DOCTEUR ANGÉLIQUE FORUM CATHOLIQUE

Théologie Spirituelle Catholique
Pour déposer une intention de prière:Agapé
ATTENTION : Les publicités ci-dessous sont indépendantes de notre volonté !
 
AccueilAccueil  PortailPortail  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 L'héritage des moines de Tibhirine

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Espérance
Administrateur


Féminin Messages : 16716
Inscription : 14/01/2011

MessageSujet: L'héritage des moines de Tibhirine   Jeu 26 Mai 2016, 14:49

L'héritage des moines de Tibhirine

Vingt ans après le martyre des moines de Tibhirine, leur message de paix et de fraternité ne cesse de porter du fruit. Dans Tibhirine l'héritage (éd. Bayard), le pape François, le cardinal Philippe Barbarin, le juge Marc Trévidic, l'écrivain François Cheng, entre autres, en témoignent.


Publié le 4 avril 2016.

Christophe Henning est journaliste à l’hebdomadaire Pèlerin et écrivain. Il a signé plusieurs ouvrages à propos de Tibhirine et des moines de Notre-Dame de l’Atlas, notamment, avec Jean-Marie Lassausse, Le jardinier de Tibhirine (Bayard, 2010), qui a reçu le Prix de littérature religieuse 2011.

Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept frères du monastère de Tibhirine étaient enlevés par un groupe armé. Deux mois plus tard, leur mort est annoncée par le Groupe islamique armé (GIA) et leurs têtes retrouvées à l’entrée de Médéa, la ville la plus proche du monastère. Les dépouilles de Christian, Christophe, Luc, Michel, Célestin, Paul et Bruno ont été enterrées dans le cimetière de la communauté Notre-Dame de l’Atlas. Et Tibhirine déserté a retrouvé le silence.

Durant cette décennie noire, l’Algérie était déchirée par des luttes fratricides entre islamistes et militaires au pouvoir. Les moines ont connu le sort tragique de milliers d’Algériens et aussi de douze autres religieuses et religieux, dont Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran. Témoins silencieux de la présence de Dieu dans les tragédies humaines, les moines assassinés sont encore aujourd’hui le signe de la vie plus forte que la mort.

Il n’y a pas de preuves, seulement des signes : depuis vingt ans, le message de paix et de fraternité des moines de Tibhirine ne cesse de porter du fruit. C’est ce que ce livre veut montrer, en donnant la parole à ceux qui furent bouleversés par la mort des moines, qu’ils les aient connus de leur vivant ou non. Le pape François lui-même nous confie combien la vie des moines vient éclairer notre monde et nourrir notre espérance : « Ils n’ont pas fui la violence : ils l’ont combattue avec les armes de l’amour, de l’accueil fraternel, de la prière communautaire », nous dit le Saint-Père, qui tenait à partager l’héritage de Tibhirine. Qu’il en soit vivement remercié.

Dans les pages qui suivent, les voix se succèdent pour nous dire combien le « Testament spirituel » de Christian de Chergé a compté dans leur vie. Sans conteste une des plus belles pages spirituelles du xxe siècle, ce texte écrit dans la tourmente atteste d’une vie donnée par avance « à Dieu et à ce pays », l’Algérie. Mais il ne s’arrête pas là : le prieur de Tibhirine nous invite au pardon et nous provoque au dialogue. Il nous faut cultiver cette « lancinante curiosité » qui l’habite, qui est la clé de la rencontre et du partage.

Que nous reste-t‑il de Tibhirine ?

Beaucoup plus qu’on ne pense ou que nous avons pu croire, tandis que les moines reposent en terre. Tout d’abord, la communauté décimée comptait encore quelques membres, notamment frère Amédée et frère Jean-Pierre, qui ont échappé à l’enlèvement. Comme il était convenu en communauté avant les événements, ils ont rejoint l’annexe créée à Fès, au Maroc, en 1988, y retrouvant trois autres frères. Ainsi, la communauté de Notre-Dame de l’Atlas poursuivait son chemin inauguré en Algérie en 1934, et même plus tôt encore, en 1843, à Staoueli, première implantation trappiste au Maghreb.

« Pourquoi ai-je échappé à la mort se demande encore dans les pages qui suivent frère Jean-Pierre Schumacher, si ce n’est pour témoigner ? » Enracinée à Midelt depuis 2000, la communauté poursuit cette expérience de moines en terre d’Islam, « priants parmi les priants », comme le raconte l’actuel prieur dom Jean-Pierre Flachaire.

La vie a donc repris, ailleurs, avec d’autres moines. Elle a germé aussi, discrètement, à Tibhirine même. Bien sûr, le projet impossible d’une nouvelle communauté trappiste – premier espoir à l’annonce de la mort des moines – s’est éteint au bout de quelques années. Peut-être y aura-t‑il un jour une autre communauté contemplative, mais la renaissance du monastère est pour l’instant d’un autre ordre : c’est le partage de la vie qui s’est doucement imposé. Les liens si forts tissés entre les moines et le village se sont renoués, grâce à la présence du père Jean-Marie Lassausse, prêtre et agronome : la terre de Tibhirine porte du fruit, au sens propre.

Les pommes principalement, mais aussi les autres fruits du verger, les légumes, le miel, nourrissent les récoltes et les rencontres avec les villageois. La terre, généreuse et silencieuse, est aussi le lieu de l’hommage continu des visiteurs qui viennent s’incliner sur les tombes des frères. Combien de familles entretiennent encore le souvenir de frère Luc, dont on a retrouvé de nombreux écrits : « Le salut nous vient des autres qui sont pour nous la présence de Dieu appelant à la vie », écrivait-il en 1994. Le moine médecin qui souhaitait qu’à sa mort on chante « Non, je ne regrette rien… » a vécu un demi-siècle de vie monastique sur les contreforts de l’Atlas pour, finalement, être emporté par la violence à l’âge de 82 ans.

Le partage du plus humain

Ce serait toutefois une erreur de faire des moines de Tibhirine un modèle de perfection, des candidats au martyre. Ces hommes au caractère parfois rugueux, étaient en terre musulmane pour Dieu et pour le monde : l’exercice n’était pas facile. Mgr Claude Rault,aujourd’hui évêque du Sahara, les a bien connus : pendant près d’un quart de siècle, le missionnaire a croisé les pas des moines, a partagé de nombreuses rencontres avec eux, notamment avec Christian de Chergé.

Ensemble, ils ont « pensé » le dialogue interreligieux, en l’éprouvant concrètement dans le groupe « Ribât-el-Salâm », le lien de la paix, qui poursuit aujourd’hui ses rencontres. Pour Claude Rault, ces hommes ordinaires étaient « saisis par Dieu et vivant de Lui dans les actes les plus quotidiens de leur existence ». C’était là l’essentiel. Dans la famille de Christian de Chergé, ce n’est un secret pour personne que son père n’avait pas compris la vocation monastique en Algérie d’un prêtre du diocèse de Paris aussi brillant, promis à un bel avenir. « Il lui reprochait d’enterrer ses talents, comme le dénonce l’Évangile, se souvient son frère Hubert de Chergé. Personne n’avait compris que c’est une graine de sénevé qu’il est allé planter. »

Le partage du plus humain est la clé de ce dialogue engagé à Tibhirine, poursuivi à Midelt, et dans bien des endroits du monde. Le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, en est un ardent promoteur dans la cité des Gaules, et le pèlerinage islamo-chrétien qu’il a initié et vécu en Algérie en 2007 reste une source pour irriguer le dialogue interreligieux urgent et plus que jamais nécessaire.

Cet héritage de Tibhirine n’appartient à personne. Ou plutôt, nombreux sont ceux qui peuvent légitimement s’en réclamer, comme le fait Leïla Tennci, philosophe algérienne, qui nous confie le lien indéfectible qui s’est créé pour elle avec les moines : « Aujourd’hui, Tibhirine est pour moi une terre familière. Je m’y sens chez moi ». Elle n’est certainement pas la seule en Algérie à avoir reçu en partage cette invitation au dialogue, à l’accueil de la différence.

Que s'est-il passé ?

Mais nous butons sans cesse sur le drame : que s’est-il passé ? Le juge d’instruction Marc Trévidic a consacré dix ans de travail à ce dossier, soucieux de justice : « Le message des moines sera encore plus fort si nous savons pourquoi et comment ils sont morts. La justice n’est pas censée pardonner mais trouver les coupables. »

Mgr Jean-Paul Vesco, successeur de Pierre Claverie au siège épiscopal d’Oran, n’a pas connu les moines. Mais en cette terre d’Algérie qu’il affectionne particulièrement, il saisit mieux cette vérité qu’il pressent dans la mort des frères. Non pas le résultat d’une enquête – qui les a tués ? Quand ? Comment ? – mais une vérité plus profonde, qui tient à ce don de soi : « La vérité des moines de Tibhirine, c’est qu’ils sont allés à l’extrême de leur vie donnée, un jour, par amour. »

Martyrs de l’amour. Le procès en béatification des 19 religieux et religieuses morts en Algérie durant cette sinistre période est en cours, en dépit de l’avertissement de Christian de Chergé : « Si un jour, il nous arrivait quelque chose, dites-vous bien, ce n’est pas nous les martyrs, c’est ce peuple qu’on martyrise ! »

Bientôt présentée à Rome, la cause de « Pierre Claverie et ses compagnons » est aussi le signe d’une nouvelle présence chrétienne au monde, telle que pouvait la définir une fois encore Christian de Chergé. Lors de la nuit de Pâques 1994, deux ans avant leur mort, il traçait le chemin qui attendait la communauté : « Il me semble que nous recevons là aujourd’hui (jour de Pâques), comme un surcroît d’appel pour ce “martyre” qui nous est destiné, celui de l’espérance. Oh ! il n’est ni glorieux, ni brillant ! Il s’ajuste exactement à toutes les dimensions du quotidien. »

Cet appel à l’espérance dans le quotidien de l’existence connaît un retentissement inouï. Ce livre en témoigne, et il aurait encore fallu se mettre à l’écoute des familles des moines, des villageois, des moines de l’Ordre, des chrétiens d’Algérie, des pèlerins de Tibhirine, des chrétiens engagés dans le dialogue interreligieux…

Source d'inpiration, modèle d'action

Depuis vingt ans, les artistes, écrivains, compositeurs, sculpteurs, comédiens, théologiens, ont trouvé avec les moines, d’une manière ou d’une autre, la raison de leur travail, la source de leur inspiration, le moteur de leur action. Il faudrait pouvoir donner la parole à tant d’anonymes pour qui le message des moines a compté et compte encore. Une initiative a été prise en ce sens : Hilaire et Isabelle de Chergé, neveux de Christian, ont créé une adresse mail : temoignagestibhirine(a)gmail.com destinée à recevoir les témoignages ou paroles des personnes pour qui le message de Tibhirine a compté et compte encore.

Les signes se multiplient : un mémorial a été inauguré à l’abbaye d’Aiguebelle (Drôme), des plaques commémoratives rappellent les dix-neuf religieuses et religieux sur les murs de Notre-Dame d’Afrique à Alger, Christian de Chergé est représenté dans une mosaïque de la chapelle Redemptoris Mater voulue par Jean-Paul II au Vatican, un vitrail évoque les sept frères dans une église de Gdansk, en Pologne. Dans le village de Saint-Michel- de-Bannières (Lot), berceau de la famille de Chergé, l’église devient un lieu d’échanges culturels et spirituels interreligieux, la mémoire des moines est rappelée dans de nombreuses villes…

Et comment ne pas mentionner le film Des hommes et des dieux, réalisé par Xavier Beauvois qui a bouleversé tant de spectateurs ? Les auteurs de ce livre ont tous évoqué la force spirituelle de cette fresque cinématographique. Les deux dernières années de la vie des moines sont retracées en deux heures tragiques, traversées par les doutes, le questionnement, la peur, le choix de rester, la prière et l’espérance. De ce qu’ont vécu les moines de Tibhirine – et notamment les dernières années – nous savons beaucoup.

Plusieurs d’entre eux ont laissé des traces de leur cheminement spirituel, qui n’étaient pas destinées à être lues par d’autres qu’eux-mêmes. Ces écrits personnels n’en sont que plus forts et plus émouvants, forgés au plus intime de leur itinéraire monastique, et il ne manque pas de livres pour approfondir ce message de Tibhirine. Vingt ans après leur mort, l’histoire perdure et de nouvelles pages s’ajoutent, dont les auteurs de ce livre sont les témoins.

Qu’ils soient ici sincèrement remerciés : parler des moines représente pour chacun, j’en ai conscience, l’évocation grave et juste d’une histoire essentielle et personnelle. Il reste un mystère, qui n’appartient qu’aux moines et à leurs ravisseurs : comment ont-ils vécu ce long temps de séquestration avant le surgissement de la mort ? Que s’est-il dit et vécu, comment se sont déroulés ces derniers jours, de visage à visage, entre les frères et leurs meurtriers ? Le poète François Cheng, qui clôt cet ouvrage, s’approche sans doute au plus juste de ce que les sept moines ont pu vivre en ces temps d’épreuve : « Nous n’avons pas choisi de mourir en martyrs. Nous avons simplement choisi d’aimer. Ce n’est pas la même chose. Pourtant, cela revient au même. Aimer sans condition, c’est être totalement désarmé, c’est être sans défense, absolument. Nous avons choisi d’aimer la vie jusqu’au bout. »

L’héritage Tibhirine (Bayard éditions)

Tibhirine l'héritage


Le 27 mars 1996, sept moines trappistes étaient enlevés en Algérie. Deux mois plus tard, leur mort a soulevé l’émotion de toute la communauté internationale.

Cette petite communauté de l’Atlas vivant en proximité avec ses voisins algériens est allée jusqu’au bout de l’amitié et de la fidélité à une vie monastique plantée en terre d’islam. Vingt ans après, les «

héritiers » de Tibhirine, personnalités diverses, aux regards très différents, mais toutes marquées d’une manière ou d’une autre par cette communauté, témoignent de ce qu’a représenté la présence des moines de Tibhirine et de l’importance, pour aujourd’hui, de cette coexistence fraternelle et respectueuse qui était possible entre le christianisme et l’islam.

Sous la direction de Christophe Henning.

Préface du pape François
Cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon,
François Cheng, écrivain de l’académie française
Jean-Pierre Flachaire, prieur du monastère Notre-Dame de l’Atlas à Midelt (Maroc),
Thomas Georgeon, moine cistercien, postulateur de la cause en béatification des 19 religieux (dont les 7 frères de Tibhirine) morts en Algérie,
Jean-Marie Lassausse, prêtre de la Mission de France, chargé de l’administration du monastère de Tibhirine,
Claude Rault, Evêque de LaghouatFrère Jean-Pierre Schumacher, moine survivant de Tibhirine,
Leila Tennci, philosophe
Marc Trévidic, magistrat, ancien juge d’instruction au pôle antiterrorisme,
Jean-Paul Vesco, dominicain, évêque d'Oran,
L’héritage Tibhirine, Cardinal Philippe Barbarin, Marc Trévidic, François Cheng. Bayard Editions. , 180 pages, 14,90 euros. Mise en vente le 6 avril 2016.

http://www.croire.com/Definitions/Vie-chretienne/Tibhirine/L-heritage-des-moines-de-Tibhirine?&PMID=72594f97fde1658e57cb0e542c4b8ded

_________________
Forum de prières de Docteur Angélique : http://agape.forumactif.com/
Revenir en haut Aller en bas
 
L'héritage des moines de Tibhirine
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Le prochain voyage du Saint Père en Turquie
» Autopsie d'une tragédie ( moines Tibhirine )
» le 8eme mort dans l'affaire des moines de tibhrines
» Frère Luc, moine de Tibhirine
» vie des moines birmans

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
DOCTEUR ANGÉLIQUE FORUM CATHOLIQUE :: Témoignages, discernement, cas concrets ╬-
Sauter vers: