie, la milice tira contre les mineurs qui défendaient la mine de charbon «Wujek » à Katowice (il y avait 3 mille grévistes) – neuf morts telles furent les premières victimes mortelles de «l’instauration militaire de l’ordre ». (Au total, 115 morts - victimes directes de l’état du siège)
Organisées plus tard dans les rues, les manifestations contre l’état de siège rencontraient la même réponse brutale — dispersées par la milice qui utilisait les gaz lacrymogènes, des canons à eau, des matraques.
Le décret sur l’état de siège permit d’introduire des règles juridiques qui servaient de base pour arrêter et condamner des milliers de personnes. Durant l’état de siège formel – jusqu’à 22 juin 1983, presque 12 mille personnes furent condamnées. Les arrestations se poursuivaient toujours jusqu’à l’automne 1986.
Bien que délégitimé, le syndicat continua pendant sept ans son activité clandestine.


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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Mar 16 Jan 2007, 12:04

La liberté en clandestinité

Au début de l’état de siège, vu l’impossibilité totale de communiquer (entre autres les liaisons téléphoniques coupées, l’interdiction de quitter les villes sans laissez-passer spéciaux, la fermeture de toutes les rédactions de journaux sauf deux de propagande du parti), «la parole libre » devint une marchandise des plus recherchées - presque partout d’abord des réseaux de collecte et de transfert des informations furent organisés. C’était le noyau de la «société clandestine » — comme l’a défini l’un des dirigeants de « Solidarnośc » renaissante.
Déjà en avril 1982, la Commission provisoire de coordination – direction nationale de «Solidarność » se constitua. Elle se composait de dirigeants des régions les plus grandes et les mieux organisées en clandestinité, de ceux qui réussirent à éviter l’internement et l’arrestation — Władysław Frasyniuk, Zbigniew Bujak, Władysław Hardek et Bogdan Lis. Ils avaient pour objectif de mener des actions visant la levée de l’état de siège, la libération de tous les internés et arrêtés ainsi que la restitution en droit de NSZZ « Solidarność ».
L’un de leurs plus grands objectifs à cette époque fut la préparation à la confrontation avec le pouvoir le 31 août 1982, date du deuxième anniversaire de la signature des Accords de Gdańsk (des rumeurs commencèrent à circuler que «Solidarność » s’armait). Dans 66 localités de Pologne, on organisa des manifestations auxquelles prirent part quelques dizaines de milliers de personnes. Dans de nombreuses villes, des confrontations eurent lieu, des centaines de personnes furent blessées, à Lubin la milice utilisa des munitions de tir réel — cinq personnes furent tuées. Ce fut la preuve d’une part de l’intransigeance du pouvoir communiste et de l’autre - de la détermination de la société dans sa lutte contre ce pouvoir et en somme le manque de perspectives pour un rapide changement de situation. Les structures de «Solidarność » devenaient de plus en plus certaines qu’il fallait se préparer à une «longue marche ».
« Solidarność » clandestin, ce ne fut pas seulement une activité à caractère politique, mais aussi une culture et une éducation indépendantes, et surtout un réseau des éditions clandestines, indépendant du pouvoir, car créé en dehors du contrôle de la censure. Il se développa à une échelle jamais et nulle part encore connue malgré les arrestations et les condamnations non seulement des éditeurs, des imprimeurs mais aussi des colporteurs des «samizdats ». Le plus important journal clandestin, publié pendant l’état de siège, l’hebdomadaire «Tygodnik Mazowsze », atteignait un tirage de 80 mille exemplaires. Durant la période de l’opposition organisée, dans les années 1976–90 (jusqu’au moment de l’abolition de la censure), mais principalement après l’instauration de l’état de siège, le 13 décembre 1981, en Pologne virent le jour près de 5000 titres de tracts, de bulletins, de journaux et de revues publiés en clandestinité et près de 7000 titres de livres et de brochures. On estime que près de 100 mille personnes avaient un contact permanent avec ces publications, et un contact sporadique — de 200 à 250 mille.
Pendant toutes ces années, des expositions, des conférences, des concerts et même des spectacles de théâtres indépendants furent organisés d’habitude dans les salles près des églises, mais aussi dans des appartements privés. Cette activité était dans une certaine mesure coordonnée et financée par divers comités sociaux, et par la suite, par «le ministère clandestin de l’intelligentsia » — OKNo (éducation, culture, science), créé en 1983.

L’aide de l’Occident

De l’importance de la Pologne du temps de «Solidarność », considérée comme une île de liberté dans le bloc soviétique, témoigne la réaction du monde au moment de l’instauration de l’état de siège. La solidarité internationale des pays démocratiques avec la Pologne dépourvue de liberté surmontait les frontières établies par les communistes.
La France, l’Allemagne, la Suède, la Grande-Bretagne, l’Autriche, les Etats-Unis et beaucoup d’autres pays réagirent à l’état de siège et aux représailles contre «Solidarność » en offrant à la société polonaise un soutien moral et matériel à une échelle jusqu’alors inconnue. Tout de suite après l’instauration de l’état de siège, les syndicats en France et dans les autres pays organisèrent des collectes publiques d’argent et l’envoi de colis. Plus tard, à cette aide s’associèrent - la Confédération internationale des syndicats libres et la Confédération mondiale du Travail.
L’Occident envoyait en Pologne des transports avec l’aide humanitaire (nourriture et médicaments) – parfois énormes, composés de quelques dizaines de gros poids lourd. L’aide technique pour l’opposition polonaise fut aussi trafiquée – encre d’imprimerie, matrices, photocopieurs, reproductrices, et même des machines d’imprimerie.
Pour les dirigeants communistes en Pologne, cette énorme aide octroyée à «Solidarność » fut en même temps une preuve que leurs actions n’auraient pas de soutien international. Ce fut au fait l’annonce de leur isolement presque total par l’Occident.

La dernière attaque du système

Les fonctionnaires communistes polonais attaquèrent la société polonaise au nom de l’empire – de l’URSS. Ils n’avaient pas gagné, cette attaque, bien que militairement réussie, signifiait la défaite définitive — sociale et économique — du système. Les années successives de «l’état de siège » (1981–1988), qui paralysait la Pologne, n’avaient pas redonné au pouvoir l’efficacité d’action. La mémoire des 10 millions de membres de «Solidarność » freinait aussi ses actions répressives.
L’expérience avec «Solidarność » fut certainement pour Moscou une impulsion pour la politique de la Perestroïka, d’après laquelle il ne fut plus possible de diriger les nations recourant uniquement aux méthodes de la terreur. Le cours dur envers les adversaires du système, de plus en plus nombreux aussi bien en URSS que dans les autres pays du bloc soviétique, ne parvenait pas à changer l’état désastreux de l’économie, et détériorait en même temps la situation internationale. On commença à chercher d’autres solutions.
En 1985, avec l’arrivée au pouvoir à Kremlin de Mikhaïl Gorbatchev, apparut le mot d’ordre de transformation du système. L’empire soviétique, plongé dans une crise profonde, devait être sauvé par la politique des réformes économiques et par une certaine libéralisation. Mais la Perestroïka n’a pas donné les effets escomptés — en 1988 l’empire commença à s’effondre, les républiques baltes menaient déjà une lutte ouverte pour l’indépendance. Les dirigeants des Etats «frères » commençaient à perdre le soutien de l’Union soviétique pour leurs luttes internes contre leurs sociétés.

Le retour de «Solidarność »

Le premier signe des changements en Pologne dans les rapports pouvoir-opposition, ce fut la libération de tous les prisonniers politiques à la mi-septembre 1986. En réponse, Lech Wałęsa et un groupe d’intellectuels adressèrent au président des Etats-Unis un appel demandant la levée des sanctions économiques imposées à la RPP (octobre 1986). Ce fut le premier signe que l’opposition était disposée à négocier avec le pouvoir.
Le 29 septembre 1986, vit le jour le Conseil provisoire de «Solidarność » qui avec Lech Wałęsa à sa tête mena son activité au grand jour en tant que direction du Syndicat qui restait toujours illégal. D’autres structures du syndicat clandestin «Solidarność » se manifestèrent dans diverses régions. Le processus de la relégalisation de «Solidarność », lent, très difficile et éveillant beaucoup de controverses parmi ses militants mêmes, commença.
En 1988, la vague de grèves revint soudain. D’abord, en mai, les grèves non seulement n’embrassèrent pas un grand nombre d’entreprises, mais elles furent, malgré les tendances de conciliation, vite et brutalement pacifiées (à Nowa Huta on malmena quelques dizaines de personnes, on arrêta le Comité de grève). En août, elles embrassèrent cependant les mines en Silésie, les Chantiers navals de Gdańsk et beaucoup d’entreprises dans plusieurs voivodies. Cela avait l’air d’une répétition d’août 80.
Les autorités ont exprimé leur disposition à négocier — le 31 août une rencontre avec Wałęsa eut lieu. Commença la préparation des entretiens généraux entre le gouvernement et l’opposition à la «table ronde ».

Le changement négocié du système

Les débats de la Table Ronde polonaise duraient à partir du 6 février au 5 avril 1989. Y prirent part 230 représentants de l’opposition, principalement issus des milieux de «Solidarność », convoqués par Lech Wałęsa. Y fut négocié le nouvel enregistrement du NSZZ «Solidarność ». Y fut concerté un paquet de réformes politiques, parmi lesquelles le plus important - le droit à 1/3 de sièges à la Diète à l’issue des élections libres et les élections libres au Sénat restitué. Les candidats de l’opposition obtinrent la garantie de pouvoir mener une campagne électorale et de fonder un journal lié à «Solidarność » («Gazeta Wyborcza »).
Les élections au Parlement, en juin 1989, apportèrent aux communistes une défaite écrasante. Pour la première fois en Pologne d’après-guerre, la société fut autorisée à participer au pouvoir. Les candidats de «Solidarność » gagnèrent 160 sièges à la Diète (presque tous les mandats qu’ils avaient le droit d’avoir) et 99 sièges sur 100 au Sénat.
Ce résultat des élections signifiait en Pologne la fin du communisme — la création du premier gouvernement non communiste au sein du bloc soviétique, la levée de la censure, l’entrée sur la voie de la construction de la démocratie.

La fin de « Yalta »

En 1989, lorsque l’autorisation soviétique pour des changements très profonds, négociés à la Table Ronde polonaise, devint évidente, vint le tour de la Hongrie où le pouvoir et l’opposition se sont mis aussi à table de négociation. Les autres sociétés de l’Europe centrale et orientale : la RDA, la Tchécoslovaquie, les républiques baltes, dénonçaient à leur tour l’obéissance au pouvoir communiste...
Pendant «la révolution de velours » à Prague, l’historien Timothy Garton Ash dit à Vaclav Havel : « En Pologne cela dura 10 ans, en Hongrie 10 mois, en RDA 10 semaines, peut-être en Tchécoslovaquie cela ne prendra que 10 jours? ».
Entre août 1980 et novembre 1989, la plus grande révolution pacifique en Europe d’après-guerre eut lieu - entre la porte des Chantiers navals de Gdańsk et la Porte de Brandebourg à Berlin. Comme conséquence du processus initié par « Solidarność », «tomba » le mur de Berlin — symbole du partage de l’Europe après Yalta. La solidarité sociale est devenue force motrice des changements intervenus.
Les événements de l’Automne des Peuples de 1989 rappelaient très peu le «temps des négociations » en Pologne au tournant des années 1988/89, ils se referaient plutôt à l’explosion d’août 80, tous aussi (à l’exception de la Roumanie) – furent des révolutions pacifiques.
Le changement, qui s’effectua dans les années 80 et 90 au sein du bloc soviétique, confirma l’importance qu’avaient pour l’histoire de l’Europe les journées de cet Août 80 polonais. D’une part, elles ont freiné l’agressivité du système, et de l’autre – elles ont éveillé l’imagination sociale, renforcé le courage. Et bien que les divisions armées ne fussent présentes que d’un côté, deux forces se sont affrontées. Plus longue était l’attente d’une attaque, plus importante devenait l’attitude des masses sans défense.
L’Union soviétique s’effondra. De nouveaux Etats indépendants virent le jour : la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, l’Ukraine...
En octobre 1992, les dernières divisions de l’Armée soviétique qui stationnaient à Świnoujście quittèrent le territoire de la République de Pologne.
Mais le système soviétique survécut sous diverses formes dans une partie de l’ancien empire. La vague de liberté apparaissait cependant ici aussi, elle se soulevait même en Russie mais retombait. En Biélorussie, elle avéra d’une faiblesse exceptionnelle. Mais elle ne disparut nulle part.
La victoire de la révolution orange en Ukraine où la détermination de la foule qui rassembla de milliers de personnes dans les rues, soutenue solidairement par des personnes venues des autres pays, y compris le soutien fort et nombreux venu de Pologne, rappelait ce climat polonais de l’époque de solidarité de l’année 1980. C’est un succès de plus du refus collectif, pacifique – c’est la preuve que le désir de liberté ne se laissera pas étouffer dans aucune des sociétés.

Alicja Wancerz-Gluza (Centre KARTA)


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Chantecl
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MessageSujet: Re: POLOGNE : génocide polonais et résistance   Sam 20 Jan 2007, 16:24

Pilsudzki et l'action politique de la Pologne dans les années 30 :

Assistant à la montée de deux totalitarismes criminels, soviétique, puis nazi en Europe, Pilsudski a tenté dès 1933 de prévenir la catastrophe qu’il percevait clairement. Pragmatique, préoccupé par son pays et par l’Europe, l’homme d’Etat polonais avait essayé, dès Rapallo, Locarno, la montée en puissance de la Russie et de l’Allemagne, de prévenir les dirigeants des démocraties occidentales, ses alliés, et de les faire réagir. Ce fut sa quatrième grande idée, qui ne put être réalisée, de « guerre préventive » contre Hitler et le parti nazi à leur avènement au pouvoir à Berlin. Si Paris avait suivi Varsovie, cela aurait-il épargné la tragédie de la guerre, et donc de la Shoah.

Lorsque Paris et Londres firent la sourde oreille, alors seulement Pilsudski décida de mettre la Pologne à l’abri en concluant des accords de non-agression avec l’URSS et l’Allemagne. A l’époque, Pilsudski était déchiré, car il ne voyait pour la Pologne de bonne alliance qu’avec la France. Mais, celle-ci avait refusé l’action préventive et s’affaiblissait dans l’arène internationale, dominée par la diplomatie allemande de la force et celle de la SDN, toute tournée vers la « conciliation ». Une conciliation impossible avec l’idéologue du « Mein Kampf » aux visées agressives, destructrices et criminogènes.

Cela générait des incohérences : « Il faut que les Etats soient substantiellement désarmés pour que les sentences arbitrales s’imposent, pour que les sanctions politiques contraignent… », dira Léon Blum à la SDN en juillet 1935, mais Yvon Delbos avait dit en juin que les sanctions militaires en cas d’agression ne seraient obligatoires « que pour les Etats directement intéressés au conflit en vertu de leur situation politique, ou géographique, les autres Etats sociétaires n’étant tenus qu’aux sanctions d’ordre économique ou financier ». (cf. Pierre Brossolette, « Conception française du « règlement général » de la paix en Europe » in Politique étrangère, n°1, février 1937, Paris). Belle assurance pour les pays agressés, au préalable désarmés ! Belle assurance pour la Pologne ! Les Français, dans des entretiens officieux, expliquaient aux Polonais que leurs armées ne se battraient pas pour « je ne sais quel couloir polonais », avis partagé par plusieurs éminents politiques et hommes d’Etat de la France. (Cf. Piotr Wandycz, « Trzy dokumenty » (Trois documents), in Zeszyty Historyczne, Paris, 1963)

Voilà pourquoi Pilsudski craignait tant , avant sa mort, le 12 mai 1935, l’inaction de la France. Il craignait, non seulement pour la Pologne, mais aussi pour la France une guerre avec l’Allemagne. Car, disait-il, « la France ne gagnera pas cette guerre », puisqu’elle avait permis la montée d’un régime fou qui réarma l’Allemagne et, déjà après la mort de Pilsudski, occupa la zone démilitarisée de la Rhénanie, sans que la France ne bougeât, en dépit, une fois de plus, de l’assurance officielle de l’appui polonais. (cf. Alexandra Viatteau, « L’Apport de la Pologne aux 20 ans de paix entre les deux guerres, 1919-1939 » , op. cit.).

Léon Blum donne raison à Pilsudski après la guerre

On juge les grands esprits politiques sur leur capacité de prévision et de décision au moment opportun. Pilsudski avait sans doute eu raison de proposer en 1933 la « guerre préventive » contre Hitler. Après la Seconde Guerre mondiale des Français lui donnèrent raison : « Il semble qu’il (Pilsudski) ait compris qu’il fallait étouffer ce danger (nazi), l’écraser dans l’œuf avant qu’il ne devînt trop redoutable, et qu’il ait voulu , en créant de toutes pièces un incident (le 13 mars 1933 à Gdansk - AV) éprouver l’esprit politique et la résolution des alliés » ( Cf. Ibidem et A. François-Poncet, « Souvenirs d’une ambassade à Berlin, septembre 1931-octobre 1938 », Paris, 1946).

On retrouve le même hommage dans la déposition de Léon Blum : « A mon avis, il existait un moyen peut-être unique de prévenir la guerre de 1939. Ce moyen consistait à pratiquer, dès la prise de pouvoir par Hitler, une opération préventive… Je pense aujourd’hui, en mon âme et conscience, que l’Angleterre et la France, la Pologne se joignant à elles, auraient pu et dû pratiquer une opération dès 1933… Si nous avions, à cette époque, les autres partis socialistes et nous, que l’on traitait chaque jour comme des pacifistes bêlants et parfois comme les avocats de l’Allemagne, si nous avions proposé d’interdire par la force l’installation en Allemagne du gouvernement nazi, je crois que nous aurions pu entraîner avec nous l’opinion publique de la majorité des Parlements » .

La proposition d’une opération préventive franco-polonaise avait été faite secrètement par plusieurs canaux officieux et officiels à la fois. La réponse de la France fut que la convention franco-polonaise était défensive et non offensive, et que la société française ne tolérerait pas d’action franco-polonaise contre Monsieur Hitler. En quoi devait consister l’action ? Pilsudski prend trois initiatives simultanées :

1) Il concentre des troupes polonaises en Poméranie et autour de la Prusse orientale ;

2) Il demande qu’une commission internationale examine l’état des armements secrets allemands, réalisés en infraction au Traité de Versailles ;

3) Il suggère qu’en cas de refus de l’Allemagne d’autoriser l’examen de son potentiel militaire, l’armée française occupe la Rhénanie et l’armée polonaise la Prusse orientale et la Silésie.

C’est cela que l’on appelle la « guerre préventive ».

Jean Sikora, Joseph Pilsudski (1867-1935) La Pologne: survivre pour exister
Editions Bellona, Varsovie, Prix: 18,50 €, port compris.

La période de l'entre deux guerres où après 123 ans de servitude, la nation polonaise a retrouvé son indépendance, est présentée à travers l'homme dont la forte personnalité a totalement dominé la période en cause: Joseph Pilsudski. Le récit permet de mesurer toute la place que ce personnage-clé a occupée dans la vie politique de la Pologne ressuscitée, de 1918 à 1935, que ce soit comme chef de l'Etat, comme Premier Ministre, comme inspecteur général des forces armées, ou même président démissionnaire entre 1921 et 1926. Figure de la résistance du peuple polonais aux trois puissances occupantes, tour à tour, il est déporté en Sibérie par la police du Tsar, chef des légions luttant contre les Russes au tout début de la première guerre mondiale, puis interné par les Allemands à Magdebourg jusqu'au 11 novembre 1918. Auteur, en 1920, d'une victoire mémorable sur l'armée rouge qui était sur le point de s'emparer de Varsovie, le futur maréchal Pilsudski a rendu à la nation polonaise des services comparables, à certains égards, à ceux que le général de Gaulle a rendus, vingt ans plus tard, à la France. Après avoir été, dans sa jeunesse, un lecteur assidu de Karl Marx et avoir dirigé le parti socialiste polonais, il a prôné l'union nationale et devant l'instabilité et la faiblesse du régime parlementaire, il s'est retiré de la vie politique pour y revenir, en 1926, à la tête de ses fidèles légionnaires, mais au prix d'affrontements sanglants avec les forces gouvernementales. Ce coup d'Etat a été suivi de mesures répressives et d'une dictature de fait qui, dans l'esprit du maréchal, devait permettre à son pays de mieux faire face aux menaces extérieures, principalement soviétique.

J.S.

Fils d'un combattant de l'armée polonaise créée en France en 1940, ancien professeur formateur, déjà auteur de l'ouvrage La Pologne de 960 à 1947, Jean Sikora était particulièrement motivé et qualifié pour entreprendre et mener à bien cette étude. (Je me sers de ce livre pour le fil Histoire de la Pologne. )

Contact avec l'auteur: jean.sikora@libertysurf.fr
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