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 De la Divine Providence

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Clotilde
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MessageSujet: De la Divine Providence   Dim 29 Oct 2006, 19:38

Extrait d'un petit ouvrage, écrit par le père Jean-Baptiste Saint-Jure, de la Compagnie de Jésus, datant de 1908 ayant imprimatur et nihil obstat... Mr.Red

Exposé de la conduite pleine d'amour que Dieu tient envers les hommes, et du bonheur de ceux qui se soumettent comme ils doivent à cette conduite.

Chapitre premier, paragraphe 1er:

Non, rien ne se passe dans l'univers que Dieu ne veuille, qu'il ne l'ordonne. Et cela doit s'entendre absolument de toutes choses, le péché excepté. "Rien, enseignent unanimement les saints Pères et les Docteurs de l'Église, avec saint Augustin, - rien n'arrive par hasard dans tout le cours de notre vie; Dieu intervient partout."

Je suis le Seigneur, dit-il lui-même par la bouche du prophète Isaïe, je suis le Seigneur, et il n'en est point d'autre: c'est moi qui forme la lumière et qui crée les maux; c,est moi, le Seigneur, qui fais toutes ces choses (Is XLV, 6,7) - C'est moi, avait-il dit auparavant par Moïse, c'est moi qui fais mourir et c'est moi qui fais vivre; c'est moi qui blesse et c'est moi qui guéris (Deut XXXII, 39) - Le Seigneur ôte et donne la vie, est-il dit encore dans le cantique d'Anne, mère de Samuel, il conduit au tombeau et il en retire; le Seigneur fait le pauvre et le riche: il abaisse et il élève (I Rois II, 6,7) - Arrivera-t-il dans la cité, dit le prophète Amos, quelque mal (affliction, désastre) qui ne vienne du Seigneur? (Amos, III,6) - Oui, proclame le Sage, les biens et les maux, la vie et la mort, la pauvreté et les richesses viennent de Dieu (Ecc XI, 14). Ainsi dans cent autres endroits.

Vous allez dire peut-être que si cela est vrai de certains effets nécessaires, comme les maladies, la mort, le froid, le chaud et autres accidents produits par des causes naturelles, dépourvues de liberté, il n'en est plus ainsi dès qu'il s'agit de choses qui relèvent de la libre volonté de l'homme. car enfin, - m'objecterez-vous, - si quelqu'un parle mal de moi, s'il me ravit mes biens, me frappe, me persécute, comment puis-je attribuer cette conduite à la volonté de Dieu, qui loin de vouloir qu l'on me traite de la sorte, le défend au contraire sévèrement. On ne peut donc alors - concluez-vous - s'en prendre qu'àa la volonté de l'homme, àa son ignorance ou sa malice. - C'est bien là, en effet, le retranchement derrière lequel on cherche à s'abriter, pour éluder les coups ménagés par la main du Seigneur, et excuser un manque de courage et de soumission.

Mais, c'est en vain - vous répondrai-je - que vous pensez à vous prévaloir de ce raisonnement, pour vous défendre de vous abandonner àa la Providence; car Dieu lui-même l'a réfuté, et nous devons, sur sa parole, croire que dans ces sortes d'évènements, comme dans tous les autres, rien n'arrive que par ses ordres. Ecoutez plutôt.


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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Dim 29 Oct 2006, 20:26

Voici un article de saint Thomas qui aborde le même sujet. attention, il est difficile:

Citation :


Ia, Q. 19, ARTICLE 6: La volonté divine s'accomplit-elle toujours?

Objections:
1. Il semble que non. En effet, l'Apôtre écrit (1 Tm 2, 4): "Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité." Mais cela ne se passe pas ainsi. Donc la volonté de Dieu ne s'accomplit pas toujours.
2. Ce que la science est au vrai, la volonté l'est au bien. Or Dieu sait tout le vrai; donc il veut tout ce qui est bon. Pourtant tout ce qui est bon ne se réalise pas; beaucoup de choses bonnes peuvent être faites, qui ne sont pas faites. La volonté de Dieu n'est donc pas toujours accomplie.
3. La volonté de Dieu, cause première, n'exclut pas, a-t-on dit, les causes intermédiaires. Or l'effet de la Cause première peut être empêché par la défaillance de la cause seconde, comme il arrive lorsque l'effet de la vertu motrice de notre corps est empêché par la débilité de la jambe. Ainsi donc, l'effet de la volonté de Dieu peut être empêché par la défaillance des causes secondes. La volonté de Dieu ne s'accomplit donc pas toujours.
Cependant:
le Psaume (115, 3) dit: "Tout ce que Dieu veut, il le fait."
Conclusion:
Il est nécessaire que la volonté de Dieu soit toujours accomplie. Pour le découvrir il faut observer que l'effet se conformant à l'agent selon sa forme, le rapport est le même dans la série des causes agentes et dans celle des causes formelles. Or l'ordre des causes formelles est tel que si un sujet peut bien, par sa défaillance, manquer d'une forme particulière, toutefois, à l'égard de la forme universelle, rien ne peut être manquant. Quelque chose, en effet, peut être, qui ne soit pas un homme ni un vivant, mais rien ne peut être qui ne soit pas un étant. Il faut donc qu'il en soit de même dans les causes agentes. Quelque chose, en effet, peut bien se produire qui échappe à l'ordre de quelque cause agente particulière; mais non pas à l'ordre d'une cause universelle, sous l'action de laquelle toutes les causes particulières sont comprises. Parce que, si quelque cause particulière manque son effet, cela vient de l'empêchement que lui apporte une autre cause particulière, qui rentre dans l'ordre de la cause universelle. L'effet ne peut donc en aucune manière se soustraire à l'ordination posée par la cause universelle. Cela se voit même dans les réalités corporelles. Ainsi, l'effet d'un astre peut être empêché; mais quel que soit l'effet produit par un empêchement de cette sorte, dans les réalités corporelles, cet effet se ramène nécessairement, par telles ou telles causes intermédiaires, à l'activité universelle du premier ciel.
Donc, puisque la volonté de Dieu est cause universelle à l'égard de toutes choses, il est impossible que la volonté de Dieu n'obtienne pas son effet. C'est pourquoi, ce qui semble s'écarter de la divine volonté dans un certain ordre y retombe dans un autre. Le pécheur, par exemple, autant qu'il est en lui, s'éloigne de la divine volonté en faisant le mal; mais il rentre dans l'ordre de cette volonté par le châtiment que lui inflige la justice.
Solutions:
1. Cette parole de l'Apôtre: "Dieu veut que tous les hommes soient sauvés", etc. peut se comprendre de trois façons.
D'abord de telle sorte que l'affirmation distributive soit ainsi interprétée: "Dieu veut que soient sauvés tous les hommes qui sont sauvés." Comme dit S. Augustin: "Non pas qu'il n'y ait pas d'hommes dont il ne veuille pas le salut, mais aucun homme n'est sauvé dont il ne veuille pas le salut."
Deuxièmement, on peut comprendre cette distribution en l'appliquant aux catégories d'individus, mais non aux individus de ces catégories, dans le sens suivant: "Dieu veut que des hommes soient sauvés dans toutes les catégories: hommes et femmes, Juifs et païens, grands et petits, sans qu'il veuille sauver tous ceux qui appartiennent à ces catégories."
Troisièmement, selon le Damascène, ce texte se comprend de la volonté antécédente, non de la volonté conséquente. Cette distinction ne se prend pas du côté de la volonté divine elle-même, dans laquelle il n'y a ni avant ni après, mais du côté des choses voulues. Pour le comprendre, il faut considérer que toute chose, selon qu'elle est bonne, et dans cette mesure, est voulue par Dieu. Or, quelque chose peut être, à première vue, considéré en soimême, bon ou mauvais, alors que dans sa connexion avec autre chose, ce qui est une considération conséquente, on voit les choses à l'inverse. Ainsi, qu'un homme vive est bon, tuer un homme est mauvais, si l'on considère la chose en elle-même. Mais si s'ajoute à cela, pour un homme déterminé, que cet homme est un assassin, ou qu'il est un danger pour la collectivité, à ce point de vue il est bon que cet homme soit mis à mort, et il est mauvais qu'il vive. Aussi pourra-t-on dire d'un juge épris de justice: de volonté antécédente il veut que tout homme vive; mais de volonté conséquente il veut que l'assassin soit pendu. Semblablement, Dieu veut de volonté antécédente que tous les hommes soient sauvés; mais de volonté conséquente il veut que quelques-uns soient damnés, comme sa justice l'exige.
Cependant, même ce que nous voulons antécédemment nous ne le voulons pas purement et simplement, mais sous un certain aspect. Car la volonté se rapporte aux choses telles qu'elles sont en elles-mêmes: et en elles-mêmes elles sont particularisées. C'est pourquoi nous voulons purement et simplement une chose quand nous la voulons en tenant compte de toutes les circonstances particulières, ce qui est vouloir de volonté conséquente. Par conséquent on peut dire que le juge épris de justice veut purement et simplement que l'assassin soit pendu; mais sous un certain aspect il voudrait qu'il vive, en tant qu'il est un homme; ce qu'on peut appeler une velléité plutôt qu'une volonté absolue. Cela fait bien voir que tout ce que Dieu veut de façon absolue se réalise, bien que ce qu'il veut de volonté antécédente ne se réalise pas.
2. Par l'acte de la faculté cognitive le connu est dans le connaissant, tandis que par l'acte de la faculté appétitive, l'opérant est orienté aux choses selon qu'elles sont en elles-mêmes. Or, tout ce qui peut avoir raison d'étant et de vrai est tout entier virtuellement en Dieu; mais tout cela ne se trouve pas dans les choses créées. Et c'est pourquoi Dieu connaît tout ce qui est vrai, tandis qu'il ne veut pas tout ce qui est bon, si ce n'est selon qu'il se veut lui-même, en qui, virtuellement, tout bien existe.
3. La cause première peut être empêchée de produire son effet par une défaillance de la cause seconde, quand elle n'est pas universellement première, comprenant et se subordonnant toutes les autres causes. Si elle l'était, l'effet ne pourrait en aucune manière se soustraire à son ordination. Et il en est ainsi, nous l'avons dit à l'instant, de la volonté de Dieu.

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Arnaud
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Clotilde
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Lun 30 Oct 2006, 23:17

Il veut châtier l'homicide et l'adultère commis par David, et voici comment il s'exprime, par l'organe du prophète Nathan: Pourquoi donc as-tu méprisé ma parole, et commis le mal devant mes yeux? Tu as fait périr Urie l'Hétéen; tu lui as ravi sa femme et tu l'as lui-même tué par le glaive des enfants d'Ammon. C'est pourquoi le glaive ne sortira plus de ta maison, parce que tu m'as méprisé, et que tu as ravi la femme d'Urie l'Hétéen. Voici donc ce que dit le Seigneur: je te susciterai des châtiments dans ta propre maison; je prendrai tes femmes sous tes yeux et je les donnerai à l'un des tiens, à la face du soleil. Tu as fait, toi, le mal en secret; mais moi je te châtirai à la vue de tout Israël et en plein soleil (II Rois, XII, 9-12).

Plus tard les juifs ayant, par leurs iniquités, gravement outragé le Seigneur et provoqué sa justice: Assur, dit-il, est la verge et le bâton de ma fureur; j'ai fait de sa main l'instrument de ma colère; je l'enverrai à la nation perfide; je lui ordonnerai de marcher contre le peuple objet de ma fureur, de le dépouiller, de le mettre au pillage, de le fouler aux pieds comme la boue des chemins (Isaïe X, 5, 6)

Hé bien! Je vous le demande, Dieu pouvait-il plus ouvertement se déclarer l'Auteur des maux qu'Absalon fit souffrir à son père, et le roi d'Assyrie aux Juifs? Il serait facile d'apporter d'autres exemples; mais ceux-làa suffiront. Concluons donc avec saint Augustin: "Tout ce qui nous arrive ici-bas contre notre volont. (que ce soit de la part des hommes ou d'ailleurs), ne nous arrive que par la volonté de Dieu, par les dispositions de sa providence, par ses ordres et sous sadirection; et si, vu la faiblesse de notre esprit, nous ne pouvons saisir la raison de tel ou tel évènement, attribuons-la à la divine Providence, rendons-lui cet honneur de le recevoir de sa main, croyons fermement que ce n'est pas sans motif qu'elle nous l'envoie."

Répondant aux plaintes et aux murmures des Juifs, qui attribuaient leur captivité et leurs souffrances à la mauvaise fortune et à d'autres causes que la juste volonté de Dieu, le prophète Jérémie leur disait: "Quel est celui dont la parole peut produire un effet quelconque, si le Seigneur ne l'ordonne? Est-ce que les biens et les maux ne sortent pas de la bouche du Trés-Haut? Pourquoi donc l'homme, pendant sa vie murmure-t-il, se plaint-il des châtiments dus à ses péchés? Pour nous, rentrons en nous-même, interrogeons notre conscience, réformons notre conduite et revenons au Seigneur. Elevons au ciel nos coeurs et nos mains vers le Seigneur, et disons-lui: Nous avons agi injustement, nous nous somes attiré votre colère; c'est pour cela que vous êtes devenu inexorables (Lam. III, 37-42). Ces paroles ne sont-elles point assez claires?
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mar 31 Oct 2006, 07:33

Ce théologien reconnait un fait.

Mais à l'époque, cela se faisait avec l'esprit d'un matamore, un peu comme si ce théologien était un glorieux trénor, chantant avec dignité et honneur:


Citation :
"Dieu me frappe, c'est pour mes péchés".




Il faudrait arriver à avoir un esprit différent, moins tonitruant Laughing et plus humble, comme le bon Larron sur la croix, et disant:

Citation :
"Pourquoi Dieu frappe-t-il les innocents comme il me frappe moi, qui suis pécheur ?

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Arnaud
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mar 31 Oct 2006, 14:52

Ou on peux dire:

Dieu purifi celui qu'il aime afin qu'il soit un avec lui, tout comme Jésus est un avec le Père et l'Esprit Saint.
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Clotilde
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mar 31 Oct 2006, 17:50

Le style est celui utilisé en 1908, tout comme le style littéraire de la Bible est celui de son époque, mais le fond n'en demeure pas moins vrai, et c'est le fond qui compte... ;)
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Clotilde
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mar 31 Oct 2006, 18:28

Mais nous devons en tirer profit pour nous-mêmes. C’est pourquoi, si, par exemple, l’on nous donne un soufflet, et l’on noircit notre réputation, si l’on ravit notre bien, si l’on brûle notre maison, si enfin, de quelques manière que ce soit, l’on vient à nous faire une injure, un tort, un outrage, ayons grand soin de tout rapporter à la volonté de Dieu, et croyons bien que ce sont là des coups de sa main et des mesures de sa Providence.

Cependant – direz-vous peut-être encore – il y a péché dans toutes ces actions; comment donc Dieu peut-il les vouloir et y prendre part, Lui qui, étant la Sainteté même, ne saurait avoir rien de commn avec le péché?
En effet, Dieu n’est pas et ne peut pas être l’auteur du péché; mais il n’en est pas moins l’Auteur du soufflet qui vous est donné ou de la perte des biens qui vous sont ravis, etc. Ce sont deux choses très différentes. N’oublions donc pas que, dans tout péché, il faut, comme disent les théologiens, distinguer deux êtres, l’un naturel, l’autre moral. Ainsi, dans l’action de l’homme dont vous croyez devoir vous plaindre, il y a, par exemple, le mouvement du bras qui vous frappe, de la langue qui vous injurie, et le mouvement de la volonté qui s’écarte de la droite raison et de la loi de Dieu. Mais l’acte physique du bras ou de la langue, comme toutes les choses naturelles, est fort bon en lui-même, et rien nempêche qu’il ne soit produit avec et par le concours de Dieu. Ce qui est mauvais, ce à quoi Dieu ne saurait concourir et dont il ne peut être l’Auteur, c’est l’intention défectueuse, déréglée, qu’apporte à ce même acte la volonté de l’homme.

La démarche d’un boiteux, en tant qu’elle est un mouvement provient à la fois, il est vrai, de l’âme et de la jambe; mais la défectuosité qui rend cette démarche boiteuse ne vient que de la jambe. De même, toutes les actions mauvaises doivent être attribuées à Dieu et à l’homme, en tant qu’elles sont des actes naturels, physiques; mais elles ne peuvent être attribuées qu’à la volonté de l’homme, en tant qu’elles sont déréglées, coupables.

Si donc l’on vous frappe ou que l’on médise de vous, ce mouvement du bras ou de la langue n’étant point un péché, Dieu peut très bien en être et il en est effectivement l’auteur; car l’homme, non plus qu’aucune créature, n’a l’existence ni le mouvement de lui-même, mais de Dieu, qui agit en lui et par lui : car c’est en Dieu, dit saint Paul, que nous avons la vie, le mouvement et l’être (Act, XVII, 28 ). Quant à la malice de l’intention, elle est toute de l’homme; et c’est là seulement que se trouve le péché, auquel Dieu ne prend aucune part, mais qu’il permet toutefois pour ne pas porter atteinte au libre arbitre.

De plus, quand Dieu concourt avec celui qui vous meurtrit ou qui dérobe vos avoirs, il veut sans doute vous priver de cette santé ou de ces biens, dont vous abusiez et qui eussent causé la ruine de votre âme; mais il ne veut nullement que le brutal ou la voleur vous les ravissent par un péché. Ceci n’est point le dessein de Dieu, ce n’est que l malice de l’homme.
Un exemple pourra rendre la chose plus sensible. Un criminel, par un juste jugement, est condamné à mort. Mais le bourreau se trouve être l’ennemi personnel de ce malheureux, et au lieu de n’exécuter la sentence du juge que par devoir, il le fait par esprit de haine et de vengeance… N’est-il pas évident que le juge ne participe nullement au péché de l’exécuteur? La volonté, l’intention du juge n’est pas que ce péché soit commis, mais bien que le justice ait son cours et que le criminel soit châtié.

De même, Dieu ne participe, en aucune façon, à la méchanceté de cet homme qui vous frappe ou qui vous vole : elle est son fait particulier. Dieu veut, avons-nous dit, vous corriger, vous humilier ou vous dépouiller de vos biens, pour vous affranchir du vice et vous porter à la vertu; mais ce dessein de bonté et de miséricorde, qu’il pourrait exécuter par mille autres moyens où ne serait aucun péché, n’a rien de commun avec le péché de l’homme qui lui sert d’instrument. Et, de fait, ce n’est pas sa mauvaise intention, son péché qui vous fait souffrir, vous humilie ou vous appauvrit; c’est la perte, la privation de votre bien-être, de votre honneur ou de vos biens temporels. Le péché ne nuit qu’à celui qui s’en rend coupable. C’est ainsi que nous devons en ces sortes d’évènements, séparer le bon du mauvais, distinguer ce que Dieu opère par les hommes de ce que leur volonté y ajoute de son propre fonds.
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mar 31 Oct 2006, 19:08

Excellent, ce nouvel extrait...

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Clotilde
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mar 31 Oct 2006, 21:30

Plus on avance dans la lecture, plus le ton " ténor matamore" se dissipe parce que les principes de basent ayant été exposés clairement au début, l'auteur peut élever un peu la réflexion.

Cela dit, concernant ce sujet de la "divine providence" quel autre auteur, plus récent et moins "matamore", pourriez-vous suggérer? ;)
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mar 31 Oct 2006, 21:36

Clotilde a écrit:
Plus on avance dans la lecture, plus le ton " ténor matamore" se dissipe parce que les principes de basent ayant été exposés clairement au début, l'auteur peut élever un peu la réflexion.

Cela dit, concernant ce sujet de la "divine providence" quel autre auteur, plus récent et moins "matamore", pourriez-vous suggérer? ;)

Je n'en connais pas. Depuis 50 ans ans, presque tous les théologiens célèbres ont fuit cette théologie, cherchant à expliquer le mal qui est dans le monde par une sorte d'impuissance "tendre" venant de Dieu.

Dieu serait tellement amour qu'il laisserait l'homme libre.

En Université catholique, il est presque impossible de sortir de cette explication pourtant très fragile car elle s'écroule sur deux points:

1° Les malheurs dont l'homme et sa liberté ne sont pas responsables (tremblements de terre, mort).

2° Le soi-disant amour respectueux de Dieu qui laisse les criminels violer les enfants et les innocents.

Mais tout est dit dans les fils de ce forum. Le reste est juste une question de ton, qui ne saurait, pour de si terribles sujets, qu'être selon moi, tremblant et interrogatif pour Dieu.

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Arnaud
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mar 31 Oct 2006, 22:38

Arnaud Dumouch a écrit:
Depuis 50 ans ans, presque tous les théologiens célèbres ont fuit cette théologie

cette théologie ne posait pas problème semble-t-il en 1900, même si elle a peut-être été mal utilisée (menace, abus de pouvoir...). Pourquoi en pose-t-elle maintenant?


Dernière édition par le Mar 31 Oct 2006, 23:58, édité 1 fois
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Clotilde
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mar 31 Oct 2006, 23:57

Saint Grégoire nous propose la même vérité sous un autre jour. Un médecin, dit-il, ordonne une application de sangsues. Ces petites bêtes ne sont occupées, en tirant le sang du malade, que de s’en rassasier et de le sucer, autant qu’il dépend d’elles, jusqu’à la dernière goutte. Cependant le médecin n’a d’autre intention que d’ôter au malade ce qu’il a de sang vicié et, par ce moyen, de le guérir. Rien donc de commun entre la folle avidité des sangsues et le but intelligent du médecin qui les emploie. Aussi le malade la voit-il sans aucune peine. Il n’envisage nullement les sangsues comme malfaisantes; il tâche, au contraire, de surmonter la répugnance que leur laideur lui fait éprouver; et même il protège, il favorise leur action, sachant bien qu’elles n’agissent que parce que le médecin l’a reconnu utile à sa guérison.

Or, Dieu se sert des hommes, comme le médecin des sangsues. Nous devons donc, nous aussi, ne pas nous arrêter aux passions de ceux à qui Dieu donne pouvoir d’agir sur nous, ne pas nous mettre en peine de leurs intentions malveillantes et nous préserver de toute aversion contre eux. Quelles que puissent être, en effet, leurs vues particulières, eux-mêmes ne sont toujours à notre égard qu’un instrument de salut, dirigé par la main d’un Dieu d’une bonté, d’une sagesse et d’une puissance infinies, qui ne leur permettra d’agir sur nous qu’autant que cela nous est utile. Notre intérêt devrait donc nous porter à accueillir, plutôt qu’à repousser leurs atteintes, puisqu’elles ne sont véritablement que les atteintes de Dieu même. Et il en est ainsi de toutes les créatures, quelles qu’elles soient; aucune ne saurait agir sur nous, si le pouvoir ne lui en était donné d’en haut.

Cette doctrine a toujours été familière aux âmes vraiment éclairées de Dieu. Nous en avons un exemple célèbre dans le saint homme Job. Il a perdu ses enfants et ses biens; il est tombé de la plus haute fortune dans la plus profonde misère. Et il dit : Le Seigneur m’avait tout donné, le Seigneur m’a tout ôté; comme il a plus au Seigneur, ainsi est-il arrivé; que le nom du Seigneur soit béni (Job, I, 21). Voyez, observe ici saint Augustin, Job ne dit pas : Le Seigneur me l’avait donné, le démon me l’a ôté; mais, en homme éclairé, il dit : c’est le Seigneur qui m’a donné mes enfants et mes biens, et c’est Lui qui me les a ôtés; il est arrivé comme il a plu au Seigneur, et non comme il a plu au démon.

L’exemple de Joseph n’est pas moins remarquable. C’est bien par malice et dans un but mauvais que ses frères l’avaient vendu à des marchands; et néanmoins ce saint patriarche attribue tout à la providence de Dieu. Il s’en explique même à plusieurs reprises : Dieu, dit-il, m’a envoyé en Egypte avant vous pour votre salut… Dieu m’a fait venir ici pour vous conserver la vie, afin que vous ayez des vivres pour votre subsistance. Ce n’est point par votre conseil que j’ai été envoyé ici, mais par la volonté de Dieu, qui a fait de moi comme le père de Pharaon, le maître de sa maison et le prince de toute l’Egypte (Gen, XLV, 5-8 )

David, poursuivi et outragé par Sémeï, ne voit également dans la conduite de son sujet rebelle que l’action de cette même Providence. Et il contient l’indignation de ses fidèles serviteurs en leur disant, par deux fois : Laissez-le faire, car le Seigneur lui a ordonné de maudire David; et qui osera lui demander pourquoi il l’a fait? Laissez-le faire, laissez-le maudire, selon l’ordre qu’il a reçu du Seigneur (II Rois XVI, 10-11)
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mer 01 Nov 2006, 08:24

Clotilde a écrit:
Arnaud Dumouch a écrit:
Depuis 50 ans, presque tous les théologiens célèbres ont fuit cette théologie

cette théologie ne posait pas problème semble-t-il en 1900, même si elle a peut-être été mal utilisée (menace, abus de pouvoir...). Pourquoi en pose-t-elle maintenant?

C'est le grand mouvement de mai 68 et l'allergie presque psychanalytique d'une génération entière au rôle du père (son autorité, ses sanctions). Tout cela a été considéré comme une insupportable domination et c'est de là que vient le succès de Freud et son "meurtre symbolique du père".

Mais attention au retour de bâton: en général, une telle phase est suivie par un retour psychologique violent d'un père cette fois dominateur et autoritariste.

La vérité est une union/coopération intelligents entre amour et autorité.

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Clotilde
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mer 01 Nov 2006, 19:10

Ok, merci. Difficile de trouver le juste milieu... Idea
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Clotilde
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mer 01 Nov 2006, 19:13

Mais arrêtons nos regards sur notre divin Sauveur, le Saint des saints, descendu du ciel pour nous instruire par ses paroles et par ses exemples. Saint Pierre, poussé par un zèle indiscret, veut le détourner du dessein qu'il a de souffrir et empêcher que les soldats ne mettent la main sur lui. Mais Jésus lui dit... : Et le calice que mon père m'a donné, ne le boirai-je donc pas? Ainsi, il attribue les douleurs et les ignominies de sa Passion, non aux Juifs qui l'accusent, à Judas qui le trahit, à Pilate qui le condamme, aux bourreaux qui le tourmentent, aux démons qui excitent tous ces malheureux, bien qu'ils soient les causes immédiates de ses souffrances; mais à Dieu, et à Dieu considéré non sous la qualité d'un Juge rigoureux, mais sous celle d'un Père aimant et bien-aimé.

N'attribuons donc jamais ni aux démons ni aux hommes, mais à Dieu, comme à leur vraie source nos pertes, nos déplaisirs, nos afflictions, nos humiliations. « Agir autrement — remarque sainte Dorothée — ce serait faire comme le chien qui décharge sa colère sur la pierre, au lieu de s'en prendre à la main qui la lui a jetée. » Ainsi, gardez-vous de dire : Un tel est cause du malheur que j'ai éprouvé ; il est l'auteur de ma ruine.
— Vos maux sont l'ouvrage, non de cet, homme, mais de Dieu. Et ce qui doit vous rassurer, c'est que Dieu souverainement bon procède à tout ce qu'il fait avec la plus profonde sagesse, et pour des fins saintes et sublimes.
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mer 01 Nov 2006, 19:19

Citation :
Ainsi, il attribue les douleurs et les ignominies de sa Passion, non aux Juifs qui l'accusent, à Judas qui le trahit, à Pilate qui le condamme, aux bourreaux qui le tourmentent, aux démons qui excitent tous ces malheureux, bien qu'ils soient les causes immédiates de ses souffrances; mais à Dieu, et à Dieu considéré non sous la qualité d'un Juge rigoureux, mais sous celle d'un Père aimant et bien-aimé.

Ils osaient parler ! salut

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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mer 01 Nov 2006, 21:30

§ 2. — Dieu fait toutes choses avec une
suprême sagesse.

Toute sagesse vient de Dieu, Seigneur souverain, est-il dit au Livre de l'Ecclésiastique, elle a toujours été avec lui, et elle y est avant les siècles... Et il l'a répandue sur tous ses ouvrages (Ecc I, 1, 10)). — 0 Seigneur ! que vos œuvres sont magnifiques! s'écrie à son tour le Roi-Prophète. Comme vous avez fait foute chose avec sagesse (Ps, CIII, 24) ! Et il n'en saurait être autrement; car Dieu, étant la sagesse infinie et agissant par lui-même, ne peut agir que d'une manière infinimement sage.

C'est poruquoi plusieurs saints Docteurs estiment que, eu égard aux circonstances, toutes ses oeuvres sont si accomplies qu'elles ne sauraient l'être davantage, et si bonnes, qu'elles ne sauraient être meilleures. Nous devons donc - dit l'un d'eux, saint Basile - nous bien pénétrer de cette pensée, que nous sommes l'ouvrage d'un bon Ouvrier et qu'il nous dispense et nous distribue, avec une providence tràs sage, toutes choses grandes et petites; en sorte que rien ne nous arrive contre sa volonté, rien qui soit mauvais, rien même que l'on puisse concevoir meilleur.

Les oeuvres du Seigneur sont grandes, dit encore le Roi-Prophète; elles sont proportionnées à toutes ses volontés (Ps CX, 2). Elle gouverne les hommes avec un ordre admirable; elle les conduit à leur bonheur fortement, mais pourtant sans violence et sans contrainte, avec suavité, et non seulement avec suavité, mais encore avec circonspection.

O Dieu! dit le Sage, comme vous êtes le dominateur souverain, vous exercez vos jugements avec une patiente lenteur et vous nous gouvernez avec une grande réserve (Sag, XII, 18) Vous êtes doué d'une puissance infinie à laquelle rien ne peut résister; cependant vous n'usez point, envers nous, du pouvoir absolu de votre autorité souveraine; mais vous nous traitez avec une extrême condescendance, vous daignez, vous accommodant à notre faible nature, placer chacun de nous dans la situation la plus convenable et la plus propre à lui faire opérer son salut.
Vous ne disposez même de nous qu'avec réserve, comme de personnes qui sont vos images vivantes et d,une noble origine et auxquelles, vu leur condition, on ne commande point d'un ton absolu ainsi qu'à des esclaves, mais avec égard et ménagement. Vous agissez envers nous, comme dit l'illustre Cantacuzène, avec la même circonspection que l'on met à toucher un riche vase de cristal ou un fragile vase de terre que l'on craint de briser. Faut-il, pour notre bien, nous affliger, nous envoyer quelque maladie, nous faire subir quelque perte, nous soumettre à la souleur? C'est toujours avec certains égards , avec une sorte de déférence que vous y procédez.
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mer 01 Nov 2006, 21:50

C'est vrai que les oeuvres de Dieu sont les plus sages.

Mais cela ne se voit pas encore, à moins de bien regarder la terre comme ce qu'elle est: une simple école aménée à disparaitre, un simple lieu de purification du coeur.

Seul la Venue du monde définitif PROUVERA que c'était vraiment excellent: si peu de souffrances pour un bien éternel !

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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Jeu 02 Nov 2006, 03:03

Ainsi, un gouverneur châtie d’une manière bien différente le jeune prince dont l’éducation lui est confiée et le valet qui est à son service. Ainsi, le chirurgien chargé de faire l’amputation de quelque membre à un grand personnage redouble d’attention, pour lui faire endurer le moins de douleur possible et seulement autant qu’il est nécessaire pour sa guérison. Ainsi surtout, le père obligé de châtié un fils tendrement chéri ne le fait qu’avec contrainte, et parce que le bien de son fils l’exige; mais la main lui tremble d’émotion et il se hâte de finir. De même, Dieu nous traite comme des créatures nobles qui sont en grande considération auprès de lui, comme des enfants chéris qu’il châtie parce qu’il les aime (Apoc, III, 19)

Contemplez, nous dit saint Paul, contemplez l’auteur et le consommateur de la foi, Jésus (le Fils unique et bien-aimé en qui le Père a mis toutes ses complaisances)… Pensez donc à Celui qui a supporté une telle contradiction de la part des pécheurs soulevés contre lui, afin que vous ne laissiez point aller vos âmes à la défaillance. Car vous n’avez point encore résisté jusqu’au sang (comme il a fait lui-même) en combattant contre le péché; et vous oubliez la consolation que Dieu vous adresse comme à ses enfants, quand il dit : mon fils, ne méprise point le châtiment du Seigneur et, lorsqu’il te reprend, ne te laisse pas abattre. Car le Seigneur châtie ceux qu’il aime et il flagelle quiconque il admet au nombre de ses enfants. Soyez donc persévérants dans les épreuves, puisque Dieu vous traite comme ses fils; car quel est le fils qui n’est pas corrigé par son père? (Hébr. XII, 2-7) En un mot, Dieu n’agit que dans un but très élevé et très saint, que pour sa gloire et le bien de ses créatures. Infiniment bon et la Bonté même, il cherche à les perfectionner toutes en les attirant à Lui, en leur communiquant les caractères et les rayons de sa divinité, autant qu’elles en sont susceptibles. Mais, grâce aux liens étroits qu’il a contractés avec nous, par l’union de notre nature avec la sienne, dans la Personne de son Fils, nous sommes, d’une manière plus spéciale, l’objet de sa bienveillance et de ses tendres sollicitudes; et le gant est moins bien ajust à la main, le fourreau à l’épée, que ce qu’il opère et ordonne, en nous et autour d nous, ne l’est à notre force et à notre portée, de sorte que tout puisse concourir à notre avantage et à notre perfection, si nous voulons coopérer aux vues de sa Providence.



(ce passage fait un peu matamore, mais y'a du bon quand même... Mr. Green )
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Jeu 02 Nov 2006, 06:04

Oui Y a de bon... Mr.Red


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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Jeu 02 Nov 2006, 18:06

Un dernier pour la route... ;)

Ne nous troublons donc point dans les adversités dont nous sommes quelques fois assaillis, sachant que destinées à produire en nous des fruits de salut elles sont soigneusement mises en rapport avec nos besoins, par la sagesse de Dieu même qui sait leur donner des bornes, comme il en donne à la mer. Il semble parfois que la mer va, dans sa furie, inonder des contrées entières; et cependant elles respecte les limites de son rivage, elle vient briser ses flots contre un sable mouvant. Ainsi il n’est aucune tribulation, aucune tentation à qui Dieu n’ait marqué des limites, afin qu’elle serve non pas à nous perdre mais à nous sauver. Dieu est fidèle, dit l’Apôtre, il ne souffrira pas que vous soyez tentés ou affligés, par-dessus vos forces (I Cor, X, 13), mais il est nécessaire que vous le soyez puisque c’est par beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le royaume de Dieu (Act, XIV, 21), à la suite de notre Rédempteur qui a dit lui-même : ne fallait-il pas que le Christ souffrît toutes ces choses et entrât ainsi dans sa gloire? (Luc, XXIV, 26) Si vous refusiez de recevoir ces tribulations, vous agiriez contre vos meilleurs intérêts. Vous êtes comme un bloc de marbre entre les mains du sculpteur. Il faut que le sculpteur fasse sauter les éclats, qu’il taille, qu’il polisse, pour tirer de son bloc une belle statue. Dieu veut faire de vous sas vivante image; pensez seulement à bien vous tenir entre ses mains, pendant qu’il travaille sur vous et soyez assuré qu’il ne donnera pas le moindre coup de ciseau qui ne soit nécessaire à ses desseins et qui ne tende à vous sanctifier; car, comme le dit saint Paul, la volonté de Dieu, c’est votre sanctification. (I Thess. IV, 3)
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Jeu 02 Nov 2006, 18:25

Citation :
Ainsi il n’est aucune tribulation, aucune tentation à qui Dieu n’ait marqué des limites, afin qu’elle serve non pas à nous perdre mais à nous sauver.

Même là il est précis. salut

Il ne dit pas que ces tribulations ont des limites SUR TERRE.

Il précise bien: DES LIMITES afin qu’elle serve à nous sauver (VIE ETERNELLE).

Dire l'inverse, quand on connaît les souffrance de certains jusqu'au suicide, serait irréaliste.


Thumright

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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Jeu 02 Nov 2006, 18:33

Pour ma part il m'est de plus en plus difficile de le voir et de le comprendre autrement, et cela me rassure même, voir m'appaise, de savoir que rien de ce que je peux vivre, en bien ou en mal, n'échappe à la volonté de Dieu pour moi... Smile Après, je suis libre de l'accepter ou non, de céder ou non, de m'en révolter ou non, de l'en accuser ou non, de m'en réjouir ou non...etc.

(La suite, de l'autre côté de l'océan... ;) )
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Jeu 02 Nov 2006, 18:35

En France ! cheers

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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Ven 03 Nov 2006, 20:53

Chapitre II - Des grands avantages que l'homme retire d'une entière conformité à la volonté divine.

Notre sanctification est donc la fin que Dieu se prpose dans toute la conduite qu'il tient à notre égard. Oh! que n'opérerait-il pas en nous, pour son honneur et pour notre bien, si nous le laissions faire! C'est parce que les cieux ne font aucune résistance aux impressions des esprits qui les gouvernent, que leurs mouvements sont si magnifiques, si réglés et si utiles; qu'ils publient si hautement la gloire de Dieu et que par leurs influences et par la succession invariable des jours et des nuits, ils conservent 'ordre dans tout l'univers. S'ils résistaient à ces impressions et si, au lieu de suivre le mouvement qui leur est donné, ils en suivaient un autre, bientôt ils tomberaient dans le plus étrange désordre et y entraîneraient le monde avec eux. Il en est de même lorsque la volonté de l'homme se laisse gouverner par celle de Dieu/ alors tout ce qui est dans ce "petit monde", toutes les facultés de son âme, tous les membres de son corps sont dans la plus parfaite harmonie et le mouvement le plus régulier. Mais il ne tarde pas à perdre tous ces avantages et à tomber dans un désordre extrême, dés que sa volonté s'oppose à celle de Dieu et s'en écarte.
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Dim 05 Nov 2006, 14:55

Par cette conformité l'homme se sanctifie

En quoi consistent, en effet la sainteté de l'homme et sa perfection? "Les uns - dit st François de Sales - la mettent en l'austérité, d'autres en l'aumône, d'autres en la fréquentation des sacrements, d'autres en l'oraison. Pour moi, je ne connais point d'autre perfection que d'aimer Dieu de tout son coeur... Sans cet amour, tout l'amas des vertus n'est qu'un monceau de pierres, " qui attendent leur mise en oeuvre et leur couronnement. cette doctrine ne saurait faire doute pour personne. L'Ecriture en est pleine. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est là, dit Nôtre Seigneur Jésus-Christ, le premier et le plus grand commandement (Matth, XXII, 38 ) - Par dessus toutes choses, dit st Paul, ayez la charité qui est le lien de la perfection (Coloss. III, 14).

Or, de même que ce qu'il y a de plus élevé et de plus parfait dans toutes les vertus, c'est d'aimer Dieu, "de même aussi - dit, aprés st Chrysostôme, le père Rodriguez - ce qu'il y a de plus sublime, de plus pur et de plus exquis dans cet amour, c'est de se conformer absolument à la volonté divine et de n'avoir, en toutes choses, d'autre volonté que celle de Dieu." Car, comme l'enseignent les théologiens et les moralistes, avec st Denys l'Aréopagite et st Jérôme, "le principal effet de l'amour est d'unir les coeurs de ceux qui s'aiment, en sorte qu'ils aient la même volonté". Ainsi, plus nous sommes soumis aux desseins de Dieu sur nous, plus nous avonçons vers la perfection; venons-nous à y résister, nous retournons en arrière.

Sainte Thérèse, l'une des lumières de son siècle, disait à ses religieuses:"celui qui s'applique à l'oraison doit uniquement se proposer de mettre tous ses soins à conformer sa volonté à celle de Dieu. Et soyez assurées que c'est dans cette conformité que consiste la plus haute perfection que nous puissions acquérir, et que celui qui s'y adonnera avec le plus de soin sera favorisé des plus grands dons de Dieu et fera les plus rapides progrès dans la vie intérieure. Non, ne croyez pas qu'il y ait d'autres secrets; c'est en cela que tout notre bien consiste."
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Dim 05 Nov 2006, 16:19

Excellent ! c'est vraiment de haute qualité !

Centrer la théologie sur la charité est Thumright

Et vous remarquerez: l'humilité n'est pas encore le fort de l'Eglise de cette époque ! Mr.Red

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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Dim 05 Nov 2006, 18:33

Arnaud Dumouch a écrit:
Excellent ! c'est vraiment de haute qualité !

oui! C'est vraiment un "cadeau du ciel" que ce petit livre.... :sts:
Il est usé jusqu'à la corde tellement il a été consulté... study

Citation :
Centrer la théologie sur la charité est Thumright


:amen:

Citation :
Et vous remarquerez: l'humilité n'est pas encore le fort de l'Eglise de cette époque ! Mr.Red

à quoi voyez-vous cela?
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Dim 05 Nov 2006, 18:47

Le matamore... (voir ci-dessus).

Et puis, l'Eglise n'avait pas encore connu l'apostasie qui a suivi 14-18... Ca l'a fait penser...

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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Lun 06 Nov 2006, 21:00

On rapporte que la bienheureuse Stéphanie de Soncino, religieuse dominicaine, fut un jour, en esprit, transportée au ciel pour y contempler la félicité des Saints. Elle y vit leurs âmes mélées aux choeurs des Anges, selon le degré des mérites de chacune. Elle remarqua même, parmi les Séraphins, plusieurs personnes qu'elle avait connues avant leur mort; ayant alors demandé pourquoi ces âmes étaient élevées à un si haut degré de gloire, il lui fut répondu que c'était à cause de la conformité et de la parfaite union de leur volonté avec celle de Dieu, pendant qu'elles vivaient sur la terre. Or, si cette conformité à la volonté de Dieu élève dans le ciel, les âmes au plus haut degré de gloire, qui est celui des séraphins, il faut nécessairement en conclure qu'elle les élève, ici-bas, au plus haut degré de grâce et qu'elle est le fondement de la perfection la plus sublime où l'homme puisse atteindre.

La soumission entière de sa volonté étant donc le sacrifice le plus agréable, le plus glorieux à Dieu qu'il soit donné à l'homme de lui offrir, étant l'acte le plus parfait de la charité, la plus noble et la plus méritoire de toutes les vertus, il est hors de doute que celui qui pratique cette soumission acquiert, à chaque instant, des trésors inestimables et qu'en peu de jours il amasse plus de richesses que d'autres en plusieurs années, et par beacuoup de travail.
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mar 07 Nov 2006, 16:17

L'histoire célèbre d'un saint religieux, rapportée par Césaire, nous en offre un exemple bien remarquable. Ce saint homme ne différait nullement, dans les choses extérieures, des autres religieux qui habitaient le même monastère, et cependant, il avait atteint un si haut degré de perfection et de sainteté, que le seul attouchement de ses habits guérissait les malades. Son supérieur lui dit un jour qu'il s'étonnait fort que, ne jeûnant, ne veillant, ne priant pas plus que les autres religieux, il fit tant de miracles. Et il lui en demanda la cause. - Le bon religieux répondit qu'il en était encore plus étonné lui-même et qu'il ne connaissait point de raison à cela, que, toutefois s'il en pouvait soupçonner une, c'était que toujours il avait pris grand soin de vouloir tout ce que Dieu voulait et qu'il avait obtenu du ciel cette grâce de perdre et de fondre tellement sa volonté dans celle de Dieu, qu'il ne faisait rien sans son mouvement, ni dans les grandes, ni dans les petites choses. La prospérité, ajoutait-il, ne m'élève point, l'adversité ne m'abat pas davantage; car j'accepte tout indifféremment de la main de Dieu, sans rien examiner. Je ne demande point que les choses se fassent comme je pourrais naturellement le désirer, mais qu'elles arrivent absolument comme Dieu les veut, et toutes mes prières ont ce seul but que la volonté divine s'accomplisse parfaitement en moi et en toutes les créatures. - Eh quoi! mon frère, lui dit le supérieur, ne fûtes-vous donc pas ému, l'autre jour, quand notre ennemi brûla notre grange, avec le blé et le bétail qui s'y trouvaient en réserve pour les besoins de la communauté? - Non mon père, répondit le saint homme, au contraire, j'ai coutume, j'ai coutume en ces sortes d'évènements, de rendre grâces à Dieu, dans la persuasion où je suis qu'il les permet pour sa gloire et notre plus grand bien. Et je ne m'inquiète point si nous avons peu ou beaucoup pour notre entretien, sachant bien que si nous avons pleine confiance en lui, Dieu pourra tout qussi facilement nous nourrir avec un petit morceau de pain qu'avec un pain entier. Dans cette disposition, je suis toujours content et joyeux, quoi qu'il arrive. Il ajouta encore ces paroles admirables: dans l'offrance et l'abandon que je fais tous les jours de toute ma personne à la volonté de Dieu, je me sens disposé de telle sorte que si je savais être réprouvé par un décret de cette volonté divine, je ne voudrais en aucune manière lui résister, ni même faire révoquer ce décret, quand je le pourrais en récitant un seul Pater Noster, non je ne le ferais pas, je demanderais seulement à Dieu deux choses: la première, qu'il accomplit en moi sa trés sainte vompnté pendant toute l'éternité; la seconde, que dans la rigueur de mes maux, il me fit cette grâce de n'avoir pas la moindre pensée contraire à ses desseins! - Presque effrayé d'une telle disposition, mais plein d'admiration pour une sainteté aussi sublime, le supérieur ne s'étonna plus, dès lors, de voir ce religieux opérer des miracles. En effet, n'est-il pas écrit: Le Seigneur fera la volonté de ceux qui le craignent; il exaucera leur prière et les sauvera; le seigneur garde tous ceux qui l'aiment (Ps CXLIV, 19-20). Et ailleurs: Nous savons que tout coopère au bien de ceux qui aiment Dieu (Rom, VIII, 28)
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mar 07 Nov 2006, 16:29

Idea

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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Mer 08 Nov 2006, 19:42

La conformité à la volonté de Dieu rend l'homme heureux dès cette vie.

La conformité de notre volonté à celle de Dieu ne se borne point à opérer notre sanctification, elle a encore pour effet de nous rendre heureux dès ici-bas. C'est par elle que l'on acquiert le plus parfait repos qu'il soit possible de goûter dans cette vie, elle est le moyen de faire de la terre un paradis anticipé. On en a déjà pu voir un exemple dans la petit introduction placée en tête de cet opuscule.

Alphonse le Grand, roi d'Aragon et de Naples, prince trés sage et trés instruit avait, lui aussi, fort bien compris cette vérité. on lui demandait un jour quelle était la personne qu'il estimait la plus heureuse en ce monde. - Celle, répondit le roi, qui s'abandonne entièrement à la conduite de Dieu et qui reçoit tous les évènements, heureux ou malheureux, comme venant de sa main.

Si vous eussiez été attentifs à mes commandements, disait le Seigneur aux Juifs, vous auriez nagé dans un fleuve de paix (Isaïe, XLVIII, 18 ). Eliphaz, l'un des trois amis de Job, lui disait pareillement: Soumettez-vous à Dieu et vous aurez la paix...Le Tout-Puissant se déclarera contre vos ennemis et remplira votre coeur de délices (Job, XXII, 21-26). Ce fut encore ce que chantèrent les anges à la naissance du Sauveur: Gloire à Dieu au plus haut des cieux et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté (St Luc, II, 14). Quels sont ces hommes de bonne volonté, sinon ceux qui ont une volonté conforme à celle qui est souverainement bonne, je veux dire la volonté de Dieu? Toute volonté autrement disposée serait donc infailliblement mauvaise et, par conséquent, ne saurait procurer la paix promise aux hommes de bonne volonté.
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Jeu 09 Nov 2006, 07:25

Permettez-moi de signaler que si les théologiens et prédicateurs catholiques se font un doux plaisir de passer sous silence les desseins de la Divine Providence, il n'en va pas de même dans les autres confessions chrétiennes.

Je pense notamment aux protestants. Je vous conseille grandement, Clotilde, de lire La puissance de la louange de Merlin Carothers.

Pour approfondir... Pourquoi le discours sur la Divine Providence est-il si confidentiel, et si mal reçu ?

Il est possible de discerner deux déviations à propos de la notion de Providence.

Une première attitude consiste purement et simplement à la nier, et à expliquer la survenance des phénomènes par le seul effet du hasard et de la nécessité.

Une seconde attitude consiste à voir dans les évènements, leur succession, leur imbrication et corrélation, l'effet du Destin. Avec pour corollaire que l'on ne peut que subir le Destin. Nous sommes dans la logique, éventuellement, d'un Dieu pharaon qui impose une volonté insondable à ses sujets, voire esclaves.

La juste compréhension de la Providence est de voir la survenance des évènements et leur succession, imbrication, etc, comme des appels de Dieu à nous adressés.

La seconde déviation est, me semble-t-il, largement à l'origine du silence actuel sur la Providence, ou plus exactement, à l'expansion de la première déviation.

En effet, par le passé, nombre de chrétiens ont regardé la Providence comme les amis de Job. Selon la deuxième déviation, donc. Ainsi, les pauvres l'étaient par volonté de Dieu et devaient se satisfaire de leur sort, pour ne citer qu'un exemple.

Or, la Providence est l'autre nom de "Dieu-appelle". Pour ce qui nous arrive de bon, il s'agit par exemple d'un appel à rendre grâce, d'un appel à partager sa joie. Pour ce qui arrive de moins bon, voire de très mauvais, il ne s'agit pas de s'écraser, de subir. Il s'agit d'un appel : "Porte ta croix". Une croix, selon Jésus, ne se subit pas, elle se porte. La malheur appelle réaction, sursaut de dignité, combat pour la justice et la vérité.

Ainsi, dans le cas des ouvriers du XIXème siècle, certes, la situation fut fruit de la Providence divine. Mais la bonne réaction, par exemple, ce fut celle de Léon XIII. Autre réaction, moins louable, le communisme. Réaction condamnable : ceux qui, voyant dans la situation l'effet de la Providence, considérèrent urgent de ne rien faire, en sorte de ne pas s'opposer à la volonté de Dieu.

Et voici le noeud de la seconde déviation : confondre l'effet direct de la Providence avec la Volonté de Dieu. Si Dieu veut que certains soient dans la misère, ce n'est pas parce que cela lui plaît, mais c'est pour susciter en leur coeur l'humilité, c'est surtout pour appeler tous les hommes à se lever et à lutter contre cette misère et cette injustice.

L'idée de Destin auquel il faut se soumettre, comme le mektoub des musulmans ou les histoires de kharma des hindouistes, est parfaitement étrangère au christiannisme.

Dieu ne cherche pas à écraser l'homme, à en faire un esclave. Il cherche à le relever, à le redresser, à lui redonner sa plein stature d'homme et de femme, à le mener jusqu'à la Divine ressemblance.

Il cherche à le faire Dieu...
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Jeu 09 Nov 2006, 23:13

Olivier JC a écrit:
Je vous conseille grandement, Clotilde, de lire La puissance de la louange de Merlin Carothers.


Merci pour cette suggestion Olivier! Smile
En fait je l'ai déjà lu, mais probablement devrais-je le relire, car je ne me souviens pas qu'il y avait cette notion d'une épreuve qui peut non seulement être permise mais voulue par Dieu lorsque le salut d'une âme est en jeu. Ou que toutes choses, les bonnes comme les mauvaises, nous viennent de la main de Dieu.. study

Je me souviens bien par contre de cet aspect d'acceptation de toute épreuve et d'en rendre grâce, même si on n'en comprend pas le pourquoi, car c'est cela qui permet à la puissance de Dieu de se manifester, par notre abandon confiant dans la louange...autant que possible... Idea
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Ven 10 Nov 2006, 13:48

En effet, pour que nous puissions jouir du calme et de la paix, il faut que rien ne s'oppose à notre volonté, que tout arrive selon nos désirs. Mais quel est celui qui peut prétendre à un tel bonheur, excepté celui-là seul dont la volonté est en tout conforme à la volonté divine? Rappelez-vous que je suis Dieu et qu'il n'y a point d'autre Dieu que moi., dit le seigneur, par la bouche du prophète Isaïe (XLVI, 9-10) C'est moi qui annonce dès le commencement ce qu'il doit avoir lieu à la fin, qui prédis les choses longtemps avant qu'elles arrivent. Et toutes mes résolutions auront leur effet et toutes mes volontés s'accompliront (Job, IX, 4). A escrimer contre Dieu on perd son escrime, dit-on vulgairement. Toute volonté qui tente de s'opposer à la volonté divine est nécessairement vaincue et brisée et, au lieu de paix et de bonheur, elle ne retire de sa tentative qu'humiliation et amertume. Dieu est sage et tout-puissant; qui lui a jamais résisté et est demeuré en paix? (Job, IX, 4) Celui-là donc, et lui seul, possède cette bienheureuse paix de Dieu qui surpasse tout sentiment (Philip. IV, 7), dont la volonté est parfaitement conforme, unie à celle de Dieu. Lui seul peut dire comme Dieu lui-même, que toutes ses volontés s'accomplissent; parce que, voulant tout ce que Dieu veut et ne voulant que cela, il a vraiment toujours tout ce qu'il veut et n'a que ce qu'il veut.
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Ven 10 Nov 2006, 15:18

Citation :
En effet, pour que nous puissions jouir du calme et de la paix, il faut que rien ne s'oppose à notre volonté, que tout arrive selon nos désirs. Mais quel est celui qui peut prétendre à un tel bonheur, excepté celui-là seul dont la volonté est en tout conforme à la volonté divine?

Si nous comprenons que tout ce qui nous arrive, vient de Dieu.

Quel paix. Car Dieu ne nous veut pas du mal...

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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Ven 10 Nov 2006, 20:17

Arnaud Dumouch a écrit:
Citation :
En effet, pour que nous puissions jouir du calme et de la paix, il faut que rien ne s'oppose à notre volonté, que tout arrive selon nos désirs. Mais quel est celui qui peut prétendre à un tel bonheur, excepté celui-là seul dont la volonté est en tout conforme à la volonté divine?

Si nous comprenons que tout ce qui nous arrive, vient de Dieu.

Quel paix. Car Dieu ne nous veut pas du mal...

:amen:
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Ven 10 Nov 2006, 20:27

Quoi qu'il arrive au juste, dit le Sage, rien ne saurait le contrister (Prov, XII, 21), altérer la sérénité de son âme, parce que rien ne lui arrive contre son gré et que rien au monde ne peut rendre un homme malheureux malgré lui. "Nul n'est malheureux - dit l'éloquent Salvien - par le sentiment d'autrui,; mais par le sien propre, et l'on ne doit point regarder faussement comme malheureux ceux qui sont réellement heureux dans leur opinion et par le témoignage de leur conscience. Pour moi, j'estime que personne au monde n'est plus heureux que les justes, les hommes vraiment religieux, à qui il n'arrive que ce qu'ils souhaitent. - Cependant ils sont humiliés, méprisés? Ils le veulent être. Ils sont pauvres? ils se plaisent dans leur pauvreté... Ils sont donc toujours heurex, quoi qu'il arrive; car personne ne saurait être plus heureux et content que ceux qui, au milieu même des plus grandes amertumes, sont dans l'état où ils veulent être."

Sans doute, dans cet état, l'homme n'en ressent pas moins vivement l'aigguillon de la douleur, mais elle ne l'atteint que dans la partie inférieure de son être, sans pouvoir pénétrer jusqu'à la partie supérieure où repose l'esprit. il en est des âmes parfaitement résignées et soumises, toutes proportions gardées, comme de Notre seigneur qui, déchiré de coups et cloué à un gibet, ne laissait pas d'être bienheureux, qui, d'une part, plongé, noyé dans l'abîme de tous les maux qu'il est possible de souffrir en ce monde était, de l'autre, comblé d'une joie ineffable, infinie.
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Sam 11 Nov 2006, 06:56

Citation :
comme de Notre seigneur qui, déchiré de coups et cloué à un gibet, ne laissait pas d'être bienheureux, qui, d'une part, plongé, noyé dans l'abîme de tous les maux qu'il est possible de souffrir en ce monde était, de l'autre, comblé d'une joie ineffable, infinie.

Oui, bon, là... :vexe: , notre bon Père s'avance un peu... Sa technique de paix a visiblement ses limites:

Citation :
"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonné".

Mais il s'appuie sur une théorie de saint Thomas qui dit que le Christ aurait concervé la vision béatifique à la croix... Ca paraît douteux...

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Clotilde
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Sam 11 Nov 2006, 10:18

Arnaud Dumouch a écrit:
Citation :
comme de Notre seigneur qui, déchiré de coups et cloué à un gibet, ne laissait pas d'être bienheureux, qui, d'une part, plongé, noyé dans l'abîme de tous les maux qu'il est possible de souffrir en ce monde était, de l'autre, comblé d'une joie ineffable, infinie.

Oui, bon, là... :vexe: , notre bon Père s'avance un peu... Sa technique de paix a visiblement ses limites:

Citation :
"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonné".


oui, mais il dit aussi:

Citation :
Sans doute, dans cet état, l'homme n'en ressent pas moins vivement l'aiguillon de la douleur, mais elle ne l'atteint que dans la partie inférieure de son être
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Sam 11 Nov 2006, 10:45

Citation :
Sans doute, dans cet état, l'homme n'en ressent pas moins vivement l'aiguillon de la douleur, mais elle ne l'atteint que dans la partie inférieure de son être

C'est ce qui est en rouge que, aujourd'hui, là où il est, ayant vu le Christ, il aimerait sûrement effacer...

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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Sam 11 Nov 2006, 11:23

Clotilde a écrit:
On rapporte que la bienheureuse Stéphanie de Soncino, religieuse dominicaine, fut un jour, en esprit, transportée au ciel pour y contempler la félicité des Saints. Elle y vit leurs âmes mélées aux choeurs des Anges, selon le degré des mérites de chacune. Elle remarqua même, parmi les Séraphins, plusieurs personnes qu'elle avait connues avant leur mort; ayant alors demandé pourquoi ces âmes étaient élevées à un si haut degré de gloire, il lui fut répondu que c'était à cause de la conformité et de la parfaite union de leur volonté avec celle de Dieu, pendant qu'elles vivaient sur la terre. Or, si cette conformité à la volonté de Dieu élève dans le ciel, les âmes au plus haut degré de gloire, qui est celui des séraphins, il faut nécessairement en conclure qu'elle les élève, ici-bas, au plus haut degré de grâce et qu'elle est le fondement de la perfection la plus sublime où l'homme puisse atteindre.

La soumission entière de sa volonté
étant donc le sacrifice le plus agréable, le plus glorieux à Dieu qu'il soit donné à l'homme de lui offrir, étant l'acte le plus parfait de la charité, la plus noble et la plus méritoire de toutes les vertus, il est hors de doute que celui qui pratique cette soumission acquiert, à chaque instant, des trésors inestimables et qu'en peu de jours il amasse plus de richesses que d'autres en plusieurs années, et par beacuoup de travail.

Revoila la soumission que j'appelle obéissance, qui nous conduit au don total et que j'appelais la reine des vertu. Ici, il est dit " les élève, ici-bas, au plus haut degré de grâce et qu'elle est le fondement de la perfection la plus sublime où l'homme puisse atteindre"
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Sam 11 Nov 2006, 12:20

C'est vrai: le couronnement ultime des vertus chrétiennes.

L'expression serait plus précise selon moi, car la reine reste la charité.

L'obéissance est une vertu dangereuse sans la charité.

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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Sam 11 Nov 2006, 13:18

Arnaud Dumouch a écrit:
Citation :
Sans doute, dans cet état, l'homme n'en ressent pas moins vivement l'aiguillon de la douleur, mais elle ne l'atteint que dans la partie inférieure de son être

C'est ce qui est en rouge que, aujourd'hui, là où il est, ayant vu le Christ, il aimerait sûrement effacer...

et qu'est-ce qu'il voulait signifier selon vous par cette phrase que vous avez mis en rouge?
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Sam 11 Nov 2006, 13:27

Je pense qu'il voulait dire ce que dit ici saint Paul:
Citation :

Romains 8, 38 Oui, j'en ai l'assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances,
Romains 8, 39 ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur.

C'est une parole d'homme qui n'a pas encore vécu son Heure.

Mais c'est oublier qu'il y a quelque chose qui peut à un certain moment, et pour nous former le coeur dans cette kénose si indispensable à notre salut, nous séparer de l'amour du Christ (du moins nous en donner la totale impression, car le Christ, lui, est TOUJOURS LA, PRESENT ET INVISIBLE): C'est le Créateur, Dieu lui-même.

J'ai toujours à l'esprit, chère Clotilde, qu'à l'heure de Dieu en ce monde ou dans l'autre, Dieu doit nous rendre tout humble et pour cela nous retirer ce qui est notre trésor, quel qu'il soit: "Là où est ton coeur, là est ton trésor".

Il l'a même fait au Christ, qui en a tremblé, en lui enlevant son trésor: la Vision béatifique.

Jésus semble le dire dans ce texte:

Citation :
Matthieu 26, 29 Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce produit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai avec vous, nouveau, dans le Royaume de mon Père."
Matthieu 26, 30 Après le chant des Psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers...


Et le confirmer ici:

Citation :
Matthieu 27, 46 Et vers la neuvième heure, Jésus clama en un grand cri: "Eli, Eli, lema sabachtani", c'est-à-dire: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?"

(Je sais : cette opinion est tout sauf thomiste... Mr.Red )

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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Sam 11 Nov 2006, 13:38

Ok, je comprends...c'est sans doute pour que nous ne soyons pas trop effrayés (et lui avec) qu'il ne pouvait pas faire autrement que d'écrire cela... ;)
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Sam 11 Nov 2006, 14:12

Clotilde a écrit:
Ok, je comprends...c'est sans doute pour que nous ne soyons pas trop effrayés (et lui avec) qu'il ne pouvait pas faire autrement que d'écrire cela... ;)

Je le crois. Chaque chose en son temps.

Pour le moment, nous avons juste à être heureux et à rendre heureux les nôtres. Very Happy

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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Sam 11 Nov 2006, 14:40

Sans doute encore, on ne saurait disconvenir qu'il n'y ait, dans notre nature, une opposition, l'on peut dire inconciliable, entre l'idée de souffrance, d'humiliation, d'opprobe ou même de pauvreté et l'idée de bonheur. Aussi, est-ce un miracle de la grâce que l'on puisse, tout en étant sous le poids de pareils maux, se trouver heureux et content. mais ce miracle sera toujours miséricordieusement accordé aux sacrifices de quiconque voudra se dévouer à l'accomplissement, en toutes choses, de la volonté divine; car il est de l'honneur et de la gloire de Dieu que ceux qui s'attachent généreusement à son service soient contents de leur sort.

On pourrait peut-être me demander comment il est possible d'accorder cette doctrine avec la parole de Notre Seigneur Jésus-Christ: si quelqu'un veut venir aprés moi, qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix chaque jour et me suive (Luc, IX, 23) - je répondrai que, si le divin Maître exige, en cet endroit, que ses disciples renoncent à eux-mêmes et qu'ils portent la croix à sa suite, ailleurs il s'engage et avec serment, à leur donner, par un miracle de sa toute-puissance, outre la vie éternelle, le centuple, dés ici-bas (Matth, XIX, 29), de toutes les choses auxquelles ils renonceront pour lui plaire. De plus, il promet d'adoucir le fardeau de sa croix jusqu'à le rendre léger; car il ne se borne point à affirmer que son joug est doux, il ajoute que son fardeau est léger (Matth, XI, 30). Si donc nous n'expérimentons pas la douceur du joug de jésus, ni l'allègement du fardeau de la croix qu'il nous impose, c'est nécessairement parce que nous n'avons pas encore bien fait abnégation de notre volonté, que nous n'avons pas complètement renoncé à toutes nos vues humaines, pour ne plus apprécier les choses que par la lumière de la foi.

Cette divine lumière nous ferait rendre grâces à Dieu en toutes choses (1 Thess, V, 18 ), ainsi que saint Paul nous apprend qu'il l'exige de nous; elle serait pour nous le principe de cette joie ineffable que le grand apôtre nous recommance d'avoir en tout temps (1 Thess, V, 16)
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Clotilde
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MessageSujet: Re: De la Divine Providence   Dim 12 Nov 2006, 15:23

Le père Taulère, pieux et savant religieux de l'Ordre de Saint Dominique, rapporte à ce sujet un exemple touchant. Animé du vif désir de faire des progrès dans la vertu et ne se fiant pas à son savoir, il conjurait le Seigneur déjà depuis huit ans, de lui envoyer quelqu'un de ses serviteurs qui lui enseignât le chemin le plus sûr et le plus court de la vraie perfection. Un jour qu'il ressentait ce désir plus vivement encore et qu'il redoublait ses supplications, une voix se fit entendre qui lui disait: "Va à telle église et tu trouveras celui que tu cherches". Le pieux docteur part aussitôt. Arrivé près de l'eglise indiquée, il trouve à la porte un pauvre mendiant à demi souillés de boue, d'un aspect tout à fait digne de pitié et qui semble davoir être plus occupé d'obtenir des secours temporels que propre à donner des avis spirituels. Cependant Taulère l'aborde et lui dit: "Bonjour, mon ami." - "Maître - répond le mendiant - je vous remercie de votre souhait; mais je ne me souviens pas d'avoir jamais eu de mauvais jour." - "Eh bien! - répond Taulère - que Dieu vous accorde une vie heureuse." - "oh! - dit le mendiant - grâce qu Seigneur, j'ai toujours été heureux! je ne sais pas ce que c'est que d'être malheureux." - "Plaise à Dieu, mon frère - répond de nouveau Taulère étonné - qu'aprés le bonheur dont vous dites que vous jouissez, vous parveniez encore à la félicité éternelle. Mais je vous avoue que je ne saisis pas très bien le sens de vos paroles, veuillez donc me l'expliquer plus clairement."

"Ecoutez - poursuit le mendiant - non, ce n'est point sans raison que je vous ai dit que je n'ai jamais eu de mauvais jours, les jours ne sont mauvais que quand nous ne les employons point à rendre à Dieu, par notre soumission, la gloire que nous lui devons; ils sont toujours bons si, quelque chose qui nous qrrive, nous les consacrons à le louer et nous le pouvons toujours avec sa grâce. Je suis, comme vous voyez, un pauvre mendiant tout infirme et réduit à une extrème indigence, sans aucun appui ni abri dans le monde, je me vois soumis à bien des souffrances et à des misères de toute sorte. Eh bien! lorsque je ne trouve pas d'aumônes et que j'endure la faim, je loue le bon Dieu; quand je suis importuné par la pluie ou la grêle ou le vent ou la poussière et les insectes, tourmenté par la chaleur ou par le froid, je bénis le bon Dieu; quand les hommes me rebutent et me méprisent, je bénis et glorifie le Seigneur. mes jours ne sont donc pas mauvais, car ce ne sont point les adversités qui rendent les jours mauvais; ce qui les rend tels, c'est notre impatience, laquelle provient de ce que notre volonté est rebelle, au lieu d'être toujours soumise et de s'exercer, comme elle le doit, à honorer et à louer Dieu continuellement.

"J'ai dit, en outre, que je ne sais ce que c'est que d'être malheureux, qu'au contraire, j'ai toujours été heureux. Cela vous étonne? Vous allez en juger vous-même. N'est-il pas vrai que nous nous estimerions tous trés heureux, si les choses qui nous arrivent étaient tellement bonnes et favorables qu'il nous fût impossible de rien souhaiter de mieux, de plus avantageux? Que nous tiendrions pour bienheureuse une personne dont toutes les volontés s'accompliraient sans obstacles, dont tous les désirs seraient toujours satisfaits? sans doute, aucun homme ne saurait, en vivant selon les maximes du monde, arriver à cette félicité parfaite; il est même réservé aux habitants du Ciel, consommés dans l'union de leur volonté avec celle de Dieu, de posséder plainement une telle béatitude. Cependant, nous sommes appelés à y participer dès ici-bas, et c'est au moyen de la conformité de notre volonté à la volonté de Dieu qu'il nous est donné d'avoir ainsi part à la fidélité des élus. La pratique de cette conformité est, en effet, toujours accompagnée d'une paix délicieuse, qui est comme un avant-goût du bonheur céleste. et il n'en peut-être autrement, car celui qui ne veut que ce que Dieu veut ne rencontre plus aucun obstacle à sa volonté, tous ses désirs, n'ayant rien que de conforme au bon plaisir de Dieu, ne sauraient manquer d'être satisfaits; il est donc bienheureux.

"Hé! mon père, tel que vous me voyez, je jouis toujours de ce bonheur. rien ne nous arrive, vous le savez, que Dieu ne le veuille: et ce que Dieu veut est toujours ce qu'il y a de mieux pour nous. Je dois donc m'estimer heureux, quoi que ce soit que je reçoive de Dieu ou que Dieu permette que je reçoive des hommes. Et comment n'en serais-je pas heureux, persuadé comme je le suis, que ce qui m'arrive est précisément ce qu'il y a pour moi de plus avantageux et deplus à propos? Je n'ai qu'à me rappeler que Dieu est mon Père et que je suis son enfant. Un père infiniment sage, infiniment bon et tout-puissant sait bien ce qui convient à ses enfants et ne manque pas de le leur donner. ainsi, que les choses aui m'arrivent répugnent aux sentiments de la nature ou qu'elles les flattent, qu'elles soient assaisonnées de douceur ou d'amertume, favorables ou nuisibles à la santé, qu'elles m'attirent l'estime ou le mépris des hommes, je les reçois comme ce qu'il y a, dans la circonstance, de plus convenable pour moi et j'en suis aussi content que peut l'être celui dont tous les goûts sont plainement satisfaits. Voilà comment tout m'est un sujet de joie et de bonheur."

Emerveillé de la profonde sagesse et de la haute perfection de ce mendiant, le théologien lui demande: "D'où venez-vous?" - Je viens de Dieu, répond le pauvre - Vous venez de Dieu! et où l'avez-vous rencontré? - Là où j'ai quitté les créatures. - Et où demeure-t-il? - Dans les coeurs purs et les âmes de bonne vomonté. - Mais, qui êtes-vous donc? - Je suis roi - Ha! où est votre royaume? - Là-haut, dit-il en montrant le ciel; celui-là est roi, qui possède un titre certain au royaume de Dieu, son Père. - Quel est, demande enfin Taulère, le maître qui vous a enseigné une si belle doctrine? Comment l'avez-vous acquise? - Je vais vous le dire, répond le mendiant, je l'ai acquise en évitant de parler qux hommes, pour m'entretenir avec dieu dans la prière et le méditation; mon unique soin est de me tenir constamment et intimement uni à Dieu et à sa volonté sainte. C'est là toute ma science et tout mon bonheur."

Taulère savait désormais ce qu'il voulait savoir. il prit congé de son interlocuteur et s'éloigna. " J'ai donc enfin trouvé - dit-il une fois livré à ses réflexions - j'ai enfin trouvé celui que je cherchais depuis si longtemps. Oh! combien elle est vraie la parole de saint Augustin: "Voilà que les ignorants se lèvent et ravissent le ciel; et nous, avec notre science aride, nous restons embourbés dans la chair et le sang."
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