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 peut-on être catholique et libéral

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Erkos

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MessageSujet: peut-on être catholique et libéral   Sam 10 Déc 2016 - 14:04

On en finirait par donner raison aux prophètes du "tout est foutu" qui se désolent de la perte de repères qui mine notre pauvre pays. Prenons cette assertion qu’on a lue partout et que l’intéressé revendique : M. Fillon, nouvel astre de la droite, est à la fois libéral et catholique. A notre connaissance, cette association n’a surpris personne. Pourtant, au regard de l’histoire, elle tient de l’oxymore, ou, pour parler comme à la Manif pour tous, du mariage contre nature.

On connaît la parade. En général, quand on titille un homme de droite sur ce sujet, il tient à établir une distinction : attention, on parle ici de libéralisme "sur le plan économique" qu’il ne s’agit pas de confondre avec le libéralisme politique. Il faut en convenir. Le mot est insidieux car il recoupe ces deux traditions, qui ne sont pas toujours allées de pair. Elles sont pourtant nées ensemble.
Satan et l'idée de liberté

Au moment où la notion apparaît, à la fin des années 1810, un libéral est un homme clairement situé à gauche, qui se revendique des idéaux des Lumières et de 1789. Comme l’étymologie l’indique, il a pour seule boussole de placer la liberté au centre de tout. C’est-à-dire qu’il défend à la fois la liberté de conscience et la liberté de la presse, mais aussi celles de commercer ou d’entreprendre, qu’a stimulées cette même Révolution française en débarrassant le pays de toutes les entraves qui existaient dans l’Ancien Régime, ces corporations, ce maquis fiscal, qui bridaient l’activité.

L’Eglise est alors vent debout contre cette modernité impie : la liberté, selon elle, est une idée pernicieuse inspirée par Satan, qui, comme l’a montré le cauchemar révolutionnaire, ne peut mener qu’à l’horreur de l’impiété. L’idée folle de "droits de l’homme" est condamnée. L’homme, face à Dieu, ne saurait avoir des droits, il n’a que des devoirs. Dans les années 1830, certains catholiques, comme Félicité de Lammenais (1782- 1854), le plus célèbre d’entre eux, tentent de concilier les idéaux nouveaux et les préceptes de l’Evangile, et fondent un courant qu’on appelle, précisément, le "catholicisme libéral". Rome le condamne sans appel avec les pécheurs qui osent le soutenir.

Fillon : "Les moines m'ont adopté, si je peux dire"

Tous les textes romains vont dans ce sens. Le plus célèbre arrive en 1864, en accompagnement de "Quanta Cura", une encyclique promulguée par Pie IX. Il se nomme le "Syllabus", c’est-à-dire le "sommaire", le "catalogue", et recense toutes les "erreurs de notre temps", toutes les choses sacrilèges qu’un chrétien ne doit même pas oser penser. Il est amusant à lire aujourd’hui : libertés publiques, autonomie de la science, séparation de l’Eglise et de l’Etat. On y trouve à peu près tout ce qui fonde nos démocraties.

Peu à peu, il faut le reconnaître, l’Eglise avance sur ces questions politiques. Le chemin sera long et sinueux. Dans les années 1890, par exemple, Léon XIII, un pape plus avancé que les autres, pousse les catholiques à se rallier à la République. Mais son successeur, Pie X, condamne celle-ci au moment de la loi de 1905. Après la Seconde Guerre mondiale, toutefois, ce combat semble révolu. L’apparition, partout en Europe, de partis "démocrates chrétiens" prouve que ces deux idées peuvent enfin marcher de concert. Et le concile de Vatican II (1962-1965), qui fait souffler un grand vent de modernité, clôt ce chapitre en consacrant enfin la liberté de conscience, la liberté religieuse et les droits de l’homme.
"Doctrine sociale de l’Eglise"

Il n’en va pas de même du côté du libéralisme économique. Il est, on l’a dit, le frère jumeau du politique, mais s’en sépare au cours du XIXe siècle. La terrible misère de la classe ouvrière, née de la révolution industrielle, fait naître une nouvelle idéologie, le socialisme, qui prend place à gauche et met en doute cette idolâtrie de la liberté en économie : cette fausse vertu ne finit-elle pas par ne profiter qu’aux riches, aux possédants qui sont surtout libres d’écraser les plus faibles ? L’Eglise se montre elle aussi sensible à la question ouvrière : apparaît ainsi, dans les années 1830, en même temps que le socialisme, le courant du "catholicisme social".

Sa doctrine est formalisée par Léon XIII, le pape du "ralliement", dans l’encyclique "Rerum novarum" (1891), qui fonde ce que l’on nomme la "doctrine sociale de l’Eglise". Pour le coup, tous ses successeurs n’ont fait que la confirmer, et elle est toujours en vigueur aujourd’hui.

Elle est claire. Opposée au socialisme, Rome refuse la lutte des classes, pour chercher la réconciliation entre elles, mais insiste constamment sur la nécessité de combattre l’injustice sociale par la redistribution des richesses et prône la nécessité pour y arriver de l’intervention de l’Etat et de fortes législations sociales destinées à protéger les plus fragiles.

Quand il s’agit de questions de société, d’avortement, de "genre", d’homosexualité, M. Fillon n’hésite jamais à mettre en avant son ardente foi catholique.

Curieusement, quand il s’agit d’économie, il trouve normal de la laisser au vestiaire. On espère que son directeur de conscience saura lui rappeler cette navrante contradiction.

François Reynaert

http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20161206.OBS2271/comment-peut-on-etre-catholique-et-liberal.html
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Erkos

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Masculin Messages : 608
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MessageSujet: Re: peut-on être catholique et libéral   Sam 10 Déc 2016 - 14:07

Je ne suis pas d'accord avec toutes les affirmations de M. Reynaert mais il a le mérite de poser des questions brulante quant à l'actualité.

Veuillez s'il vous plait rester dans le sujet, j’alimenterais bientôt le débat par des encycliques complets ou des extraits
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Pignon



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MessageSujet: Re: peut-on être catholique et libéral   Sam 10 Déc 2016 - 14:15



libéralisme, l’Église romaine est en réalité plus tiraillée qu’on ne le croit : intransigeante sur les principes et accueillante aux hommes, elle a, par la voix de Grégoire XVI, Léon XIII, Pie IX ou encore Pie X, fermement condamné le libéralisme, comme participation au modernisme, ferment révolutionnaire et exaltation de l’autonomie individuelle contre Dieu. Et pourtant, l’un d’entre eux, Pie IX, le pape du Syllabus, avait choisi comme Premier Ministre Pellegrino Rossi, figure libérale assumée, bien que modérée, renouant ainsi avec la généalogie des idées libérales. Celles-ci ont en effet toujours puisé dans le terreau de la chrétienté occidentale, que viendra ensuite politiser la chute de l’Empire romain d’Occident à partir de l’an 476. Ce sont les idées libérales qui ont par ailleurs contribué à l’avènement d’une Europe occidentale décentralisée et fondée, comme l’Église, sur le principe de subsidiarité : c’est l’émergence des parlements (les diètes dans les pays d’Europe Centrale et Orientale), des états-généraux, des chartes (à l’instar de la « Magna Carta » du Royaume-Uni en 1215 qui établit l’Habeas Corpus et de la « Joyeuse Entrée » du Brabant) et enfin des villes libres en Italie, aux Pays-Bas, en France et en Allemagne. C’est dans ce contexte que naît peu à peu une économie libérale, sous l’impulsion déterminante de clercs d’Europe du Sud (des dominicains, puis des jésuites, italiens, portugais et espagnols, tous jusnaturalistes et moralistes), désireux de réinterpréter la pensée de Saint Thomas d’Aquin et formant ce que le XXème siècle baptisera ex post l’École de Salamanque. C’est d’elle ensuite que les économistes libéraux de la tradition dite autrichienne – pour qui l’économie est une science morale dont l’unique objet d’étude est l’action humaine – revendiqueront les principes, et notamment celui d’utilité subjective. Le courant libéral en Occident, c’est aussi la montée en puissance des droits naturels (la vie, la liberté et la propriété), qui s’appliquent à tous, y compris au Prince. Si catholiques et libéraux s’accordent à voir en chacun un individu rationnel, libre et responsable, à faire du droit de propriété un principe sacré et du respect des droits d’autrui une éthique universelle, ainsi qu’à pratiquer une charité privée en lieu et place de la mensongère solidarité étatique, pourquoi alimenter encore aujourd’hui un antagonisme largement artificiel entre catholicisme et libéralisme, unis dans un même combat contre l’État et son éternelle menace totalitaire ? Le catholique et le libéral ne jettent-ils pas le même regard méfiant sur l’obsession athéiste, particulièrement antireligieuse, qu’on retrouve au cœur de tous les totalitarismes du siècle passé, du nazisme au communisme, du fascisme mussolinien à ses répliques latino-américaines et de toutes les idéocraties antilibérales contemporaines, du dirigisme socialiste au républicanisme laïciste ? S’il est vrai que certains libéraux ont émis le désir d’adapter les idées religieuses à la culture moderne, insistant par exemple sur le fait que le monde a changé en deux mille ans au point que la terminologie biblique serait devenue incompréhensible à nos contemporains, ce n’est pas le cas des autrichiens adeptes de l’économie comme science des échanges, ce que Friedrich von Hayek nommera la « catallactique ».  

« Or chaque homme, par sa nature même, possède innée en lui la lumière de la raison qui dirige ses actes vers sa fin. Et s’il convenait à l’homme de vivre solitaire, comme il en va pour beaucoup d’animaux, cette lumière lui suffirait pour l’orienter vers sa fin ; chacun serait à soi-même son roi, sous le règne suprême de Dieu, en tant que, par le don divin de la raison, il se dirigerait soi-même dans ses actes. Mais la nature de l’homme veut qu’il soit un animal social et politique, vivant en collectivité. »  Saint Thomas d’Aquin

Il y a que, comme toujours au sujet du libéralisme, le débat est truqué. Il suffit de prononcer ce mot – attaque suprême, surtout lorsqu’il est précédé des imbéciles préfixes ultra ou néo – pour que l’on ne sache plus de quoi on parle et que les esprits s’échauffent inutilement. Car le libéralisme ne revêt jamais le sens politiquement correct de social-démocratie ; encore moins celui de capitalisme privé sans marché, c’est-à-dire étatisé et in fine antilibéral, le seul pourtant qu’aient hélas vraiment connu l’Amérique latine (Mexique en tête), le Japon et la France, qui a en réalité traversé, comme absente à elle-même et à sa tradition, deux siècles d’arlequinade républicaine dirigiste et laïciste. Le libéralisme, au nom duquel jamais on ne fit couler la moindre goutte de sang, ce n’est pas non plus le creuset moderniste de 1789, encore moins celui de 1793, révolution à jamais entachée par treize mois de dictature jacobine et par les hauts faits du dirigisme montagnard. Pour aplanir le chemin entre catholicisme et libéralisme, il faut se réhabituer à trouver absurde l’idée même d’un pouvoir laïque et sécularisé, parce qu’en réalité il ne peut y avoir de politique que mêlée de religion. C’est dans cet esprit que, dans ses Considérations sur la Révolution française, Joseph de Maistre donne quatre interprétations théologiques des évènements politiques survenus en France à cette époque, exonérant définitivement le courant libéral de toute collusion avec l’impiété moderniste révolutionnaire : 1789 serait soit une punition divine, soit une cabale sataniste, soit un complot protestant, soit une conjuration athéiste. S’il devait donc manquer un trait d’union entre le catholicisme et le libéralisme aujourd’hui, ce que je suis loin d’exclure, ce serait une authentique théologie politique, dans le cadre de laquelle la religion catholique offrirait au libéralisme l’habitude générale de se comporter davantage en vue de l’avenir.

N’est-ce pas là d’ailleurs une idée qu’Alexis de Tocqueville avait déjà formulée il y a plus de cent cinquante ans ?
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Elriel

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MessageSujet: Re: peut-on être catholique et libéral   Dim 11 Déc 2016 - 14:02

Le Seigneur dit: "La vérité vous rendra libres". Il ne saurait y avoir de "libéralisme" sans vérité, CAD sans Lui. Or le propre de nos politiciens c'est d'être des menteurs professionnels la plupart du temps. Ils ne sauraient donc être sérieusement libéraux...

NB: Quand je dis que le Seigneur rend libre, je ne dis pas l'Eglise Catholique. Pour moi ce sont deux choses distinctes.
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Pignon



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MessageSujet: Re: peut-on être catholique et libéral   Dim 11 Déc 2016 - 14:13

Oui " science sans conscience n'est que ruine de l'âme ".
Le libéralisme mondialiste (non national ) est un dévoiement au service d'une petite minorité , le libéralisme sans le supplément d'âme des évangiles est un poison.
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MessageSujet: Re: peut-on être catholique et libéral   Dim 11 Déc 2016 - 20:32

Pardonne moi Pignon, mais les évangiles ne devraient pas être un "supplément d'âme" mais le fondement de toute pensée...
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Pignon



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MessageSujet: Re: peut-on être catholique et libéral   Dim 11 Déc 2016 - 20:45

C'est rien, je faisais allusion à la philosophie politique/économique qu'est le libéralisme authentique (école autrichienne).
Le fondement de cette philosophie est la liberté, Dieu nous a crées libres pour notre plus grand bonheur ou malheur.
Cette philosophie politique s'oppose au socialisme qui tend à être coercitif et injuste, ce qui est un paradoxe mais c'est la réalité.
La philosophie politique du libéralisme est issue du christianisme, son fondement est chrétien .
Donc oui, tu as raison, il ne faut pas seulement un "supplément d'âme" mais une restauration intégrale de cette philosophie.
Dans un cadre national souverain ou du moins une communauté circonscrite, ayant des intérêts communs.
Toute la difficulté réside dans l'articulation de cette philosophie libérale et des intérêts supérieurs de la nation, pouvoirs régaliens, intérêts stratégiques.
Je ne suis pas contre un protectionnisme raisonné dans certains domaines, le national libéralisme a de l'avenir, comme l'explique Hervé Juvin plus haut...
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MessageSujet: Re: peut-on être catholique et libéral   Dim 11 Déc 2016 - 20:52

Autre difficulté: le libéralisme économique et sociétal (libéral/libertaire), le libéralisme économique ne doit pas être le prétexte à une dégradation des mœurs, dans une société globalement chrétienne cela ne devrait avoir lieu même si les principes économiques sont libéraux.
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MessageSujet: Re: peut-on être catholique et libéral   Dim 11 Déc 2016 - 21:18

Le problème est que nous avons trop souvent une conception minimaliste de la liberté comprise comme liberté de choix (entre le bien et le mal, entre quick et Mac Do, entre la droite et la gauche, etc.).

En philosophie (avec Spinoza, Kant et Nietzsche principalement) j'ai développé une conception paradoxale de la liberté. La liberté c'est la puissance d'agir. Plus je peux faire de choses, plus je suis libre. Si je peux porter 500 kg, par exemple, je suis plus libre que celui qui n'en peut porter que 400.
Pour ça, il faut que je m'entraine à porter des poids. Je dois donc m'infliger une contrainte pour avoir plus de liberté.

Ainsi, pour être libre, je dois m'imposer des contraintes...

C'est ce que bon nombre de nos "libéraux / libertaires" ne comprennent pas. La liberté n'est pas quelque chose de donné comme un droit. C'est au contraire une chose qui se travaille et se conquiert. A des années lumières du "je fais ce que je veux" contemporain qui n'est en réalité qu'une aliénation et une liberté illusoire.
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