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 Notre Histoire avec Marie

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Violette7
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MessageSujet: Notre Histoire avec Marie   Sam 06 Jan 2018, 11:15

1809

Notre Dame de Prompt  Secours, patronne principale de Louisiane




Le 8 janvier, nous célébrons une date très importante : celle de la solennité de Notre-Dame de Prompt Secours... Notre Dame « pour une aide rapide » ! Cette dévotion qui naquit à La Nouvelle-Orléans au début du XIXe siècle prend son origine dans la confiance d’une Sœur Ursuline française pour la Sainte Vierge, qui accorda à la religieuse une aide « rapide et favorable ».

Mary Lee Berner HarrisConservatrice au musée et aux archives du couvent des Ursulines, La Nouvelle-Orléans



Quelques éléments historiques.

Fondée en 1682 par l’explorateur Robert Cavelier de La Salle, la Louisiane (appelée ainsi en l’honneur du roi Louis XIV) fut une colonie française pendant plusieurs décennies, au centre-sud des États-Unis actuels. En 1762, à la fin de la guerre de Sept Ans, elle était abandonnée par la France à l’Espagne. Les Sœurs Ursulines étaient présentes dans la ville de La Nouvelle-Orléans depuis trois-quarts de siècle, quand, par le traité secret de San Ildefonso, en 1800, l'Espagne céda de nouveau le territoire de la Louisiane à la France de Napoléon Bonaparte. Les religieuses Ursulines espagnoles, craignant la domination française et encouragées par les ecclésiastiques espagnols, partirent pour Cuba établir une fondation à La Havane, laissant seulement sept Ursulines à La Nouvelle-Orléans en charge d’une école, d’un pensionnat, d’un orphelinat et de divers ministères religieux et sociaux. Cherchant désespérément de l'aide, Mère Saint-André Madier (OSU: Ordre de Sainte-Ursule), écrivit à sa cousine en France Agathe Gensoul (Ursuline elle aussi) lui demandant de leur envoyer des jeunes femmes désirant joindre l’ordre et participer aux différents ministères de La Nouvelle-Orléans. Bien que le territoire de la Louisiane fût ensuite vendu aux Américains par Bonaparte dès 1803, les Ursulines espagnoles restèrent à La Havane. Les Sœurs de La Nouvelle-Orléans avaient donc un besoin urgent d'assistance.




Une promesse à l’origine d’une dévotion.


Expulsée de son couvent comme la plupart des religieuses cloîtrées en France pendant la Révolution française (1789-1799), Agathe Gensoul (Mère Saint-Michel Gensoul, OSU) répondit à cet appel. Elle demanda à son évêque, Mgr Fournier, la permission de partir pour La Nouvelle-Orléans. Celui-ci ne souhaitait pas perdre une aide aussi précieuse pour l'éducation catholique et l'évangélisation en France, aussi insista-t-il pour qu’elle obtienne une autorisation spéciale du Pape. C'est en 1808, en plein climat d’oppression politique et religieuse en Europe, que Mère Saint-Michel Gensoul écrivit au pape Pie VII, alors prisonnier de Napoléon Bonaparte, pour demander la permission de partir en Louisiane avec d’autres jeunes femmes intéressées par l’ordre des Ursulines de La Nouvelle-Orléans. Comme le Pape était en prison, elle ne s'attendait pas vraiment à ce que sa demande lui parvienne, et encore moins à une réponse rapide. Priant devant une statue de Notre-Dame, elle eut l’inspiration de dire : « Ô Très Sainte Vierge Marie, si vous m'obtenez une réponse prompte et favorable à cette lettre, je fais la promesse de vous honorer à La Nouvelle-Orléans sous le titre de Notre-Dame de Prompt Secours. » Le lendemain, 19 mars 1809, la lettre partait pour Rome, adressée au Pape emprisonné. Miraculeusement, elle arriva à son destinataire. Le 28 avril 1809, le Pape accorda son approbation et sa bénédiction. Mère Gensoul décida sur le champ de faire sculpter une statue de Notre-Dame de Prompt Secours, en accomplissement du vœu qu'elle avait fait. La statue arriva en même temps qu’elle et que quelques postulantes à La Nouvelle-Orléans, en décembre 1810. Mais, avant même que la statue de la Vierge n’arrive et ne soit officiellement installée et consacrée dans la chapelle des Ursulines de la rue de Chartres dans le quartier français, la dévotion à Notre-Dame de Prompt Secours s'était déjà répandue parmi les Sœurs, leurs élèves et la communauté catholique de la ville. On lui adressait déjà des prières de délivrance contre la peste, les maladies, les tempêtes, les guerres et le désespoir. On attribue à son intercession divine le changement de direction du vent qui sauva le couvent des Ursulines d’un incendie, le jour du Vendredi Saint 21 mars 1788 – celui qui ravagea le Cabildo, la cathédrale Saint-Louis et 850 autres bâtiments – et à nouveau en décembre 1794, quand un autre grand incendie détruisit 210 autres structures !


Un miracle toujours célébré.


Voici un autre fait historique : le 23 décembre 1814, pendant la guerre anglo-américaine (1812-1815), après avoir appris que la flotte britannique était dans le golfe du Mexique et qu’une force de 10 000 soldats préparait une attaque pour s’emparer du port de La Nouvelle-Orléans, le général Andrew Jackson avertit les Ursulines, les suppliant de prier pour la victoire des forces américaines très inférieures en nombre, non entraînées et comptant seulement 3 000 hommes. Les religieuses Ursulines, les femmes et les hommes trop âgés pour porter les armes organisèrent des veillées de prières à Notre Dame de Prompt Secours pour que leur ville reste libre et pour qu’il n’y ait qu’une perte minime de vies humaines. Lors de la messe du 8 janvier 1815, célébrée par le vicaire général William DuBourg, au moment même de la communion, un messager se précipita dans la chapelle pour annoncer qu'Andrew Jackson et ses hommes étaient victorieux. Les Américains n’avaient que 13 morts, contre 291 tués côté britannique. La messe se termina par le chant joyeux du Te Deum. En signe de gratitude pour le miracle de la victoire américaine en 1815, les religieuses Ursulines, avec Mgr DuBourg, s’engagèrent à célébrer une messe d'action de grâces chaque année à la date de cette victoire, le 8 janvier. En 2018, cette promesse sera observée pour la 203e fois ! Quant au général Jackson, auréolé de cette victoire inattendue, il devait devenir le 7e président des États-Unis, de 1829 à 1837.



Une statue miraculeuse couronnée.


Le 27 septembre 1851, le pape Pie IX autorisait le culte de Notre-Dame de Prompt Secours. Le 21 juin 1894, le pape Léon XIII décréta un couronnement solennel de la statue et délégua à l'archevêque Mgr Francis Janssens, ami cher et guide spirituel des Ursulines et des fervents de Notre-Dame de Prompt Secours, le couronnement officiel de la statue. Le 10 novembre 1895, de nombreux citoyens de la communauté de La Nouvelle-Orléans firent don de leurs colliers, épingles, bracelets, broches, bagues et boucles d'oreilles pour sertir de pierres précieuses les couronnes de la Vierge et de son Fils Jésus. Notre-Dame de Prompt Secours est la seule statue des États-Unis à avoir été couronnée par un délégué du Pape (et non pas seulement avec son autorisation), et c'est l'une des rares statues miraculeuses en Amérique du Nord. De plus, cette cérémonie de couronnement fut la première du genre accomplie aux États-Unis. En 1895, l'archevêque Mgr Janssens établit la Confrérie de Notre-Dame-de-Prompt-Secours, toujours existante aujourd'hui. En 1897, deux ans seulement après sa fondation, le nombre d’adhérents avait tellement augmenté que le pape Léon XIII l'éleva en archiconfrérie.


Un sanctuaire pour de nombreuses grâces.


En 1912, les Ursulines furent obligées de déplacer leur couvent et leur école à leur emplacement actuel dans le quartier haut de La Nouvelle-Orleans, où réside actuellement la statue de Notre-Dame. Ce déménagement fut suivi par la construction d’un sanctuaire : le sanctuaire national votif de Notre-Dame de Prompt Secours dans les années 1920, consacré solennellement le 6 janvier 1928, lors de la célébration du bicentenaire de l'arrivée des Ursulines à La Nouvelle-Orléans. Le 13 juin suivant, selon un document qui n’a pas encore été retrouvé, le Saint-Siège approuva et confirma la nomination de Notre-Dame de Prompt Secours patronne principale de la ville de La Nouvelle-Orléans et de l'État de Louisiane. Actuellement, les Ursulines et les amis de Notre-Dame de Prompt Secours sollicitent quotidiennement son intercession pour l'aide et sa protection contre les guerres dans le monde et les tempêtes dévastatrices (comme l’ouragan Katrina en août 2005), mais ils la prient aussi pour vaincre des ennemis encore plus grands : la pauvreté, la maladie, l’ignorance, le racisme et la violence. À travers de nombreuses conversations, lettres, contributions financières, demandes de messes d’action de grâce et d’autres sources semblables, des générations d'Ursulines et amis de Notre-Dame de Prompt Secours ont eu connaissance de toutes les faveurs accordées par l’intercession de la Sainte Vierge en réponse à des demandes d'aide « rapide et favorable ». Suivant une tradition qui remonte à plus de deux siècles, les Sœurs rassemblent chaque jour les suppliques écrites des fidèles et les placent dans l’église du sanctuaire. Les Sœurs et les fidèles prient quotidiennement pour ces intentions lors de la célébration de l'Eucharistie.

Le sanctuaire national de Notre-Dame de Prompt Secours, visité par des pèlerins et des touristes du monde entier, est ouvert tous les jours pour la messe, les liturgies et sacrements, les activités de formation spirituelle et la prière privée et communautaire. C'est là, au pied de la statue, que la dévotion des Ursulines à Notre-Dame de Prompt Secours est sans cesse vivante, tout spécialement lorsque ses fidèles se réunissent pour dire ensemble et avec confiance cette prière : « Notre-Dame de Prompt Secours, hâte-toi de nous aider ! »


https://www.notrehistoireavecmarie.com//fr/esc/notre-dame-de-prompt-secours-patronne-principale-de-louisiane/
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Violette7
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 13 Jan 2018, 11:37

1226

Saint François d'Assise, le Poverello ami de toute la Création





Qui est François d’Assise (1182-1226), ce saint vénéré comme l’un des disciples de Jésus qui a radicalement pratiqué son Évangile, et qui reste l’un des personnages préférés des chrétiens ? Fondateur de la famille franciscaine basée sur des valeurs de pauvreté, de charité et d’humilité, François mourra à l’âge de 44 ans. Une vie relativement courte mais qui a décidément marqué l’histoire, l’Église et la conscience occidentale.

Frère Luc Mathieu, ofmPrêtre et théologien, spécialiste de la spiritualité franciscaine



Sa jeunesse. François est né en Italie, à Assise (province d’Ombrie, à 180 km au nord de Rome), fils de Pietro di Bernardone, bourgeois d’une commune qui allait bientôt s’émanciper, riche marchand qui fréquentait les marchés et les foires d’Italie du Nord, de France et de Flandre, et d’une mère probablement d’origine provençale ou française. D’abord baptisé Giovanni (Jean), il prend le nom de Francesco (François) en souvenir de notre pays, qui rappelle à son père des souvenirs de prospérité. Pour nous Français, François est le contemporain du règne de Philippe Auguste, roi de France de 1180 à 1223. Dans l’Église, il est partiellement le contemporain du grand Pape Innocent III, couronné en 1198 et mort en 1216. Toute la jeunesse de François fut marquée par les rivalités entre Pape et Empereur et par le mouvement d’émancipation communale, déjà commencé dans le Nord de l’Europe, mais qui atteignait maintenant Assise. Ce mouvement signifiait la fin de la féodalité comme modèle unique de société.



Une jeunesse guerrière. François a 16 ans quand sa ville se soulève contre les nobles, vassaux de l’Empereur. Il a 18 ans quand Assise se proclame commune libre, il participe aux combats, à la démolition de la forteresse (« la Rocca »), et à la construction d’une enceinte fortifiée pour la ville. Il a 20 ans quand la ville d’Assise déclare la guerre à sa rivale Pérouse, cité pontificale. Il est fait prisonnier et passe deux ans en captivité dans les geôles de Pérouse, mais malade, il est libéré. En 1205, dans l’espoir d’accomplir de hauts faits militaires (il est un lecteur passionné de romans de chevalerie) il s’équipe richement et veut rejoindre Gauthier de Brienne, mercenaire du Pape, pour une expédition dans les Pouilles, au sud de l’Italie.



Processus de conversion, à partir de 1205. À peine arrivé à Spolète, à quelques kilomètres d’Assise, il fait un songe qui l’invite à renoncer à la gloire des armes pour servir le Christ. Retour à Assise, et commencement d’un lent processus de conversion dont voici les étapes : prière assidue et recherche de la solitude ; amour pour les pauvres et fréquentation des lépreux, les exclus par excellence. François lui-même, dans son Testament, date sa conversion à la fréquentation des lépreux : « J’exerçais la miséricorde à leur égard, puis j’attendis peu et je sortis du siècle... » Il quitte en effet le monde en se retirant dans la chapelle Saint-Damien dans les environs d’Assise, où il jouit d’une vision : le Christ peint au-dessus de l’autel s’anime et lui parle : « François, va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines... » Cet événement est pour François une expérience décisive conjuguée avec l’expérience du Christ souffrant dans les pauvres et les exclus. Ayant entendu la voix du Crucifié, il croit tout d’abord qu’il reçoit du Christ l’ordre de rebâtir la vieille chapelle Saint-Damien, et il se fait maçon. Mais son Père lui réclame l’argent qu’il avait pris pour cet ouvrage et François est cité au tribunal de l’évêque au printemps 1206. Là, devant sa famille et les amis de son père, il se dépouille de tout, y compris de ses vêtements, et proclame : « Désormais je ne dirai plus mon père Pierre Bernardone, mais Notre Père des Cieux...! » L’évêque recouvre sa nudité avec son manteau : symboliquement, c’est l’Église qui prend François sous sa protection. Renonçant à son père terrestre, à la recherche de son Père céleste, il part dans la campagne et mène quelque temps une vie d’ermite et de pénitent. Très vite, il y ajoute la prédication populaire de l’Évangile, rejoint par quelques compagnons, ses camarades d’enfance de la cité d’Assise et quelques jeunes du voisinage. Alors qu’il cherche dans l’Évangile une indication sur sa vocation, après avoir restauré plusieurs chapelles, il tombe sur le texte de l’envoi des disciples en Mission (Évangile de la fête de Saint Matthias), et avec ses compagnons, décide d’appliquer à la lettre ce qui est dit dans ce texte : une vie de prédicateur itinérant, pratiquant une pauvreté radicale.



La fondation d’une nouvelle famille religieuse. Dès que François a réuni quelques compagnons, il se soucie de faire approuver son mouvement par le Pape. Cela lui semble indispensable pour se démarquer de tous les mouvements de laïcs qui prétendent faire un retour à l’Évangile, tout en critiquant très vivement l’Église cléricale de ce temps... Le pape Innocent III accepte d’autant plus facilement qu’il avait vu saint François en songe soutenir la basilique Saint-Jean de Latran. Le succès de la nouvelle « Fraternité évangélique » est foudroyant. François donne le nom de « Frères Mineurs » à ses Frères pour souligner l’humilité qu’ils visent. En 1217, on compte déjà près de 5 000 Frères. Ils seront plus de 35 000 à la fin du XIIIe siècle, présents dans toute l'Europe occidentale, jusqu'aux pays scandinaves et dans le pourtour de la Méditerranée. Une branche féminine, l’Ordre des Pauvres dames (les futures Clarisses), démarre dès 1212 avec Claire Offreduccio.  



La vie en « fraternité ».
François a établi sa famille religieuse non pas comme un Ordre monastique, mais comme une « fraternité ». Il a résisté avec vigueur aux ecclésiastiques qui auraient bien voulu faire entrer son mouvement dans les catégories canoniques existantes. Il inventa pour cela un nouveau vocabulaire pour les dénominations des divers services de la Fraternité. Ses compagnons sont tous « frères », qu’ils soient prêtres ou laïcs. Ce culte de l’humilité est lié à la pauvreté ; ainsi, dans la Première Règle qu’il écrivit avec ses Frères, on trouve cette curieuse admonition : « Tous les Frères s’appliqueront à suivre l’humilité de notre Seigneur Jésus-Christ... Ils doivent se réjouir quand ils se trouvent parmi des gens de basse condition et méprisés, des pauvres, des infirmes, des malades et des lépreux et des mendiants des rues... » (1e Règle 9, 1, 3). François se fait alors connaître sous le nom affectueux  de « Poverello d’Assise », le « Petit Pauvre ».  



François en Orient : la rencontre du Sultan. En 1219, François part pour l’Orient, dans l’idée de risquer le martyre, de visiter les lieux saints, d’être présent auprès des « croisés ». Mais en fait il est vite déçu par l’attitude guerrière et l’absence de références évangéliques de l’armée des chrétiens, et il conçoit le projet fou d’annoncer l’Évangile au Sultan. Il réussit à rencontrer près de Damiette le Sultan d’Égypte, Melek-el-Kamil, un Mamelouk humaniste, soucieux de comprendre ses adversaires. François l’aborde en toute simplicité et réussit à revenir sain et sauf d’une aventure qui aurait dû lui coûter la vie. Si rocambolesque que paraisse cet épisode, il est parfaitement attesté au plan historique, dans les biographies de François et, en dehors de l’Ordre franciscain, dans les chroniques contemporaines de l’événement. Cette rencontre pacifique avec l’ennemi des chrétiens marque un changement décisif dans l’attitude de la chrétienté vis-à-vis des infidèles (l’époque de la fin des croisades est proche). François d’Assise souhaite désormais annoncer l’Évangile et la fraternité même aux infidèles. Il envoie ses fils relancer la mission de l’Église auprès des Sarrasins, recommandant aux Frères mineurs d’être humbles et soumis à tous et de voir en tout homme un frère.



François, le Mystique. Aux yeux de ses compagnons et de ses contemporains, François apparaît comme un homme de prière. D’une prière à la fois traditionnelle et rénovée, fondée sur l’Écriture Sainte et sur la Liturgie, mais aussi, prière de familiarité avec Dieu, de simplicité, d’émerveillement, d’action de grâces émue. Il contemple sans cesse le Mystère du Christ, l’amour de Dieu manifesté dans la création et surtout dans le Salut. La Passion de Jésus est contemplée comme la preuve suprême de l’amour et de la bonté de Dieu pour les pécheurs. François accède à une compassion telle que son corps sera marqué des stigmates du Christ. Il est le premier stigmatisé connu dans l’histoire, mais surtout le seul que l’Église glorifiera comme tel, au point d’établir une fête liturgique de la stigmatisation de François d’Assise (fixée au 17 septembre). Cet événement mystique se produisit en 1224, durant une retraite qu’il fit pour la fête de l’Exaltation de la Croix, dans l’ermitage du Mont Alverne (Toscane). Son amour pour le Christ s’exprime également à travers une dévotion particulière envers la Vierge Marie, pour laquelle il écrit des prières de salutation. Il a aussi laissé son empreinte par la création des crèches de Noël (à Greccio, dans le nord du Latium, en 1223). Enfin, son amour pour la nature a eu une influence considérable : il est devenu le saint patron des louveteaux (branche cadette du scoutisme), celui des animaux (Journée mondiale des animaux créée en 1931) et celui des écologistes (proclamation par le pape saint Jean-Paul II le 29 novembre 1979).


     
Quand François meurt le 4 octobre 1226, dépouillé de tout, étendu sur la terre nue, entouré par ses frères qui lui lisent le récit de l’Institution eucharistique, il est déjà considéré comme un saint, et beaucoup sont au courant du miracle des stigmates. À commencer par le Cardinal Hugolin, son ami, futur pape Grégoire IX, qui s’empressa de le canoniser le 16 juillet 1228, 18 mois seulement après la mort de François d’Assise. La rapide expansion de sa famille religieuse contribua, et contribue toujours, à diffuser ses idées et à en imprégner l’Église tout entière.




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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 20 Jan 2018, 10:43

1153

Saint Bernard de Clairvaux, la conversion du désir





En 1112, Bernard de Fontaines (1090-1153) entre au Nouveau Monastère de Cîteaux (Côte-d’Or). L’enthousiasme de ce jeune homme de 22 ans a entraîné à sa suite frères, cousins et amis dans l’aventure cistercienne. Pour les moines de Cîteaux, ce souffle nouveau marque l’éclosion de la plante qu’ils avaient laborieusement semée et arrosée depuis 1098. Elle ne cessera dès lors d’étendre ses rameaux dans l’Église. De cette expansion, saint Bernard est regardé comme la figure de proue. Sa forte personnalité, sa doctrine spirituelle toute de feu, son charisme de guide ont fait de lui le conseiller des grands de son époque ; il reste aujourd’hui pour tous un guide éclairé sur les chemins de Dieu.

Une monialede l'Abbaye de Rieunette


Enfance. Bernard naquit en 1090 au château de Fontaines-lès-Dijon (Côte-d’Or). Ses parents, Tescelin et Aleth, eurent sept enfants. De son enfance et de sa jeunesse, nous savons peu de choses certaines. La biographie qu’écrivirent de lui ses amis et proches, de son vivant et à son insu, rapporte des faits légendaires qui disent surtout ce que Bernard deviendra et la façon dont il fut regardé par ses contemporains. Dame Aleth, alors enceinte de lui, le vit en songe comme un petit chien qui aboyait avec force : son fils sera un fidèle gardien de la maison du Seigneur. Une nuit de Noël, Bernard enfant vit l’Enfant Dieu naissant du sein de la Vierge : sa vie spirituelle restera profondément marquée par la contemplation du mystère de l’Incarnation et de la place de la Vierge Marie.




Un jeune meneur d’hommes.
Alors que ses frères se formaient pour le métier des armes, Bernard fut envoyé étudier auprès des chanoines de Saint-Vorles, à Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or), études dont il profita abondamment. Sa mère mourut en 1103 alors qu’il était encore adolescent. Elle avait eu sur lui et ses frères un grand ascendant. Son souvenir sera très présent au moment où chacun se décidera pour la vie monastique. Au milieu de ses camarades jeunes nobles, il se montre différent, habité par un appel intérieur de plus en plus pressant. Devant son désir de vie monastique, sa famille tente de le détourner vers la cléricature. C’est finalement lui qui convaincra ses proches de le suivre. Déjà Bernard se montre un véritable meneur d’hommes. Quand ils se présentent à Cîteaux en 1112 ils sont, raconte-t-on, une trentaine. L’abbé Étienne Harding (1050-1134) préside à la formation de tout ce groupe. Après une première fondation en 1113 à La Ferté (Saône-et-Loire), Cîteaux envoie Bernard et douze frères fonder Clairvaux (Aube) en 1115. Le jeune abbé a 25 ans. Il était prêtre, mais on ne sait pas quand il fut ordonné.





Le noyau d’une spiritualité cistercienne.
Bernard n’a pas une santé robuste. Lorsque, épuisé, il doit se reposer durant un an, Guillaume, abbé bénédictin de Saint-Thierry (Marne), lui-même malade, le rejoint. Une profonde amitié se noue entre ces deux grands spirituels ; Guillaume sera le premier biographe de Bernard mais mourra avant lui. Des heures entières ils parlent de théologie spirituelle ; le Cantique des cantiques est au cœur de leurs entretiens. Ce dialogue se poursuivra à travers leurs écrits respectifs. Deux autres auteurs cisterciens formeront avec eux le noyau d’une spiritualité typiquement cistercienne : Guerric d’Igny (v. 1070-1157) et Aelred de Rievaulx (1110-1167). Dans une même recherche ardente de Dieu, chacun montre une approche très personnelle : Bernard apporte une note nuptiale, là où Guillaume se montre contemplatif ; Aelred est connu comme docteur de la charité et de l’amitié spirituelle tandis que Guerric exprime l’expérience de Dieu sous la forme de la maternité spirituelle. Les amitiés solides cultivées par Bernard tout au long de sa vie s’étendent largement au-delà du cercle cistercien. Il sait reconnaître la valeur spirituelle des personnes et faire avec elles un chemin d’élévation mutuelle vers Dieu, quand bien même leurs avis divergent.



La naissance de l’Ordre cistercien.
Après un début d’abbatiat difficile, Clairvaux devient rapidement le centre du rayonnement croissant de son abbé. Bernard voyage aux alentours de son abbaye, appelé par les grands du monde ou de l’Église pour régler des affaires matérielles, politiques, ramener la paix entre seigneurs… De ses déplacements, il ramène des jeunes recrues pour le service de Dieu. De nouveaux monastères sont fondés à partir de Clairvaux (Trois-Fontaines (Marne) 1118, Fontenay (Côte-d’Or) 1119, Foigny (Aisne) 1121…) tandis que Cîteaux continue à essaimer (Pontigny (Yonne) 1114, Morimond (Haute-Marne) 1115…). Le mouvement continuera tout au long de la vie de Bernard ; ce seront des fondations directes ou des affiliations de monastères existants. Des « quatre filles » de Cîteaux (les monastères de Clairvaux, Morimond, Pontigny et La Ferté, premières fondations de Cîteaux, tous situés autour de la Bourgogne), Clairvaux devient largement la plus active. À la mort de Bernard en 1153, la filiation de Clairvaux comptera plus de 160 monastères répandus dans toute la chrétienté. L’Ordre cistercien est en train de naître. Les traits fondamentaux de la vie monastique cistercienne sont alors mis par écrit. Ils manifestent l’intuition des fondateurs de Cîteaux, mais aussi l’influence de Bernard et de ses compagnons.





Un homme à l’influence grandissante.
C’est un tiraillement intérieur pour celui qui se voulait éperdument moine, vaquant à Dieu seul dans la solitude du cloître, et se retrouve parcourant les routes de France d’abord, puis de l’Italie vers Rome pour étendre finalement son influence sur l’Église entière ; paradoxe d’un homme passionné de Dieu, véritable « chimère de son siècle » comme il se définira lui-même. Il ressent profondément en lui les joies et les souffrances de son temps et porte à tous les hommes, ses frères, la Parole entendue dans le secret. Son action ne sera pas toujours comprise, ni bien reçue, elle sera critiquée ou louée, couronnée de succès ou tournant à l’échec ; mais toujours elle portera la marque de l’audace prophétique, de la recherche de la vérité et de la paix. On le trouve dans des conciles et synodes régionaux, il s’occupe du différend entre le roi de France et les évêques de Paris et Sens, soutient le pape Innocent II durant le schisme d’Anaclet, réconcilie les cités de Pise et de Gênes (Italie), intervient dans les nominations d’évêques… Lorsqu’en 1144, un ancien moine de Clairvaux, Bernardo Paganelli di Montemagno, est élu Pape sous le nom d’Eugène III, Bernard est chargé par lui de prêcher la seconde croisade. Le discours de Vézelay (Yonne) le jour de Pâques (31 mars) 1146 est resté célèbre, tout comme l’échec retentissant de cette aventure, qui donnera pourtant à l’abbé de Clairvaux l’occasion de défendre les juifs de Rhénanie menacés par des fanatiques. Saint Bernard proclame en Allemagne : « Ne touchez pas aux Juifs, ils sont la chair et les os du Seigneur ! » ; « Celui qui touche à un Juif pour le tuer, c’est comme s’il touchait à Jésus lui-même ».



Un phare dans la nuit.
L’aura dont bénéficie Bernard le désigne pour affronter les pensées nouvelles ou hérétiques qui germent à cette époque. Dans ce domaine, il ne montre aucun empressement ; ses enseignements sont conçus comme un accompagnement de l’âme dans sa quête spirituelle, non comme une base pour les controverses doctrinales. Il ne répond pas lorsqu’il est sollicité pour prendre position contre Guillaume de Conches. Il faudra l’insistance de Guillaume de Saint-Thierry pour qu’il rédige son Traité contre les erreurs d’Abélard et accepte de relever le défi d’une confrontation publique lancée par le maître. Bernard est aussi présent au concile de Reims en mars 1148 qui condamne les thèses sur la Trinité de Gilbert de la Porrée (qui séparait de manière artificielle la nature de Dieu et ses attributs) ; il en retient l’humilité de l’évêque de Poitiers qui accepte l’avis de l’assemblée et se réconcilie avec ses dénonciateurs. L’époque de Bernard voit fleurir des mouvements divers qui allient une forme de révolte contre la société à des doctrines hérétiques dont le point central est de considérer les créatures comme mauvaises. Ces groupes, auxquels on a donné le nom générique de cathares, s’organisaient de façon plus ou moins sectaires. Lorsqu’Ebervin de Steinfeld avertit Bernard et lui demande de réfuter leurs erreurs doctrinales, l’abbé de Clairvaux insère sa réponse dans ses sermons sur le Cantique (SCt 65-66), mais aussi part prêcher dans la région de Toulouse afin de ramener les hérétiques à la foi « non par les armes, mais par les arguments ». Là, s’arrête son action envers les cathares. D’autres prendront la relève ; cisterciens, puis dominicains seront fortement impliqués dans ce combat qu’ils estimeront d’abord spirituel, là où les seigneurs locaux déraperont en répression sanglante, mêlant aux considérations doctrinales des objectifs plus politiques.





L’idéal d’un moine passionné de Dieu.
Cependant ces actions extérieures de l’abbé de Clairvaux ne constituent pas – loin s’en faut – la part la plus importante de son héritage. Car Bernard est d’abord un moine, un chercheur passionné de Dieu, un père et un guide pour ceux qui s’engagent à la suite du Christ. Sur la vie religieuse de son temps, son influence est double : par sa prédication et ses écrits, il répand un souffle de ferveur renouvelée, appuyée sur une doctrine solide ; par ses interventions et son exemple, il agit au niveau des institutions. Son époque voit, pour la première fois dans l’histoire de l’Église, une diversification des modes de vie religieuse, avec l’apparition de multiples groupements de monastères. Cîteaux est l’un d’entre eux, mais aussi Cluny, Obazine, Prémontré, la Chartreuse… sans oublier les ordres de chevalerie, ces Templiers pour lesquels Bernard écrit l’Éloge de la nouvelle chevalerie. C’est dans son « Apologie » adressée à Guillaume de Saint-Thierry que l’abbé de Clairvaux dessine la vie monastique telle qu’il la conçoit, telle qu’il la répandra. Pour vivre intégralement la recherche de Dieu, Bernard pose des conditions radicales pour permettre à chaque moine de réaliser cet idéal. Rupture avec les modèles économiques et sociaux d’une époque marquée par la féodalité, pauvreté réelle et manifeste, simplicité sans précédent dans la liturgie, les ornements ou l’architecture… Tout est mis en œuvre pour favoriser l’intériorité, dans une vie fraternelle au sein d’une communauté stable qui cherche à retrouver l’authenticité de la vie selon la Règle de Saint Benoît.



Un écrivain talentueux.
On a écrit que Bernard avait renoncé à tout « sauf à l’art de bien écrire ». Servies par une écriture magnifique, ses œuvres se veulent d’abord pastorales. Il fraie pour ses moines, mais aussi pour les autres, un itinéraire de retour à Dieu qui emprunte le chemin que Dieu lui-même a pris à la rencontre de l’homme : le Christ, Verbe fait chair dans le temps, Verbe qui visite l’âme assoiffée de Lui, Verbe attendu dans l’espérance. C’est d’expérience que Bernard parle : la sienne, celle de ses lecteurs, celle qu’il décrypte dans les Livres Saints devenus comme son milieu naturel. Son enseignement est incarné, intégré dans la vie. Il est lecture de la Parole divine dans l’existence réelle des hommes, de chaque âme individuelle et de toutes les âmes unies en Église ; chemin de conversion qui ré-ordonne l’homme tout entier dans le désir même de Dieu.





Une intense dévotion mariale.
Sur la route qui mène au Christ, Marie, Mère du Fils de Dieu, occupe une place primordiale. La Sainte Vierge accomplit en sa personne les prophéties qui l’annonçaient ; toute pure, toute libre dans son consentement, intimement associée à son Fils, elle est pour nous le canal des grâces divines. Saint Bernard est l’auteur de sermons sur Marie, de la prière du Memorare (« Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie, qu'on n'a jamais entendu dire qu'aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance et réclamé votre intercession, ait été abandonné. Animé d'une pareille confiance, ô Vierge des vierges, ô ma Mère, j'accours, je viens à vous, et gémissant sous le poids de mes péchés, je me prosterne à vos pieds. Ô Mère du Verbe Incarné, ne méprisez pas mes prières, mais écoutez-les favorablement et daignez les exaucer. Amen ») et d’une prière appelant à la confiance, mise en musique à l’époque contemporaine par la Communauté de l’Emmanuel (« Regarde l’étoile, invoque Marie »). Bernard meurt à Clairvaux le 20 août 1153 à l’âge de 63 ans. Canonisé le 18 janvier 1174 par Alexandre III, il a été déclaré Docteur de l'Église par Pie VIII par décret du 17 juillet 1830. On le fête le 20 août.



http://mailchi.mp/mariedenazareth/saint-bernard-de-clairvaux-la-conversion-du-desir?e=324d09cb23
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 27 Jan 2018, 11:20

1717

Notre-Dame d'Aparecida, premier sanctuaire du monde






Contrairement aux invocations les plus célèbres de Notre Dame à travers le monde, le phénomène d'Aparecida (Brésil) n'est pas constitué de visions ou de simples mots. Il y a pourtant un message très clair lié à une statue et au contexte historique dans lequel elle a été découverte dans le fleuve Paraíba, à 180 km au nord-est de São Paulo, dans le Sud du pays. Chaque année, près de douze millions de personnes visitent Nossa Senhora da Conceicão Aparecida : l’église qui lui est consacrée est devenue le premier sanctuaire marial du monde.

Père João Batista de AlmeidaRecteur du sanctuaire national d'Aparecida



Origines de la statue. En contraste avec l’immensité de la basilique actuelle, la petite image d’argile de l'Immaculée Conception située dans une niche au centre de l’édifice ne mesure pas plus de 36 centimètres de haut. Elle a été découverte il y a 300 ans, le 12 octobre 1717, en deux parties distinctes, dans les filets d’une poignée de pêcheurs du fleuve Paraíba do Sul (du Sud), le jour anniversaire de la découverte du continent américain par Christophe Colomb (1492). Les pêcheurs lui ont donné le nom d’« Aparecida » : « celle qui est apparue » en portugais. Allant voir le gouverneur qui s’arrêtait dans la région, les trois pêcheurs avaient passé beaucoup de temps sans rien prendre dans la rivière, lorsqu’ils remontèrent le corps sans tête d’une statue de la Vierge Marie. Contre toute attente, ils réussirent immédiatement à retrouver la tête, qui s’emboîtait exactement sur le corps. Avec soin, ils enveloppèrent l'objet dans un drap avant de lancer à nouveau leurs filets dans le fleuve. Leur pêche fut alors miraculeuse. Par des études savantes, on comprendra bien plus tard que la statue provenait d’un artisan religieux de la région, mais on ne saura jamais comment elle est arrivée brisée au fond du fleuve…
 


L’humilité de Marie.
Pieusement réparée par la femme de l’un des pêcheurs, puis entreposée dans le foyer d’un autre, cette statue de Marie très simple devient un objet de dévotion locale, attirant pêcheurs et personnes humbles. Son succès grandissant pousse le vicaire de Guaratinguetá à construire une petite chapelle pour elle, ouverte au culte le 26 juillet 1745, au sommet du morro dos Coqueiros. Mais la diffusion de la dévotion s’accélère tant qu’il faudra une deuxième église (la Basilica velha, « vieille basilique » achevée en 1888), puis même une troisième (la basilique actuelle, commencée le 11 novembre 1955 et inaugurée le 4 juillet 1980 par le pape Jean-Paul II). Aujourd’hui, presque écrasée par la grandeur de l'architecture de cette église (deuxième plus grande basilique au monde, derrière celle de Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro en Côte d’Ivoire), Marie nous enseigne que nous devons être humbles pour que le Seigneur puisse faire de grandes choses dans nos vies. De manière significative, elle ne porte pas l’Enfant, mais elle est enceinte, nous rappelant ainsi que sa mission est de nous offrir Jésus, le fruit béni de son sein.







La tête et le corps.
Devant elle, des milliers de personnes passent chaque jour pour répéter le geste de João Alves, l'un des trois pêcheurs ayant trouvé l'image brisée en deux morceaux. Cette séparation représente symboliquement le Peuple de Dieu en tant que corps et le Christ lui-même, en tant que Chef (la Tête) d'une nouvelle humanité. Marie montre ainsi que, malgré toutes les blessures et les cassures de notre vie, conséquences lointaines du péché originel, il est toujours possible de reconstruire l'unité à l'intérieur et à l'extérieur de nous, à travers la tendresse, l'amour et la patience ; elle nous invite ainsi à vivre dans l'Église en tant que participants fidèles et actifs. Il faut unir le corps et la tête pour que le peuple devienne le corps mystique du Christ, qui est l'Église elle-même, également symbolisée par le bateau dans lequel l’image de Notre-Dame d’Aparecida a été placée après la pêche. La légende raconte que lorsque la tête et le corps furent assemblés, la statue devint si lourde qu’il était difficile de la déplacer.  



Interprétations autour de la statue.
Les mains jointes de l’image de Marie révèlent son rôle, celui d’intercéder envers Dieu pour nous. Elles nous invitent en même temps à prier et nous montrent le Ciel, destination finale des chrétiens. Enceinte, Marie nous montre aussi le Christ, et comme dans l'Évangile, elle nous exhorte à faire « tout ce qu'Il dit » (Jean II, 5). Recueillie dans les eaux, élément de vie et de purification, la Dame nous rappelle l'importance de notre baptême comme nouvelle naissance, et de la confession comme purification et pardon. Avec sagesse, le pape Jean-Paul II, devenu saint, a rappelé que les pèlerins cherchent à Aparecida ce qu'ils cherchaient lorsqu´ils plongeaient dans les eaux du baptême, « la foi, et les moyens de la nourrir. Ils cherchent les sacrements de l'Église, en particulier la réconciliation avec Dieu et la nourriture eucharistique. Et ils retournent chez eux, rafraîchis et reconnaissants à Notre-Dame, Mère de Dieu et notre mère » (Homélie du pape Jean-Paul II, lors de la messe à la Basilique nationale d’Aparecida, le 4 juillet 1980).  







La Vierge protectrice des pauvres. Dans ces eaux, la Vierge Marie s’est laissée approcher par trois pêcheurs, pauvres et ouvriers très travailleurs. La maison de l’un d’entre eux, Felipe Pedroso, est devenue à l’époque le premier temple de Notre-Dame d’Aparecida (pendant 15 ans, avant que son fils ne construise un premier oratoire à Itaguaçú). Cette pêche si miraculeuse les a comme soudainement libérés de la menace des puissants ; en allant vivre avec les pauvres, Marie a choisi de rester près de ceux qui souffrent. C’est sans doute pour cette raison qu’elle est apparue sous la forme d’une Vierge noire, traduisant sa solidarité avec ce peuple si injustement asservi. Sa couleur dénonce le péché des préjugés raciaux et de toute exclusion, et annonce en même temps l'espérance chantée dans le Magnificat : « Il a renversé les puissants de leurs trônes, et il a élevé les humbles » (Luc I, 52). À la souffrance, Marie répond par le sourire, un sourire de bonté maternelle qui nourrit notre confiance en la miséricorde de Dieu et reflète la joie qui jaillit de l'Évangile et imprègne la vie de chaque chrétien.


Une mère pour tous.
« À Aparecida, Dieu a offert sa propre mère au Brésil » (pape François, le 27 juillet 2013) et, en ce sanctuaire, elle présente à tous son aide et son visage maternel. « Marie nous accueille [...] et, comme Mère et Maîtresse, elle nous aide à adresser à Dieu une prière unanime et confiante » (homélie du pape Benoît XVI à Aparecida, le 13 mai 2007). Dans la capitale spirituelle du Brésil qui accueille la Mère de Dieu et notre Mère, bat le cœur de tout un peuple uni dans une seule foi, dans une seule âme et dans un seul corps. Les diverses expressions de la foi populaire exercées ici représentent la diversité caractéristique du peuple brésilien, pays du monde comprenant aujourd’hui le plus de catholiques. Mais en même temps, devant l'image de la Vierge, tous les pèlerins qui font de leur visite à Aparecida leur plus grand voyage de l'année se ressemblent. Ils viennent ici chercher dans les bras maternels de la Vierge Noire une consolation pour répondre aux difficultés de la vie.  



Des prières tournées vers le Ciel.
Ce n'est pas un hasard si le retable de la niche qui abrite Notre-Dame d’Aparecida contient une représentation de l'échelle de Jacob (Genèse XXVIII, 11-19). Les trois archanges y sont représentés : Gabriel, Michel et Raphaël. Les figures bibliques montent et descendent entre le Ciel et la Terre, représentant les prières des pèlerins qui montent vers Dieu, à travers les mains des anges, et qui descendent comme des grâces sur le peuple. Et à la base de celui-ci se trouve l’image de la Vierge d’Aparecida qui a été trouvée en 1717.  







L’itinéraire du pèlerin. Le visiteur demande à Aparecida des grâces, non seulement pour lui-même, mais aussi pour d’autres qui ne peuvent être présents et qui lui ont dit avec confiance : « Quand vous serez devant Notre-Dame d’Aparecida, priez pour moi. » La route des prières passe par l'autel central, où la Vierge elle-même nous présente son Fils. Là, le pèlerin rencontre le Très Saint Rédempteur dans la Parole et dans l'Eucharistie. Il entend le Maître et se nourrit du Seigneur lui-même, qui donne au peuple le « le pain des anges devenu l’aliment de ceux qui sont en chemin, vrai Pain des enfants à ne pas jeter aux chiens » (extraits du Lauda Sion de saint Thomas d'Aquin). À partir de là, jaillissent des « torrents d'eau vive », comme le suggère la représentation présente sur le sol de l'autel, montrant que, si nous sommes baignés par la lumière du Christ, nous pouvons participer à son mystère. D'autres autels complètent également l'itinéraire du pèlerin et aident à comprendre le message d'Aparecida. Le plus visité est l'autel des remerciements, dans la salle des Promesses. Dans cette pièce très impressionnante se trouvent d'innombrables ex-voto (plaques, portraits, objets personnels, béquilles, pièces de plastiques figurant des membres du corps guéris…) témoignant de l’immense sollicitude de Marie pour les Brésiliens, chacun d’eux représentant une grâce accordée par l'intercession de Notre-Dame. On compte environ 87 000 photos, qui embellissent les murs et tout le plafond de l'espace. Au cours des périodes les moins fréquentées, environ 19 000 ex-voto sont déposés et, lors des saisons les plus attractives, ce sont quelque 25 000 objets qui sont reçus. Il y a aussi d’autres pièces telles que la Chapelle des bougies et la Chapelle de la Pénitence, où les pèlerins redécouvrent le sens de leur voyage spirituel par la confession.  



Dans la maison de la Mère du peuple brésilien, tout communique le message de l'Évangile, car il est le message d'Aparecida. La « Petite Dame » est bénie entre toutes les femmes parce qu'elle fait résonner le message rédempteur qui découle des paroles du Christ, celui qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jean XIV, 6). Ici, Marie nous répète sans cesse l'invitation qui a été faite aux serviteurs des noces de Cana, afin que nous puissions faire ce que Jésus veut. C'est seulement en suivant ses traces et en accomplissant sa volonté, que nous aurons la joie du Salut apporté par Jésus lui-même.  




Notre-Dame d’Aparecida est fêtée chaque 12 octobre, y compris par de nombreux Brésiliens expatriés ; elle est la protectrice des femmes enceintes, des nouveau-nés, des fleuves et des mers. En 2013, elle fut la patronne des Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) de Rio de Janeiro au Brésil.




https://www.notrehistoireavecmarie.com/fr/esc/notre-dame-daparecida-premier-sanctuaire-marial-du-monde/
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 03 Fév 2018, 11:07

533

Saint Rémi de Reims, Apôtre des Francs






Évêque métropolitain de Reims (Marne) à partir de 461, pendant plus de 70 ans, saint Remi rend l’âme à 96 ans, selon la tradition, après un long apostolat en faveur des pauvres et d’une Église plus structurée. Il a réorganisé la vie religieuse de son diocèse et de sa province et conféré le baptême à Clovis (autour de 496), fondateur du royaume des Francs.


[size=18]Patrick Demouy
Professeur émérite d’histoire médiévale à l’Université de Reims et à l’Institut Catholique de Paris





Un évêque gallo-romain. Éléments d’introduction. Remi (Remigius, Remegius, sans accent à l’origine en français) est issu d’une famille de l’aristocratie gallo-romaine attachée à l’Empire, auquel elle a donné de grands serviteurs. La tradition le fait naître à Cerny-en-Laonnais (Aisne), près de Laon. Son nom ne désigne pas une origine ethnique (même s’il est tentant de le rapprocher de Reims et du peuple rème) mais est dérivé de Remex, le rameur. C’est un nom rare. Dans les sources écrites ou épigraphiques, on n’en connaît que trois : un magister officiorum, chef des bureaux impériaux avec rang honorifique de clarissime (retiré à Mayence, qui pourrait être son trisaïeul) ; un préfet d’Égypte, de rang sénatorial ; et un évêque d’Aix entre 396 et 419. Ces trois carrières dessinent d’ailleurs l’évolution classique de l’aristocratie cultivée qui a basculé vers le christianisme, devenu religion de l’Empire. Servir l’Église, c’était continuer à servir l’Empire et à le défendre comme un rempart à opposer aux barbares, largement massés à ses frontières. Le père de Remi, Émile, commandait la place-forte de Laon ; sa famille était liée à Aetius puis à Egidius, les derniers généraux des armées romaines en Gaule, mais aussi à Childéric (mort en 481) – le père de Clovis – un roi franc fédéré établi par Rome pour défendre la frontière septentrionale. Un allié fidèle mais resté païen, comme en témoignent les chevaux sacrifiés autour de son tombeau, retrouvé à Tournai, pour lui permettre de chevaucher dans l’au-delà.



Contexte historique.
Remi naît en entre 437 et 439 dans une Gaule encore placée sous le pouvoir de Rome ; Aetius y maintient une sécurité relative. Le 20 juin 451, la victoire des Champs Catalauniques (entre Châlons-en-Champagne et Troyes) contre les Huns d’Attila prouve le bien-fondé de l’alliance romaine avec des militaires germains, dont les Francs, qui exercent une autorité de fait sur la province de Belgique seconde, dont Reims est la métropole. C’est là que le jeune Remi fait ses études. Bon élève, il apprend à bien écrire, discourir et versifier en latin ; il acquiert une culture biblique et la connaissance du droit romain, un bagage spirituel et intellectuel nécessaire à la fonction épiscopale, à laquelle il est élu en 461. Qu’il soit devenu évêque n’est pas étonnant, compte-tenu de ses origines, c’est son jeune âge qui surprend (22 ans selon son biographe Hincmar), alors qu’on choisissait plutôt un homme mûr compte-tenu des importantes responsabilités spirituelles et temporelles que la fonction impliquait dans la cité. Progressivement, dans la débandade des cadres romains, l’épiscopat, par délégation de l’empereur ou par la force des choses, s’est trouvé investi des fonctions délaissées par les magistrats municipaux, de moins en moins empressés à se dévouer à la chose publique. Recommandé par sa ferveur – il semble avoir été attiré par la vie érémitique – Remi l’est aussi par la position de sa famille, favorable à l’alliance franque pour défendre un ordre romain contre les ambitions centrifuges des Burgondes et Wisigoths. Ceux-ci, établis respectivement dans le sud-ouest et le centre-est de la Gaule, ont rompu le pacte avec l’Empire et par leur adhésion à l’hérésie arienne menacent l’unité de l’Église.


Saint Remi et Clovis.
Ce contexte éclaire la lettre de Remi à Clovis, dont il salue l’avènement en 481, à la mort de Childéric, comme un nouveau chef de la province. Ce n’est pas une main audacieusement tendue à un barbare, comme on le dit encore parfois à tort, mais l’expression d’une collaboration déjà entamée, ce qui l’autorise, sur un ton paternel, à faire des principes chrétiens le fondement de son gouvernement : « Ta bonté doit s’exercer de manière intègre et honnête. Tu devras t’en rapporter à tes évêques et recourir toujours à leurs conseils… Rends courage aux citoyens, relève les affligés, favorise les veuves, nourris les orphelins… Que la justice sorte de ta bouche… Tu possèdes certaines richesses paternelles avec lesquelles tu libéreras les prisonniers et tu délieras du joug de la servitude. » Commence alors pour Clovis un long cheminement personnel jusqu’au baptême, dont la date n’est pas établie avec certitude. L’histoire a retenu la promesse au « dieu de Clotilde » (la princesse catholique burgonde qu’il avait épousée) à la bataille de Tolbiac contre les Alamans et l’année 496. C’est en interprétant à la lettre le récit de l’Histoire des Francs de saint Grégoire de Tours, rédigée deux générations plus tard, que cette année 496 s’est longtemps imposée. Mais il faut faire la part du symbole. Grégoire date en lustres : Clovis est roi à 15 ans, baptisé à 30 (comme Jésus), mort à 45, après un règne partagé en parts égales autour d’un point culminant, le sacrement reçu à Reims. Des sources font état d’un passage préalable à Saint-Martin de Tours, l’historien Michel Rouche a proposé l’année 498, au retour d’une expédition menée sur Bordeaux, ou 499, le temps de l’instruire dans la foi. Mais Tours n’ayant été conquise sur les Wisigoths qu’en 507, Ian Wood et Alain Dierkens proposent 507 ou 508 pour le baptême de Clovis. Cette dernière date correspond à l’envoi, par l’empereur Anastase, depuis Constantinople, d’une chlamyde (draperie) de pourpre et d’un diadème donnant au roi des Francs le titre de patrice et une légitimité reconnue dans l’ordre romain. Clovis est en effet le premier roi barbare converti au catholicisme, avant même les rois ariens qui étaient pourtant déjà chrétiens.



Le baptême, choix personnel de Clovis.
Quelle que soit la durée de sa réflexion, la conversion de Clovis apparaît bien, à la lecture des sources, comme une décision personnelle et non un calcul intéressé :

-      D’abord, contemporaine de son baptême, une lettre adressée à Clovis par l’évêque de Vienne, saint Avit : « Le choix que vous faites par vous-même est une sentence qui vaut pour tous… Irons-nous prêcher la foi au chrétien converti accompli, cette foi qu’avant cet accomplissement vous avez vue sans prédicateur ? »

-      L’épitaphe rédigée par saint Remi lui-même pour Clovis dans la basilique parisienne des Saints-Pierre-et-Paul, devenue Sainte-Geneviève : « Rempli d’amour pour Dieu, il a dédaigné de croire à mille divinités… Bientôt lavé par les eaux et né à nouveau de la fontaine du Christ… il a donné l’exemple que suit la foule innombrable du peuple gentil ; et, méprisant l’erreur de ses ancêtres, ce peuple va adorer Dieu, son créateur et véritable père. »

-      La lettre de l’évêque de Trèves saint Nizier à la reine Chlodoswinde, petite-fille de Clovis et Clotilde, mariée au roi des Lombards dans l’espoir qu’elle le convertisse : « Tu as appris de quelle manière ta grand-mère, la maîtresse de bonne mémoire Clotilde, était venue en Francie et comment elle amena le seigneur Clovis à la loi catholique. Et lui, comme c’était un homme des plus astucieux, ne voulut pas acquiescer avant qu’il n’eût fini par comprendre que ces choses-là étaient vraies. Lorsqu’il s’aperçut que les démonstrations que je viens de faire plus haut [les nombreux miracles de guérison au tombeau de saint Martin de Tours] étaient prouvées, il tomba humblement à genoux sur le seuil du bienheureux Martin et il promit de se faire baptiser sans délais. »

Que retenir de ces textes ? D’abord une certaine sympathie de Clovis pour le christianisme et les évêques des Gaules, ce qui permet à saint Remi de lui proposer un code éthique, déplaçant la lettre officielle sur un ton personnel mettant l’accent sur la justice et la charité. Ensuite le rôle de l’épouse. Dans la famille, petite Église, l’Esprit-Saint est à l’œuvre. Clovis a fait un choix personnel quand il a fini par comprendre ce qu’était la vraie foi. La conversion est le fruit de la liberté, de la grâce, du témoignage d’une foi vivante, en l’occurrence celle des pèlerins de Saint-Martin. Saint Remi n’a pas exercé de contrainte, il ne s’est pas livré à un chantage politique – comme on le dit trop souvent – le baptême contre le ralliement des évêques des Gaules. En bon pasteur, il a eu la joie de recevoir Clovis dans l’Église, après avoir parachevé son instruction, ce qui était sa fonction de docteur de la foi.

L’absence de contrainte est ce qui ressort aussi de la conversion – d’ailleurs progressive – du peuple franc. Quand la conversion du chef est uniquement politique, celle du peuple est imposée par la loi. Cujus regio, ejus religio dira-t-on plus tard. Clovis a cheminé longtemps, il a donné l’exemple. Dans les récits de la vie de saint Remi, on ne voit pas l’évêque lancer de prédication véhémente contre le paganisme, détruire des temples ou renverser des idoles. La prédication de la foi ne justifie pas l’exercice de la violence. Il faut laisser agir le Verbe.

Saint Remi, bon pasteur. Il ne faut pas réduire le ministère de saint Remi au baptême de Clovis, si important soit-il. Pendant son long épiscopat, il œuvre pour l’évangélisation de son diocèse et de la province dont il est le métropolitain. Son testament exprime clairement son souci des pauvres, du clergé et des paroisses rurales qu’il développe pour améliorer l’encadrement religieux des fidèles, alors que la vie ecclésiale est à cette époque essentiellement urbaine, autour de la cathédrale. Certes, il n’a pas encore le moyen de mettre en place un réseau complet dans des campagnes, au demeurant peu peuplées. Il s’attache à doter financièrement les églises établies dans les chefs-lieux des pagi (circonscription territoriale rurale) de son vaste diocèse, les circonscriptions les plus éloignées de Reims, les territoires du Porcien, du Castrice (Mézières), de Voncq et de Mouzon, dans l’actuel département des Ardennes. Des clercs bien formés sont capables de relayer la prédication de l’évêque. On sait que saint Remi a composé un recueil d’homélies, hélas perdu, destiné à aider les prêtres. L’évêque s’appuie sur le clergé séculier déconcentré en petites communautés rayonnantes ; le monachisme n’est pas encore développé, il faut attendre les VIIe et VIIIe siècles pour le voir à l’œuvre dans les campagnes.



À l’écoute des plus pauvres. Dans sa ville épiscopale, il ne se contente pas de soulager ponctuellement les misères qu’il rencontre, il met en place des institutions assurant la pérennité à l’exigence de charité. L’un des premiers en Gaule, il conçoit une véritable politique de l’assistance en fondant une matricule des pauvres, destinée à drainer les dons des fidèles pour les redistribuer aux plus déshérités (la matricule est par définition la liste des immatriculés). À côté de la cathédrale, l’évêque entretient un xenodochium, étymologiquement un « lieu d’accueil de l’étranger », de tous ceux qui sont déracinés ou délaissés, qu’il faut abriter et soigner. Au Moyen Âge, cette institution a pris le beau nom d’« Hôtel-Dieu ».

L’Église redynamisée. Enfin il se préoccupe de la province. Au tournant du Ve siècle, la situation de la Gaule du Nord-Ouest est dramatique, elle est ravagée par les troubles qui ont marqué l’effondrement de l’Empire romain d’Occident (476) et la lutte pour le pouvoir avant le triomphe des Francs. Alors que la plupart des cités de Belgique seconde avaient un évêque au IVe siècle, on n’en trouve plus trace. Seuls sont occupés les sièges les plus méridionaux, Châlons et Senlis. À la fin de l’épiscopat de saint Remi, il y a des évêques à Amiens, Beauvais, Senlis, Soissons, Châlons, Laon, Saint-Quentin, Arras/Cambrai, Tournai. Les sièges épiscopaux ont été créés ou recréés par ses soins. C’est lui qui envoie saint Vaast, arrivé à Reims avec Clovis dont il avait assuré la formation catéchétique, dans la cité d’Arras accablée par les invasions. La liste épiscopale de Soissons, interrompue, retrouve des titulaires avec son frère Principe puis son neveu Loup. C’est à saint Remi qu’on doit l’érection du siège de Laon, par démembrement du très vaste diocèse de Reims. Le contexte favorable du règne de Clovis puis de son fils Thierry, qui fait de Reims la capitale de la part du royaume qu’il obtient en héritage en 511 (la future Austrasie), facilite assurément la naissance ou la renaissance d’églises catholiques dynamiques dans les principales cités de la province. Saint Remi apparaît comme le grand coordinateur et, plus concrètement, le consécrateur d’une nouvelle génération d’évêques.

 Saint Remi meurt le 13 janvier 533 (ou 532) à l’âge de 96 ou 97 ans, après un riche épiscopat (plus de 70 ans). Enseveli au sud de la ville de Reims, dans le quartier des nécropoles antiques, il est rapidement porté sur les autels et devient le patron du diocèse. Ses reliques ont échappé au vandalisme révolutionnaire ; il repose encore dans la belle basilique que les moines bénédictins ont édifiée aux XIe et XIIe siècles.


https://www.notrehistoireavecmarie.com//fr/esc/saint-remi-de-reims-apotre-des-francs/
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 10 Fév 2018, 11:12

1884

La conversion fulgurante d'Alphonse Ratisbone





Rome, jeudi 20 janvier 1842. Un jeune avocat juif, athée, libre penseur et dilettante, entre dans l’église Sant’Andrea delle Fratte (Saint-André des Buissons) à Rome pour en sortir quelques minutes plus tard, chrétien, prêt à mourir pour défendre la foi en Jésus-Christ. « [i]Si quelqu’un m’avait dit dans la matinée de ce jour : « Tu t’es levé juif, tu te coucheras chrétien », je l’aurai regardé comme le plus fou des hommes », écrira Alphonse Ratisbonne (1814-1884). Et pourtant…
[/i]

Père Antoine d’AugustinCuré-recteur de la basilique Notre-Dame des Victoiresà Paris.




Une enfance aisée. Comme saint Paul, Alphonse Ratisbonne est fils d’Abraham. Et comme lui, il va vivre une conversion fulgurante ! À sa naissance, le 1er mai 1814 à Strasbourg (Bas-Rhin), il reçoit, avec celui d’Alphonse, le nom de Tobie. Sa famille, d’origine juive, est nombreuse, aisée, connue. Son père est banquier, adjoint au maire de Strasbourg et président du consistoire israélite du Bas-Rhin. Alphonse reçoit une instruction religieuse mais abandonne la foi à l’adolescence. « J’étais juif de nom, mais je ne croyais même pas en Dieu », écrit-il plus tard. Inscrit au collège royal de Strasbourg, il y reçoit une solide formation littéraire et scientifique.       


Une haine des chrétiens.
En 1825 – il a alors 11 ans – un évènement important bouscule toute la famille. Théodore, son frère aîné, se convertit au catholicisme. Pire encore, il entre au séminaire et est ordonné prêtre en 1830. Alphonse, tout comme ses proches, s’indigne. « Tout jeune que j’étais, cette conduite de mon frère me révolta, et je pris en haine son habit et son caractère […] La conversion de mon frère, que je regardais comme une inexplicable folie, me fit croire au fanatisme des catholiques, et j’en eus horreur », raconte-t-il. C’est le début pour lui d’un fort sentiment anti-chrétien. Alphonse refuse de revoir son frère et coupe toute relation avec lui. En 1840, Théodore quitte Strasbourg : il est nommé vicaire à la paroisse Notre-Dame des Victoires, à Paris. Il y rejoint le curé, l’Abbé Desgenettes, fondateur de l’Archiconfrérie du Très Saint et Immaculé Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs. L’association de prière, dont il devient le sous-directeur, en est à ses débuts, mais porte déjà des fruits de conversions miraculeuses en abondance. Si Alphonse a enterré son frère, Théodore, lui, prie et fait prier Notre Dame des Victoires pour sa conversion. Alphonse aussi est à Paris pour ses études. Il y fait son droit puis revêt la robe d’avocat. Devenu orphelin de mère, puis de père, il hérite d’une fortune importante qu’il dépense abondamment en plaisirs et frivolités. En 1841, le jeune avocat se fiance à Flore, une de ses nièces. L’âge tendre de la jeune femme, qui a alors 16 ans, retarde le mariage.  





L’ange envoyé de Dieu.
En attendant l’heure de l’union, Alphonse part en voyage. C’est ainsi qu’il quitte Paris en novembre pour un périple de plusieurs mois. L’époque romantique a mis au goût du jour les voyages vers l’Orient : l’Italie, la Sicile, Malte, Constantinople et le Levant l’attendent ! Ratisbonne arrive à Rome le 6 janvier 1842. Parmi les édifices et quartiers romains visités, le Ghetto, quartier des Juifs, lui fait une très vive impression. Devant tant de misère, pitié et indignation le submergent. « Je dois dire, sans crainte d’exagérer, que jamais de ma vie je n’avais été plus aigri contre le christianisme que depuis la vue du Ghetto. Je ne tarissais point en moqueries et en blasphèmes. » Au cours d’une de ses visites de la ville éternelle, il rencontre un ami de collège, Gustave de Bussières, dont le frère, le baron Théodore de Bussières, fervent catholique, s’est fait connaître par ses voyages en Sicile et en Orient, dont il a publié les récits. Alphonse lui raconte ses projets de voyage. Gustave l’invite alors à rencontrer son frère pour lui demander conseil. Alphonse accepte par politesse. Le 15 janvier, avant de partir pour Naples, il se rend donc, bon gré, mal gré chez Théodore de Bussières pour la visite promise. Alphonse ne le sait pas encore : comme Raphaël pour Tobie, il est l’ange que Dieu lui donne. La conversation est légère, mais prend vite des tournures passionnées quand Alphonse partage ses impressions de Rome. Puis, le dialogue glisse sur le terrain religieux… Ratisbonne en profite pour égratigner un peu plus la foi catholique. Son hôte plein d’audace lui lance alors un défi. « Enfin, me dit M. de Bussières, puisque vous détestez la superstition et que vous professez des doctrines si libérales, puisque vous êtes un esprit fort si éclairé, auriez-vous le courage de vous soumettre à une épreuve bien innocente ? – Quelle épreuve ? – Ce serait de porter sur vous un objet que je vais vous donner… Voici ! C’est une médaille de la Sainte Vierge. Cela vous paraît bien ridicule, n’est-ce pas ? Mais quant à moi, j’attache une grande valeur à cette médaille. »  


Un jeu sans conséquence ?
Ce défi, qualifié de puéril par Alphonse, est relevé avec humour. Même pas peur ! Et voilà que Monsieur de Bussières lui passe la médaille au cou, puis complète l’épreuve : « Il s’agit de réciter matin et soir le Memorare [Souvenez-vous], prière très courte et très efficace, que saint Bernard adressa à la Vierge Marie. – Qu’est-ce que votre Memorare ? m’écriai-je ; laissons ces sottises ! […] Cependant mon interlocuteur insista : il me dit qu’en refusant de réciter cette courte prière, je rendais l’épreuve nulle, et que je prouvais par cela même la réalité de l’obstination volontaire qu’on reproche aux Juifs. Je ne voulus point attacher trop d’importance à la chose, et je dis : Soit ! Je vous promets de réciter cette prière ; si elle ne me fait pas de bien, du moins ne me fera-t-elle pas de mal ! » Alphonse relève le défi, et la Sainte Vierge le prend au sérieux… La médaille qu’il porte est celle dont Marie avait dit à sainte Catherine Labouré, le 27 novembre 1830 : « Faites frapper une médaille sur ce modèle. Les personnes qui la porteront recevront de grandes grâces. Les grâces seront abondantes sur les personnes qui auront confiance. » La confiance en Marie ne fait pas défaut à M. de Bussières, ni à l’un de ses amis, le comte de Lafferonnays, qui prient ensemble pour ce jeune Juif. Ratisbonne, lui, à force de lire et relire la prière imposée dans le but d’y découvrir sa valeur finit par la savoir par cœur, et se surprend à la réciter plusieurs fois malgré lui.  






Une apparition
et une conversion. Le 20 janvier 1842, Alphonse se rend dans un café de Rome pour y lire les journaux. En sortant, il rencontre la voiture de Monsieur de Bussières qui l’invite pour une promenade. Sur le chemin, il lui faut s’arrêter à l’église Saint-André des Buissons, près de la Trinité des Monts, régler les derniers préparatifs des funérailles de son ami, Monsieur de Laferronnays, mort brutalement, et devant être enterré le lendemain. Théodore de Bussières propose à Alphonse de l’attendre dans la voiture, mais ce dernier préfère sortir voir l’église. Il entre alors avec lui. Dix minutes plus tard, Monsieur de Bussières le retrouve en larmes, prosterné devant l’autel de saint Michel. Un véritable miracle a eu lieu. « Ratisbonne tire sa médaille, l’embrasse, nous la montre et s’écrie : Je l’ai vue, je l’ai vue ! », raconte M. de Bussières. Alphonse explique : « J’étais depuis un instant dans l’église, lorsque tout d’un coup je me suis senti saisi d’un trouble inexprimable. J’ai levé les yeux ; tout l’édifice avait disparu à mes regards ; une seule chapelle avait, pour ainsi dire, concentré toute la lumière et au milieu de ce rayonnement a paru debout sur l’autel, grande, brillante, pleine de majesté et de douceur, la Vierge Marie, telle qu’elle est sur ma médaille. Une force irrésistible m’a poussée vers elle, la Vierge m’a fait signe de la main de m’agenouiller, elle a semblé me dire : C’est bien ! Elle ne m’a point parlé, mais j’ai tout compris. » Les écailles tombent de ses yeux : Alphonse voit désormais la lumière ! Il acquiert la foi et la connaissance. « J’ai tout compris », dit Alphonse : le poids de son péché, l’amour de la Vierge pour les pécheurs, la toute-puissance de la miséricorde de Dieu. Comme dans l’Évangile, Marie est restée silencieuse. Mais Alphonse a été éclairé sur tous les mystères de la vie du Christ que Marie méditait dans son cœur. Le fruit de cette apparition est sa conversion totale. Il demande aussitôt le baptême, veut entrer à la Trappe, mourir martyr et convertir ses frères…  


Frère Marie.
Après sa conversion, naît dans son cœur une véritable dette de reconnaissance. D’abord pour Monsieur de Laferronnays. « Ô, comme ce monsieur a prié pour moi », s’est écrié Alphonse dans l’église Saint-André. Un proche de la famille témoigne en effet que le comte a prié avec ardeur pour la conversion du jeune homme. Ensuite, pour son frère Théodore et l’Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires. Le 12 avril 1842, quelques mois après le miracle, il écrit une longue lettre à l’Abbé Desgenettes en action de grâces. « C’est à vous, Monsieur le Curé, à vous qui avez fondé l’Archiconfrérie pour la conversion des pécheurs, c’est à vous que les pécheurs doivent compte des grâces qu’ils ont obtenues. » Il résume ainsi l’événement qui a bouleversé sa vie : « Si je ne devais vous raconter que le fait de ma conversion, un seul mot suffirait : le nom de Marie ! » Le 31 janvier 1842, onze jours après son illumination, il reçoit les trois sacrements de l’initiation chrétienne (baptême, confirmation et eucharistie). Théodore de Bussières est son parrain. Le 20 juin, il devient Frère Marie, de la Compagnie de Jésus, dans laquelle il sera ordonné prêtre en 1848, avant de rejoindre son frère dans la Congrégation Notre-Dame de Sion que celui-ci a fondée en 1843. Il s’installe alors en Palestine, y fonde successivement deux monastères et consacre le reste de sa vie au catéchuménat des convertis d’origine juive, pendant plus de trente-cinq ans. Il meurt le 6 mai 1884 au monastère Saint-Pierre de Sion (dit monastère Ratisbonne, aujourd’hui Centre d’études salésien) dans un faubourg de Jérusalem.


Alphonse Ratisbonne a goûté à la communion des saints. Le Ciel et la Terre se sont unis pour demander sa conversion, qui aura été double : retournement de son cœur vers Dieu en même temps qu’accomplissement de sa foi juive. Grâce obtenue par Marie, fille d’Israël, dont le Cœur Immaculé est le refuge des pécheurs. Il écrit à l’Abbé Théodore le 4 février 1842 : « Un frère de sauvé ! Et une victoire de plus pour Notre Dame des Victoires ! » Et ce ne fut ni la première, ni la dernière.



https://www.notrehistoireavecmarie.com/fr/esc/la-conversion-fulgurante-dalphonse-ratisbonne/
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 17 Fév 2018, 10:26

1569
Jean d'Avila "l'Apôtre de l'Andalousie





Saint Jean (Juan) d'Avila (1499-1569) est un théologien espagnol, docteur de l’Église et grand prédicateur de l’Espagne du XVIe siècle dans laquelle il favorisa le développement des jésuites. Il fut le notamment le père spirituel et ami de saint Ignace de Loyola ainsi que de sainte Thérèse d’Avila.

P. François MarxerProfesseur d'histoire et de spiritualité au Centre Sèvres




Un converti d’exception. Le destin et le génie de Jean d'Avila fut celui de nombre de ces « conversos » (convertis), ces ressortissants de familles juives qui passèrent, plus ou moins forcées, à la confession chrétienne dans l'Espagne du XVIe siècle et durent se soumettre aux enquêtes de la « limpieza del sangre » (« la pureté de sang ») qui déterminait si l'individu s'enracinait génétiquement dans une famille chrétienne de vieille souche. Les conversos devaient donc répondre de la rectitude de leur orthodoxie, soupçonnés qu'ils étaient de mener double jeu : la famille de Thérèse d'Avila connaîtra ces humiliations, comme bien des membres de la toute jeune Compagnie de Jésus, fondée par Ignace de Loyola.  





Un prédicateur de talent.
Juan d'Avila naquit d'une famille aisée à Almodovar del Campo (au sud de Madrid) le 6 janvier 1499, à l’époque des voyages de Christophe Colomb en Amérique. Il ne doit pas être confondu avec saint Jean de la Croix (1542-1591), un autre Espagnol proche de Thérèse d’Avila. En 1513, il entreprend des études de droit à Salamanque (Espagne), puis de théologie à Alcalá (où il a pour maître Domingo de Soto) de 1520 à 1526. Ordonné prêtre, il souhaiterait partir évangéliser le Nouveau Monde, mais son statut de conversos (supposé, car sa mère était « cristiana vieja », « ancienne chrétienne », c’est-à-dire issue d’une famille déjà catholique) le lui interdit ; si bien que l'archevêque de Séville lui propose d'évangéliser l'Andalousie, où il déploiera ses talents de prédicateur. Ses succès suscitent les jalousies : accusation d'hérésie, incarcération dans les geôles de l'Inquisistion de 1531 à 1533 avant d'être relaxé. Mais cette captivité aura des conséquences aussi (et heureusement) déterminantes que le cachot de Tolède pour Jean de la Croix : son expérience spirituelle y trouve une intensité que reflétera le commentaire qu'il rédige alors du psaume 44, Audi, Filia (« Écoute, ma fille, regarde et tends l'oreille : oublie ton peuple et la maison de ton père et le Roi sera épris de ta beauté »). Il reprend ses campagnes de prédication, entouré d'une communauté de prêtres vivant pauvrement et acquis à ses convictions apostoliques de l'importance pour chacun d'une expérience spirituelle active, témoignant d'une foi authentique, « car enfin la sainteté ne consiste en rien d'autre qu'en l'humble amour de Dieu et du prochain » (lettre 158 à Thérèse d'Avila). Autre volet de son apostolat mystique, Jean d'Avila fonde quinze collèges (dont trois universités) destinés à la jeunesse, anticipant ainsi la stratégie des jésuites. La maladie l'obligera à se retirer à Montilla, près de Cordoue en Andalousie, où il meurt le 10 mai 1569. Il est canonisé le 31 mai 1970 par le pape Paul VI et proclamé docteur de l'Église le 7 octobre 2012 par Benoît XVI.  






Un fin théologien. Jean d’Avila convertira et suscitera « un esprit de tendre compassion » dans le futur Jean de Dieu, initiateur des soins hospitaliers et psychiatriques, et apportera réconfort au duc de Gandie, alias François de Borgia, éminente figure de la sainteté jésuite. Mais il n'en gardait pas moins une visée spirituelle, particulièrement évidente dans les sermons sur le Saint-Esprit. Il a également écrit des passages très spirituels sur la Vierge Marie et saint Joseph. En effet, et contrairement à l'opinion de théologiens d'alors qui, négligeant la substance spirituelle de la théologie, voulaient ménager une position conciliante, compatible avec la rénovation chrétienne que proposait l'humanisme d'Érasme, mais aussi acceptable par les penseurs luthériens ; Jean d'Avila rappelait que le Salut ne peut se réaliser à la seule mesure de l'effort humain et se contenter d'une ambition éthique – que viendrait surcharger un supplément (décoratif ?) de grâce divine. Tous les débats sur liberté et grâce qui vont agiter la pensée chrétienne au siècle suivant sont en quelque sorte déjà en germe. Pour lui, le message transmis par Jean III, 16 (« Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné Son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne se perdre pas, mais obtienne la vie éternelle »), « la plus douce parole de tout l’Évangile », est la base d’une renaissance spirituelle. Rejetant donc toute sympathie pélagienne (l’hérésie du moine Pélage au IVe siècle voyait l'homme en mesure de conquérir son Salut à la force du poignet), Avila souligne que l'amour actif est donné comme une grâce bien plus que produit par la bonne volonté humaine. C'est donc la qualité de l'intériorisation de la pratique chrétienne qui sera en jeu : « L'amour qui t'inspire doit être un amour infus. Car Dieu accorde ses dons pour que tu agisses mieux dans la foi et dans la charité. L'Esprit-Saint ne se contente pas de te voir beau extérieurement, il veut que tu le sois aussi intérieurement, non seulement dans ton œuvre, mais dans l'amour qui te fait opérer. » La liberté ne se trouve pas édulcorée, bafouée, mais encouragée, stimulée par le don que nous avons reçu.  


La spiritualisation des âmes.
C'est dans cet esprit que Jean d’Avila va affiner sa doctrine de l'oraison, doctrine qui influencera le Traité de l'oraison et de la méditation de Louis de Grenade (qui devient son disciple en 1535), mais qui sera suspectée de relents d'illuminisme par le farouchement anti-mystique Melchior Cano. Clairement, « c'est une chose d'agir comme un homme bon, même favorisé de Dieu ; c'en est une autre que le Saint-Esprit soit l'auteur et le promoteur, et que l'homme ne soit bientôt plus rien que l'instrument ». L'union qui s'établit entre le Saint-Esprit et l'âme qu'il vient habiter est à ce point intime et efficiente que l'on serait tenté de parler d'incarnation. Mais gardons ce terme pour désigner l'union en Jésus du Verbe avec notre nature humaine, et parlons, par souci de clarté et d'exactitude, de spiritualisation selon le Saint-Esprit qui opère dans les âmes ce que le Christ a opéré sur les corps. Ce qui induit un « sevrage » de la volonté (et de l'opinion) propre ; autrement dit, consentir à perdre, à sacrifier ce qui serait plaisir ou contentement voire même consolation. Voilà une ascèse exigeante, à contre-courant du naturel, et qui ne peut s'accomplir qu'avec l'aide du Saint-Esprit : « Donnez-moi le courage, donnez-moi votre grâce. Faites briller la Lumière en nos esprits, versez l'amour en nos cœurs ; soutenez la faiblesse de notre corps par votre constante vigueur » (Sermon 30 sur le Saint-Esprit). Le chrétien cohérent demandera l'Esprit pour donner corps à la Parole de Dieu, et garder ainsi les vertus théologales, pas seulement en homme raisonnable (et érasmien !), mais selon l'inspiration propre des fils adoptifs, coopérant ainsi au dessein salvifique de Dieu pour le monde.  







Jésus, fils unique de Dieu, notre sauveur.
Nous saurons gré à Jean d'Avila d'avoir réglé leur compte à ces distinctions qui, certes utiles au travail de réflexion théologique (comme liberté/grâce, activité/passivité, essence/existence, etc...), ont fini par se cristalliser en antagonisme stérilisant l'intelligence comme la pratique chrétienne ; mais plus encore d'avoir revivifié celles-ci, en rappelant que « la véritable foi chrétienne ne s'appuie pas sur des dires : Je suis né de parents chrétiens ; je vois d'autres hommes qui sont chrétiens et pour cela je suis chrétien ; ou bien encore, j'entends dire à d'autres que la foi est véritable et je crois également pour cette raison ; c'est alors en un homme surtout que l'on croit, car on ne regarde pas Dieu ». La foi viv(ant)e qui agit par cet amour infusé par le Saint-Esprit, est « une attirance divine qu'exerce sur nous le Père éternel en nous faisant croire très fermement et avec une certitude absolue, que Jésus-Christ est son Fils Unique, ainsi que toutes les autres vérités le concernant, comme elles sont crues par son épouse l'Église. En elle se trouve la véritable connaissance et le véritable culte de Dieu ; hors d'elle, il n'y a qu'erreur, mort et damnation. L'homme qui possède une telle croyance est celui-là même qui a entendu les paroles du Père et en a fait son enseignement ; qui, selon les Prophètes, est instruit par Dieu » (Audi Filia, Aubier, 1954, p. 178-179).  



Un ami et un Père précieux.
Jean d'Avila, sans doute moins célèbre, aura préparé Jean de la Croix et même l'aura anticipé en sa Montée du Carmel (sans parler de cette oscuridad tenebrosa, si proche de la nuit sanjuaniste). Ignace de Loyola le tenait en haute estime, le considérant, en 1548, comme son unique Père spirituel. Et, à la veille de se lancer dans l'oeuvre des fondations de sa réforme, Thérèse sa compatriote avait l'intention de soumettre son autobiographie au « Père Maître Avila » : « Je désire qu'on prenne des mesures pour qu'il la voie, écrit-elle au P. García de Toledo, car c'est dans cette intention que j'ai commencé à l'écrire. S'il estime que je suis sur le bon chemin, ce sera pour moi une très grande consolation. » Et lorsqu'elle apprendra sa mort peu après, « je pleure, avouera-t-elle, parce que l'Église perd une grande colonne ».




https://mailchi.mp/mariedenazareth/la-conversion-fulgurante-dalphonse-ratisbonne-363937?e=324d09cb23
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 24 Fév 2018, 10:35

1280


Notre-Dame de Cléry, un lieu de pèlerinage royal



La basilique mineure de Notre-Dame de Cléry (sur la commune de Cléry-Saint-André, Loiret), à 15 km au sud-ouest d’Orléans, a été bâtie à la suite d’un premier oratoire édifié en 1280 après la découverte dans un champ en défrichage d’une statue de la Vierge Marie. Rapidement, les rois de France vinrent à Cléry en pèlerinage et Louis XI (1423-1483) y fut inhumé.

Père Olivier de ScitivauxRecteur de Notre-Dame de Cléry


Les débuts d’un culte… Pour comprendre l'histoire de Cléry, il faut s'intéresser à l'Histoire qui a fait la France… Ce village de l’Orléanais faisait depuis très longtemps partie du domaine royal. Au XIIIe siècle, il est visité par le roi saint Louis IX, qui voudrait y développer le culte de la Vierge Marie. Vers 1275, l’ancien connétable de saint Louis, Simon de Melun, épouse Marie La Sableiges, dame de La Salle-lès-Cléry (Loiret). C'est tout naturellement que le fief est confié spirituellement aux moines de l'abbaye voisine de Micy fondée au VIe siècle par saint Mesmin. Les moines vont comprendre qu'on ne peut pas annoncer l'Évangile du Christ tant que les auditeurs n'ont pas de quoi manger et vivre correctement. Une vaste opération de défrichement débute donc à la frontière géographique du val de Loire et de la Sologne.  






La Vierge Marie s’offre au monde.
En 1280, alors que des cultivateurs labourent leurs champs, l’un d’eux découvre (dans un buisson, précise la tradition) une statue de bois polychrome, d'environ 80 centimètres de hauteur. La Vierge Marie, vêtue de pourpre et couronnée, tient au milieu de ses genoux son fils, nu, vulnérable, portant un fruit dans sa main droite, dans un geste d'offrande au monde. Aussitôt, un oratoire est construit, et les foules se déplacent pour invoquer la Vierge, si bien que le roi Philippe IV le Bel, dès le début du XIVe siècle, prendra la décision de le remplacer par une église collégiale de plus vastes proportions, desservie par cinq puis dix chanoines. Le roi offre également une cloche monumentale. Las, moins de cent ans plus tard, la France est en pleine guerre de Cent Ans et les Anglais assiègent Orléans. L'église est pillée et détruite en 1428 par les troupes du comte de Salisbury, à l’exception de la tour carrée nord du clocher ; miraculeusement la statue est sauvée. Salisbury meurt ensuite lors du siège d’Orléans, ce que les contemporains interprètent comme une punition divine. Jeanne d'Arc, traversant Cléry (elle sera plus tard représentée sur un vitrail de la basilique), n'y verra quasiment que des ruines.  




La reconstruction de l’église.
Alors que ses frères légitimes sont retenus prisonniers en Angleterre, Jean, « bâtard d'Orléans », qui prendra ensuite le nom de Dunois, compagnon d'armes de la Pucelle et cousin du Roi, va œuvrer pour que l'église de Cléry soit reconstruite. Dans un pays exsangue, les travaux vont commencer sous le règne de Charles VII pour s'achever sous celui de Louis XI. À plusieurs reprises, faute d'argent et de priorités budgétaires, ils vont s'interrompre, et il faudra, au siège de Dieppe (1442-1443), toute la persuasion de Dunois vis-à-vis du Dauphin Louis, pour que celui-ci demande la victoire à la Vierge de Cléry. Le futur Louis XI fait la promesse que s'il parvient à lever le siège sans grande perte d’hommes, il achèvera la reconstruction de Cléry. Le lendemain, 15 août 1443, il remporte la victoire. Pourtant, il faudra attendre encore quelques années pour que la promesse s'accomplisse !   







Le roi Louis XI et Cléry.
Reconnaissant pour sa victoire et devenu roi en 1461, Louis XI est durablement attaché à l’histoire de Cléry. C’est lui qui préside la reconstruction de l’édifice dans le style gothique flamboyant, qui dura jusqu’en 1485 sous la direction de Pierre Chauvin et de Pierre Le Page, et il viendra fréquemment y séjourner. Il orne son chapeau de médailles, parmi lesquelles celle de la Vierge de Cléry. Il se fait aménager un oratoire au premier étage de la chapelle de Villequier afin de pouvoir suivre les offices au chœur sans être vu… À la suite d’un nouveau vœu réalisé en 1465 à la bataille du château de Montlhéry (Essonne), finalement remportée contre le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, Louis XI fait de Cléry une chapelle royale le 21 décembre 1467 et la dote de plusieurs privilèges juridiques successifs ; il obtiendra même un peu plus tard du pape Sixte IV le titre de premier chanoine de la collégiale (ce que représente un vitrail de l’édifice). Il fait don à l’église d’une Sainte Épine issue de la couronne d’épines du Christ, placée dans un cristal enchâssé d’or (elle sera volée par des brigands en 1631), et d’une relique de saint André. Lorsqu’en 1468, Dunois vint à mourir, celui-ci est inhumé, en compagnie de son épouse, Marie d'Harcourt, dans une chapelle latérale de l'église, dédiée à saint Jean, construite par l’architecte Simon du Val. En 1471, préoccupé par le soulèvement d'un certain nombre de seigneurs en « Ligue », Louis XI y fait réciter pour la première fois, au son des cloches et en sa présence, l'Angélus à midi pour la paix du Royaume. Depuis lors, cette coutume s'est répandue dans le monde, s’ajoutant aux Angélus du matin et du soir qui étaient récités depuis les Croisades pour la victoire contre les Turcs. Dès 1472, Louis XI émet le désir d'être inhumé « en prière pour l'éternité devant Notre-Dame de Cléry » qu’il affectionne tant, préparant pour l’occasion un tombeau et un gisant. Sa volonté est exaucée à sa mort le 31 août 1483 ; il est donc l’un des rares souverains français à ne pas être enterré à Saint-Denis. Son tombeau, tourné vers la statue miraculeuse, sera surmonté d'un mausolée en bronze et émaux. Sa seconde épouse, Charlotte de Savoie, viendra l'y rejoindre quelques semaines plus tard.  




Une chapelle pour saint Jacques.
À la Renaissance, soucieux de pouvoir accueillir les pèlerins en route vers Compostelle, le Doyen du Chapitre, Gilles de Pontbriand (originaire de Bretagne), demande à son frère François qui travaille à la construction de Chambord, d'édifier une chapelle à Cléry consacrée à saint Jacques. Ils y seront tous deux inhumés. Portée par de minces faisceaux de colonnettes flamboyantes, la chapelle comporte de superbes écussons polychromes de France et de Bretagne encore visibles de nos jours. Les murs sont décorés d’hermines et de cordelières, symboles de deux ordres de chevalerie importants nés dans le royaume de Bretagne.




Le miracle des larmes. Le 26 mai 1670, lundi de Pentecôte, sous le règne de Louis XIV, pendant la prière du soir, les chanoines virent subitement les visages de la Vierge et de l’Enfant devenir « d’une pâleur d’agonisants, se couvrir de sueur et de larmes ». Les chanoines sonnent les cloches, les habitants accourent et constatent ce miracle des larmes versées sur la misère du temps. Plusieurs procès-verbaux, signés par 39 témoins et déposés chez le notaire de Cléry, témoignent de ce miracle.   



Des destructions et des reconstructions.
L'Histoire de France, malmenée par la guerre de Cent Ans, est de nouveau malmenée par les guerres de Religion. L'Orléanais est au centre de beaucoup de désastres, et l'église de Cléry n'échappe pas à la règle. Le 2 avril 1562, après la prise d’Orléans par les troupes protestantes du prince de Condé, le mausolée est détruit pour être fondu, les sépultures royales sont profanées pour récupérer les cercueils en plomb (mais les corps sont laissés sur place), la statuaire est saccagée, y compris la statue de Notre-Dame… Au début du XVIIe siècle, la statue est reconstituée, et l'église sauvée de la destruction. Cependant, les Bourbons n'auront pas, vis-à-vis de Cléry, le même attachement que les Valois ! Louis XIII demande pourtant en 1622 qu'on reconstruise sur la tombe de Louis XI un mausolée plus modeste. La Révolution française verra de nouveau le mausolée de Louis XI détruit, mais ses éléments seront conservés et, au début du XIXe siècle, sous la Restauration, un nouveau mausolée sera reconstruit avec ce qui avait été sauvé : c’est ce qu’on voit encore de nos jours (statue du roi à genoux et en prière). Toutefois, le jubé ayant été détruit et la statue de Notre-Dame déplacée pour surmonter l'autel principal, l'orientation du nouveau mausolée sera légèrement modifiée pour que le roi demeure en prière devant Notre-Dame de Cléry. Les vieilles cloches ont été volées et fondues. Seule la statue de Notre-Dame a été sauvée de justesse par une délibération du conseil municipal de Cléry.  


Citation :
Chaque année un pèlerinage à Notre-Dame de Cléry est organisé 


Le XIXe siècle marque une lente renaissance.
Après le retour du mausolée en 1818, l’église est classée monument historique dès 1840 et accueille en 1854 les Oblats de Marie, venus remplacer les chanoines présents jusqu’à la Révolution (ils sont eux-mêmes remplacés par les Pères de l’Oratoire en 1865). Avec l’autorisation du pape Pie IX, la Vierge de Cléry est couronnée le 8 septembre 1863 par Mgr Dupanloup, évêque d’Orléans, en présence d’un cardinal et de sept autres évêques. En 1873, des fouilles permettent de retrouver le cœur de Charles VIII, fils de Louis XI, qui avait voulu faire enterrer une partie de son corps à Cléry, auprès de ses parents. Le 2 février 1894, le pape Léon XIII, sous forme d'une brève lettre apostolique, confère à l'église de Cléry le titre de basilique mineure. Le sanctuaire connut quelques vicissitudes (dégradations lors de la guerre franco-prussienne en 1871, vol important en 1926), mais il résista à la Seconde Guerre mondiale, qui ne fit qu’un seul dégât en 5 ans : la destruction d’une maison par bombardement, lequel tua un villageois (Éphrem Lecœur) qui donnera son nom à une rue du village.  



Chaque année, au mois de septembre, un pèlerinage à Notre-Dame de Cléry est organisé autour de la fête de la Nativité de la Vierge Marie (le 8 septembre). Ce pèlerinage est complété par un festival marial qui vise à aborder, chaque année, sous l’angle de la culture, un aspect de la vie de la Vierge Marie. La basilique est également remarquable pour ses 60 vastes fenêtres et pour ses 43 stalles de chêne habilement sculptées.



https://www.notrehistoireavecmarie.com//fr/esc/notre-dame-de-clery-un-lieu-de-pelerinage-royal/
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 03 Mar 2018, 21:45

1231

Saint Antoine de Padoue, le Saint que tout le monde aime





Antoine (1195-1231), « le saint de tout le monde » selon l’expression du pape Léon XIII, est né à Lisbonne (Portugal) au temps des croisades ; disciple de saint Augustin et de saint François d’Assise, il fut missionnaire, prédicateur, thaumaturge, mystique, puis, après sa mort, vénéré sur sa tombe à Padoue (Italie) et invoqué dans le monde entier, comme le montre le grand nombre de ses statues présentes dans toutes les églises. Mais qui est ce « saint que tout le monde aime » (Léon XIII) et que le pape Pie XII proclama « docteur évangélique de l’Église » ? Écoutons son histoire et les nombreux témoignages de sa présence, de sa compassion, de la paix et de la foi retrouvée.

[size=18]Valentin Strappazzon, ofmconv
Franciscain conventuel à Padoue, spécialiste de la spiritualité antonienne



Un enfant de bon caractère. Antoine, appelé Fernando Martins à son baptême, est né à Lisbonne, capitale du  Portugal, de Martin, fils d’Alphonse, et de Maria Taveira, en 1195 (ou 1190, d’après les analyses effectuées sur ses restes mortels), à l’ombre de la cathédrale. « Garçon de bon caractère, écrivent ses biographes, il apprit de ses parents à ouvrir largement ses mains aux pauvres et la miséricorde grandit avec lui dès l’enfance» Confié pour son éducation et son instruction aux chanoines de la cathédrale, il ne céda point aux plaisirs d’une ville grouillante de jeunesse et de couleurs, peuplée de croisés teutoniques et bretons, attirés par le bon air et le soleil, mais apprit les rudiments de la grammaire et du bon parler, visita des églises, goûta au latin et à la liturgie et, à l’âge de prendre femme, il choisit de se consacrer à Dieu chez les Chanoines réguliers de Saint-Augustin, au monastère de São Vicente de Fora (Lisbonne), où enseignaient des maîtres experts en théologie, en logique et en médecine.  



À l’école d’Augustin et de François.
La proximité de la ville et les trop fréquentes visites de parents et d’amis nuisaient cependant à son amour du silence et de l’étude. Au bout de deux ans, il s’en alla donc au monastère de Santa Cruz de Coimbra (200 km plus au nord) et, par sa conduite, il montra clairement à tous que le changement ne fut pas seulement de lieu mais de vie. Ce furent les années les plus fécondes de sa formation théologique et spirituelle. Là, écrivent ses biographes, il scrutait le sens caché des Écritures et fortifiait sa foi contre les erreurs ; là, à l’école des Pères et des Docteurs de l’Église, il apprenait la sagesse et, en peu de temps, il fit preuve d’une telle connaissance des Écritures que sa mémoire lui servait de livre. Jusqu’au jour où des Frères pauvres de François frappèrent à la porte du monastère pour demander l’aumône. Ces Frères s’étaient installés depuis peu à l’ermitage de saint Antoine du désert, près de la ville, ils vivaient de leur travail et, bien qu’illettrés, ils enseignaient l’Évangile par leur vie.  



Missionnaire au Maroc.
Le 16 janvier 1220, cinq de ces Frères, envoyés par François évangéliser les Sarrasins au Maroc, furent cruellement décapités par le sultan et leurs corps, déchiquetés, ramenés par l’Infante Don Pedro, frère du Roi Alphonse II, à Coimbra, y reçurent un accueil triomphal. L’événement secoua fortement l’esprit de Fernand qui, concevant dans son cœur le projet de partir, lui aussi, au Maroc donner sa vie pour le Christ, priait ainsi : « Oh, si le Très-Haut daignait me faire partager la couronne de ces saints martyrs ! Si l’épée du bureau me trouvait pliant mon cou, à genoux, pour le nom de Jésus. » Un jour, il confia aux Frères son projet de vêtir leur bure, sur la promesse d’être envoyé annoncer le Christ aux Sarrasins. La prise d’habit eut lieu le surlendemain ; à cette occasion, il changea le nom de Fernand pour celui d’Antoine, en souvenir de l’ermite égyptien du désert, patron de l’ermitage et, au début de l’automne, partit pour le Maroc. Est-ce ferveur de jeunesse ou présomption de ses propres forces ? Le fait est que, immobilisé par une maladie, Antoine ne put réaliser son rêve et, au début du printemps, il fit retour au Portugal. Il était en vue de l’Espagne, lorsque des vents contraires projetèrent le bateau sur les côtes de la Sicile.  




Antoine, « évêque » de François.
Accueilli par les Frères de Messine (Sicile), il apprit qu’un chapitre de toute la Fraternité allait avoir lieu à Assise (Ombrie), fin mai, pour la Pentecôte 1221. Il s’y rendit, malgré les suites de la maladie et du naufrage, y rencontra et entendit François parler des biens promis à ceux qui servent le Seigneur, mais, lorsque tous les Frères regagnèrent leur communauté, Antoine resta seul, inconnu de tous et discret sur sa culture et son ministère sacerdotal. Frère Gratien, provincial de Romagne (Italie), lui demanda alors s’il était  prêtre : « Oui », répondit Antoine, et Frère Gratien l’envoya à Montepaolo, sur les hauteurs de Forlí, où six Frères vivaient en ermitage. Là, pendant une année et demie, il vécut dans le silence, la prière et, par les jeûnes et la pénitence, maîtrisa durement son corps. Un jour de septembre 1222, des Frères mineurs et des Frères Prédicateurs étaient rassemblés à Forlì (Émilie-Romagne), à 180 km au nord d’Assise et à 75 km au sud-est de Bologne, pour une ordination sacerdotale et le supérieur invita Frère Antoine à tenir la conférence spirituelle d’usage. Il s’en esquiva selon son habitude, mais, réclamé par tous, il commença à parler d’une voix claire et exposa les Écritures avec une telle profondeur que celui qu’on ne croyait bon qu’à laver la vaisselle et à balayer le couvent, se révéla expert théologien, exégète, orateur et homme spirituel. Aussitôt Frère Gratien lui confia la charge de prédicateur dans la Romagne infestée par l’hérésie cathare. Peu après, François, reconnaissant en lui le Frère qui savait allier science et humilité, lui confia la charge d’enseigner la théologie aux Frères à Bologne, l’appelant « mon évêque », la charge de prêcher et d’enseigner étant réservée aux évêques ou à « des hommes éprouvés par leurs qualités de vie et de doctrine ».  



Contre les hérésies, en France et en Italie du Nord.
En 1223, le pape Honorius III lança un appel à Louis VIII, roi de France, pour lui demander d’intervenir en Languedoc, où « les hérétiques attaquaient ouvertement l’Église et ruinaient la foi catholique ». Antoine fut donc envoyé dans le Midi de la France pour ramener les croyants à la foi et à la morale de l’Évangile. Il enseigna à Montpellier et à Toulouse ; à Limoges, il fut responsable des communautés de France et le couvent du Puy l’eut comme supérieur. Jean Rigaud, Frère mineur, originaire de Limoges, puis évêque de Tréguier, nous a laissé le récit de nombreux miracles accomplis à Saint-Pierre du Queyroux, Saint-Junien, Solignac et Brive, dans le Limousin. Les grottes de Brive où il menait vie solitaire sont aujourd’hui un lieu de pèlerinage et de spiritualité parmi les plus fréquentés de France. Vers septembre 1224 et mai 1225, à Arles, François, encore vivant, approuva par sa bénédiction son travail de prédicateur et son amour de la Croix. En Provence et en Languedoc, dans le Limousin et en Velay, Antoine fonde nombreux couvents de Frères Mineurs. Les nombreuses conversions qui surviennent en France et en Italie lui valent le surnom de « marteau des hérétiques ». Rentré en Italie, il assiste au Chapitre général de la Pentecôte à Rome en 1227 (après la mort de saint François le 3 octobre 1226). Antoine y fut nommé provincial de l’Italie du Nord. Au cours de ce mandat, à Verceil (Piémont), l’abbé Thomas Gallo nous laissa de lui le portrait d’un mystique qui, « telle une lampe et à l’image de Jean-Baptiste, enflamme et éclaire l’Église de Dieu ».







Le grand Carême de Padoue.
Au chapitre général qui eut lieu à Assise pour la Pentecôte 1230, durant lequel il prêcha devant le pape, qui, impressionné par sa connaissance de la Bible, l’appela « écrin, trésor du Testament », Antoine fut déchargé de toute tâche de gouvernement des Frères et reçut l’autorisation de prêcher librement en tous lieux de son choix. Il s’établit à cette occasion à Padoue (Vénétie), au couvent Sainte-Marie, à l’ouest de la ville où il avait séjourné durant son provincialat et noué des liens d’amitié et d’affection avec les habitants. Il occupa l’hiver 1230-1231 à la mise en forme de son œuvre écrite, Les Sermons des dimanches et des fêtes de l’année, mais dut l’interrompre au début du mois de février pour se consacrer entièrement, pendant quarante jours, « avec un zèle infatigable à la prédication, à l’enseignement et au ministère de la confession jusqu’au coucher du soleil, très souvent à jeun ». Ce fut un temps d’activité harassante, dans les églises de la ville, en plein air, devant une assistance qui dépassait parfois les 30 000 personnes de tous âges et de toutes conditions, mais très riche d’« une abondante moisson pour le Seigneur » : pacification d’anciennes rancunes, restitution de biens volés de gré ou de force, libération de pères de famille retenus en prison jusqu’à l’épuisement des dettes de l’usure, ferveur de femmes désirant toucher ou emporter comme relique un morceau de sa bure, conversion de bandits notoires et de femmes publiques…



Père de Padoue et Docteur de l’Église. Antoine connut d’avance le jour de sa mort et annonça du haut d’une colline entourant Padoue, l’honneur dont la ville allait jouir à cause de ses mérites. Épuisé, tourmenté par une hydropisie persistante, il dut se retirer à Camposampiero, à une vingtaine de kilomètres au nord de Padoue, pour recouvrer la santé et reposer son esprit. Tiso, comte du lieu et ami des Frères, construisit entre les branches d’un noyer trois cellules, une, au centre, pour lui et une, de chaque côté, pour ses deux compagnons. Ce fut « sa dernière demeure parmi les mortels ». Car, le vendredi 13 juin de l’an du Seigneur 1231, au cours du repas, il fut atteint d’infarctus et demanda à être ramené dans sa communauté de Padoue. Le voyage, sur un char à bœufs, fut pénible. À l’entrée de la ville, un Frère lui conseilla de s’arrêter au monastère de la Cella chez les Frères qui prêtaient assistance spirituelle aux Clarisses. C’est là que l’âme de Frère Antoine, munie des sacrements de l’Église, après avoir contemplé de ses propres yeux Jésus, son Seigneur (« Je vois mon Seigneur, Il m’appelle à Lui »), « fut absorbée dans l’abîme de la lumière ». « Ô vrai saint serviteur du Très-Haut, conclut son biographe, tu as mérité à la fois de vivre et de voir le Seigneur. Ô âme sainte, que bien que non arrachée par la main du persécuteur, tu as été transpercée par le désir du martyre et l’épée de la souffrance. Nous te prions, digne père : accueille avec bonté ceux qui t’honorent par l’offrande de leur dévotion, et assiste ceux à qui il n’est pas encore permis d’accéder à la face de Dieu. »  



Aussitôt, des bandes d’enfants envahirent la ville au cri : « Le père saint est mort ; saint Antoine est mort », et toute la population pleura « le Père de Padoue, son guide et son cocher, qui laissait un peuple d’orphelins ». Durant plusieurs jours, son corps fut l’objet de disputes entre les habitants de Capodiponte (aujourd’hui Arcella), dans la banlieue, puisque le pont séparait ce quartier de la ville et la communauté de Sainte-Marie, qu’Antoine avait choisie de son vivant comme lieu de sa sépulture. Le matin du cinquième jour, un cortège triomphant et une liturgie solennelle, présidée par l’évêque, accompagnèrent sa dépouille à sa dernière demeure. Un lieu que les biographes devaient chanter comme une nouvelle Jérusalem, rassemblent le nouveau peuple de Dieu dispersé, au même titre que la Jérusalem de l’histoire, Rome et Saint-Jacques de Compostelle.  

L’accomplissement de nombreux miracles, dès le jour de sa sépulture, suscita très vite un mouvement en faveur de sa canonisation qui eut lieu le 30 mai 1232 par le pape Grégoire IX, moins d’un an après sa mort. Très vite fut projetée la construction d’une grande basilique à Padoue chargée d’accueillir les nombreux pèlerinages et de lui rendre hommage (1238-1310). Trente-et-un ans après, le 8 avril 1263, Frère Bonaventure, docteur en théologie et ministre général de l’Ordre, procéda à la reconnaissance canonique du corps du saint et découvrit, avec émotion, sa langue encore fraîche et intacte. Le culte de saint Antoine se répandra notamment à partir de la Renaissance, en Extrême-Orient et dans le Nouveau monde, dans le sillage des explorateurs portugais. Si la dévotion populaire, très fervente à travers le monde entier, représente souvent le saint comme un franciscain très accueillant que l’on invoque pour retrouver les objets perdus, il ne faut pas oublier qu’il est avant tout un grand théologien et un contemplatif. Le 16 janvier 1946, fête des cinq martyrs du Maroc, Pie XII proclamait saint Antoine de Padoue, « docteur évangélique de l’Église ».




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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 10 Mar 2018, 10:37

1147

Notre Dame de Beauté, Patronne de tous les Artistes



Enracinée depuis le XIIe siècle au sommet de la butte Montmartre et voisine de la célèbre basilique du Sacré-Cœur (Paris), l’église Saint-Pierre de Montmartre témoigne avec grâce de la foi vivante qui animait ses bâtisseurs. L’année 2017 a marqué les 870 ans de sa dédicace et… de celle de l’abbaye royale bénédictine de Montmartre dont elle est l’unique vestige. L’église avait en effet une double vocation paroissiale et abbatiale. Redécouvrons la présence lumineuse d’un des plus anciens lieux de vénération mariale de la région parisienne.

Nastia KorbonBénévole au service de Notre-Dame de Beauté





Un repère spirituel millénaire. Montmartre, étymologiquement le « mont des Martyrs », nous rappelle le témoignage des chrétiens qui ont donné leurs vies pour le Christ. Parmi eux, saint Denis, premier évêque de Paris, martyrisé vers 250 avec ses compagnons Éleuthère et Rustique. Pendant presque 650 ans, au sommet de la butte sacrée, les Parisiens pouvaient contempler l’abbaye royale bénédictine Notre-Dame de Montmartre fondée en 1133 par le roi Louis VI le Gros et son épouse Adélaïde de Savoie. À la fin de son règne, pour le repos de son âme et celle de ses prédécesseurs, et sur les conseils de la reine, Louis VI échange avec les moines de Saint-Martin des Champs l’église parisienne de Saint-Denis-de-la-Châtre, située sur l’île de la Cité, contre les terres de Montmartre. Celles-ci comprennent l’église mérovingienne primitive en haut de la colline ainsi que la chapelle du Martyrium, située en bas de la butte, considérée par la tradition comme le lieu du martyre de saint Denis, pour qui Louis VI avait une grande dévotion.


Saint-Pierre de Montmartre : église paroissiale et abbatiale.
Le 21 avril 1147, la partie paroissiale de l’église est consacrée à saint Pierre par le bienheureux pape Eugène III, moine de Clairvaux, disciple et ami de saint Bernard qui servit lui-même la messe comme diacre, avec Pierre le Vénérable, l’abbé de Cluny, qui officia comme sous-diacre. La partie abbatiale de l’église Saint-Pierre, réservée aux religieuses bénédictines et fermée par un mur au niveau de la troisième travée de la nef jusqu’en 1686, est dédiée à la Vierge Marie et à saint Denis. Louis VI étant mort en 1137, c’est son fils Louis VII le Jeune qui assiste à la cérémonie avec sa mère Adélaïde. La reine prendra l’habit à l’abbaye de Montmartre en 1153 et y mourra l’année suivante, entourée par les premières bénédictines venues du monastère de Saint-Pierre de Reims.



L’abbaye Notre-Dame de Montmartre.
En 1175, face au nombre grandissant des vocations, Louis VII limite à 60 le nombre de religieuses qui pourront s’installer « au monastère de la bienheureuse et glorieuse Vierge Marie » du mont des Martyrs. C’est le plus ancien texte qui se réfère à la vocation mariale de l’abbaye. Au XVIe siècle, Pierre Favre, l’un des six compagnons de saint Ignace de Loyola présents lors du « vœu de Montmartre », le 15 août 1534, en fait également état dans sa biographie : « Le jour de sainte Marie d’août, […] nous allâmes à Notre-Dame de Montmartre, près de Paris, y faire chacun le vœu de partir pour Jérusalem […] et de nous placer au retour sous l’autorité du Pontife romain. »



Les saintes filles de Notre-Dame de Montmartre.
Un autre témoignage précieux nous a été transmis par saint Jean Eudes qui fut directeur spirituel et confesseur des bénédictines en 1660-1662 puis entre 1670 et 1673. Il aimait beaucoup se rendre à l’abbaye qui célébrait avec une grande dévotion la fête du Cœur de la Vierge Marie dont il était l’apôtre fervent. Saint Jean Eudes avait l’habitude de surnommer affectueusement ces religieuses « les saintes filles de Notre-Dame de Montmartre ». Dans son ouvrage Le cœur admirable de la très Sacrée Mère de Dieu (1680), il se réjouit de l’union étroite qui existe entre la Vierge Marie et l’abbaye : « Cette Sainte et illustre Abbaye a une appartenance particulière au très saint Cœur de la Mère de Dieu. […] Premièrement, parce qu’elle est consacrée spécialement à la Reine des cœurs, dont elle porte le nom, puisqu’elle s’appelle Notre-Dame de Montmartre. Secondement, parce qu’étant la montagne des Martyrs, […] elle est par conséquent la montagne de la Reine des Martyrs. Troisièmement, parce que l’amour incomparable du Cœur toujours bienfaisant de la Mère de bonté a versé des grâces et des faveurs innombrables sur les saintes Religieuses qui demeurent en cette Abbaye. »






La Révolution française et ses conséquences.
L’histoire de l’abbaye Notre-Dame de Montmartre s’arrête brutalement à la Révolution française. Ses biens (livres, reliques, mobiliers) sont pillés, dispersés ou détruits, comme la statue de Notre-Dame de Montmartre. Les murs sont utilisés comme matériaux de construction. En 1850, rien ne subsiste des bâtiments, excepté « le chœur des dames » : le chœur et l’abside de l’église Saint-Pierre qui étaient réservés aux bénédictines. Pendant presque 150 ans, la vénération de la Vierge Marie sous le vocable de Notre-Dame de Montmartre tombe dans l’oubli. L’état de l’église Saint-Pierre se dégrade au fil des années. Elle est sur le point de disparaître à la fin du XIXe siècle. Mais Dieu veille. L’église est définitivement sauvée en 1899 et sa restauration menée par l’architecte Sauvageot entre 1900 et 1905.



L’appel d’un peintre Montmartrois en 1935.
Gazi Igna Ghirei (env. 1900-1975), disciple et fils spirituel de la célèbre peintre Suzanne Valadon, était destiné à devenir le promoteur humble et dévoué du renouveau de la vénération de Notre-Dame de Montmartre. Lors d’une discussion animée sur la foi et la Vierge Marie, un souvenir d’enfance relaté par « sa mère d’adoption » bouleversa complètement la vie de Gazi. En 1881, alors qu’elle avait environ 14 ans, Suzanne Valadon eut la grâce de voir chez une vieille Montmartroise un morceau de la statue de Notre-Dame de Montmartre détruite par les révolutionnaires. Cet humble vestige, un modeste caillou, était conservé avec déférence sous un globe de verre. Presque cent ans après la disparition de l’abbaye, sa présence témoignait de la vénération profonde pour la Vierge Marie qui subsistait encore dans le cœur des habitants du village. Profondément ému par ce récit, Gazi ressentit un appel qu’il décrira comme « indicible » : faire revivre le culte millénaire de Notre-Dame de Montmartre sur la butte sacrée et « ramener ici Son divin sourire ».



Renouveau marial sur la butte Montmartre.
Gazi entreprend avec zèle des recherches sur l’histoire de Notre-Dame de Montmartre dans les bibliothèques et les archives. Soutenu par l’abbé Victor Seret, curé de Saint-Pierre, il transmet un dossier au diocèse de Paris. Le 20 novembre 1942, le Cardinal Emmanuel Suhard, archevêque de Paris, restaure officiellement la vénération de Notre-Dame de Montmartre. Elle redevient la patronne et la protectrice des lieux. Dans une lettre du 1er février 1945, le cardinal Suhard encourage chaleureusement Gazi, en soulignant la vocation particulière de l’église Saint-Pierre de Montmartre : « les premiers fruits se sont manifestés […] Mais il faut que l’influence de ce culte se fasse sentir encore plus profondément encore, et c’est avec le temps que cette accentuation se fera sentir. Nul doute que la Très Sainte Vierge qui a élu ce sanctuaire comme sa demeure propre, n’y attende ses fidèles pour répandre sur eux ses bénédictions. »






La nouvelle statue de Notre-Dame de Montmartre
. La statue offerte à la vénération dans le bas-côté sud de l’église Saint-Pierre a probablement été mise en place entre 1942 et 1944. Gazi la considère comme un don de la providence : « Cette statue est la seule Image de Marie qui se trouvait dans le Sanctuaire au moment où l’antique église, à la fin du siècle dernier, fut abandonnée, en vue de sa démolition. […] À la fin des grands travaux de réparation, la chère Image fut retrouvée dans les gravats ; […] et c’est cette Image anonyme et mystérieuse, que la Providence m’a fait choisir. » La tendresse et la paix qui émanent du visage de cette très belle Vierge de l’Annonciation ont sûrement ému Gazi, comme elles émeuvent les pèlerins et les touristes qui la dévisagent parfois longuement. En la contemplant, les mains croisées sur la poitrine, le visage légèrement baissé, profondément recueilli en une prière silencieuse d’adoration, on devine qu’elle vient de répondre à l’ange : « Je suis la servante du Seigneur ! » Un léger sourire flotte sur ses lèvres et témoigne mystérieusement de la présence de Jésus en son sein.



Notre-Dame de Beauté, patronne de tous les artistes.
C’est certainement en priant auprès de sa « divine patronne » que le peintre Gazi a eu l’intuition d’associer à Notre-Dame de Montmartre un second vocable : Notre-Dame de Beauté, reine de la Paix (devise des abbayes bénédictines, « Pax »). À l’été 1946, le cardinal Emmanuel Suhard l’encourage à nouveau en approuvant ce deuxième vocable profondément inscrit dans la tradition de l’Église qui associe depuis toujours la Vierge Marie à la beauté. Une très belle prière anonyme inspirée par le Cantique des Cantiques : ‘Tota Pulchra es, Maria’ (tu es toute belle, Marie) en témoigne déjà au IVe siècle. L’intuition de Gazi apparaît profondément universelle : Notre-Dame de Beauté est destinée à rassembler tous les artistes autour d’elle, au-delà de Montmartre. Son intuition semble également prophétique en 1946 : les enseignements de l’Église qui développeront plus spécifiquement la profondeur théologique du lien entre la Vierge Marie et « la Voie de la Beauté » apparaîtront… 30 ans plus tard.
 


Marie et la Voie de la Beauté.
En priant dès 1948 pour que Notre-Dame de Beauté daigne « guider les artistes dans leur recherche de la beauté » et en décrivant Marie comme le « Chef-d’œuvre de Dieu » (1952), Gazi rejoint profondément l’enseignement original de Paul VI sur la Voie de la Beauté. On en découvre les prémices en 1963, dans une homélie du Pape lors du IVe Centenaire des congrégations mariales : « Qu’est-ce que les hommes […] recherchent dans la vie ? Ils recherchent la beauté ; or, Marie est le sommet de la beauté. Les chefs-d’œuvre ne sont jamais des beautés partielles, mais une synthèse du beau : Marie est la créature la plus transparente de la présence trinitaire» En 1975, lors du Congrès Mariologique et Marial, Paul VI approfondit le lien intrinsèque entre Marie et la Beauté : « Il existe une voie accessible à tous, même aux âmes les plus simples : la voie de la beauté. » Suivre cette voie, c’est se mettre à l’école de Marie, « créature toute belle » et « miroir sans tache ». Elle est « la femme vêtue de soleil (Actes des Apôtres XII, 1), en elle les rayons très purs de la beauté humaine se rencontrent avec les rayons suprêmes, mais accessibles, de la beauté surnaturelle. […] Pourquoi ? Parce que Marie est pleine de grâce […] remplie de l’Esprit Saint qui brille en elle avec une splendeur incomparable ».
 




Notre-Dame de Beauté : icône de l’infinie beauté de Dieu.
En 2006, le document final de l’Assemblée plénière du Conseil Pontifical de la Culture parle de La Voie de la beauté comme d’un nouveau chemin d’évangélisation pour conduire les hommes au Christ. Il rappelle aussi l’importance spécifique de la Vierge Marie dans cet itinéraire pour notre temps : « Par son fiat, la Nouvelle Ève ouvre sans réserve la totalité de sa vie à l’action de l’Esprit divin, et par là elle permet à son humanité créée de donner chair au Dieu infini, d’une beauté indicible. » Un message du pape François, à l’occasion de la XIXe séance publique des Académies Pontificales en 2014, nous encourage à suivre cette voie : « Ne nous lassons pas d’apprendre de Marie, d’admirer et de contempler sa beauté, de nous laisser guider par Elle qui nous conduit toujours à la source originelle et à la plénitude […] de l’infinie beauté, celle de Dieu, qui nous a été révélée en Christ, Fils du Père et Fils de Marie. »
 


La présence de Notre-Dame de Beauté à Saint-Pierre de Montmartre est un signe de rassemblement et d’unité pour tous les artistes qui sont appelés à « la vocation de la beauté » à travers l’art, en vivant une consécration de leur vie au service de Dieu et de la nouvelle évangélisation, dont Marie est l’étoile.




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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Jeu 22 Mar 2018, 11:45

1996



Monseigneur Claverie et les martyrs d'Algérie : des vies données par amour






Le pape François a annoncé le 27 janvier 2018 sa décision de béatifier 19 religieux et religieuses de l’Église d’Algérie reconnus martyrs (dont Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran), victimes de la violence qui a meurtri ce pays durant les années 1990, faisant entre 150 000 et 200 000 morts. Les plus connus d’entre eux sont les sept moines trappistes de Tibhirine, dont l’enlèvement et la mort violente en mai 1996 avaient ému l’opinion publique internationale.


Jean-Jacques Pérennès, opProche de Mgr Claverie et président de la commission historique pour la béatification des martyrs de l’Église d’Algérie




Une amitié possible. Un communiqué des évêques d’Algérie est venu préciser le sens que l’Église d’Algérie donne à cette béatification : « Devant le danger d’une mort qui était omniprésent dans le pays, ils ont fait le choix, au risque de leur vie, de vivre jusqu’au bout les liens de fraternité et d’amitié qu’ils avaient tissés avec leurs frères et sœurs algériens par amour. » Comme l’a souligné Anne-Bénédicte Hoffner dans le journal La Croix (27 janvier 2018), ce ne sont « pas des martyrs contre mais avec les Algériens ». Il serait dramatique, en effet, que la célébration d’une béatification ait pour résultat d’accroître l’aversion pour le monde musulman, déjà largement stigmatisé. De ce point de vue, l’Église d’Algérie offre un éclairage original, la possibilité d’une amitié, qui mérite d’être souligné.


« Une Église pour un peuple musulman ».
Le christianisme, très implanté en Afrique du Nord au temps de saint Augustin (354-430), évêque d’Hippone et docteur de l’Église, a totalement disparu sous l’impact conjoint de la domination vandale (442-533), des luttes intestines (la querelle donatiste, en particulier) et de l’arrivée de l’Islam vers 650. Il n’est revenu qu’avec la colonisation française en 1830, mais n’a concerné que des colons européens, les « pieds-noirs », qui ont par exemple favorisé la dévotion à Notre-Dame d’Afrique. Du même coup, il est apparu comme « la religion du colonisateur ». La violence de la guerre d’Algérie, qui a abouti à l’Indépendance politique de pays, entraîne le départ en 1962 de la quasi-totalité des Européens, environ un million de personnes, pour la plupart de confession chrétienne. À nouveau, le christianisme aurait pu disparaître. Ce ne fut pas le cas grâce à la hauteur de vue, au courage et à la généreuse intuition du cardinal Léon-Etienne Duval, archevêque d’Alger de 1954 à 1988, qui prit la nationalité algérienne et fit le choix de mettre son Église au service d’un pays nouvellement indépendant qui avait beaucoup à construire ou à reconstruire : écoles, dispensaires, œuvres sociales sont les domaines dans lesquels vont s’investir prêtres, religieux et laïcs chrétiens. « Les conditions de la pérennité de l’Église se trouvent en dehors de ses limites visibles. Dans la mesure où l’amour fraternel sera vivant et agissant, partout cet amour sera la garantie de la vie de l’Église », écrit Mgr Duval dans une lettre pastorale de 1980. Ce projet d’une Église algérienne, au service du peuple algérien, a été le moteur de son activité pendant une vingtaine d’années avec un réel enthousiasme. C’est dans ce climat que Mgr Henri Teissier, successeur du cardinal Duval comme archevêque d’Alger, a pu parler d’« une Église pour un peuple musulman », car elle n’est pas là d’abord pour convertir – c’est socialement impossible, bien que le salut en Jésus soit ouvert à tous les hommes –, mais pour servir et témoigner de l’amour gratuit du Christ pour tout homme, y compris les musulmans[1].


La naissance d’un fondamentalisme religieux.
Le début des années 1980 voit naître un nouveau climat : l’Algérie s’est déjà dotée de quelques structures et a moins besoin d’aide extérieure pour former ses cadres ; un nationalisme assez ombrageux refait surface, surtout dans le cadre de la politique d’arabisation du pays ; et l’on voit déjà apparaître – sans s’en rendre compte sur le moment – les signes avant-coureurs d’un fondamentalisme religieux pour lequel ces religieux chrétiens n’ont rien à faire dans ce pays qu’ils considèrent comme une « terre d’islam ». 



Une Église solidaire dans l’épreuve.
Les mouvements islamistes comme le FIS (Front islamique du salut), qui ont réussi à émerger au grand jour lorsque le régime du parti unique fut dissous en 1989 par une révision constitutionnelle qui instaure le multipartisme, vont tenter de prendre le pouvoir au début des années 1990. Après une grande victoire aux élections locales en 1991, la victoire aux législatives leur échappe de peu en janvier 1992 lorsque le régime algérien, aux mains des militaires, décide d’interrompre le processus électoral. L’Algérie plonge alors dans la spirale infernale de la violence : les islamistes s’attaquent d’abord aux symboles de l’État (policiers, juges), puis aux symboles d’une société ouverte, plurielle (journalistes, artistes, femmes engagées dans la vie sociale) et enfin aux étrangers. C’est alors que se produit ce que personne n’avait osé imaginer : des agressions violentes de religieux et religieuses catholiques qui depuis des décennies servaient la population avec un grand désintéressement. L’assassinat de Sœur Paul-Hélène et du Frère Henri Vergès dans leur petite bibliothèque de la Casbah le 8 mai 1992 est un énorme choc, clairement revendiqué par le GIA (Groupement islamique armé) qui dit vouloir « liquider des juifs, des chrétiens et des mécréants de la terre musulmane d’Algérie ». Ce n’est hélas que le début d’un martyrologe qui va compter dix-neuf noms, dont des religieuses très modestes, des hommes totalement dédiés à la prière et au service du prochain – les moines trappistes de Tibhirine (enlevés dans leur monastère près de Médéa puis assassinés le 21 mai 1996) – et, finalement, Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, assassiné le 1er août 1996. Cet homme, il est vrai, avait pris fait et cause publiquement pour une Algérie plurielle, ouverte, fraternelle, en solidarité explicite avec la majorité des Algériens qui, eux aussi, refusaient l’enfermement de leur pays dans un islam politique intolérant.





En Algérie, au pied de la Croix. Ce qui vaut à ces dix-neuf victimes (16 Françaises, deux Espagnoles et un Belge) d’être béatifiées, ce n’est pas d’abord leur mort, même si elle fut violente, mais leur choix libre de rester dans ce pays, aux heures difficiles, par amour du Christ, de l’Église et du peuple algérien à qui ils avaient lié leur destin. Après l’assassinat de religieuses espagnoles à l’automne 1994, deux femmes très modestes, un journaliste algérien, Saïd Mekbel, écrivit : « Esther et Caridad étaient notre famille. Et comme de nombreuses familles en Algérie, nous sommes cruellement touchés. Ce meurtre est un signe de refus de la fraternité dans la différence des cultures et des religions. Il rejoint celui de tant de victimes innocentes de ce peuple ; ce peuple qui a tellement contribué à édifier la personnalité de Caridad et d’Esther… Combien nous aimerions que ces cœurs aveuglés entendent les mots du père d’Esther : « Je pardonne aux assassins de ma fille, et je remercie le peuple algérien de lui avoir permis d’être ce qu’elle a été. » »[2] Quelques semaines avant d’être tué à son tour, Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, écrivit des lignes qui sonnent comme un testament spirituel : « Depuis le début du drame algérien, on m’a souvent demandé : « Que faites-vous là-bas ? Pourquoi restez-vous ? Secouez donc la poussière de vos sandales ! Rentrez chez vous ! Chez vous… Où sommes-nous chez nous ? Nous sommes là-bas à cause de ce Messie crucifié. À cause de rien d’autre et de personne d’autre ! Nous n’avons aucun intérêt à sauver, aucune influence à maintenir. Nous ne sommes pas poussés par je ne sais quelle perversion masochiste. Nous n’avons aucun pouvoir, mais nous sommes là comme au chevet d’un ami, d’un frère malade, en silence, en lui serrant la main, en lui épongeant le front. À cause de Jésus parce que c’est lui qui souffre là, dans cette violence qui n’épargne personne, crucifié à nouveau dans la chair de milliers d’innocents. Comme Marie, sa mère et saint Jean, nous sommes là au pied de la Croix où Jésus meurt abandonné des siens et raillé par la foule. N’est-il pas essentiel pour le chrétien d’être présent dans les lieux de déréliction et d’abandon ? » C’est ce choix libre de rester par amour qui justifie une béatification, bien plus que le fait de mourir de manière violente.


La fécondité de ces vies données.
L’Église d’Algérie a été terriblement ébranlée par ces épreuves. Un tiers de ses membres n’a pas pu tenir, pour des raisons de stress et de fatigue nerveuse. Mais le lien de l’Église avec le pays a été renforcé par la solidarité vécue au cours de ces années noires. D’une certaine manière, en payant le prix de leur vie, les martyrs de l’Église d’Algérie ont rendu plus crédible et authentifié le propos de solidarité de cette Église avec un peuple qui est majoritairement musulman et qui entend le rester. La société algérienne s’ouvrant un peu à la faveur de la mondialisation, un certain nombre d’Algériens ont souhaité le baptême, surtout sous l’influence de mouvements évangéliques américains, mais cela reste marginal. En revanche, de plus en plus d’Algériens ont compris que leur société ne serait jamais une société ouverte et plurielle si elle ne laissait pas place à d’autres confessions. Le chemin est encore long vers l’« humanité plurielle, non exclusive », que Pierre Claverie appelait de ses vœux dans un texte de janvier 1994, mais un certain droit de cité a été acquis, fragile, certes, qui peut vite être remis en cause, mais qui est là.




Citation :
Des dizaines de livres ont aussi été publiés faisant connaître ces hommes et femmes qui ont suivi le Christ jusqu’au bout



Le mystère du Christ.
Surtout, l’impact du témoignage des martyrs de l’Église d’Algérie dans l’opinion mondiale est allé au-delà de ce que l’on pouvait imaginer : le film de Xavier Beauvois, Des hommes et des dieux (2010), a été vu par des millions de spectateurs et a reçu le César du meilleur film en 2011 ; la pièce de théâtre d’Adrien Candiard, Pierre et Mohamed, créée en 2011 au festival d’Avignon, a été représentée plus de mille fois devant des publics très divers, comprenant parfois des musulmans. Des dizaines de livres ont aussi été publiés, faisant connaître au monde le témoignage très discret de ces hommes et de ces femmes qui ont suivi le Christ jusqu’au bout.



Quelque chose a été semé dans le sang et les larmes, mais les fruits sont là : c’est cette fécondité de vies données par amour, que l’Église universelle veut reconnaître en déclarant bienheureux « Mgr Pierre Claverie et ses 18 compagnes et compagnons martyrs ». Il faut espérer que l’événement permettra, non pas de stigmatiser un peu plus les musulmans, mais, au contraire, de célébrer une générosité exemplaire et une amitié qui ouvre les cœurs et participe d’une manière mystérieuse à l’amour de Dieu pour tous les hommes. N’oublions pas que le concile Vatican II a clairement déclaré que l’Église du Christ va au-delà de ses limites visibles.


[1]                                Henri Teissier, [i]Église en Islam, méditation sur l'existence chrétienne en Algérie[/i], Centurion, Paris 1984, 211 p. ; [i]Une Église pour un peuple musulman[/i], Conférence au séminaire des Carmes, Paris, Pentecôte 2005, 9 p.
[2]                                Mesmar J’ha, « Lettres », [i]Le Matin[/i], 14 novembre 1994. Saïd Mekbel sera assassiné vingt jours plus tard, le 3 décembre 1994.


https://www.notrehistoireavecmarie.com//fr/esc/monseigneur-claverie-et-les-martyrs-dalgerie-des-vies-donnees-par-amour/
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humanlife



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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Jeu 22 Mar 2018, 12:03

Pas terrible ce texte au sujet des martyrs d'algérie, plutôt confus et témoin d'une mentalité un peu dépassée je trouve.
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RenéMatheux



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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Jeu 22 Mar 2018, 14:55

humanlife a écrit:
Pas terrible ce texte au sujet des martyrs d'algérie, plutôt confus et témoin d'une mentalité un peu dépassée je trouve.

Vous avez raison.
Je cite
Citation :
C’est dans ce climat que Mgr Henri Teissier, successeur du cardinal Duval comme archevêque d’Alger, a pu parler d’« une Église pour un peuple musulman », car elle n’est pas là d’abord pour convertir – c’est socialement impossible, bien que le salut en Jésus soit ouvert à tous les hommes –, mais pour servir et témoigner de l’amour gratuit du Christ pour tout homme, y compris les musulmans[1].

Les évangéliques ont prouvé que c'était faux!
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Invité
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Jeu 22 Mar 2018, 18:07

RenéMatheux a écrit:



Les évangéliques ont prouvé que c'était faux!

évangéliques ou évangélistes ?
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RenéMatheux



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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Jeu 22 Mar 2018, 18:40

Evangéliques!
Evangélistes, c'est Mathieu, Marc (secrétaire de pierre), Luc (compagnon de Paul) et Jean, comme le l'avait fait remarquer fox 77 malheureusement parti ailleurs Mr. Green
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Violette7
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 24 Mar 2018, 11:25

                                                            1660 

SAINTE LOUISE DE MARILLAC, UNE  FEMME LAIQUE AU SERVICE DE LA CHARITE





Malgré son désir de rentrer au couvent, Louise de Marillac (1591-1660), après sa rencontre avec saint Vincent de Paul, consacrera toute sa vie à organiser la charité, d’abord en coordonnant les Confréries de la Charité puis en fondant la Compagnies des Filles de la Charité.


Michèle Rivière de PrécourtPrésidente de la Fédération Française des Équipes Saint-Vincent de 2013 à 2016




La naissance d’un duo d’exception. C’est en 1625 que Louise de Marillac rencontre Vincent de Paul. Ils vont former pendant 45 ans un tandem efficace, se soutenant l’un l’autre. Tous deux ont été canonisés, et tous les deux sont considérés aujourd’hui comme les saints patrons de l’action caritative. Pourtant, leurs premières rencontres ne sont pas idylliques. Louise trouve Monsieur Vincent rustre et cassant ; lui trouve cette femme scrupuleuse à l’excès, geignarde, il hésite à en prendre la direction spirituelle ! L’année 1625 marque pour chacun une rupture. Pour Monsieur Vincent, c’est la mort de Madame de Gondi qui l’a toujours soutenu et poussé dans sa mission. Les Lazaristes n’auraient sans doute pas existé sans elle. Il va avoir du mal à s’en passer. Louise quant à elle vient de perdre son mari, Antoine Le Gras. Elle se retrouve veuve, presque ruinée avec un fils qui ne se développe pas tout à fait normalement.



Une enfance difficile.
Elle n’a jamais eu la vie facile, la pauvre Louise. Elle est la fille d’un demi-frère de Michel de Marillac, garde des sceaux et chancelier de France mais… de mère inconnue. Elle aura cependant un grand attachement envers sa mère du Ciel, la Vierge Marie, qu’elle invoquera souvent (une de ses formules préférées dit à Jésus : « Accordez-moi cette grâce par l’amour que vous portez à la Sainte Vierge »). Née à Paris le 12 août 1591, elle est reconnue par son père dont elle porte le nom. Mais quand ce dernier se marie, il l’envoie, alors qu’elle n’a que 4 ans, comme pensionnaire au couvent royal de Poissy (Yvelines). Elle y restera jusqu’à la mort de son père qui survient lorsqu’elle atteint l’âge de 13 ans. La famille de Marillac n’est pas spécialement heureuse d’avoir à s’occuper de cette enfant illégitime ! On la retire de Poissy pour la mettre en pension à Paris chez une demoiselle qui tient une pension pour jeunes filles pauvres. Entre 13 et 22 ans, Louise lit beaucoup, notamment L’Imitation de Jésus-Christ et la Bible en intégralité, ce qui est rare à l’époque.



Un vœu impossible à réaliser.
Très pieuse, Louise voudrait rentrer au couvent chez les Capucines, mais elle est refusée à cause de sa santé fragile. Pour elle, c’est un drame ! Elle avait fait le vœu secret d’être religieuse et elle ne peut tenir sa promesse ! Pour obéir à sa famille, elle épouse en 1613, dans l’église Saint-Gervais, Antoine Le Gras, secrétaire des commandements de la régente Marie de Médicis. Les Le Gras mènent une vie de cour dans leur hôtel du Marais (Paris). Ils ont un fils, Michel. Le calme ne dure pas. Après l’assassinat de Concini, favori de Marie de Médicis (24 avril 1617), celle-ci est exilée à Blois (Loir-et-Cher) et les Le Gras sont en disgrâce. Aux soucis d’argent, s’ajoutent les soucis de santé d’Antoine qui tombe gravement malade en 1621. Il était déjà d’un caractère facilement irritable, la maladie le pousse à être franchement désagréable. Louise y voit un châtiment du non-respect de sa vocation religieuse. Elle sombre dans le désespoir et connaît une sorte de nuit de la foi jusqu’à la Pentecôte 1623 où, dans l’église Saint-Nicolas-des-Champs, « tout en un instant, mon esprit fut éclairé de ses doutes ». Les théologiens modernes parlent volontiers d’une effusion du Saint-Esprit. Antoine Le Gras meurt le 21 décembre 1625. Louise doit quitter l’hôtel du Marais pour un petit appartement dans le quartier saint Victor. Elle y élève son fils, tricote pour les pauvres, tourne en rond… C’est là que son confesseur lui présente Monsieur Vincent comme directeur de conscience. Il essaie de la calmer : « Allez doucement, allez bonnement, soyez bien gaie. »
   



Création des Confréries de la Charité.
En 1617, Monsieur Vincent crée à Châtillon-les-Dombes (aujourd’hui Châtillon-sur-Chalaronne, Ain) la première Charité au secours des pauvres et des malades dont il écrit immédiatement le règlement : « La confrérie sera composée de femmes tant veuves, mariées que filles… et afin que la confusion ne s’y glisse pas, par la multitude le nombre pourra être de vingt seulement. » À peine la première Confrérie créée, Monsieur Vincent est rappelé auprès des Gondi qui ont de nombreuses terres en Picardie ; Vincent en profite pour y créer de nombreuses Charités, ainsi qu’à Paris.







Louise, coordinatrice des Charités.
C’est en 1629 que Monsieur Vincent demande à Louise de l’aide pour la coordination des Charités, qu’elle va inspecter. Avec la création des Lazaristes, les conférences du Mardi… il est débordé et la disponibilité de Louise de Marillac arrive à point ! « Allez donc, Mademoiselle, allez au nom de Notre Seigneur. Je prie sa divine bonté qu’elle vous accompagne, qu’elle soit votre soulas (soulagement) en votre chemin, votre ombre contre l’ardeur du soleil, votre couvert à la pluie et au froid, votre lit mollet en votre lassitude, votre force en votre travail et qu’enfin il vous ramène en parfaite santé et pleine de bonnes œuvres ». Louise part l’été à travers la France à la rencontre des Charités, l’hiver elle coordonne et crée de nombreuses Charités à Paris. C’est une mission dure. Accompagnée d’une servante ou d’une amie,  elle va par le coche public d’un village à l’autre, parfois à pieds ou à cheval, par tous les temps. Elle est plus ou moins bien reçue par les autorités publiques, les curés des paroisses, les évêques qui regardent avec suspicion cette femme de Paris qui vient dire ce qu’il faut faire chez eux ! Les Charités elles-mêmes ne sont pas toujours très accueillantes. Si elles se sont multipliées, chacune a ses méthodes, mais la diversité excessive nuit à l’esprit de la fondation. Il faut donc redresser, réformer, organiser. Louise fait des comptes rendus précis : telle charité manque d’argent, telle autre de piété, ici on se dispute, là on n’est pas régulier dans le service aux pauvres… Elle insiste beaucoup sur l’éducation qui doit faire partie intégrante de la Charité. Partout elle cherche quelqu’un pour apprendre à lire aux enfants. Il s’agit toujours d’assister corporellement et spirituellement et savoir lire favorise la catéchèse. Louise paraît enfin avoir trouvé sa voie : s’occuper des pauvres. Elle s’en ouvre à Monsieur Vincent qui lui conseil de rester disponible aux imprévus de la Providence.
   



Création de la Compagnie des Filles de la Charité.
Les Confréries ont beau se multiplier, elles ne suffisent plus pour toutes les missions de charité. Certaines demandent en effet une présence permanente et un engagement total que des femmes avec maris et enfants ne peuvent assumer. On a recours à des femmes que l’on paie, mais l’esprit n’est pas le même. En 1630, Monsieur Vincent reçoit la visite d’une paysanne, Marguerite Naseau, qui lui offre ses services. D’autres jeunes filles la rejoignent. De nouveau, il faut créer une organisation. En 1633, Louise de Marillac réunit 4 jeunes filles dans son appartement et avec Vincent de Paul élabore un règlement de ce qui devient la Compagnie des filles de la Charité. Il s’agit de se mettre totalement au service des pauvres. C’est ce qu’avait voulu faire saint François de Sales, mais il fut impossible pour l’autorité ecclésiastique d’envisager des religieuses non cloîtrées. Les filles de la Charité ne seront donc pas des religieuses ! Elles feront des vœux privés temporaires qu’elles renouvelleront tous les ans le 25 mars. « Nous ne sommes pas des religieuses, nous sommes des séculières », répétera souvent Louise à ses filles parfois tentées par le cloître. Voici le programme que leur propose Monsieur Vincent ; elles auront : « Pour monastère, les maisons des malades et celle où reste la supérieure. Pour cellule, une chambre de louage. Pour chapelle, l’église paroissiale. Pour cloître, les rues de la ville. Pour clôture, l’obéissance. Pour voile, la sainte modestie. Pour profession, la confiance continuelle en la sainte Providence… » (Coste X, 661) C’est une telle révolution que le règlement ne sera finalement accepté par l’Église qu’en 1655, et ratifié par le parlement en 1658 ! Comme elle a animé les Confréries de la Charité, Louise va organiser et animer la compagnie des Filles de la Charité jusqu’à sa mort. Là encore, la mission est difficile : il faut former et diriger ces jeunes filles de la campagne pour le service des pauvres et surtout trouver de l’argent… son plus gros souci !







Une communauté mariale.
Avec saint Vincent, Louise imprime aux Filles de la Charité une spiritualité pleinement mariale. Elle écrit notamment : « Toutes les âmes vraiment chrétiennes doivent avoir un grand amour à la Sainte Vierge et l’honorer beaucoup pour sa qualité de Mère de Dieu et pour les vertus que Dieu lui a données à ce dessein » (Autobiographie, M 33). Elle consacre la Compagnie à la Sainte Vierge, à Chartres où elle se rend en pèlerinage en octobre 1644. Elle choisit comme fêtes principales des Filles de la Charité deux dates mariales : le 25 mars, jour de l’Annonciation, où sont renouvelés les vœux annuels des membres, et le 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception (qui n’est pourtant pas encore reconnue dans toute l’Église : ce ne sera le cas qu’en 1854, après les apparitions de la rue du Bac, justement chez les Filles de la Charité, et peu avant celles de Lourdes), où les membres renouvellent leur consécration à Marie. Elle fait d’ailleurs réciter par ses Filles la prière suivante : « Très Sainte Vierge, je crois et confesse votre sainte et immaculée Conception. »



L’œuvre des enfants trouvés.
Une des grandes réalisations de Louise, c’est l’œuvre des enfants trouvés en 1638. Chaque année à Paris, il y avait entre 300 et 400 enfants abandonnés aux portes des églises. Ceux qui ne mouraient pas de froid étaient envoyés dans une maison appelée La Couche Landry. Des femmes appointées par la ville étaient censées s’en occuper. Mais les survivants étaient bien souvent vendus à des mendiants qui, dit Monsieur Vincent, « leur rompaient bras et jambes pour apitoyer les passants » et leur soutirer de l’argent à la porte de Notre-Dame le dimanche. Le clergé indigné fait alors appel à Vincent de Paul, mais à cause des préjugés de l’époque, il ne trouve que peu d’écho. C’est alors qu’il envoie des dames de la Charité faire une enquête à la Couche. Elles reviennent horrifiées ! Les dames financent et trouvent une nouvelle maison pour ces enfants dont Louise et ses filles vont s’occuper. Mais les besoins augmentent et les ressources diminuent. Les enfants ont faim et Louise multiplie les appels au secours. En vain. Il faut que Monsieur Vincent intervienne lui-même auprès des Dames de la Charité pour que l’œuvre soit sauvée. Mais ce n’est pas la seule œuvre : en 1650, M. Vincent achète une maison avec un terrain pour recevoir 40 vieillards : L’Hospice du Saint Nom-de-Jésus. C’est bien sûr à Louise et à ses filles qu’il en confie le fonctionnement.



Une œuvre internationale.
Jusqu’à sa mort en 1660, Louise organise, coordonne, recherche des fonds, forme… C’est un travail d’autant plus difficile que, sur le plan personnel, elle reste inquiète, anxieuse et souffre d’une véritable tentation de découragement. Elle peut toujours compter sur Vincent de Paul, bien qu’il ne puisse pas lui-même l’assister sur son lit de mort, étant déjà malade. Apprenant sa fin, il lui envoie les mots suivants : « Vous partez la première ; j’espère, si Dieu m’en fait la grâce, vous rejoindre bientôt. » Elle meurt à Paris le lundi de la Passion, le 15 mars 1660, il rend l’âme six mois plus tard, le 27 septembre. L’œuvre de Louise se poursuit après sa mort. En 2017, les Confréries de la Charité, sous leur nom actuel d’Équipes Saint-Vincent en France, ont célébré leur 400e anniversaire. Elles sont aussi présentes dans 53 pays sous le nom d’AIC (Association Internationale des Charités) avec 150 000 membres. La Compagnie des Filles de la Charité est présente dans 95 pays !
Louise de Marillac a été béatifiée le 9 mai 1920 par Benoît XV et canonisée le 11 mars 1934 par Pie XI. Elle est fêtée le 15 mars, jour de sa mort. Son corps, d’abord enterré dans l’église Saint-Laurent de Paris, repose depuis 1824 dans la chapelle de la maison-mère des Filles de la Charité du 140, rue du Bac (Paris 7e). Jean XXIII l’a proclamée patronne de ceux qui s’adonnent aux œuvres sociales chrétiennes en 1960.


https://www.notrehistoireavecmarie.com/fr/esc/sainte-louise-de-marillac-une-femme-laique-au-service-de-la-charite/
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Violette7
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 31 Mar 2018, 10:29

1955

ALEXANDRA DA COSTA, TEMOIN DU POUVOIR DE L'EUCHARISTIE




Alexandrina Maria da Costa de Balasar (1904-1955) est une mystique portugaise, béatifiée le 25 avril 2004 par le pape Jean-Paul II, qui a joué un rôle dans la Consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie. Pendant 12 ans, elle ne vécut que de l’Eucharistie, et, bien que peu connue en France, son destin fait beaucoup penser à celui de Marthe Robin.


Paulette LeblancSpécialiste de la spiritualité d'Alexandrina


Une mission confiée par Dieu. Ses directeurs spirituels ont parlé d'elle avec admiration ; sa sœur aînée, Deolinda, était constamment présente à ses côtés. Une âme dévouée, humble et patiente qui, en plus d’écrire son journal, notait patiemment ce qui se disait et ce qui se passait quand Alexandrina vivait les épisodes de la Passion de Jésus. N’oublions jamais ces inconnus fidèles, des saints de tous les jours, qui sont nos vrais modèles, à nous gens ordinaires. C'est ainsi que nous connaissons l'essentiel des liens qui unissaient Alexandrina à son Seigneur et tout ce qui faisait la richesse et la profondeur de sa vie d'union à Dieu. La grande mission que Dieu confia à Alexandrina fut la Consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie, consécration faite par le pape Pie XII en 1942. Pourtant, lorsqu'on se souvient des apparitions de Fatima, on pense souvent que c'était Lucie, voyante de Fatima, qui avait travaillé à cette consécration. Pour bien comprendre, nous devons passer en revue les divers épisodes de cette consécration :


- 13 juillet 1917, à Fatima : au cours de l'apparition, « les trois secrets » de Fatima furent révélés aux enfants. Marie demanda également la consécration de la Russie à son Cœur immaculé, « sinon celle-ci répandrait ses erreurs à travers le monde, provoquant des guerres et des persécutions contre l’Église ». 



-  30 juin 1935 : Jésus fit part à Alexandrina de son désir de voir le monde consacré à la Vierge Marie. Il lui  ordonna de demander au Saint-Père la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie, et l'institution de la fête liturgique. De plus, toujours en 1935, le Seigneur lui annonça la prochaine guerre comme châtiment des nombreux péchés de l'humanité. 



- 27 mars 1939 : après l'élection du pape Pie XII, Jésus dit à Alexandrina : « C'est lui le Pontife qui consacrera le monde au Cœur Immaculé de Marie, ma Mère. » Trois ans après, cette parole de Jésus s'accomplissait.



- 31 octobre 1942 : Pie XII procéda à la consécration. Cependant, il consacra le monde et non pas particulièrement la Russie à laquelle il ne fit qu'allusion.



- 25 mars 1984 : la consécration du monde au Cœur Immaculé de Marie fut renouvelée par Jean-Paul II, à la Basilique Saint-Pierre de Rome. Mais cette consécration n'était toujours pas réalisée comme la Vierge Marie l'avait demandé. 



- 13 mai 2010 : Benoît XVI renouvellera cette consécration lors de son voyage à Fatima.



- 13 octobre 2013 : le pape François, place Saint-Pierre à Rome, renouvela encore cette consécration.   



Quelques éléments biographiques.
Alexandrina Maria da Costa naquit le 30 mars 1904, à Gresufes, paroisse de Balasar, petit bourg situé à environ 50 kilomètres au nord de Porto, dans l'Archidiocèse de Braga (nord du Portugal). Elle est baptisée le samedi suivant (Samedi Saint, 2 avril). La famille d'Alexandrina appartenait à un milieu de paysans honnêtes et travailleurs ; cependant, sa maman eut, d'un homme qui n'était pas son mari, ses deux filles illégitimes, Deolinda et Alexandrina. L’homme abandonna définitivement sa famille pour épouser une autre femme. Alexandrina passa les cinq premières années de sa vie chez ses grands-parents maternels. Vers l'âge de neuf ans, Alexandrina commença à travailler, d'abord dans les champs, puis comme femme de ménage et couturière, chez des voisins. Toute jeune déjà, elle priait beaucoup et bientôt elle fut nommée catéchiste et devint membre de la chorale. Le Samedi Saint 1918, alors qu'elle faisait de la couture avec sa sœur et une amie, Alexandrina sauta par une fenêtre, d'une hauteur d’environ quatre mètres pour échapper à trois hommes qui étaient entrés dans la maison pour la violer. Il en résulta une compression de l'épine dorsale, cause de la paralysie qui la retiendra au lit pendant 30 ans, à partir du mois d'avril 1925. Deolinda, sa sœur, sera son infirmière et sa secrétaire.



Premières heures d’une mystique.
Alexandrina aurait bien voulu guérir, mais, malgré ses nombreuses et ardentes prières, elle n'obtint pas cette grâce. Elle comprit alors que Jésus désirait autre chose, et elle s'offrit comme victime pour le Salut des âmes, « sentant toujours davantage le désir d'aimer la souffrance et de ne penser qu'à Jésus seul ». Nous sommes en 1930. La vie mystique d'Alexandrina allait commencer. Un jour, elle dit à Jésus : « Mon bon Jésus, vous êtes emprisonné. Moi aussi, je le suis. Nous sommes tous deux incarcérés. Vous, pour mon bien et moi, enchaînée par vous. Vous êtes Roi et Seigneur de tout. Moi, je ne suis qu’un ver de terre. Je vous ai négligé, ne pensant qu’aux choses du monde qui ne sont que perdition pour les âmes, mais, maintenant, le cœur contrit, je ne veux que ce que vous voudrez, je veux souffrir avec résignation. Ne me laissez pas sans votre protection. » C'est peu de temps après, vers 1931, qu'Alexandrina composa son Hymne en l'honneur des tabernacles. Alexandrina se consacra au Cœur de Jésus, par cette prière : « Ô mon Jésus, je me consacre toute à vous. Que votre Cœur me soit grand ouvert. Permettez que je rentre dans cette Fournaise ardente, dans ce Feu brûlant. Fermez-le sur moi, mon bon Jésus ; que j’y demeure pour y rendre mon dernier soupir, enivrée de votre divin Amour. Ne souffrez pas que je me sépare de vous sur la terre, sinon pour m’unir à vous, éternellement, dans le ciel. » Ce texte a été extrait de la lettre d'Alexandrina du 17 octobre 1934 au Père Mariano Pinho, jésuite. Le vendredi 3 octobre 1938, Alexandrina vécut la Passion pour la première fois, de midi jusqu'à 15 heures. Ce jour-là, au cours de cette première Passion, sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus apparut à Alexandrina, à deux reprises.   




La Passion d’Alexandrina.
En 1934, après avoir fait le « vœu du plus parfait », Alexandrina entendit Jésus lui demander de participer à sa Passion, en se laissant transpercer les mains et les pieds par des clous, et la tête par des épines. Ces invitations de Jésus se répétèrent plusieurs fois pendant environ quatre ans. Jésus la préparait progressivement au grand événement du 3 octobre 1938. Ce jour-là, en effet, Alexandrina vécut pour la première fois la Passion de Jésus dans ses diverses phases. Le 24 octobre 1938, le Père Pinho, directeur spirituel d'Alexandrina était présent. Dans son livre No Calvário de Balasar (Sur le Calvaire de Balasar), il écrira : « Nous les présents, nous voyions se dérouler devant nos yeux et très concrètement, le drame de la Passion : au Jardin des Oliviers, l'emprisonnement, les tribunaux, la flagellation, le couronnement d'épines, le chemin du Calvaire, la crucifixion et la mort. » Ce même 24 octobre 1938, le Père Pinho, après avoir assisté à la Passion d'Alexandrina, écrivit au Cardinal Pacelli, le futur pape Pie XII, au sujet de la Consécration du monde à la Vierge Marie. Notons aussi que le 30 juin 1935, Jésus parla à Alexandrina de son désir de voir le monde consacré à la Vierge Marie. Le 27 mars 1941, Alexandrina revécut la Passion, pour la dernière fois de façon visible. Par la suite, selon ce qu'écrivit le Père Pinho, tous les vendredis, Alexandrina continua à vivre la Passion de Jésus, pendant laquelle elle souffrait encore plus qu'auparavant. À partir du mois d'août 1945, et pendant environ trois mois, elle perdit quotidiennement du sang. À partir de juillet 1946 et jusqu'à sa mort, elle ressentit, même en dehors des extases de la Passion, les douleurs de ses stigmates, lesquels, à sa demande, restèrent toujours invisibles.  



Une ennemie du démon.
Dès que l'on pénètre en profondeur dans la vie d'Alexandrina, on constate que sa spiritualité fut très orientée vers l'Eucharistie et vers le Cœur de Jésus. Sa vie fut entièrement fondée sur la Croix. Elle aimait aussi particulièrement la Vierge Marie qu'elle appelait « Mãezinha », « Petite Maman ». Aussi le démon ne l'épargna-t-il pas. Dans son Autobiographie, on peut lire : « Ce fut en juillet 1937 que le “boiteux” ou "le manchot", noms qu'elle utilisait pour désigner le démon, non content de tourmenter ma conscience et de me souffler des choses affreusement ordurières, commença à me mettre en bas du lit, aussi bien la nuit qu'à n'importe quelle heure de la journée... Pendant ces assauts je ressentais en moi la rage et la fureur infernales. Je ne consentais pas que l’on me parle de Jésus et de Marie, ni même de voir leurs images : je leur crachais dessus et les piétinais… » Comme Alexandrina se plaignait, Jésus lui dit un jour : « Le démon te hait, mais tu dois t’en réjouir, car tu connais la raison… » Pendant la guerre, Alexandrina s'offrit comme victime pour la paix et pour le pape Pie XII à qui elle écrivit pour le rassurer et lui dire qu'il serait protégé des dangers et des catastrophes internationales. D'ailleurs, le Seigneur lui avait dit, le 6 décembre 1940 : « La paix viendra, mais au prix de beaucoup de sang. Le Saint-Père sera ménagé. Le dragon orgueilleux et enragé, qui est le monde, n'osera pas toucher à son corps, mais son âme sera victime de ce dragon. » C'est alors qu'elle se consacra aux Tabernacles pour réparer les profanations eucharistiques et l'abandon où le Seigneur était laissé par ses créatures.   



La nuit des ténèbres.
Comme de nombreux saints, Alexandrina connut aussi ce que l'on appelle les ténèbres spirituelles : pendant une retraite qu'était venu lui prêcher son père spirituel, elle connut une terrible période de ténèbres. Elle raconte : « Mon âme se trouvait vivre dans de grandes agonies et, quelquefois, je me sentais sur le point de tomber dans des abîmes épouvantables. Pendant les jours de retraite, mes souffrances ont redoublé et ces abîmes sont devenus terrifiants. La justice du Père éternel tombait sur moi et souvent me criait : "Vengeance, vengeance…" pendant que les souffrances du corps et de l’âme augmentaient. Il est impossible de les décrire ; il est nécessaire de les avoir senties et vécues. Je passais les jours et les nuits roulant sur mon lit, en entendant la voix puissante du Père Éternel. »  





C'est à partir du 13 avril 1942 que le jeûne total d'Alexandrina commença, pour durer jusqu'à sa mort. Du 10 juin au 20 juillet 1943, elle fut internée à l'hôpital de FOZ do Douro, près de Porto pour y subir une série de contrôles concernant son jeûne et son anurie, c'est-à-dire son absence d'urine. Après quarante jours de surveillance constante, aucune simulation ne fut constatée. Allait-on enfin laisser Alexandrina vivre en paix…!? Hélas ! Le 16 juin 1944, trois théologiens nommés par l'archevêque de Braga pour une commission d'enquête, ne trouvèrent rien de miraculeux au cas d'Alexandrina, malgré la poursuite de son jeûne... Une étonnante persécution commença : il fallait « faire taire la malade ». Le Père Umberto Maria Pasquale devint le directeur spirituel d'Alexandrina, en remplacement du Père Pinho, écarté suite à une campagne de calomnies. Malgré toutes ces méfiances mal placées, retenons que pendant 12 ans, Alexandrina ne vécut que de l'Eucharistie. Jésus lui dit un jour, en 1954 : « Ma fille, je t'ai placée dans le monde et je fais en sorte que tu vives uniquement de Moi pour prouver au monde ce que peut l'Eucharistie, ce qu'est Ma vie dans les âmes : lumière et Salut pour l’humanité. »  

 

Le jeudi 13 octobre 1955, Alexandrina retournait vers Dieu qu'elle avait tant aimé. Un pèlerinage populaire se met en place autour de sa chambre et de son tombeau, situé près du maître-autel de l’église paroissiale de Balasar. Déclarée vénérable le 12 janvier 1996, elle fut béatifiée par le pape Jean-Paul II le 25 avril 2004 à Rome.



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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 07 Avr 2018, 09:50

431

Notre Dame de Béhuard, veillez sur la terre




Le sanctuaire de Notre-Dame de Béhuard (Maine-et-Loire) est l’un des plus anciens de France, et, pour en raconter l’histoire, nous retiendrons cinq grandes périodes, en portant notre attention à chaque fois sur la spiritualité qui s’en dégage.

Père Philippe LoiseauPrêtre au service du sanctuaire



Introduction. Le sanctuaire est situé sur une île, la seule de tout le cours de la Loire où se trouve un bourg de 120 habitants, et qui constitue une commune. L’île de Béhuard (Maine-et-Loire) serait née d’une poussée de lave il y a près de 400 millions d’années dont il subsiste le rocher sur lequel se trouve la chapelle Notre-Dame. Il est remarquable de connaître cette origine, ce surgissement venant des profondeurs magmatiques de la terre en feu qui, en s’élevant, s’est durci pour devenir un rocher sur lequel on peut s’appuyer et trouver refuge. Car en effet, la Bible a souvent repris ces thèmes apparemment antithétiques pour désigner Dieu lui-même qui apparaît à la fois comme un feu dévorant (Genèse XIX, 24 ; Deutéronome IV, 11 ; 29,23 ; 1 Rois XVIII, 38…) et comme un rocher rassurant (Deutéronome XXXII, 4.31 ; 2 Samuel XXIII, 3 ; Isaïe XXVI, 4 ; XXX, 29 ; XL, 8 ; Habacuc I, 12 ; Psaume 18, 3.32 ; 31, 4 ; 92, 16 ; Matthieu VII, 25-25 ; XVI, 18…).  




Saint Maurille et la fête de la nativité de Marie (Ve siècle).
La dévotion à Notre Dame de Béhuard remonte à saint Maurille, disciple de saint Martin de Tours et devenu évêque d’Angers, qui a érigé en 431 – l’année du concile d’Éphèse (en Turquie actuelle) qui a déclaré Marie « mère de Dieu » (Theotokos en grec) – une statue de la Vierge sur le rocher volcanique, pour honorer sa nativité. En effet, un an auparavant, en 430, il avait eu près du monastère du Mont-Glonne (Saint-Florent-le-Vieil, Maine-et-Loire), au lieu-dit « la Croix Pichon » (aujourd’hui le sanctuaire du « Marillais ») une apparition de la Vierge Marie dans un peuplier lui demandant d’établir dans le diocèse d’Angers une fête solennelle du jour de sa sainte naissance, le 8 septembre. La tradition rapporte que cette statue aurait remplacé des idoles païennes, marquant ainsi Béhuard comme l’un des lieux les plus anciens de la christianisation de l’Anjou (A. Fauvel, p. 175, retient l’année 431 pour l’apparition de Notre-Dame à saint Maurille, et 432 pour l’installation de la statue sur le rocher de Béhuard).
 


Le chevalier Buhard et les sauvetages miraculeux (XIe siècle et suivants)
. Au cours du XIe siècle, Geoffroy Martel (Geoffroy II), comte d’Anjou, donna en fief à un pieux chevalier appelé Buhardus ou Buhard deux îles de la Loire dont la réunion forma plus tard l’île de Béhuard. L’une s’appelait l’île Marie et l’autre la Vacherie. Le comte voulait ainsi récompenser les loyaux services de Buhard. Geoffroy mourut en 1060 et Buhard, affligé par la mort de son bienfaiteur, donna les deux îles à l’abbaye Saint-Nicolas d’Angers. À partir de cette époque, des chroniques rapportent plusieurs sauvetages miraculeux qui se sont produits sur le cours de la Loire en relation avec Notre-Dame de Béhuard. C’est le cas notamment d’un pécheur dont voici l’histoire. Le vénérable Sigon, abbé du monastère Saint-Florent au Mont-Glonne, redescendant la Loire, fut surpris par la nuit non loin de l’embouchure de la Maine. Il s’arrêta avec ses moines dans une île proche de Béhuard, en face de la chapelle de l’écluse Saint-Nicolas, comme on appelait à l’époque Notre-Dame de Béhuard. Manquant de provisions, ils appelèrent le pêcheur qui demeurait sur l’autre rive et lui achetèrent quelques poissons, et à l’invitation de l’abbé, il prit part au repas. Puis dans la nuit noire, il reprit son bateau pour retourner chez lui, mais un vent violent agita les eaux et il fut submergé par les vagues. Il n’eut que le temps de lancer des cris avant de couler. Les moines l’ayant entendu, se mirent à prier et apprirent le lendemain que le pécheur avait été sauvé grâce à l’intervention de la Vierge. Alors qu’il était sous l’eau, il avait vu l’abbé écarter avec son manteau les flots qui l’enveloppaient, puis avec son bâton, le soulever au-dessus des vagues. La Sainte Vierge voulait sans doute lui faire savoir aux prières de qui il devait la vie. La Vierge de Béhuard avait sauvé le malheureux qui, sans en avoir conscience, s’était cramponné à un des poteaux de l’écluse (cf. M. Dubreil, p. 14 et A. Fauvel, p. 50-51).


Au début du XVe siècle, la renommée des miracles opérés par l’intercession de Notre-Dame de Béhuard avait franchi les limites de l’Anjou. « Nous lisons, dit l’auteur de Notre-Dame Angevine, dans de très vieux registres de ladite chapelle et surtout au bas de certains tableaux qui s’y trouvent comme gages de vœux accomplis, que, dès l’année 1418, il s’y faisait des miracles, et que la Sainte Vierge avait voulu présider en cet endroit à toute la rivière de la Loire comme une étoile de mer, pour servir de guide et de port assuré à ceux qui se trouveraient en danger de naufrage. Le même auteur, trouvant le narré de ces miracles écrit en termes simples et au-dessus de tout soupçon de fausseté ou de supposition en rapporte quatre principaux. » (Dubreil, p. 15). Plusieurs témoignages attestent qu’au début du XVe siècle, se trouva déjà sur le rocher de l’île un oratoire où l’on venait « faire oblation » (cf. A. Fauvel, p. 53-56).  





Louis XI et la construction de la chapelle (XVe siècle).
C’est entre 1469 et 1480 que le roi Louis XI, neveu du roi René d’Anjou, fit construire la chapelle actuelle, accomplissant le vœu qu’il fit dans sa jeunesse, en 1443, après avoir échappé de la noyade alors qu’il traversait la Charente pour aller guerroyer contre le comte d’Armagnac. Dans cet événement, son futur règne est comme condensé, à la fois combattant et plein de dévotion pour la Vierge Marie (il a aussi fait bâtir Notre-Dame de Cléry dans le Loiret, où il est inhumé). Est-ce en 1472 ou plutôt en 1474, alors qu’il venait de rattacher la province d’Anjou à la couronne de France que sa construction fut entreprise ? Toujours est-il qu’il est souvent revenu à Béhuard et qu’il eut ensuite l’idée d’y créer un chapitre royal, comme l’explique cet acte donné à Thouars le 20 décembre 1481 : « Pour la grande et singulière dévotion que le roi Louis onzième a eue à Dieu créateur et à la très glorieuse vierge Marie sa mère révérée et honorée dans l’église ou chapelle de Notre-Dame située et assise en l’île de Béhuard près d’Angers, laquelle est membre dépendant de la cure de Denée, il a depuis fondé et doté à perpétuité en ladite chapelle, un curé doyen, six chanoines, six vicaires perpétuels et trois enfants de chœur, pour y dire, célébrer (chaque jour) certains services qu’il avait ordonné être dits en l’honneur de Dieu et de la glorieuse Vierge Marie, sa mère, pour la conservation de sa personne et la prospérité de son règne et de ses enfants » (cité par Dubreil, p. 25). Afin d’assurer à cette collégiale un revenu convenable et de pourvoir à son installation, il acheta aux moines de Saint-Nicolas, représentés par le Frère Pierre Cornilleau, cellérier de l’abbaye, la propriété entière de l’île. Mais ce projet s’acheva avec la mort de Louis XI le 29 août 1483.


Charles VIII, son fils, fut dissuadé de mettre en place le chapitre et le transforma en un simple bénéfice pour le curé de Denée moyennant certaines observances et prières, dont le détail se lit encore sur une inscription gravée sur le mur de la chapelle. Il faut ajouter que la cloche que l’on voit dans le chœur de la chapelle a été installée par Louis XI afin que l’on prie pour la paix, ajoutant ainsi une mission supplémentaire à celle de la délivrance que souligne la chaîne des galériens qui serait un vestige de la libération par l’ordre de Malte de prisonniers du temps de la Révolution française. La « maison du Roy », à côté de la chapelle, qui abrite aujourd’hui le magasin des objets et livres de piété, rappelle les nombreux séjours qu’y fit le roi Louis XI entre 1472 et 1480 (15 fois, selon A. Fauvel, p. 70).  


À partir du XIXe siècle, les grands pèlerinages à « Notre-Dame l’Angevine ».
Au XIXe siècle, à la faveur des apparitions de la Vierge Marie à La Salette (19 septembre 1846), à Lourdes (18 apparitions de février à juillet 1858), et à Pontmain (17 janvier 1871), un mouvement général s’est produit en France d’un renouveau de la dévotion mariale dont Notre-Dame de Béhuard a profité. Quand en 1872, on parla du pèlerinage national de Lourdes, plusieurs paroisses se rendirent à la roche de Béhuard pour faire écho à cette grande manifestation de piété. Mais c’est surtout Mgr Charles-Émile Freppel, célèbre évêque d’Angers, qui a relancé le pèlerinage de Notre-Dame de Béhuard avec le premier grand rassemblement du 8 septembre 1873 (où affluent 20 000 pèlerins), qui fut suivi par bien d’autres. Un autre événement marquant fut l’édification du grand calvaire près de la Loire à la mémoire des soldats morts lors de la guerre de 1914-1918, et qui, depuis, sert de chœur pour le sanctuaire en plein air. On perçoit ainsi que l’intuition du roi Louis XI de prier pour la paix était prémonitoire.
 





Et aujourd’hui, quel message ? Le sanctuaire, ainsi que le village et toute l’île de Béhuard, connaissent ces dernières décennies un regain d’intérêt, notamment depuis l’inscription d’une partie du Val-de-Loire (de Sully-sur-Loire, Loiret, à Chalonnes-sur-Loire, Maine-et-Loire) au patrimoine mondial de l’UNESCO (30 novembre 2000), qui a entraîné le développement du tourisme, avec de nombreux cyclistes et randonneurs qui s’ajoutent aux pèlerins traditionnels. Dans ce contexte, il faut souligner aussi l’intérêt croissant pour l’écologie de la part de nos contemporains, que l’Église, par la voix du pape François avec son encyclique Laudato sì sur la sauvegarde de la maison commune (24 mai 2015), encourage vivement : « J’adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète. Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons et ses racines humaines nous concernent et nous touchent tous » (n° 14). À la fin de son encyclique, le Pape associe la Vierge Marie à cette mission : « Marie, la Mère qui a pris soin de Jésus, prend soin désormais de ce monde blessé, avec affection et douleur maternelles. Comme, le cœur transpercé, elle a pleuré la mort de Jésus, maintenant, elle compatit à la souffrance des pauvres crucifiés et des créatures de ce monde saccagées par le pouvoir humain. […] Non seulement elle garde dans son cœur toute la vie de Jésus qu’elle conservait fidèlement (cf. Luc II, 19.51), mais elle comprend aussi maintenant le sens de toutes choses. C’est pourquoi, nous pouvons lui demander de nous aider à regarder ce monde avec des yeux plus avisés » (n° 241).
   

Conclusion.
Au terme de ce parcours, on peut donc parler d’un déplacement dans la manière d’invoquer la Vierge. Jusqu’à maintenant, on se tournait vers Notre-Dame de Béhuard pour l’invoquer afin d’être sauvé du péril des eaux, des maladies ou de la guerre ; mais, même si cette attitude est toujours présente à travers les prières des visiteurs et des pèlerins, nous sommes devenus davantage conscients de la nature qui nous environne, de laquelle nous sommes tirés et pour laquelle nous devons agir en vue de sa « sauvegarde ». On prie moins pour se protéger de la nature que pour la protéger. Or justement, si autant de gens viennent à Béhuard, c’est parce que dans ce lieu, la nature est belle (une île sur la Loire), le village est beau (ayant le label « petite cité de caractère »), et tous, croyants ou non, sont attirés par la chapelle juchée sur le rocher. Ainsi Béhuard est un lieu de paix et d’harmonie, signe de la nouvelle naissance d’une humanité divisée ! N’est-ce pas de cette manière que l’on pourrait dénommer Marie à Béhuard : Notre Dame de paix et d’harmonie ?



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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 14 Avr 2018, 14:17

1830

140, RUE DU BAC, EN PLEIN COEUR DE LA VILLE, LUIT UNE LUMIERE



Entrons au cœur de la Chapelle du 140, rue du Bac à Paris (VIIe) pour entendre une parole que Dieu veut nous adresser à travers l’expérience spirituelle privilégiée de Sainte Catherine Labouré. De juillet à décembre 1830, Sœur Catherine, en formation pour devenir Fille de la Charité, reçoit l’immense faveur de s’entretenir trois fois avec la Vierge Marie.


Équipe pastoraleDe la Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse



Catherine rencontre la Sainte Vierge. Le 18 juillet 1830, en la veille de la fête de saint Vincent à 23h30, Sœur Catherine s’entend appeler par son nom. Un mystérieux enfant est là, au pied de son lit et l’invite à se lever : « La Sainte Vierge vous attend. » Catherine s’habille et suit l’enfant. Arrivée dans la chapelle, son petit guide lui dit : « Voici la Sainte Vierge. » Elle hésite à croire. Mais l’enfant répète d’une voix plus forte : « Voici la Sainte Vierge. » « Là, il s’est passé un moment, le plus doux de ma vie. Il me serait impossible de dire ce que j’éprouvais. La Sainte Vierge m’a dit comment je devais me conduire envers mon confesseur et plusieurs autres choses. » La Sainte Vierge désigne de la main l’autel où repose le tabernacle et dit : « Venez au pied de cet autel. Là, les grâces seront répandues sur toutes les personnes qui les demanderont avec confiance et ferveur. » Catherine reçoit l’annonce d’une mission difficile et la demande de fondation d’une Confrérie d’Enfants de Marie, ce qui se fera le 2 février 1840.



La deuxième apparition.
Le 27 novembre 1830, la Sainte Vierge apparaît de nouveau à Sœur Catherine dans la chapelle. Cette fois, c’est à 17h30, pendant l’oraison, sous le tableau de saint Joseph. D’abord elle voit comme deux tableaux vivants et dans lesquels la Sainte Vierge se tient debout sur le demi-globe terrestre, ses pieds écrasant le serpent. Dans le 1er tableau, la Vierge porte dans ses mains un petit globe doré surmonté d’une croix qu’elle élève vers le ciel. Catherine entend : « Cette boule représente le monde entier, la France et chaque personne en particulier. » Dans le 2e tableau, des mains ouvertes de la Sainte Vierge sortent des rayons d’un éclat ravissant. Une voix explique : « Ces rayons sont le symbole des grâces que je répands sur les personnes qui me les demandent. » Certains rayons cependant restent sombres : ce sont les grâces que personne ne demande. Puis un ovale se forme autour de l’apparition et cette invocation s’inscrit en demi-cercle en lettres d’or : « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Une voix se fait entendre : « Faites, faites frapper une médaille sur ce modèle. Les personnes qui la porteront avec confiance recevront de grandes grâces. » Enfin le tableau se retourne et Sœur Catherine voit le revers de la médaille : en haut une croix surmonte l’initiale de Marie, en bas deux cœurs, l’un couronné d’épines, l’autre transpercé d’un glaive. En décembre 1830, pendant l’oraison, la Sainte Vierge se présente une troisième fois auprès du tabernacle, un peu en arrière et lui confirme sa mission. Elle ajoute : « Vous ne me verrez plus. » C’est la fin des apparitions.




La mission.
Sœur Catherine confie tout cela à son confesseur, le Père Aladel, lazariste, qui lui demande de ne plus penser à toutes ces « imaginations ». Il finit cependant par parler du projet de médaille à Mgr de Quélen, archevêque de Paris, qui accepte. Sa formation terminée, Catherine va quitter la rue du Bac. Le 5 février 1831, elle arrive à l’hospice d’Enghien, à Reuilly, un quartier pauvre de Paris. Celle qui a vu la Sainte Vierge va pendant quarante-six ans servir Jésus-Christ dans la plus grande discrétion à travers les pauvres : vieillards de l’hospice, miséreux du quartier, blessés des révolutions et de la guerre. En février 1832, éclate à Paris une terrible épidémie de choléra, qui va faire plus de 20 000 morts ! Les Filles de la Charité commencent à distribuer, en juin, les 2 000 premières médailles frappées à la demande du Père Aladel. De manière stupéfiante, les protections et les conversions se multiplient, comme les guérisons… C’est un raz-de-marée ! Le peuple de Paris appelle la médaille « miraculeuse ». Accompagnée d’une notice explicative écrite en août 1834 par le Père Aladel, elle se répand aux Etats-Unis (1836) en Pologne (1837), en Chine, en Russie (1838). Dix ans après les apparitions, elle est diffusée à plus de dix millions d’exemplaires. À la mort de sœur Catherine, en 1876, on compte plus d’un milliard de médailles !


Le bon choix.
La médaille est un appel à la conscience de chacun, pour qu’il choisisse, comme le Christ et Marie, la voie de l’amour jusqu’au don total de soi. Porter une médaille n’est donc pas de la superstition ni de la magie ; c’est un rappel de la foi qui nous stimule à montrer notre reconnaissance pour ce don gratuit de Dieu par une conduite digne de ce que nous sommes : des enfants de Dieu ! Dieu seul fait les miracles mais il les fait, quelquefois, au moyen d’objets de piété bien matériels, par l’intercession de Marie et des saints. Le message de la médaille est un appel à la confiance en l’intercession de la Sainte Vierge. Acceptons humblement de demander des grâces par ses mains !
En 1894, le pape Léon XIII a reconnu les apparitions de la Vierge Marie à sainte Catherine Labouré. Depuis lors, le 27 novembre est célébrée la fête liturgique de Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse. Le 26 juillet 1897, la statue de la Vierge aux rayons, représentant la vision de Catherine, réalisée en 1856 dans un bloc de marbre offert par le gouvernement, trônant au-dessus du maître-autel de la chapelle, est couronnée avec l’autorisation de Léon XIII.

Les témoins.
Parmi ceux qui, les premiers, éprouvèrent l’efficacité de la foi à travers la médaille donnée par la Vierge Marie, on peut citer Mgr de Quélen, archevêque de Paris, qui, après une minutieuse enquête sur les faits affirmés, en devient un propagateur convaincu. Il obtient personnellement des guérisons inespérées. Le Pape Grégoire XVI a la médaille à la tête de son lit.
En 1833, le P. Perboyre, lazariste, relate la guérison miraculeuse, attribuée à la médaille, d’un confrère. Une fois arrivé en Chine, où il mourra martyr en 1839, il distribue beaucoup de médailles et rapporte de nombreux miracles dans ses lettres. En 1833, Frédéric Ozanam, apôtre du catholicisme social, porte la médaille lorsqu’il fonde à Paris les Conférences de Saint-Vincent-de-Paul. Le plus enthousiaste encore fut peut-être le Curé d’Ars. Dès 1834, il fait l’acquisition d’une statue de Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse et la place sur un tabernacle dont la porte reproduit le revers de la médaille. Le 1er mai 1836, il consacre sa paroisse à « Marie conçue sans péché ». Il devient un apôtre zélé de la Médaille, et distribue avec elle des centaines d’images sur lesquelles il marque de sa main la date et le nom de ceux qui se consacrent à l’Immaculée. En 1842, Alphonse Ratisbonne se convertit à Rome après avoir reçu une médaille et vu la Sainte Vierge dans une église. [METTRE LIEN VERS ESC 111] En 1843, M. Etienne, Supérieur des Lazaristes et des Filles de la Charité, évoque les apparitions comme source du renouveau des vocations et de la ferveur nouvelle qui anime les deux familles. En 1845, John Newman, un pasteur anglican qui portait la médaille depuis le 22 août, se convertit le 9 octobre. Il devient prêtre et cardinal. Le succès de la médaille, où il est écrit que Marie a été « conçue sans péché », a contribué à la reconnaissance officielle du dogme de l’Immaculée Conception, longtemps discuté au sein de l’Église avant d’être proclamé le 8 décembre 1854 par le pape Pie IX dans la bulle Ineffabilis Deus.



Les apôtres de la médaille.
Sainte Bernadette, à Lourdes, portait la médaille avant même les apparitions de la Vierge en 1858. La jeune fille précise un peu plus tard : « J’ai vu la Sainte Vierge comme elle est sur la Médaille Miraculeuse ». Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus portait elle aussi la Médaille Miraculeuse au Carmel. En 1915, naît aux États-Unis, à Philadelphie, à l’initiative du Père Joseph Skelly, l’Apostolat marial avec la Neuvaine perpétuelle de la Médaille Miraculeuse.
Une nouvelle impulsion est donnée à la diffusion de la Médaille Miraculeuse grâce au Père Maximilien-Marie Kolbe. Ce religieux franciscain, né en Pologne, est ordonné prêtre à Rome en 1919. Il veut célébrer sa première messe à San Andrea delle Fratte où l’Immaculée a converti Ratisbonne. En 1917, il fonde la Milice de l’Immaculée, placée sous le patronage de la Vierge de la Médaille Miraculeuse, développe un journal marial, Le Chevalier de l’Immaculée, qui connaît un succès foudroyant. En partance pour le Japon en 1930, il traverse la France et se rend rue du Bac (100 ans après les apparitions), à Lourdes et à Lisieux. Il distribue généreusement des médailles : « Ce sont mes munitions », dit-il. Fait prisonnier au camp d’Auschwitz, il meurt martyr le 14 août 1941 en donnant sa vie en échange de celle d’un père de famille.

Aujourd’hui, deux millions de pèlerins passent à la rue du Bac chaque année, ce qui en fait un des dix lieux les plus visités de la capitale. La multitude anonyme des apôtres de la Médaille Miraculeuse, un des objets de piété les plus connus et les plus diffusés, est répandue à travers le monde.


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