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 Thérèse Hargot : le nouveau visage du puritanisme qui s’attaque à la sexualité des jeunes

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Thy Kingdom come
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MessageSujet: Thérèse Hargot : le nouveau visage du puritanisme qui s’attaque à la sexualité des jeunes   Lun 26 Sep 2016, 16:37

Thérèse Hargot : le nouveau visage du puritanisme qui s’attaque à la sexualité des jeunes

http://www.lesinrocks.com/2016/03/02/actualite/societe/th%C3%A9r%C3%A8se-hargot-le-nouveau-visage-du-puritanisme-qui-sattaque-%C3%A0-la-sexualit%C3%A9-des-jeunes-11804933/

Elle est partout. Thérèse Hargot a sorti Une jeunesse sexuellement libérée il y a quelques semaines, et depuis cette jeune sexologue écume plateaux et journaux pour affirmer que la sexualité des jeunes ne serait pas beaucoup plus libérée qu’avant mai 1968. Mais partout on oublie de pointer son puritanisme savamment dissimulé sous un prétendu néo-féminisme.

Sous une apparente liberté sexuelle, les individus modernes seraient en fait tout autant conditionnés par des normes et des règles qu’avant mai 1968. C’est la thèse défendue par la sexologue Thérèse Hargot, dans son livre Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque), sorti début février. “La norme a changé, explique-t-elle, nous sommes passés d’un devoir de procréer, à un devoir de jouir. Mais elle s’impose de la même manière : notre rapport à la sexualité reste dicté par ‘il faut’, ‘on doit’”.

Aujourd’hui, l’injonction serait de perdre sa virginité de plus en plus tôt, et de multiplier les expériences sexuelles. La morale et la religion, qui encadraient autrefois la sexualité, ont été remplacées par le consumérisme, faisant du sexe un objet de consommation. Les exemples les plus représentatifs ? La publicité, où les corps (en particulier ceux des femmes) sont hyper-sexualisés, exposés et objectivés.

Mais pour Thérèse Hargot, le porno est encore plus alarmant, car il est accessible de plus en plus facilement, y compris par les plus jeunes. Alors même qu’ils connaissent encore mal leur corps, les ados seraient confrontés à des images qu’ils ont du mal à comprendre et à décoder, des séries de “gros plans sur les organes génitaux et les zones érogènes”, court-circuitant l’imaginaire et l’érotisme. Les fantasmes représentés par la pornographie sont “extrêmement codifiés et stéréotypés” et majoritairement choisis pour correspondre à un public masculin. La pornographie résumerait “la sexualité à une prouesse technique où il faudrait être performant pour réussir à jouir”, imposant une dictature de la performance.

Face à ce “déferlement de sexe”, la sexologue observe lors de ses interventions dans un “grand lycée parisien”, un retour en force des stéréotypes. En particulier ceux concernant les filles et leur sexualité : “Les jeunes n’ont aucun problème à dire ‘une fille qui couche avec plein de garçons c’est une prostitué, mais un garçon qui couche avec plein de filles, c’est un beau gosse’”. Cette idée s’est imprimée dans l’esprit des jeunes filles qui ont accepté cette discrimination et ne la contestent que très rarement.

Quant aux garçons, la majorité  d’entre eux “fait cette violente distinction entre les filles en fonction de leurs pratiques sexuelles : d’un côté ‘les p***’, avec qui on couche, et les filles qu’on aime, qu’on va respecter”. Mai 1968 aurait libéré la sexualité ? Non, affirme Thérèse Hargot. Celle des femmes reste taboue ; et les mêmes pressions s’exercent sur les deux sexes, leurs manifestations et angoisses sont simplement différentes.

Le féminisme, responsable de tous les maux ?

Les thématiques abordées dans Une jeunesse sexuellement libérée, ont déjà été explorées et exploitées par les féministes à maintes reprises. La nouveauté chez Thérèse Hargot ne vient donc pas de ce qu’elle dénonce ou défend, mais de qui elle tient pour responsable des nouvelles normes sexuelles existantes. Alors que la sexologue prétend proposer une démarche défendant les femmes, elle rend en même temps les féministes responsables des “dérives” post-68 : haine du corps des femmes, de la maternité et du désir d’enfant, injonction à la jouissance et l’indépendance économique.

Le féminisme aurait “desservi la cause des femmes” : en imposant une nouvelle morale, celle du consentement, appuyée par un moyen, la pilule, il aurait rendu le corps féminin disponible au désir et à la pulsion sexuelle des hommes. Il serait donc à l’origine de l’objectivisation du corps des femmes. Pire, en réclamant une égalité entre femmes et hommes, les féministes auraient provoqué une guerre des sexes, et fragilisé les hommes dans leur virilité.

Cette insécurité masculine provoquerait “énormément de violence dans l’intimité et les pratiques sexuelles”.  “Plus l’homme se sent menacé dans sa ‘virilité’, plus il cherche à asseoir sa supériorité par une sexualité violente et avilissante envers les femmes.”

En réalité, on reconnaît dans la critique implicite (puisqu’elle ne cite aucune référence dans son ouvrage “philosophique”) de Thérèse Hargot non pas “le” féminisme mais “un” féminisme : le féminisme dit “égalitariste” ou “universaliste”. Elle lui reproche d’avoir voulu adapter les femmes à la société, au lieu de chercher à remettre en question le patriarcat, afin que la société soit plus adaptée aux femmes. Elle est notamment très critique envers Simone de Beauvoir, dont le féminisme nourrirait  “une haine du corps des femmes”.

Pour Marc Calvini-Lefebvre, historien des féminismes à Aix-Marseille université, c’est une vision trop caricaturale de ce courant :

   “Simone de Beauvoir a des mots très durs envers la maternité, elle parle notamment de  ‘pondeuses’, pour désigner les femmes qui ont beaucoup d’enfants. Mais il ne faut pas oublier le contexte dans lequel elle a écrit Le Deuxième Sexe. En 1949, les femmes avaient encore très peu de droits, et la société française était très chrétienne. Mais Simone de Beauvoir ne haïssait pas le corps des femmes, elle entendait plutôt lutter contre l’idée tenace selon laquelle le corps des femmes, et la maternité, puissent constituer un destin social inexorable.”

Mais le problème de ce féminisme égalitariste, est qu’il pourrait, d’une certaine manière, encourager l’idée que tout ce qui est codé masculin serait forcément positif et supérieur à ce qui est codé féminin.

Querelle féministe

Bien qu’elle s’en défende, les propos de Thérèse Hargot rappellent un autre féminisme, le féminisme “différencialiste”. Pour ce dernier, ils s’agit d’exiger une égalité entre hommes et femmes, tout en valorisant leur différence. Par définition, les femmes ne sont pas des hommes, chercher à leur ressembler serait donc irrespectueux de leurs qualités particulières et de leurs spécificités. “Je ne trouve pas ça très féministe d’essayer à tout prix de s’adapter à un monde d’hommes”, explique Thérèse Hargot. Sans compter une certaine inefficacité, sur le plan de l’égalité : “Ce féminisme qui veut détacher les femmes de leur corps n’a rien changé à la société patriarcale” ajoute-t-elle.

Les femmes ne pourraient jamais être compétitives face aux hommes dans l’espace public, en particulier sur le marché du travail,  car toujours rattrapées par leurs différences physiques et physiologiques (maternité bien sûr, mais aussi cycle menstruel) qui les handicaperaient dans un monde conçu par et pour les hommes. Le féminisme différentialiste serait au contraire partisan d’une valorisation de ce qui est proprement féminin, en premier lieu la maternité.

   “Je voudrais qu’on accepte notre réalité : notre corps est différent de celui des hommes, mais ce n’est pas mal, ce n’est pas un problème”, défend la sexologue.

La maternité donnerait aux femmes un pouvoir, une compétence innée qu’il faudrait cultiver. Ce savoir serait aujourd’hui miné par la société, et incompris par la médecine alors inadaptée à la nature des femmes. C’est ce que prétend défendre Thérèse Hargot quand elle prône la fin de la pilule, et un retour aux méthodes de contraception naturelles : “Il faut que les femmes apprennent à connaître leur corps pour reprendre le pouvoir et vivre leur sexualité librement parce qu’elles maîtrisent elles-mêmes  leur fécondité.”

Si ce discours sur le corps et la maternité peut donner un important sentiment de puissance aux femmes, il peut également être problématique : “le féminisme différentialiste est essentialiste : il estime qu’il y aurait une essence du ‘féminin’, très lié à la maternité”, explique Marc Calvini-Lefebvre. Par cela il tend à exclure toutes les femmes qui ne se reconnaissent pas dans cette définition de la féminité : par exemple celle qui ne peuvent pas ou ne veulent pas avoir d’enfants.

L’essentialisme prédétermine les individus, et de cette façon remet en question leur liberté de poser des choix, de s’autodéfinir. Au-delà des questions philosophiques, le féminisme  différentialiste représente un obstacle plus concret et immédiat à l’égalité entre les sexes : valoriser la maternité, ramener systématiquement les femmes aux (im)possibilités de leur corps, c’est peut-être jouer le jeu d’un discours paternaliste et machiste qui pendant des siècles a confiné les femmes au foyer et à la sphère domestique. C’est prendre le risque d’inciter les femmes à un retour à la maison.

Néo-puritanisme

Dans quelle mesure Thérèse Hargot est-elle intimement convaincue de cette idéologie féministe ? Et dans quelle mesure l’utilise-t-elle au contraire pour justifier ses propres choix de vie comme des choix libres, alors qu’ils cherchent à imposer une idéologie conservatrice voire réactionnaire, par lesquelles ils sont en réalité influencés ? Dans le discours de la sexologue, derrière les idées se rapprochant d’un certain féminisme, apparaît en filigrane une forme de puritanisme.

Thérèse Hargot pourrait en fait être l’incarnation européenne d’une de nouvelle garde réactionnaire représentée par des femmes jeunes, belles et à la parole libérée. Assez présent aux Etats-Unis, ce phénomène y est incarné par des anciennes reines de beauté prônant la virginité jusqu’au mariage, ou par des mouvements comme les Christian Nymphos, défendant une sexualité tout à fait décomplexée, mais dans le cadre strict du mariage hétérosexuel. Une manière de donner une nouvelle jeunesse aux valeurs traditionnelles.

En somme, soyez des bêtes de sexe, multipliez les expériences mais, attention, dans un cadre bien particulier, celui du couple, marié de préférence, tout du moins fidèle. Dans un chapitre sur l’éducation sexuelle des jeunes et la prévention contre les maladies sexuellement transmissibles, Thérèse Hargot le dit très clairement : “La meilleure manière d’éviter d’être contaminé au départ est évidemment l’abstinence (…) et la fidélité une fois que [les partenaires] partagent une intimité sexuelle, après avoir fait un dépistage.”

Elle exprime également très clairement son rejet de la pilule, et son adhésion aux méthodes de contraception naturelles. Car il ne faut pas oublier le sens “premier” de la sexualité : la procréation. La replacer au centre de la relation sexuelle permettrait de se débarrasser de l’injonction à la jouissance et de l’angoisse de la performance, si l’on en croit Thérèse Hargot.

Difficile de ne pas voir dans ces suggestions un retour en force des valeurs traditionnelles. Difficile aussi d’avoir une interprétation féministe de la culpabilisation par la sexologue des femmes qui ne souhaitent pas avoir d’enfants : “L’enfant [est perçu] comme une menace pouvant déséquilibrer le bien-être d’une femme par son extrême dépendance, issue de son extrême fragilité. (…) La peur de perdre son indépendance est plus forte que toutes les autres dans notre société individualiste où liberté rime aussi avec égoïsme“, et de celles qui ont recours à une IVG : “N’existe-t-il pas une culpabilité intrinsèque au fait d’interrompre un processus de vie ?” Surtout quand on apprend, après lecture du livre, la proximité de Thérèse Hargot avec les milieux catholiques (radicaux).

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