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 Notre Histoire avec Marie

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Violette3
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MessageSujet: Notre Histoire avec Marie   Sam 06 Jan 2018, 11:15

1809

Notre Dame de Prompt  Secours, patronne principale de Louisiane




Le 8 janvier, nous célébrons une date très importante : celle de la solennité de Notre-Dame de Prompt Secours... Notre Dame « pour une aide rapide » ! Cette dévotion qui naquit à La Nouvelle-Orléans au début du XIXe siècle prend son origine dans la confiance d’une Sœur Ursuline française pour la Sainte Vierge, qui accorda à la religieuse une aide « rapide et favorable ».

Mary Lee Berner HarrisConservatrice au musée et aux archives du couvent des Ursulines, La Nouvelle-Orléans



Quelques éléments historiques.

Fondée en 1682 par l’explorateur Robert Cavelier de La Salle, la Louisiane (appelée ainsi en l’honneur du roi Louis XIV) fut une colonie française pendant plusieurs décennies, au centre-sud des États-Unis actuels. En 1762, à la fin de la guerre de Sept Ans, elle était abandonnée par la France à l’Espagne. Les Sœurs Ursulines étaient présentes dans la ville de La Nouvelle-Orléans depuis trois-quarts de siècle, quand, par le traité secret de San Ildefonso, en 1800, l'Espagne céda de nouveau le territoire de la Louisiane à la France de Napoléon Bonaparte. Les religieuses Ursulines espagnoles, craignant la domination française et encouragées par les ecclésiastiques espagnols, partirent pour Cuba établir une fondation à La Havane, laissant seulement sept Ursulines à La Nouvelle-Orléans en charge d’une école, d’un pensionnat, d’un orphelinat et de divers ministères religieux et sociaux. Cherchant désespérément de l'aide, Mère Saint-André Madier (OSU: Ordre de Sainte-Ursule), écrivit à sa cousine en France Agathe Gensoul (Ursuline elle aussi) lui demandant de leur envoyer des jeunes femmes désirant joindre l’ordre et participer aux différents ministères de La Nouvelle-Orléans. Bien que le territoire de la Louisiane fût ensuite vendu aux Américains par Bonaparte dès 1803, les Ursulines espagnoles restèrent à La Havane. Les Sœurs de La Nouvelle-Orléans avaient donc un besoin urgent d'assistance.




Une promesse à l’origine d’une dévotion.


Expulsée de son couvent comme la plupart des religieuses cloîtrées en France pendant la Révolution française (1789-1799), Agathe Gensoul (Mère Saint-Michel Gensoul, OSU) répondit à cet appel. Elle demanda à son évêque, Mgr Fournier, la permission de partir pour La Nouvelle-Orléans. Celui-ci ne souhaitait pas perdre une aide aussi précieuse pour l'éducation catholique et l'évangélisation en France, aussi insista-t-il pour qu’elle obtienne une autorisation spéciale du Pape. C'est en 1808, en plein climat d’oppression politique et religieuse en Europe, que Mère Saint-Michel Gensoul écrivit au pape Pie VII, alors prisonnier de Napoléon Bonaparte, pour demander la permission de partir en Louisiane avec d’autres jeunes femmes intéressées par l’ordre des Ursulines de La Nouvelle-Orléans. Comme le Pape était en prison, elle ne s'attendait pas vraiment à ce que sa demande lui parvienne, et encore moins à une réponse rapide. Priant devant une statue de Notre-Dame, elle eut l’inspiration de dire : « Ô Très Sainte Vierge Marie, si vous m'obtenez une réponse prompte et favorable à cette lettre, je fais la promesse de vous honorer à La Nouvelle-Orléans sous le titre de Notre-Dame de Prompt Secours. » Le lendemain, 19 mars 1809, la lettre partait pour Rome, adressée au Pape emprisonné. Miraculeusement, elle arriva à son destinataire. Le 28 avril 1809, le Pape accorda son approbation et sa bénédiction. Mère Gensoul décida sur le champ de faire sculpter une statue de Notre-Dame de Prompt Secours, en accomplissement du vœu qu'elle avait fait. La statue arriva en même temps qu’elle et que quelques postulantes à La Nouvelle-Orléans, en décembre 1810. Mais, avant même que la statue de la Vierge n’arrive et ne soit officiellement installée et consacrée dans la chapelle des Ursulines de la rue de Chartres dans le quartier français, la dévotion à Notre-Dame de Prompt Secours s'était déjà répandue parmi les Sœurs, leurs élèves et la communauté catholique de la ville. On lui adressait déjà des prières de délivrance contre la peste, les maladies, les tempêtes, les guerres et le désespoir. On attribue à son intercession divine le changement de direction du vent qui sauva le couvent des Ursulines d’un incendie, le jour du Vendredi Saint 21 mars 1788 – celui qui ravagea le Cabildo, la cathédrale Saint-Louis et 850 autres bâtiments – et à nouveau en décembre 1794, quand un autre grand incendie détruisit 210 autres structures !


Un miracle toujours célébré.


Voici un autre fait historique : le 23 décembre 1814, pendant la guerre anglo-américaine (1812-1815), après avoir appris que la flotte britannique était dans le golfe du Mexique et qu’une force de 10 000 soldats préparait une attaque pour s’emparer du port de La Nouvelle-Orléans, le général Andrew Jackson avertit les Ursulines, les suppliant de prier pour la victoire des forces américaines très inférieures en nombre, non entraînées et comptant seulement 3 000 hommes. Les religieuses Ursulines, les femmes et les hommes trop âgés pour porter les armes organisèrent des veillées de prières à Notre Dame de Prompt Secours pour que leur ville reste libre et pour qu’il n’y ait qu’une perte minime de vies humaines. Lors de la messe du 8 janvier 1815, célébrée par le vicaire général William DuBourg, au moment même de la communion, un messager se précipita dans la chapelle pour annoncer qu'Andrew Jackson et ses hommes étaient victorieux. Les Américains n’avaient que 13 morts, contre 291 tués côté britannique. La messe se termina par le chant joyeux du Te Deum. En signe de gratitude pour le miracle de la victoire américaine en 1815, les religieuses Ursulines, avec Mgr DuBourg, s’engagèrent à célébrer une messe d'action de grâces chaque année à la date de cette victoire, le 8 janvier. En 2018, cette promesse sera observée pour la 203e fois ! Quant au général Jackson, auréolé de cette victoire inattendue, il devait devenir le 7e président des États-Unis, de 1829 à 1837.



Une statue miraculeuse couronnée.


Le 27 septembre 1851, le pape Pie IX autorisait le culte de Notre-Dame de Prompt Secours. Le 21 juin 1894, le pape Léon XIII décréta un couronnement solennel de la statue et délégua à l'archevêque Mgr Francis Janssens, ami cher et guide spirituel des Ursulines et des fervents de Notre-Dame de Prompt Secours, le couronnement officiel de la statue. Le 10 novembre 1895, de nombreux citoyens de la communauté de La Nouvelle-Orléans firent don de leurs colliers, épingles, bracelets, broches, bagues et boucles d'oreilles pour sertir de pierres précieuses les couronnes de la Vierge et de son Fils Jésus. Notre-Dame de Prompt Secours est la seule statue des États-Unis à avoir été couronnée par un délégué du Pape (et non pas seulement avec son autorisation), et c'est l'une des rares statues miraculeuses en Amérique du Nord. De plus, cette cérémonie de couronnement fut la première du genre accomplie aux États-Unis. En 1895, l'archevêque Mgr Janssens établit la Confrérie de Notre-Dame-de-Prompt-Secours, toujours existante aujourd'hui. En 1897, deux ans seulement après sa fondation, le nombre d’adhérents avait tellement augmenté que le pape Léon XIII l'éleva en archiconfrérie.


Un sanctuaire pour de nombreuses grâces.


En 1912, les Ursulines furent obligées de déplacer leur couvent et leur école à leur emplacement actuel dans le quartier haut de La Nouvelle-Orleans, où réside actuellement la statue de Notre-Dame. Ce déménagement fut suivi par la construction d’un sanctuaire : le sanctuaire national votif de Notre-Dame de Prompt Secours dans les années 1920, consacré solennellement le 6 janvier 1928, lors de la célébration du bicentenaire de l'arrivée des Ursulines à La Nouvelle-Orléans. Le 13 juin suivant, selon un document qui n’a pas encore été retrouvé, le Saint-Siège approuva et confirma la nomination de Notre-Dame de Prompt Secours patronne principale de la ville de La Nouvelle-Orléans et de l'État de Louisiane. Actuellement, les Ursulines et les amis de Notre-Dame de Prompt Secours sollicitent quotidiennement son intercession pour l'aide et sa protection contre les guerres dans le monde et les tempêtes dévastatrices (comme l’ouragan Katrina en août 2005), mais ils la prient aussi pour vaincre des ennemis encore plus grands : la pauvreté, la maladie, l’ignorance, le racisme et la violence. À travers de nombreuses conversations, lettres, contributions financières, demandes de messes d’action de grâce et d’autres sources semblables, des générations d'Ursulines et amis de Notre-Dame de Prompt Secours ont eu connaissance de toutes les faveurs accordées par l’intercession de la Sainte Vierge en réponse à des demandes d'aide « rapide et favorable ». Suivant une tradition qui remonte à plus de deux siècles, les Sœurs rassemblent chaque jour les suppliques écrites des fidèles et les placent dans l’église du sanctuaire. Les Sœurs et les fidèles prient quotidiennement pour ces intentions lors de la célébration de l'Eucharistie.

Le sanctuaire national de Notre-Dame de Prompt Secours, visité par des pèlerins et des touristes du monde entier, est ouvert tous les jours pour la messe, les liturgies et sacrements, les activités de formation spirituelle et la prière privée et communautaire. C'est là, au pied de la statue, que la dévotion des Ursulines à Notre-Dame de Prompt Secours est sans cesse vivante, tout spécialement lorsque ses fidèles se réunissent pour dire ensemble et avec confiance cette prière : « Notre-Dame de Prompt Secours, hâte-toi de nous aider ! »


https://www.notrehistoireavecmarie.com//fr/esc/notre-dame-de-prompt-secours-patronne-principale-de-louisiane/
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Violette3
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 13 Jan 2018, 11:37

1226

Saint François d'Assise, le Poverello ami de toute la Création





Qui est François d’Assise (1182-1226), ce saint vénéré comme l’un des disciples de Jésus qui a radicalement pratiqué son Évangile, et qui reste l’un des personnages préférés des chrétiens ? Fondateur de la famille franciscaine basée sur des valeurs de pauvreté, de charité et d’humilité, François mourra à l’âge de 44 ans. Une vie relativement courte mais qui a décidément marqué l’histoire, l’Église et la conscience occidentale.

Frère Luc Mathieu, ofmPrêtre et théologien, spécialiste de la spiritualité franciscaine



Sa jeunesse. François est né en Italie, à Assise (province d’Ombrie, à 180 km au nord de Rome), fils de Pietro di Bernardone, bourgeois d’une commune qui allait bientôt s’émanciper, riche marchand qui fréquentait les marchés et les foires d’Italie du Nord, de France et de Flandre, et d’une mère probablement d’origine provençale ou française. D’abord baptisé Giovanni (Jean), il prend le nom de Francesco (François) en souvenir de notre pays, qui rappelle à son père des souvenirs de prospérité. Pour nous Français, François est le contemporain du règne de Philippe Auguste, roi de France de 1180 à 1223. Dans l’Église, il est partiellement le contemporain du grand Pape Innocent III, couronné en 1198 et mort en 1216. Toute la jeunesse de François fut marquée par les rivalités entre Pape et Empereur et par le mouvement d’émancipation communale, déjà commencé dans le Nord de l’Europe, mais qui atteignait maintenant Assise. Ce mouvement signifiait la fin de la féodalité comme modèle unique de société.



Une jeunesse guerrière. François a 16 ans quand sa ville se soulève contre les nobles, vassaux de l’Empereur. Il a 18 ans quand Assise se proclame commune libre, il participe aux combats, à la démolition de la forteresse (« la Rocca »), et à la construction d’une enceinte fortifiée pour la ville. Il a 20 ans quand la ville d’Assise déclare la guerre à sa rivale Pérouse, cité pontificale. Il est fait prisonnier et passe deux ans en captivité dans les geôles de Pérouse, mais malade, il est libéré. En 1205, dans l’espoir d’accomplir de hauts faits militaires (il est un lecteur passionné de romans de chevalerie) il s’équipe richement et veut rejoindre Gauthier de Brienne, mercenaire du Pape, pour une expédition dans les Pouilles, au sud de l’Italie.



Processus de conversion, à partir de 1205. À peine arrivé à Spolète, à quelques kilomètres d’Assise, il fait un songe qui l’invite à renoncer à la gloire des armes pour servir le Christ. Retour à Assise, et commencement d’un lent processus de conversion dont voici les étapes : prière assidue et recherche de la solitude ; amour pour les pauvres et fréquentation des lépreux, les exclus par excellence. François lui-même, dans son Testament, date sa conversion à la fréquentation des lépreux : « J’exerçais la miséricorde à leur égard, puis j’attendis peu et je sortis du siècle... » Il quitte en effet le monde en se retirant dans la chapelle Saint-Damien dans les environs d’Assise, où il jouit d’une vision : le Christ peint au-dessus de l’autel s’anime et lui parle : « François, va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines... » Cet événement est pour François une expérience décisive conjuguée avec l’expérience du Christ souffrant dans les pauvres et les exclus. Ayant entendu la voix du Crucifié, il croit tout d’abord qu’il reçoit du Christ l’ordre de rebâtir la vieille chapelle Saint-Damien, et il se fait maçon. Mais son Père lui réclame l’argent qu’il avait pris pour cet ouvrage et François est cité au tribunal de l’évêque au printemps 1206. Là, devant sa famille et les amis de son père, il se dépouille de tout, y compris de ses vêtements, et proclame : « Désormais je ne dirai plus mon père Pierre Bernardone, mais Notre Père des Cieux...! » L’évêque recouvre sa nudité avec son manteau : symboliquement, c’est l’Église qui prend François sous sa protection. Renonçant à son père terrestre, à la recherche de son Père céleste, il part dans la campagne et mène quelque temps une vie d’ermite et de pénitent. Très vite, il y ajoute la prédication populaire de l’Évangile, rejoint par quelques compagnons, ses camarades d’enfance de la cité d’Assise et quelques jeunes du voisinage. Alors qu’il cherche dans l’Évangile une indication sur sa vocation, après avoir restauré plusieurs chapelles, il tombe sur le texte de l’envoi des disciples en Mission (Évangile de la fête de Saint Matthias), et avec ses compagnons, décide d’appliquer à la lettre ce qui est dit dans ce texte : une vie de prédicateur itinérant, pratiquant une pauvreté radicale.



La fondation d’une nouvelle famille religieuse. Dès que François a réuni quelques compagnons, il se soucie de faire approuver son mouvement par le Pape. Cela lui semble indispensable pour se démarquer de tous les mouvements de laïcs qui prétendent faire un retour à l’Évangile, tout en critiquant très vivement l’Église cléricale de ce temps... Le pape Innocent III accepte d’autant plus facilement qu’il avait vu saint François en songe soutenir la basilique Saint-Jean de Latran. Le succès de la nouvelle « Fraternité évangélique » est foudroyant. François donne le nom de « Frères Mineurs » à ses Frères pour souligner l’humilité qu’ils visent. En 1217, on compte déjà près de 5 000 Frères. Ils seront plus de 35 000 à la fin du XIIIe siècle, présents dans toute l'Europe occidentale, jusqu'aux pays scandinaves et dans le pourtour de la Méditerranée. Une branche féminine, l’Ordre des Pauvres dames (les futures Clarisses), démarre dès 1212 avec Claire Offreduccio.  



La vie en « fraternité ».
François a établi sa famille religieuse non pas comme un Ordre monastique, mais comme une « fraternité ». Il a résisté avec vigueur aux ecclésiastiques qui auraient bien voulu faire entrer son mouvement dans les catégories canoniques existantes. Il inventa pour cela un nouveau vocabulaire pour les dénominations des divers services de la Fraternité. Ses compagnons sont tous « frères », qu’ils soient prêtres ou laïcs. Ce culte de l’humilité est lié à la pauvreté ; ainsi, dans la Première Règle qu’il écrivit avec ses Frères, on trouve cette curieuse admonition : « Tous les Frères s’appliqueront à suivre l’humilité de notre Seigneur Jésus-Christ... Ils doivent se réjouir quand ils se trouvent parmi des gens de basse condition et méprisés, des pauvres, des infirmes, des malades et des lépreux et des mendiants des rues... » (1e Règle 9, 1, 3). François se fait alors connaître sous le nom affectueux  de « Poverello d’Assise », le « Petit Pauvre ».  



François en Orient : la rencontre du Sultan. En 1219, François part pour l’Orient, dans l’idée de risquer le martyre, de visiter les lieux saints, d’être présent auprès des « croisés ». Mais en fait il est vite déçu par l’attitude guerrière et l’absence de références évangéliques de l’armée des chrétiens, et il conçoit le projet fou d’annoncer l’Évangile au Sultan. Il réussit à rencontrer près de Damiette le Sultan d’Égypte, Melek-el-Kamil, un Mamelouk humaniste, soucieux de comprendre ses adversaires. François l’aborde en toute simplicité et réussit à revenir sain et sauf d’une aventure qui aurait dû lui coûter la vie. Si rocambolesque que paraisse cet épisode, il est parfaitement attesté au plan historique, dans les biographies de François et, en dehors de l’Ordre franciscain, dans les chroniques contemporaines de l’événement. Cette rencontre pacifique avec l’ennemi des chrétiens marque un changement décisif dans l’attitude de la chrétienté vis-à-vis des infidèles (l’époque de la fin des croisades est proche). François d’Assise souhaite désormais annoncer l’Évangile et la fraternité même aux infidèles. Il envoie ses fils relancer la mission de l’Église auprès des Sarrasins, recommandant aux Frères mineurs d’être humbles et soumis à tous et de voir en tout homme un frère.



François, le Mystique. Aux yeux de ses compagnons et de ses contemporains, François apparaît comme un homme de prière. D’une prière à la fois traditionnelle et rénovée, fondée sur l’Écriture Sainte et sur la Liturgie, mais aussi, prière de familiarité avec Dieu, de simplicité, d’émerveillement, d’action de grâces émue. Il contemple sans cesse le Mystère du Christ, l’amour de Dieu manifesté dans la création et surtout dans le Salut. La Passion de Jésus est contemplée comme la preuve suprême de l’amour et de la bonté de Dieu pour les pécheurs. François accède à une compassion telle que son corps sera marqué des stigmates du Christ. Il est le premier stigmatisé connu dans l’histoire, mais surtout le seul que l’Église glorifiera comme tel, au point d’établir une fête liturgique de la stigmatisation de François d’Assise (fixée au 17 septembre). Cet événement mystique se produisit en 1224, durant une retraite qu’il fit pour la fête de l’Exaltation de la Croix, dans l’ermitage du Mont Alverne (Toscane). Son amour pour le Christ s’exprime également à travers une dévotion particulière envers la Vierge Marie, pour laquelle il écrit des prières de salutation. Il a aussi laissé son empreinte par la création des crèches de Noël (à Greccio, dans le nord du Latium, en 1223). Enfin, son amour pour la nature a eu une influence considérable : il est devenu le saint patron des louveteaux (branche cadette du scoutisme), celui des animaux (Journée mondiale des animaux créée en 1931) et celui des écologistes (proclamation par le pape saint Jean-Paul II le 29 novembre 1979).


     
Quand François meurt le 4 octobre 1226, dépouillé de tout, étendu sur la terre nue, entouré par ses frères qui lui lisent le récit de l’Institution eucharistique, il est déjà considéré comme un saint, et beaucoup sont au courant du miracle des stigmates. À commencer par le Cardinal Hugolin, son ami, futur pape Grégoire IX, qui s’empressa de le canoniser le 16 juillet 1228, 18 mois seulement après la mort de François d’Assise. La rapide expansion de sa famille religieuse contribua, et contribue toujours, à diffuser ses idées et à en imprégner l’Église tout entière.




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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 20 Jan 2018, 10:43

1153

Saint Bernard de Clairvaux, la conversion du désir





En 1112, Bernard de Fontaines (1090-1153) entre au Nouveau Monastère de Cîteaux (Côte-d’Or). L’enthousiasme de ce jeune homme de 22 ans a entraîné à sa suite frères, cousins et amis dans l’aventure cistercienne. Pour les moines de Cîteaux, ce souffle nouveau marque l’éclosion de la plante qu’ils avaient laborieusement semée et arrosée depuis 1098. Elle ne cessera dès lors d’étendre ses rameaux dans l’Église. De cette expansion, saint Bernard est regardé comme la figure de proue. Sa forte personnalité, sa doctrine spirituelle toute de feu, son charisme de guide ont fait de lui le conseiller des grands de son époque ; il reste aujourd’hui pour tous un guide éclairé sur les chemins de Dieu.

Une monialede l'Abbaye de Rieunette


Enfance. Bernard naquit en 1090 au château de Fontaines-lès-Dijon (Côte-d’Or). Ses parents, Tescelin et Aleth, eurent sept enfants. De son enfance et de sa jeunesse, nous savons peu de choses certaines. La biographie qu’écrivirent de lui ses amis et proches, de son vivant et à son insu, rapporte des faits légendaires qui disent surtout ce que Bernard deviendra et la façon dont il fut regardé par ses contemporains. Dame Aleth, alors enceinte de lui, le vit en songe comme un petit chien qui aboyait avec force : son fils sera un fidèle gardien de la maison du Seigneur. Une nuit de Noël, Bernard enfant vit l’Enfant Dieu naissant du sein de la Vierge : sa vie spirituelle restera profondément marquée par la contemplation du mystère de l’Incarnation et de la place de la Vierge Marie.




Un jeune meneur d’hommes.
Alors que ses frères se formaient pour le métier des armes, Bernard fut envoyé étudier auprès des chanoines de Saint-Vorles, à Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or), études dont il profita abondamment. Sa mère mourut en 1103 alors qu’il était encore adolescent. Elle avait eu sur lui et ses frères un grand ascendant. Son souvenir sera très présent au moment où chacun se décidera pour la vie monastique. Au milieu de ses camarades jeunes nobles, il se montre différent, habité par un appel intérieur de plus en plus pressant. Devant son désir de vie monastique, sa famille tente de le détourner vers la cléricature. C’est finalement lui qui convaincra ses proches de le suivre. Déjà Bernard se montre un véritable meneur d’hommes. Quand ils se présentent à Cîteaux en 1112 ils sont, raconte-t-on, une trentaine. L’abbé Étienne Harding (1050-1134) préside à la formation de tout ce groupe. Après une première fondation en 1113 à La Ferté (Saône-et-Loire), Cîteaux envoie Bernard et douze frères fonder Clairvaux (Aube) en 1115. Le jeune abbé a 25 ans. Il était prêtre, mais on ne sait pas quand il fut ordonné.





Le noyau d’une spiritualité cistercienne.
Bernard n’a pas une santé robuste. Lorsque, épuisé, il doit se reposer durant un an, Guillaume, abbé bénédictin de Saint-Thierry (Marne), lui-même malade, le rejoint. Une profonde amitié se noue entre ces deux grands spirituels ; Guillaume sera le premier biographe de Bernard mais mourra avant lui. Des heures entières ils parlent de théologie spirituelle ; le Cantique des cantiques est au cœur de leurs entretiens. Ce dialogue se poursuivra à travers leurs écrits respectifs. Deux autres auteurs cisterciens formeront avec eux le noyau d’une spiritualité typiquement cistercienne : Guerric d’Igny (v. 1070-1157) et Aelred de Rievaulx (1110-1167). Dans une même recherche ardente de Dieu, chacun montre une approche très personnelle : Bernard apporte une note nuptiale, là où Guillaume se montre contemplatif ; Aelred est connu comme docteur de la charité et de l’amitié spirituelle tandis que Guerric exprime l’expérience de Dieu sous la forme de la maternité spirituelle. Les amitiés solides cultivées par Bernard tout au long de sa vie s’étendent largement au-delà du cercle cistercien. Il sait reconnaître la valeur spirituelle des personnes et faire avec elles un chemin d’élévation mutuelle vers Dieu, quand bien même leurs avis divergent.



La naissance de l’Ordre cistercien.
Après un début d’abbatiat difficile, Clairvaux devient rapidement le centre du rayonnement croissant de son abbé. Bernard voyage aux alentours de son abbaye, appelé par les grands du monde ou de l’Église pour régler des affaires matérielles, politiques, ramener la paix entre seigneurs… De ses déplacements, il ramène des jeunes recrues pour le service de Dieu. De nouveaux monastères sont fondés à partir de Clairvaux (Trois-Fontaines (Marne) 1118, Fontenay (Côte-d’Or) 1119, Foigny (Aisne) 1121…) tandis que Cîteaux continue à essaimer (Pontigny (Yonne) 1114, Morimond (Haute-Marne) 1115…). Le mouvement continuera tout au long de la vie de Bernard ; ce seront des fondations directes ou des affiliations de monastères existants. Des « quatre filles » de Cîteaux (les monastères de Clairvaux, Morimond, Pontigny et La Ferté, premières fondations de Cîteaux, tous situés autour de la Bourgogne), Clairvaux devient largement la plus active. À la mort de Bernard en 1153, la filiation de Clairvaux comptera plus de 160 monastères répandus dans toute la chrétienté. L’Ordre cistercien est en train de naître. Les traits fondamentaux de la vie monastique cistercienne sont alors mis par écrit. Ils manifestent l’intuition des fondateurs de Cîteaux, mais aussi l’influence de Bernard et de ses compagnons.





Un homme à l’influence grandissante.
C’est un tiraillement intérieur pour celui qui se voulait éperdument moine, vaquant à Dieu seul dans la solitude du cloître, et se retrouve parcourant les routes de France d’abord, puis de l’Italie vers Rome pour étendre finalement son influence sur l’Église entière ; paradoxe d’un homme passionné de Dieu, véritable « chimère de son siècle » comme il se définira lui-même. Il ressent profondément en lui les joies et les souffrances de son temps et porte à tous les hommes, ses frères, la Parole entendue dans le secret. Son action ne sera pas toujours comprise, ni bien reçue, elle sera critiquée ou louée, couronnée de succès ou tournant à l’échec ; mais toujours elle portera la marque de l’audace prophétique, de la recherche de la vérité et de la paix. On le trouve dans des conciles et synodes régionaux, il s’occupe du différend entre le roi de France et les évêques de Paris et Sens, soutient le pape Innocent II durant le schisme d’Anaclet, réconcilie les cités de Pise et de Gênes (Italie), intervient dans les nominations d’évêques… Lorsqu’en 1144, un ancien moine de Clairvaux, Bernardo Paganelli di Montemagno, est élu Pape sous le nom d’Eugène III, Bernard est chargé par lui de prêcher la seconde croisade. Le discours de Vézelay (Yonne) le jour de Pâques (31 mars) 1146 est resté célèbre, tout comme l’échec retentissant de cette aventure, qui donnera pourtant à l’abbé de Clairvaux l’occasion de défendre les juifs de Rhénanie menacés par des fanatiques. Saint Bernard proclame en Allemagne : « Ne touchez pas aux Juifs, ils sont la chair et les os du Seigneur ! » ; « Celui qui touche à un Juif pour le tuer, c’est comme s’il touchait à Jésus lui-même ».



Un phare dans la nuit.
L’aura dont bénéficie Bernard le désigne pour affronter les pensées nouvelles ou hérétiques qui germent à cette époque. Dans ce domaine, il ne montre aucun empressement ; ses enseignements sont conçus comme un accompagnement de l’âme dans sa quête spirituelle, non comme une base pour les controverses doctrinales. Il ne répond pas lorsqu’il est sollicité pour prendre position contre Guillaume de Conches. Il faudra l’insistance de Guillaume de Saint-Thierry pour qu’il rédige son Traité contre les erreurs d’Abélard et accepte de relever le défi d’une confrontation publique lancée par le maître. Bernard est aussi présent au concile de Reims en mars 1148 qui condamne les thèses sur la Trinité de Gilbert de la Porrée (qui séparait de manière artificielle la nature de Dieu et ses attributs) ; il en retient l’humilité de l’évêque de Poitiers qui accepte l’avis de l’assemblée et se réconcilie avec ses dénonciateurs. L’époque de Bernard voit fleurir des mouvements divers qui allient une forme de révolte contre la société à des doctrines hérétiques dont le point central est de considérer les créatures comme mauvaises. Ces groupes, auxquels on a donné le nom générique de cathares, s’organisaient de façon plus ou moins sectaires. Lorsqu’Ebervin de Steinfeld avertit Bernard et lui demande de réfuter leurs erreurs doctrinales, l’abbé de Clairvaux insère sa réponse dans ses sermons sur le Cantique (SCt 65-66), mais aussi part prêcher dans la région de Toulouse afin de ramener les hérétiques à la foi « non par les armes, mais par les arguments ». Là, s’arrête son action envers les cathares. D’autres prendront la relève ; cisterciens, puis dominicains seront fortement impliqués dans ce combat qu’ils estimeront d’abord spirituel, là où les seigneurs locaux déraperont en répression sanglante, mêlant aux considérations doctrinales des objectifs plus politiques.





L’idéal d’un moine passionné de Dieu.
Cependant ces actions extérieures de l’abbé de Clairvaux ne constituent pas – loin s’en faut – la part la plus importante de son héritage. Car Bernard est d’abord un moine, un chercheur passionné de Dieu, un père et un guide pour ceux qui s’engagent à la suite du Christ. Sur la vie religieuse de son temps, son influence est double : par sa prédication et ses écrits, il répand un souffle de ferveur renouvelée, appuyée sur une doctrine solide ; par ses interventions et son exemple, il agit au niveau des institutions. Son époque voit, pour la première fois dans l’histoire de l’Église, une diversification des modes de vie religieuse, avec l’apparition de multiples groupements de monastères. Cîteaux est l’un d’entre eux, mais aussi Cluny, Obazine, Prémontré, la Chartreuse… sans oublier les ordres de chevalerie, ces Templiers pour lesquels Bernard écrit l’Éloge de la nouvelle chevalerie. C’est dans son « Apologie » adressée à Guillaume de Saint-Thierry que l’abbé de Clairvaux dessine la vie monastique telle qu’il la conçoit, telle qu’il la répandra. Pour vivre intégralement la recherche de Dieu, Bernard pose des conditions radicales pour permettre à chaque moine de réaliser cet idéal. Rupture avec les modèles économiques et sociaux d’une époque marquée par la féodalité, pauvreté réelle et manifeste, simplicité sans précédent dans la liturgie, les ornements ou l’architecture… Tout est mis en œuvre pour favoriser l’intériorité, dans une vie fraternelle au sein d’une communauté stable qui cherche à retrouver l’authenticité de la vie selon la Règle de Saint Benoît.



Un écrivain talentueux.
On a écrit que Bernard avait renoncé à tout « sauf à l’art de bien écrire ». Servies par une écriture magnifique, ses œuvres se veulent d’abord pastorales. Il fraie pour ses moines, mais aussi pour les autres, un itinéraire de retour à Dieu qui emprunte le chemin que Dieu lui-même a pris à la rencontre de l’homme : le Christ, Verbe fait chair dans le temps, Verbe qui visite l’âme assoiffée de Lui, Verbe attendu dans l’espérance. C’est d’expérience que Bernard parle : la sienne, celle de ses lecteurs, celle qu’il décrypte dans les Livres Saints devenus comme son milieu naturel. Son enseignement est incarné, intégré dans la vie. Il est lecture de la Parole divine dans l’existence réelle des hommes, de chaque âme individuelle et de toutes les âmes unies en Église ; chemin de conversion qui ré-ordonne l’homme tout entier dans le désir même de Dieu.





Une intense dévotion mariale.
Sur la route qui mène au Christ, Marie, Mère du Fils de Dieu, occupe une place primordiale. La Sainte Vierge accomplit en sa personne les prophéties qui l’annonçaient ; toute pure, toute libre dans son consentement, intimement associée à son Fils, elle est pour nous le canal des grâces divines. Saint Bernard est l’auteur de sermons sur Marie, de la prière du Memorare (« Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie, qu'on n'a jamais entendu dire qu'aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance et réclamé votre intercession, ait été abandonné. Animé d'une pareille confiance, ô Vierge des vierges, ô ma Mère, j'accours, je viens à vous, et gémissant sous le poids de mes péchés, je me prosterne à vos pieds. Ô Mère du Verbe Incarné, ne méprisez pas mes prières, mais écoutez-les favorablement et daignez les exaucer. Amen ») et d’une prière appelant à la confiance, mise en musique à l’époque contemporaine par la Communauté de l’Emmanuel (« Regarde l’étoile, invoque Marie »). Bernard meurt à Clairvaux le 20 août 1153 à l’âge de 63 ans. Canonisé le 18 janvier 1174 par Alexandre III, il a été déclaré Docteur de l'Église par Pie VIII par décret du 17 juillet 1830. On le fête le 20 août.



http://mailchi.mp/mariedenazareth/saint-bernard-de-clairvaux-la-conversion-du-desir?e=324d09cb23
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 27 Jan 2018, 11:20

1717

Notre-Dame d'Aparecida, premier sanctuaire du monde






Contrairement aux invocations les plus célèbres de Notre Dame à travers le monde, le phénomène d'Aparecida (Brésil) n'est pas constitué de visions ou de simples mots. Il y a pourtant un message très clair lié à une statue et au contexte historique dans lequel elle a été découverte dans le fleuve Paraíba, à 180 km au nord-est de São Paulo, dans le Sud du pays. Chaque année, près de douze millions de personnes visitent Nossa Senhora da Conceicão Aparecida : l’église qui lui est consacrée est devenue le premier sanctuaire marial du monde.

Père João Batista de AlmeidaRecteur du sanctuaire national d'Aparecida



Origines de la statue. En contraste avec l’immensité de la basilique actuelle, la petite image d’argile de l'Immaculée Conception située dans une niche au centre de l’édifice ne mesure pas plus de 36 centimètres de haut. Elle a été découverte il y a 300 ans, le 12 octobre 1717, en deux parties distinctes, dans les filets d’une poignée de pêcheurs du fleuve Paraíba do Sul (du Sud), le jour anniversaire de la découverte du continent américain par Christophe Colomb (1492). Les pêcheurs lui ont donné le nom d’« Aparecida » : « celle qui est apparue » en portugais. Allant voir le gouverneur qui s’arrêtait dans la région, les trois pêcheurs avaient passé beaucoup de temps sans rien prendre dans la rivière, lorsqu’ils remontèrent le corps sans tête d’une statue de la Vierge Marie. Contre toute attente, ils réussirent immédiatement à retrouver la tête, qui s’emboîtait exactement sur le corps. Avec soin, ils enveloppèrent l'objet dans un drap avant de lancer à nouveau leurs filets dans le fleuve. Leur pêche fut alors miraculeuse. Par des études savantes, on comprendra bien plus tard que la statue provenait d’un artisan religieux de la région, mais on ne saura jamais comment elle est arrivée brisée au fond du fleuve…
 


L’humilité de Marie.
Pieusement réparée par la femme de l’un des pêcheurs, puis entreposée dans le foyer d’un autre, cette statue de Marie très simple devient un objet de dévotion locale, attirant pêcheurs et personnes humbles. Son succès grandissant pousse le vicaire de Guaratinguetá à construire une petite chapelle pour elle, ouverte au culte le 26 juillet 1745, au sommet du morro dos Coqueiros. Mais la diffusion de la dévotion s’accélère tant qu’il faudra une deuxième église (la Basilica velha, « vieille basilique » achevée en 1888), puis même une troisième (la basilique actuelle, commencée le 11 novembre 1955 et inaugurée le 4 juillet 1980 par le pape Jean-Paul II). Aujourd’hui, presque écrasée par la grandeur de l'architecture de cette église (deuxième plus grande basilique au monde, derrière celle de Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro en Côte d’Ivoire), Marie nous enseigne que nous devons être humbles pour que le Seigneur puisse faire de grandes choses dans nos vies. De manière significative, elle ne porte pas l’Enfant, mais elle est enceinte, nous rappelant ainsi que sa mission est de nous offrir Jésus, le fruit béni de son sein.







La tête et le corps.
Devant elle, des milliers de personnes passent chaque jour pour répéter le geste de João Alves, l'un des trois pêcheurs ayant trouvé l'image brisée en deux morceaux. Cette séparation représente symboliquement le Peuple de Dieu en tant que corps et le Christ lui-même, en tant que Chef (la Tête) d'une nouvelle humanité. Marie montre ainsi que, malgré toutes les blessures et les cassures de notre vie, conséquences lointaines du péché originel, il est toujours possible de reconstruire l'unité à l'intérieur et à l'extérieur de nous, à travers la tendresse, l'amour et la patience ; elle nous invite ainsi à vivre dans l'Église en tant que participants fidèles et actifs. Il faut unir le corps et la tête pour que le peuple devienne le corps mystique du Christ, qui est l'Église elle-même, également symbolisée par le bateau dans lequel l’image de Notre-Dame d’Aparecida a été placée après la pêche. La légende raconte que lorsque la tête et le corps furent assemblés, la statue devint si lourde qu’il était difficile de la déplacer.  



Interprétations autour de la statue.
Les mains jointes de l’image de Marie révèlent son rôle, celui d’intercéder envers Dieu pour nous. Elles nous invitent en même temps à prier et nous montrent le Ciel, destination finale des chrétiens. Enceinte, Marie nous montre aussi le Christ, et comme dans l'Évangile, elle nous exhorte à faire « tout ce qu'Il dit » (Jean II, 5). Recueillie dans les eaux, élément de vie et de purification, la Dame nous rappelle l'importance de notre baptême comme nouvelle naissance, et de la confession comme purification et pardon. Avec sagesse, le pape Jean-Paul II, devenu saint, a rappelé que les pèlerins cherchent à Aparecida ce qu'ils cherchaient lorsqu´ils plongeaient dans les eaux du baptême, « la foi, et les moyens de la nourrir. Ils cherchent les sacrements de l'Église, en particulier la réconciliation avec Dieu et la nourriture eucharistique. Et ils retournent chez eux, rafraîchis et reconnaissants à Notre-Dame, Mère de Dieu et notre mère » (Homélie du pape Jean-Paul II, lors de la messe à la Basilique nationale d’Aparecida, le 4 juillet 1980).  







La Vierge protectrice des pauvres. Dans ces eaux, la Vierge Marie s’est laissée approcher par trois pêcheurs, pauvres et ouvriers très travailleurs. La maison de l’un d’entre eux, Felipe Pedroso, est devenue à l’époque le premier temple de Notre-Dame d’Aparecida (pendant 15 ans, avant que son fils ne construise un premier oratoire à Itaguaçú). Cette pêche si miraculeuse les a comme soudainement libérés de la menace des puissants ; en allant vivre avec les pauvres, Marie a choisi de rester près de ceux qui souffrent. C’est sans doute pour cette raison qu’elle est apparue sous la forme d’une Vierge noire, traduisant sa solidarité avec ce peuple si injustement asservi. Sa couleur dénonce le péché des préjugés raciaux et de toute exclusion, et annonce en même temps l'espérance chantée dans le Magnificat : « Il a renversé les puissants de leurs trônes, et il a élevé les humbles » (Luc I, 52). À la souffrance, Marie répond par le sourire, un sourire de bonté maternelle qui nourrit notre confiance en la miséricorde de Dieu et reflète la joie qui jaillit de l'Évangile et imprègne la vie de chaque chrétien.


Une mère pour tous.
« À Aparecida, Dieu a offert sa propre mère au Brésil » (pape François, le 27 juillet 2013) et, en ce sanctuaire, elle présente à tous son aide et son visage maternel. « Marie nous accueille [...] et, comme Mère et Maîtresse, elle nous aide à adresser à Dieu une prière unanime et confiante » (homélie du pape Benoît XVI à Aparecida, le 13 mai 2007). Dans la capitale spirituelle du Brésil qui accueille la Mère de Dieu et notre Mère, bat le cœur de tout un peuple uni dans une seule foi, dans une seule âme et dans un seul corps. Les diverses expressions de la foi populaire exercées ici représentent la diversité caractéristique du peuple brésilien, pays du monde comprenant aujourd’hui le plus de catholiques. Mais en même temps, devant l'image de la Vierge, tous les pèlerins qui font de leur visite à Aparecida leur plus grand voyage de l'année se ressemblent. Ils viennent ici chercher dans les bras maternels de la Vierge Noire une consolation pour répondre aux difficultés de la vie.  



Des prières tournées vers le Ciel.
Ce n'est pas un hasard si le retable de la niche qui abrite Notre-Dame d’Aparecida contient une représentation de l'échelle de Jacob (Genèse XXVIII, 11-19). Les trois archanges y sont représentés : Gabriel, Michel et Raphaël. Les figures bibliques montent et descendent entre le Ciel et la Terre, représentant les prières des pèlerins qui montent vers Dieu, à travers les mains des anges, et qui descendent comme des grâces sur le peuple. Et à la base de celui-ci se trouve l’image de la Vierge d’Aparecida qui a été trouvée en 1717.  







L’itinéraire du pèlerin. Le visiteur demande à Aparecida des grâces, non seulement pour lui-même, mais aussi pour d’autres qui ne peuvent être présents et qui lui ont dit avec confiance : « Quand vous serez devant Notre-Dame d’Aparecida, priez pour moi. » La route des prières passe par l'autel central, où la Vierge elle-même nous présente son Fils. Là, le pèlerin rencontre le Très Saint Rédempteur dans la Parole et dans l'Eucharistie. Il entend le Maître et se nourrit du Seigneur lui-même, qui donne au peuple le « le pain des anges devenu l’aliment de ceux qui sont en chemin, vrai Pain des enfants à ne pas jeter aux chiens » (extraits du Lauda Sion de saint Thomas d'Aquin). À partir de là, jaillissent des « torrents d'eau vive », comme le suggère la représentation présente sur le sol de l'autel, montrant que, si nous sommes baignés par la lumière du Christ, nous pouvons participer à son mystère. D'autres autels complètent également l'itinéraire du pèlerin et aident à comprendre le message d'Aparecida. Le plus visité est l'autel des remerciements, dans la salle des Promesses. Dans cette pièce très impressionnante se trouvent d'innombrables ex-voto (plaques, portraits, objets personnels, béquilles, pièces de plastiques figurant des membres du corps guéris…) témoignant de l’immense sollicitude de Marie pour les Brésiliens, chacun d’eux représentant une grâce accordée par l'intercession de Notre-Dame. On compte environ 87 000 photos, qui embellissent les murs et tout le plafond de l'espace. Au cours des périodes les moins fréquentées, environ 19 000 ex-voto sont déposés et, lors des saisons les plus attractives, ce sont quelque 25 000 objets qui sont reçus. Il y a aussi d’autres pièces telles que la Chapelle des bougies et la Chapelle de la Pénitence, où les pèlerins redécouvrent le sens de leur voyage spirituel par la confession.  



Dans la maison de la Mère du peuple brésilien, tout communique le message de l'Évangile, car il est le message d'Aparecida. La « Petite Dame » est bénie entre toutes les femmes parce qu'elle fait résonner le message rédempteur qui découle des paroles du Christ, celui qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jean XIV, 6). Ici, Marie nous répète sans cesse l'invitation qui a été faite aux serviteurs des noces de Cana, afin que nous puissions faire ce que Jésus veut. C'est seulement en suivant ses traces et en accomplissant sa volonté, que nous aurons la joie du Salut apporté par Jésus lui-même.  




Notre-Dame d’Aparecida est fêtée chaque 12 octobre, y compris par de nombreux Brésiliens expatriés ; elle est la protectrice des femmes enceintes, des nouveau-nés, des fleuves et des mers. En 2013, elle fut la patronne des Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) de Rio de Janeiro au Brésil.




https://www.notrehistoireavecmarie.com/fr/esc/notre-dame-daparecida-premier-sanctuaire-marial-du-monde/
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 03 Fév 2018, 11:07

533

Saint Rémi de Reims, Apôtre des Francs






Évêque métropolitain de Reims (Marne) à partir de 461, pendant plus de 70 ans, saint Remi rend l’âme à 96 ans, selon la tradition, après un long apostolat en faveur des pauvres et d’une Église plus structurée. Il a réorganisé la vie religieuse de son diocèse et de sa province et conféré le baptême à Clovis (autour de 496), fondateur du royaume des Francs.


[size=18]Patrick Demouy
Professeur émérite d’histoire médiévale à l’Université de Reims et à l’Institut Catholique de Paris





Un évêque gallo-romain. Éléments d’introduction. Remi (Remigius, Remegius, sans accent à l’origine en français) est issu d’une famille de l’aristocratie gallo-romaine attachée à l’Empire, auquel elle a donné de grands serviteurs. La tradition le fait naître à Cerny-en-Laonnais (Aisne), près de Laon. Son nom ne désigne pas une origine ethnique (même s’il est tentant de le rapprocher de Reims et du peuple rème) mais est dérivé de Remex, le rameur. C’est un nom rare. Dans les sources écrites ou épigraphiques, on n’en connaît que trois : un magister officiorum, chef des bureaux impériaux avec rang honorifique de clarissime (retiré à Mayence, qui pourrait être son trisaïeul) ; un préfet d’Égypte, de rang sénatorial ; et un évêque d’Aix entre 396 et 419. Ces trois carrières dessinent d’ailleurs l’évolution classique de l’aristocratie cultivée qui a basculé vers le christianisme, devenu religion de l’Empire. Servir l’Église, c’était continuer à servir l’Empire et à le défendre comme un rempart à opposer aux barbares, largement massés à ses frontières. Le père de Remi, Émile, commandait la place-forte de Laon ; sa famille était liée à Aetius puis à Egidius, les derniers généraux des armées romaines en Gaule, mais aussi à Childéric (mort en 481) – le père de Clovis – un roi franc fédéré établi par Rome pour défendre la frontière septentrionale. Un allié fidèle mais resté païen, comme en témoignent les chevaux sacrifiés autour de son tombeau, retrouvé à Tournai, pour lui permettre de chevaucher dans l’au-delà.



Contexte historique.
Remi naît en entre 437 et 439 dans une Gaule encore placée sous le pouvoir de Rome ; Aetius y maintient une sécurité relative. Le 20 juin 451, la victoire des Champs Catalauniques (entre Châlons-en-Champagne et Troyes) contre les Huns d’Attila prouve le bien-fondé de l’alliance romaine avec des militaires germains, dont les Francs, qui exercent une autorité de fait sur la province de Belgique seconde, dont Reims est la métropole. C’est là que le jeune Remi fait ses études. Bon élève, il apprend à bien écrire, discourir et versifier en latin ; il acquiert une culture biblique et la connaissance du droit romain, un bagage spirituel et intellectuel nécessaire à la fonction épiscopale, à laquelle il est élu en 461. Qu’il soit devenu évêque n’est pas étonnant, compte-tenu de ses origines, c’est son jeune âge qui surprend (22 ans selon son biographe Hincmar), alors qu’on choisissait plutôt un homme mûr compte-tenu des importantes responsabilités spirituelles et temporelles que la fonction impliquait dans la cité. Progressivement, dans la débandade des cadres romains, l’épiscopat, par délégation de l’empereur ou par la force des choses, s’est trouvé investi des fonctions délaissées par les magistrats municipaux, de moins en moins empressés à se dévouer à la chose publique. Recommandé par sa ferveur – il semble avoir été attiré par la vie érémitique – Remi l’est aussi par la position de sa famille, favorable à l’alliance franque pour défendre un ordre romain contre les ambitions centrifuges des Burgondes et Wisigoths. Ceux-ci, établis respectivement dans le sud-ouest et le centre-est de la Gaule, ont rompu le pacte avec l’Empire et par leur adhésion à l’hérésie arienne menacent l’unité de l’Église.


Saint Remi et Clovis.
Ce contexte éclaire la lettre de Remi à Clovis, dont il salue l’avènement en 481, à la mort de Childéric, comme un nouveau chef de la province. Ce n’est pas une main audacieusement tendue à un barbare, comme on le dit encore parfois à tort, mais l’expression d’une collaboration déjà entamée, ce qui l’autorise, sur un ton paternel, à faire des principes chrétiens le fondement de son gouvernement : « Ta bonté doit s’exercer de manière intègre et honnête. Tu devras t’en rapporter à tes évêques et recourir toujours à leurs conseils… Rends courage aux citoyens, relève les affligés, favorise les veuves, nourris les orphelins… Que la justice sorte de ta bouche… Tu possèdes certaines richesses paternelles avec lesquelles tu libéreras les prisonniers et tu délieras du joug de la servitude. » Commence alors pour Clovis un long cheminement personnel jusqu’au baptême, dont la date n’est pas établie avec certitude. L’histoire a retenu la promesse au « dieu de Clotilde » (la princesse catholique burgonde qu’il avait épousée) à la bataille de Tolbiac contre les Alamans et l’année 496. C’est en interprétant à la lettre le récit de l’Histoire des Francs de saint Grégoire de Tours, rédigée deux générations plus tard, que cette année 496 s’est longtemps imposée. Mais il faut faire la part du symbole. Grégoire date en lustres : Clovis est roi à 15 ans, baptisé à 30 (comme Jésus), mort à 45, après un règne partagé en parts égales autour d’un point culminant, le sacrement reçu à Reims. Des sources font état d’un passage préalable à Saint-Martin de Tours, l’historien Michel Rouche a proposé l’année 498, au retour d’une expédition menée sur Bordeaux, ou 499, le temps de l’instruire dans la foi. Mais Tours n’ayant été conquise sur les Wisigoths qu’en 507, Ian Wood et Alain Dierkens proposent 507 ou 508 pour le baptême de Clovis. Cette dernière date correspond à l’envoi, par l’empereur Anastase, depuis Constantinople, d’une chlamyde (draperie) de pourpre et d’un diadème donnant au roi des Francs le titre de patrice et une légitimité reconnue dans l’ordre romain. Clovis est en effet le premier roi barbare converti au catholicisme, avant même les rois ariens qui étaient pourtant déjà chrétiens.



Le baptême, choix personnel de Clovis.
Quelle que soit la durée de sa réflexion, la conversion de Clovis apparaît bien, à la lecture des sources, comme une décision personnelle et non un calcul intéressé :

-      D’abord, contemporaine de son baptême, une lettre adressée à Clovis par l’évêque de Vienne, saint Avit : « Le choix que vous faites par vous-même est une sentence qui vaut pour tous… Irons-nous prêcher la foi au chrétien converti accompli, cette foi qu’avant cet accomplissement vous avez vue sans prédicateur ? »

-      L’épitaphe rédigée par saint Remi lui-même pour Clovis dans la basilique parisienne des Saints-Pierre-et-Paul, devenue Sainte-Geneviève : « Rempli d’amour pour Dieu, il a dédaigné de croire à mille divinités… Bientôt lavé par les eaux et né à nouveau de la fontaine du Christ… il a donné l’exemple que suit la foule innombrable du peuple gentil ; et, méprisant l’erreur de ses ancêtres, ce peuple va adorer Dieu, son créateur et véritable père. »

-      La lettre de l’évêque de Trèves saint Nizier à la reine Chlodoswinde, petite-fille de Clovis et Clotilde, mariée au roi des Lombards dans l’espoir qu’elle le convertisse : « Tu as appris de quelle manière ta grand-mère, la maîtresse de bonne mémoire Clotilde, était venue en Francie et comment elle amena le seigneur Clovis à la loi catholique. Et lui, comme c’était un homme des plus astucieux, ne voulut pas acquiescer avant qu’il n’eût fini par comprendre que ces choses-là étaient vraies. Lorsqu’il s’aperçut que les démonstrations que je viens de faire plus haut [les nombreux miracles de guérison au tombeau de saint Martin de Tours] étaient prouvées, il tomba humblement à genoux sur le seuil du bienheureux Martin et il promit de se faire baptiser sans délais. »

Que retenir de ces textes ? D’abord une certaine sympathie de Clovis pour le christianisme et les évêques des Gaules, ce qui permet à saint Remi de lui proposer un code éthique, déplaçant la lettre officielle sur un ton personnel mettant l’accent sur la justice et la charité. Ensuite le rôle de l’épouse. Dans la famille, petite Église, l’Esprit-Saint est à l’œuvre. Clovis a fait un choix personnel quand il a fini par comprendre ce qu’était la vraie foi. La conversion est le fruit de la liberté, de la grâce, du témoignage d’une foi vivante, en l’occurrence celle des pèlerins de Saint-Martin. Saint Remi n’a pas exercé de contrainte, il ne s’est pas livré à un chantage politique – comme on le dit trop souvent – le baptême contre le ralliement des évêques des Gaules. En bon pasteur, il a eu la joie de recevoir Clovis dans l’Église, après avoir parachevé son instruction, ce qui était sa fonction de docteur de la foi.

L’absence de contrainte est ce qui ressort aussi de la conversion – d’ailleurs progressive – du peuple franc. Quand la conversion du chef est uniquement politique, celle du peuple est imposée par la loi. Cujus regio, ejus religio dira-t-on plus tard. Clovis a cheminé longtemps, il a donné l’exemple. Dans les récits de la vie de saint Remi, on ne voit pas l’évêque lancer de prédication véhémente contre le paganisme, détruire des temples ou renverser des idoles. La prédication de la foi ne justifie pas l’exercice de la violence. Il faut laisser agir le Verbe.

Saint Remi, bon pasteur. Il ne faut pas réduire le ministère de saint Remi au baptême de Clovis, si important soit-il. Pendant son long épiscopat, il œuvre pour l’évangélisation de son diocèse et de la province dont il est le métropolitain. Son testament exprime clairement son souci des pauvres, du clergé et des paroisses rurales qu’il développe pour améliorer l’encadrement religieux des fidèles, alors que la vie ecclésiale est à cette époque essentiellement urbaine, autour de la cathédrale. Certes, il n’a pas encore le moyen de mettre en place un réseau complet dans des campagnes, au demeurant peu peuplées. Il s’attache à doter financièrement les églises établies dans les chefs-lieux des pagi (circonscription territoriale rurale) de son vaste diocèse, les circonscriptions les plus éloignées de Reims, les territoires du Porcien, du Castrice (Mézières), de Voncq et de Mouzon, dans l’actuel département des Ardennes. Des clercs bien formés sont capables de relayer la prédication de l’évêque. On sait que saint Remi a composé un recueil d’homélies, hélas perdu, destiné à aider les prêtres. L’évêque s’appuie sur le clergé séculier déconcentré en petites communautés rayonnantes ; le monachisme n’est pas encore développé, il faut attendre les VIIe et VIIIe siècles pour le voir à l’œuvre dans les campagnes.



À l’écoute des plus pauvres. Dans sa ville épiscopale, il ne se contente pas de soulager ponctuellement les misères qu’il rencontre, il met en place des institutions assurant la pérennité à l’exigence de charité. L’un des premiers en Gaule, il conçoit une véritable politique de l’assistance en fondant une matricule des pauvres, destinée à drainer les dons des fidèles pour les redistribuer aux plus déshérités (la matricule est par définition la liste des immatriculés). À côté de la cathédrale, l’évêque entretient un xenodochium, étymologiquement un « lieu d’accueil de l’étranger », de tous ceux qui sont déracinés ou délaissés, qu’il faut abriter et soigner. Au Moyen Âge, cette institution a pris le beau nom d’« Hôtel-Dieu ».

L’Église redynamisée. Enfin il se préoccupe de la province. Au tournant du Ve siècle, la situation de la Gaule du Nord-Ouest est dramatique, elle est ravagée par les troubles qui ont marqué l’effondrement de l’Empire romain d’Occident (476) et la lutte pour le pouvoir avant le triomphe des Francs. Alors que la plupart des cités de Belgique seconde avaient un évêque au IVe siècle, on n’en trouve plus trace. Seuls sont occupés les sièges les plus méridionaux, Châlons et Senlis. À la fin de l’épiscopat de saint Remi, il y a des évêques à Amiens, Beauvais, Senlis, Soissons, Châlons, Laon, Saint-Quentin, Arras/Cambrai, Tournai. Les sièges épiscopaux ont été créés ou recréés par ses soins. C’est lui qui envoie saint Vaast, arrivé à Reims avec Clovis dont il avait assuré la formation catéchétique, dans la cité d’Arras accablée par les invasions. La liste épiscopale de Soissons, interrompue, retrouve des titulaires avec son frère Principe puis son neveu Loup. C’est à saint Remi qu’on doit l’érection du siège de Laon, par démembrement du très vaste diocèse de Reims. Le contexte favorable du règne de Clovis puis de son fils Thierry, qui fait de Reims la capitale de la part du royaume qu’il obtient en héritage en 511 (la future Austrasie), facilite assurément la naissance ou la renaissance d’églises catholiques dynamiques dans les principales cités de la province. Saint Remi apparaît comme le grand coordinateur et, plus concrètement, le consécrateur d’une nouvelle génération d’évêques.

 Saint Remi meurt le 13 janvier 533 (ou 532) à l’âge de 96 ou 97 ans, après un riche épiscopat (plus de 70 ans). Enseveli au sud de la ville de Reims, dans le quartier des nécropoles antiques, il est rapidement porté sur les autels et devient le patron du diocèse. Ses reliques ont échappé au vandalisme révolutionnaire ; il repose encore dans la belle basilique que les moines bénédictins ont édifiée aux XIe et XIIe siècles.


https://www.notrehistoireavecmarie.com//fr/esc/saint-remi-de-reims-apotre-des-francs/
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 10 Fév 2018, 11:12

1884

La conversion fulgurante d'Alphonse Ratisbone





Rome, jeudi 20 janvier 1842. Un jeune avocat juif, athée, libre penseur et dilettante, entre dans l’église Sant’Andrea delle Fratte (Saint-André des Buissons) à Rome pour en sortir quelques minutes plus tard, chrétien, prêt à mourir pour défendre la foi en Jésus-Christ. « [i]Si quelqu’un m’avait dit dans la matinée de ce jour : « Tu t’es levé juif, tu te coucheras chrétien », je l’aurai regardé comme le plus fou des hommes », écrira Alphonse Ratisbonne (1814-1884). Et pourtant…
[/i]

Père Antoine d’AugustinCuré-recteur de la basilique Notre-Dame des Victoiresà Paris.




Une enfance aisée. Comme saint Paul, Alphonse Ratisbonne est fils d’Abraham. Et comme lui, il va vivre une conversion fulgurante ! À sa naissance, le 1er mai 1814 à Strasbourg (Bas-Rhin), il reçoit, avec celui d’Alphonse, le nom de Tobie. Sa famille, d’origine juive, est nombreuse, aisée, connue. Son père est banquier, adjoint au maire de Strasbourg et président du consistoire israélite du Bas-Rhin. Alphonse reçoit une instruction religieuse mais abandonne la foi à l’adolescence. « J’étais juif de nom, mais je ne croyais même pas en Dieu », écrit-il plus tard. Inscrit au collège royal de Strasbourg, il y reçoit une solide formation littéraire et scientifique.       


Une haine des chrétiens.
En 1825 – il a alors 11 ans – un évènement important bouscule toute la famille. Théodore, son frère aîné, se convertit au catholicisme. Pire encore, il entre au séminaire et est ordonné prêtre en 1830. Alphonse, tout comme ses proches, s’indigne. « Tout jeune que j’étais, cette conduite de mon frère me révolta, et je pris en haine son habit et son caractère […] La conversion de mon frère, que je regardais comme une inexplicable folie, me fit croire au fanatisme des catholiques, et j’en eus horreur », raconte-t-il. C’est le début pour lui d’un fort sentiment anti-chrétien. Alphonse refuse de revoir son frère et coupe toute relation avec lui. En 1840, Théodore quitte Strasbourg : il est nommé vicaire à la paroisse Notre-Dame des Victoires, à Paris. Il y rejoint le curé, l’Abbé Desgenettes, fondateur de l’Archiconfrérie du Très Saint et Immaculé Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs. L’association de prière, dont il devient le sous-directeur, en est à ses débuts, mais porte déjà des fruits de conversions miraculeuses en abondance. Si Alphonse a enterré son frère, Théodore, lui, prie et fait prier Notre Dame des Victoires pour sa conversion. Alphonse aussi est à Paris pour ses études. Il y fait son droit puis revêt la robe d’avocat. Devenu orphelin de mère, puis de père, il hérite d’une fortune importante qu’il dépense abondamment en plaisirs et frivolités. En 1841, le jeune avocat se fiance à Flore, une de ses nièces. L’âge tendre de la jeune femme, qui a alors 16 ans, retarde le mariage.  





L’ange envoyé de Dieu.
En attendant l’heure de l’union, Alphonse part en voyage. C’est ainsi qu’il quitte Paris en novembre pour un périple de plusieurs mois. L’époque romantique a mis au goût du jour les voyages vers l’Orient : l’Italie, la Sicile, Malte, Constantinople et le Levant l’attendent ! Ratisbonne arrive à Rome le 6 janvier 1842. Parmi les édifices et quartiers romains visités, le Ghetto, quartier des Juifs, lui fait une très vive impression. Devant tant de misère, pitié et indignation le submergent. « Je dois dire, sans crainte d’exagérer, que jamais de ma vie je n’avais été plus aigri contre le christianisme que depuis la vue du Ghetto. Je ne tarissais point en moqueries et en blasphèmes. » Au cours d’une de ses visites de la ville éternelle, il rencontre un ami de collège, Gustave de Bussières, dont le frère, le baron Théodore de Bussières, fervent catholique, s’est fait connaître par ses voyages en Sicile et en Orient, dont il a publié les récits. Alphonse lui raconte ses projets de voyage. Gustave l’invite alors à rencontrer son frère pour lui demander conseil. Alphonse accepte par politesse. Le 15 janvier, avant de partir pour Naples, il se rend donc, bon gré, mal gré chez Théodore de Bussières pour la visite promise. Alphonse ne le sait pas encore : comme Raphaël pour Tobie, il est l’ange que Dieu lui donne. La conversation est légère, mais prend vite des tournures passionnées quand Alphonse partage ses impressions de Rome. Puis, le dialogue glisse sur le terrain religieux… Ratisbonne en profite pour égratigner un peu plus la foi catholique. Son hôte plein d’audace lui lance alors un défi. « Enfin, me dit M. de Bussières, puisque vous détestez la superstition et que vous professez des doctrines si libérales, puisque vous êtes un esprit fort si éclairé, auriez-vous le courage de vous soumettre à une épreuve bien innocente ? – Quelle épreuve ? – Ce serait de porter sur vous un objet que je vais vous donner… Voici ! C’est une médaille de la Sainte Vierge. Cela vous paraît bien ridicule, n’est-ce pas ? Mais quant à moi, j’attache une grande valeur à cette médaille. »  


Un jeu sans conséquence ?
Ce défi, qualifié de puéril par Alphonse, est relevé avec humour. Même pas peur ! Et voilà que Monsieur de Bussières lui passe la médaille au cou, puis complète l’épreuve : « Il s’agit de réciter matin et soir le Memorare [Souvenez-vous], prière très courte et très efficace, que saint Bernard adressa à la Vierge Marie. – Qu’est-ce que votre Memorare ? m’écriai-je ; laissons ces sottises ! […] Cependant mon interlocuteur insista : il me dit qu’en refusant de réciter cette courte prière, je rendais l’épreuve nulle, et que je prouvais par cela même la réalité de l’obstination volontaire qu’on reproche aux Juifs. Je ne voulus point attacher trop d’importance à la chose, et je dis : Soit ! Je vous promets de réciter cette prière ; si elle ne me fait pas de bien, du moins ne me fera-t-elle pas de mal ! » Alphonse relève le défi, et la Sainte Vierge le prend au sérieux… La médaille qu’il porte est celle dont Marie avait dit à sainte Catherine Labouré, le 27 novembre 1830 : « Faites frapper une médaille sur ce modèle. Les personnes qui la porteront recevront de grandes grâces. Les grâces seront abondantes sur les personnes qui auront confiance. » La confiance en Marie ne fait pas défaut à M. de Bussières, ni à l’un de ses amis, le comte de Lafferonnays, qui prient ensemble pour ce jeune Juif. Ratisbonne, lui, à force de lire et relire la prière imposée dans le but d’y découvrir sa valeur finit par la savoir par cœur, et se surprend à la réciter plusieurs fois malgré lui.  






Une apparition
et une conversion. Le 20 janvier 1842, Alphonse se rend dans un café de Rome pour y lire les journaux. En sortant, il rencontre la voiture de Monsieur de Bussières qui l’invite pour une promenade. Sur le chemin, il lui faut s’arrêter à l’église Saint-André des Buissons, près de la Trinité des Monts, régler les derniers préparatifs des funérailles de son ami, Monsieur de Laferronnays, mort brutalement, et devant être enterré le lendemain. Théodore de Bussières propose à Alphonse de l’attendre dans la voiture, mais ce dernier préfère sortir voir l’église. Il entre alors avec lui. Dix minutes plus tard, Monsieur de Bussières le retrouve en larmes, prosterné devant l’autel de saint Michel. Un véritable miracle a eu lieu. « Ratisbonne tire sa médaille, l’embrasse, nous la montre et s’écrie : Je l’ai vue, je l’ai vue ! », raconte M. de Bussières. Alphonse explique : « J’étais depuis un instant dans l’église, lorsque tout d’un coup je me suis senti saisi d’un trouble inexprimable. J’ai levé les yeux ; tout l’édifice avait disparu à mes regards ; une seule chapelle avait, pour ainsi dire, concentré toute la lumière et au milieu de ce rayonnement a paru debout sur l’autel, grande, brillante, pleine de majesté et de douceur, la Vierge Marie, telle qu’elle est sur ma médaille. Une force irrésistible m’a poussée vers elle, la Vierge m’a fait signe de la main de m’agenouiller, elle a semblé me dire : C’est bien ! Elle ne m’a point parlé, mais j’ai tout compris. » Les écailles tombent de ses yeux : Alphonse voit désormais la lumière ! Il acquiert la foi et la connaissance. « J’ai tout compris », dit Alphonse : le poids de son péché, l’amour de la Vierge pour les pécheurs, la toute-puissance de la miséricorde de Dieu. Comme dans l’Évangile, Marie est restée silencieuse. Mais Alphonse a été éclairé sur tous les mystères de la vie du Christ que Marie méditait dans son cœur. Le fruit de cette apparition est sa conversion totale. Il demande aussitôt le baptême, veut entrer à la Trappe, mourir martyr et convertir ses frères…  


Frère Marie.
Après sa conversion, naît dans son cœur une véritable dette de reconnaissance. D’abord pour Monsieur de Laferronnays. « Ô, comme ce monsieur a prié pour moi », s’est écrié Alphonse dans l’église Saint-André. Un proche de la famille témoigne en effet que le comte a prié avec ardeur pour la conversion du jeune homme. Ensuite, pour son frère Théodore et l’Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires. Le 12 avril 1842, quelques mois après le miracle, il écrit une longue lettre à l’Abbé Desgenettes en action de grâces. « C’est à vous, Monsieur le Curé, à vous qui avez fondé l’Archiconfrérie pour la conversion des pécheurs, c’est à vous que les pécheurs doivent compte des grâces qu’ils ont obtenues. » Il résume ainsi l’événement qui a bouleversé sa vie : « Si je ne devais vous raconter que le fait de ma conversion, un seul mot suffirait : le nom de Marie ! » Le 31 janvier 1842, onze jours après son illumination, il reçoit les trois sacrements de l’initiation chrétienne (baptême, confirmation et eucharistie). Théodore de Bussières est son parrain. Le 20 juin, il devient Frère Marie, de la Compagnie de Jésus, dans laquelle il sera ordonné prêtre en 1848, avant de rejoindre son frère dans la Congrégation Notre-Dame de Sion que celui-ci a fondée en 1843. Il s’installe alors en Palestine, y fonde successivement deux monastères et consacre le reste de sa vie au catéchuménat des convertis d’origine juive, pendant plus de trente-cinq ans. Il meurt le 6 mai 1884 au monastère Saint-Pierre de Sion (dit monastère Ratisbonne, aujourd’hui Centre d’études salésien) dans un faubourg de Jérusalem.


Alphonse Ratisbonne a goûté à la communion des saints. Le Ciel et la Terre se sont unis pour demander sa conversion, qui aura été double : retournement de son cœur vers Dieu en même temps qu’accomplissement de sa foi juive. Grâce obtenue par Marie, fille d’Israël, dont le Cœur Immaculé est le refuge des pécheurs. Il écrit à l’Abbé Théodore le 4 février 1842 : « Un frère de sauvé ! Et une victoire de plus pour Notre Dame des Victoires ! » Et ce ne fut ni la première, ni la dernière.



https://www.notrehistoireavecmarie.com/fr/esc/la-conversion-fulgurante-dalphonse-ratisbonne/
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Violette3
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MessageSujet: Re: Notre Histoire avec Marie   Sam 17 Fév 2018, 10:26

1569
Jean d'Avila "l'Apôtre de l'Andalousie





Saint Jean (Juan) d'Avila (1499-1569) est un théologien espagnol, docteur de l’Église et grand prédicateur de l’Espagne du XVIe siècle dans laquelle il favorisa le développement des jésuites. Il fut le notamment le père spirituel et ami de saint Ignace de Loyola ainsi que de sainte Thérèse d’Avila.

P. François MarxerProfesseur d'histoire et de spiritualité au Centre Sèvres




Un converti d’exception. Le destin et le génie de Jean d'Avila fut celui de nombre de ces « conversos » (convertis), ces ressortissants de familles juives qui passèrent, plus ou moins forcées, à la confession chrétienne dans l'Espagne du XVIe siècle et durent se soumettre aux enquêtes de la « limpieza del sangre » (« la pureté de sang ») qui déterminait si l'individu s'enracinait génétiquement dans une famille chrétienne de vieille souche. Les conversos devaient donc répondre de la rectitude de leur orthodoxie, soupçonnés qu'ils étaient de mener double jeu : la famille de Thérèse d'Avila connaîtra ces humiliations, comme bien des membres de la toute jeune Compagnie de Jésus, fondée par Ignace de Loyola.  





Un prédicateur de talent.
Juan d'Avila naquit d'une famille aisée à Almodovar del Campo (au sud de Madrid) le 6 janvier 1499, à l’époque des voyages de Christophe Colomb en Amérique. Il ne doit pas être confondu avec saint Jean de la Croix (1542-1591), un autre Espagnol proche de Thérèse d’Avila. En 1513, il entreprend des études de droit à Salamanque (Espagne), puis de théologie à Alcalá (où il a pour maître Domingo de Soto) de 1520 à 1526. Ordonné prêtre, il souhaiterait partir évangéliser le Nouveau Monde, mais son statut de conversos (supposé, car sa mère était « cristiana vieja », « ancienne chrétienne », c’est-à-dire issue d’une famille déjà catholique) le lui interdit ; si bien que l'archevêque de Séville lui propose d'évangéliser l'Andalousie, où il déploiera ses talents de prédicateur. Ses succès suscitent les jalousies : accusation d'hérésie, incarcération dans les geôles de l'Inquisistion de 1531 à 1533 avant d'être relaxé. Mais cette captivité aura des conséquences aussi (et heureusement) déterminantes que le cachot de Tolède pour Jean de la Croix : son expérience spirituelle y trouve une intensité que reflétera le commentaire qu'il rédige alors du psaume 44, Audi, Filia (« Écoute, ma fille, regarde et tends l'oreille : oublie ton peuple et la maison de ton père et le Roi sera épris de ta beauté »). Il reprend ses campagnes de prédication, entouré d'une communauté de prêtres vivant pauvrement et acquis à ses convictions apostoliques de l'importance pour chacun d'une expérience spirituelle active, témoignant d'une foi authentique, « car enfin la sainteté ne consiste en rien d'autre qu'en l'humble amour de Dieu et du prochain » (lettre 158 à Thérèse d'Avila). Autre volet de son apostolat mystique, Jean d'Avila fonde quinze collèges (dont trois universités) destinés à la jeunesse, anticipant ainsi la stratégie des jésuites. La maladie l'obligera à se retirer à Montilla, près de Cordoue en Andalousie, où il meurt le 10 mai 1569. Il est canonisé le 31 mai 1970 par le pape Paul VI et proclamé docteur de l'Église le 7 octobre 2012 par Benoît XVI.  






Un fin théologien. Jean d’Avila convertira et suscitera « un esprit de tendre compassion » dans le futur Jean de Dieu, initiateur des soins hospitaliers et psychiatriques, et apportera réconfort au duc de Gandie, alias François de Borgia, éminente figure de la sainteté jésuite. Mais il n'en gardait pas moins une visée spirituelle, particulièrement évidente dans les sermons sur le Saint-Esprit. Il a également écrit des passages très spirituels sur la Vierge Marie et saint Joseph. En effet, et contrairement à l'opinion de théologiens d'alors qui, négligeant la substance spirituelle de la théologie, voulaient ménager une position conciliante, compatible avec la rénovation chrétienne que proposait l'humanisme d'Érasme, mais aussi acceptable par les penseurs luthériens ; Jean d'Avila rappelait que le Salut ne peut se réaliser à la seule mesure de l'effort humain et se contenter d'une ambition éthique – que viendrait surcharger un supplément (décoratif ?) de grâce divine. Tous les débats sur liberté et grâce qui vont agiter la pensée chrétienne au siècle suivant sont en quelque sorte déjà en germe. Pour lui, le message transmis par Jean III, 16 (« Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné Son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne se perdre pas, mais obtienne la vie éternelle »), « la plus douce parole de tout l’Évangile », est la base d’une renaissance spirituelle. Rejetant donc toute sympathie pélagienne (l’hérésie du moine Pélage au IVe siècle voyait l'homme en mesure de conquérir son Salut à la force du poignet), Avila souligne que l'amour actif est donné comme une grâce bien plus que produit par la bonne volonté humaine. C'est donc la qualité de l'intériorisation de la pratique chrétienne qui sera en jeu : « L'amour qui t'inspire doit être un amour infus. Car Dieu accorde ses dons pour que tu agisses mieux dans la foi et dans la charité. L'Esprit-Saint ne se contente pas de te voir beau extérieurement, il veut que tu le sois aussi intérieurement, non seulement dans ton œuvre, mais dans l'amour qui te fait opérer. » La liberté ne se trouve pas édulcorée, bafouée, mais encouragée, stimulée par le don que nous avons reçu.  


La spiritualisation des âmes.
C'est dans cet esprit que Jean d’Avila va affiner sa doctrine de l'oraison, doctrine qui influencera le Traité de l'oraison et de la méditation de Louis de Grenade (qui devient son disciple en 1535), mais qui sera suspectée de relents d'illuminisme par le farouchement anti-mystique Melchior Cano. Clairement, « c'est une chose d'agir comme un homme bon, même favorisé de Dieu ; c'en est une autre que le Saint-Esprit soit l'auteur et le promoteur, et que l'homme ne soit bientôt plus rien que l'instrument ». L'union qui s'établit entre le Saint-Esprit et l'âme qu'il vient habiter est à ce point intime et efficiente que l'on serait tenté de parler d'incarnation. Mais gardons ce terme pour désigner l'union en Jésus du Verbe avec notre nature humaine, et parlons, par souci de clarté et d'exactitude, de spiritualisation selon le Saint-Esprit qui opère dans les âmes ce que le Christ a opéré sur les corps. Ce qui induit un « sevrage » de la volonté (et de l'opinion) propre ; autrement dit, consentir à perdre, à sacrifier ce qui serait plaisir ou contentement voire même consolation. Voilà une ascèse exigeante, à contre-courant du naturel, et qui ne peut s'accomplir qu'avec l'aide du Saint-Esprit : « Donnez-moi le courage, donnez-moi votre grâce. Faites briller la Lumière en nos esprits, versez l'amour en nos cœurs ; soutenez la faiblesse de notre corps par votre constante vigueur » (Sermon 30 sur le Saint-Esprit). Le chrétien cohérent demandera l'Esprit pour donner corps à la Parole de Dieu, et garder ainsi les vertus théologales, pas seulement en homme raisonnable (et érasmien !), mais selon l'inspiration propre des fils adoptifs, coopérant ainsi au dessein salvifique de Dieu pour le monde.  







Jésus, fils unique de Dieu, notre sauveur.
Nous saurons gré à Jean d'Avila d'avoir réglé leur compte à ces distinctions qui, certes utiles au travail de réflexion théologique (comme liberté/grâce, activité/passivité, essence/existence, etc...), ont fini par se cristalliser en antagonisme stérilisant l'intelligence comme la pratique chrétienne ; mais plus encore d'avoir revivifié celles-ci, en rappelant que « la véritable foi chrétienne ne s'appuie pas sur des dires : Je suis né de parents chrétiens ; je vois d'autres hommes qui sont chrétiens et pour cela je suis chrétien ; ou bien encore, j'entends dire à d'autres que la foi est véritable et je crois également pour cette raison ; c'est alors en un homme surtout que l'on croit, car on ne regarde pas Dieu ». La foi viv(ant)e qui agit par cet amour infusé par le Saint-Esprit, est « une attirance divine qu'exerce sur nous le Père éternel en nous faisant croire très fermement et avec une certitude absolue, que Jésus-Christ est son Fils Unique, ainsi que toutes les autres vérités le concernant, comme elles sont crues par son épouse l'Église. En elle se trouve la véritable connaissance et le véritable culte de Dieu ; hors d'elle, il n'y a qu'erreur, mort et damnation. L'homme qui possède une telle croyance est celui-là même qui a entendu les paroles du Père et en a fait son enseignement ; qui, selon les Prophètes, est instruit par Dieu » (Audi Filia, Aubier, 1954, p. 178-179).  



Un ami et un Père précieux.
Jean d'Avila, sans doute moins célèbre, aura préparé Jean de la Croix et même l'aura anticipé en sa Montée du Carmel (sans parler de cette oscuridad tenebrosa, si proche de la nuit sanjuaniste). Ignace de Loyola le tenait en haute estime, le considérant, en 1548, comme son unique Père spirituel. Et, à la veille de se lancer dans l'oeuvre des fondations de sa réforme, Thérèse sa compatriote avait l'intention de soumettre son autobiographie au « Père Maître Avila » : « Je désire qu'on prenne des mesures pour qu'il la voie, écrit-elle au P. García de Toledo, car c'est dans cette intention que j'ai commencé à l'écrire. S'il estime que je suis sur le bon chemin, ce sera pour moi une très grande consolation. » Et lorsqu'elle apprendra sa mort peu après, « je pleure, avouera-t-elle, parce que l'Église perd une grande colonne ».




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