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 La dictature du relativisme - John Henry Newman

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Thy Kingdom come
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MessageSujet: La dictature du relativisme - John Henry Newman   Jeu 11 Aoû 2016, 19:16

Un discours célèbre de John Henry Newman, prononcé en 1879, d'une telle actualité qu'on le dirait écrit pour notre époque.



Allocution de Son Eminence le Cardinal Newman,
lors de sa réception du « Biglietto »

Au palais du Cardinal Howard à Rome,
le 12 mai 1879

Au cours de longues années, j’ai commis bien des erreurs. Je n’ai rien de la haute perfection que possèdent les écrits des saints, c’est-à-dire qu’on n’y peut pas trouver d’erreur, mais ce que je crois pouvoir faire valoir à travers tout ce que j’ai écrit, c’est ceci: une intention droite, l’absence d’ambitions personnelles, un caractère obéissant et qui consent de bon coeur à être repris, la crainte très vive de l’erreur, le désir de servir la Sainte Eglise, et, grâce à la divine Miséricorde, une belle part de succès. Et je suis heureux de dire que je me suis opposé dès le début à un grand mal. Pendant trente, quarante, cinquante ans, j’ai résisté de toutes mes forces à l’esprit de libéralisme en religion. Jamais la Sainte Eglise n’a eu plus douloureusement besoin de défenseurs contre lui que maintenant, puisque, hélas ! c’est une erreur qui s’étend comme un filet sur toute la terre; et en cette occasion solennelle où il est naturel, pour quelqu’un qui occupe ma place, de regarder le monde, la Sainte Eglise actuelle ainsi que son avenir, on ne jugera pas déplacé, je l’espère, que je renouvelle la protestation que j’ai faite si souvent contre lui.

Le libéralisme en religion est la doctrine suivant laquelle il n’y a pas de vérité absolue en religion, mais qu’un credo en vaut un autre, et tel est l’enseignement qui gagne chaque jour en consistance et en force. Il n’admet pas qu’aucune religion puisse être considérée comme vraie. Il enseigne qu’il faut toutes les tolérer, parce qu’elles sont toutes affaires d’opinion, que la religion révélée n’est pas une vérité, mais une question de sentiment et de goût, qu’elle n’est ni un fait objectif, ni miraculeuse, et que chaque personne a le droit de lui faire dire seulement ce qui frappe son imagination. La dévotion n’est pas nécessairement fondée sur la foi. On peut fréquenter les églises protestantes et catholiques, et tirer profit de l’une et de l’autre, sans appartenir à aucune. On peut échanger fraternellement des pensées et des sentiments spirituels, sans avoir le moindre projet de doctrine commune, ni sans en voir la nécessité. Par conséquent, puisque la religion est une affaire tellement personnelle et privée, il ne faut absolument pas en tenir compte dans les relations humaines. Si un homme s’habille d’une nouvelle religion tous les matins, qu’importe ? Il est aussi insolent de se mêler de la religion de quelqu’un qu’à la source de ses revenus ou au gouvernement de sa famille. La religion n’est en aucun sens le lien de la société.

Jusqu’ici, le pouvoir civil a été chrétien. Même dans les pays séparés de l’Église, comme dans le mien, quand j’étais jeune, le dicton selon lequel « le christianisme est la loi du pays », était valable. Aujourd’hui, partout, ce bel édifice qu’est la société, pourtant issue du christianisme, rejette le christianisme. Le dicton que j’ai cité, et cent autres de la même veine, ont disparu ou sont en train de disparaître partout, et d’ici la fin du siècle, à moins que le Tout-Puissant n’intervienne, on l’aura oublié. Jusqu’ici, on considérait que seule, la religion, avec ses commandements surnaturels, était assez forte pour assurer la soumission des masses populaires à la loi et à l’ordre; aujourd’hui, philosophes et politiciens sont déterminés à résoudre ce problème sans l’aide du christianisme. A l’autorité et à l’enseignement de l’Église, ils voudraient substituer avant tout une éducation universelle et complètement séculière, destinée à faire comprendre à chacun que son intérêt personnel est d’être discipliné, laborieux et sobre. Puis, en guise de grands principes moteurs pour remplacer la religion et à l’usage des masses ainsi soigneusement éduquées, cette éducation fournit les grandes vérités éthiques fondamentales de justice, bienveillance, sincérité et d’autres semblables, comme l’expérience vécue, et ces lois naturelles qui existent et agissent spontanément dans la société et les affaires sociales, qu’elles soient physiques ou psychologiques, par exemple dans le gouvernement, le commerce, la finance, les expériences dans le domaine de la santé, et les relations internationales. Quant à la religion, elle est un luxe privé, que l’on peut avoir si l’on veut, mais pour lequel il faut payer, et que l’on ne doit pas imposer aux autres, ni pratiquer si ça les importune.

Le caractère général de cette grande apostasia est partout le même; mais dans le détail et la façon de faire, il varie selon les différents pays. Pour moi, j’aime mieux parler de ce qui l’en est dans mon pays, que je connais. Là, je crois qu’il menace de remporter un redoutable succès, bien qu’il ne soit pas facile de voir quel sera son ultime aboutissement. A première vue, on pourrait penser que les Anglais sont trop religieux pour un mouvement qui, sur le continent, semble fondé sur l’infidélité; mais le malheur, pour nous, c’est que, bien qu’il finisse en infidélité comme ailleurs, il ne provient pas nécessairement de l’infidélité. Il faut se rappeler que les sectes religieuses qui naquirent en Angleterre il y a trois cents ans, et qui sont si puissantes maintenant, ont toujours été farouchement opposées à l’union de l’Église et de l’Etat, et soutiendraient la déchristianisation de la monarchie et de tout ce qui en fait partie, dans l’idée qu’une telle catastrophe rendrait le christianisme beaucoup plus pur et beaucoup plus puissant. Ensuite le principe libéral nous est imposé comme allant de soi. Considérez ce qui résulte du fait même de ces multiples sectes. Elles constituent, croit-on, la religion de la moitié de la population; or, rappelez-vous que notre mode de gouvernement est populaire. Prenez une douzaine d’hommes au hasard, dans la rue, ils participent tous au pouvoir politique: quand vous leur demandez leur croyance, ils représentent peut-être jusqu’à sept religions différentes. Comment peuvent-ils agir ensemble dans les affaires municipales ou nationales, si chacun insiste sur la reconnaissance de sa dénomination religieuse? Toute action serait au point mort, à moins d’ignorer la question religieuse. Nous n’y pouvons rien. Et troisièmement, il faut se rappeler qu’il y a beaucoup de bon et de vrai dans la théorie libérale; par exemple, pour ne pas dire plus, les préceptes de justice, loyauté, sobriété, maîtrise de soi, bienveillance, qui, ainsi que je l’ai déjà fait remarquer, comptent parmi ses principes avoués, ainsi que les lois naturelles de la société.

Ce n’est que lorsque nous découvrons que cet appareil de principes est destiné à remplacer, à supprimer la religion, que nous déclarons qu’il est mauvais. Il n’y a jamais eu de dessein de l’ennemi aussi habilement ourdi, et avec une telle chance de réussir. Et elle a déjà répondu aux espoirs que l’on fondait sur elle. Le libéralisme est en train d’entraîner dans ses rangs un grand nombre d’hommes vertueux, sérieux et capables, des hommes mûrs au passé élogieux et des jeunes gens d’avenir.

Telle est la situation en Angleterre, et il est bon que nous en prenions tous conscience; mais on ne doit pas supposer un instant que j’en ai peur. Je le déplore profondément, parce que je prévois qu’il peut être la ruine de beaucoup d’âmes ; mais je n’ai pas peur du tout qu’il puisse faire le moindre mal à la Parole de Dieu, à la Sainte Église, à notre Roi tout-puissant, le Lion de la tribu de Juda, fidèle et vrai, ou à son Vicaire sur la terre. Le christianisme a semblé trop souvent être en danger de mort, pour que nous craignions pour lui, maintenant, quelque nouvelle épreuve. Jusque-là, tout est certain. D’un autre côté, ce qui est incertain, ce qui est habituellement incertain et habituellement très surprenant dans ces grandes controverses – quand on en est témoin – c’est la manière particulière avec laquelle, en l’occurrence, la Providence délivre et sauve son héritage choisi. Quelquefois, notre ennemi devient notre ami; quelquefois, il est dépouillé de cette virulence particulière du mal qui était si menaçante; quelquefois, il tombe de lui-même en pièces; quelquefois, il fait juste ce qui était utile, et puis il est écarté. Habituellement, l’Église n’a rien de plus à faire que de poursuivre son devoir dans la confiance et la paix ; à rester calme et à contempler le salut de Dieu. « Les humbles posséderont la terre, réjouis d’une grande paix » (Ps 37,11).

http://benoit-et-moi.fr/2016/actualite/la-dictature-du-relativisme-.html
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