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 Pourquoi "Amoris Laetitia" n’enthousiasme pas les journalistes : parce que c'est une exhortation apostolique CATHOLIQUE

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ALAIN MONIER



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MessageSujet: Re: Pourquoi "Amoris Laetitia" n’enthousiasme pas les journalistes : parce que c'est une exhortation apostolique CATHOLIQUE   Jeu 21 Avr 2016, 22:27

Bonsoir,
ma première intervention sera un c/c d'une réflexion de l'abbé Eric de Beukelaer sur son blog :


http://ericdebeukelaer.be/2016/04/13/amoris-laetitia-ou-la-morale-relationnelle/#comments

Amoris laetitia – ou la morale relationnelle

« En rappelant que « le temps est supérieur à l’espace », je voudrais réaffirmer que tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles. Bien entendu, dans l’Église une unité de doctrine et de praxis est nécessaire, mais cela n’empêche pas que subsistent différentes interprétations de certains aspects de la doctrine ou certaines conclusions qui en dérivent. Il en sera ainsi jusqu’à ce que l’Esprit nous conduise à vérité entière (cf. Jn 16, 13) » (Amoris Laetitia n°3)
Dans son exhortation post-synodale Amoris laetitia, notre Pape rappelle que le christianisme est une religion relationnelle. Cette relation trouve son origine dans la Trinité – éternelle relation d’Amour entre le Père et le Fils dans l’Esprit. Elle se révèle dans l’incarnation – où Dieu s’unit « charnellement » à l’humanité en Jésus. Elle culmine dans la Rédemption – qui voit le Christ pousser sa relation à l’humanité jusqu’au tréfonds des abîmes pour l’élever dans Sa résurrection.
Il en va de même avec la morale chrétienne : Elle exige tout, mais comprends tout et pardonne tout.
« Le temps est supérieur à l’espace », dit notre Pape – car l’espace fige toute chose sur une carte mentale (Est-il en état de grâce ou de péché ? Est-il conservateur ou progressiste ? etc.), là où le temps laisse place à la conversion.

Après Vatican II, une certaine morale catholique misait trop sur l’état subjectif de la personne et son « option fondamentale » (que mon professeur allemand à l’Université grégorienne prononçait « Opzzioné foundamtalléé »). Cela ne m’a jamais convaincu, car le péché ne dépend pas que de ma subjective sincérité.
En réaction, saint Jean-Paul II insista sur les actes en contradiction radicale avec le bien de la personne, créée à l’image de Dieu. « Ces actes, dans la tradition morale de l’Église, ont été appelés « intrinsèquement mauvais » (intrinsece malum) : ils le sont toujours en eux-mêmes, c’est-à-dire indépendamment de leur objet même, indépendamment des intentions ultérieures de celui qui agit et des circonstances » (Jean-Paul II, encyclique « La splendeur de la Vérité » Veritatis splendor, n° 80).

Fort bien – mais pour le pasteur sur le terrain, une fois que l’on a insisté sur l’aspect « objectif » du péché, qu’est-ce qu’on fait concrètement ? Personne ne prétendra qu’il est « moral » pour un ado de se masturber ou de regarder du porno (pour un adulte, non plus – d’ailleurs…), mais est-ce aussi « intrinsèquement mal » qu’un violeur d’enfant ? Toute personne de bon sens, répond « non bien sûr !»
J’ai ainsi jadis souligné que tout péché n’était pas de même niveau, dans un commentaire du Catéchisme universel pour Bayard édition – et ce, avec l’accord des évêques de Belgique. Et pourtant, pour une édition étrangère du même commentaire, une évêque d’un autre pays me demanda d’enlever ce commentaire car… «Souligner cela, aurait été faire preuve de relativisme moral ».
Comme quoi – les plus nobles principes moraux peuvent mener à l’impasse, s’ils sont absolutisés. Vais-je prêcher à mes paroissiens que toute personne ayant eu la moindre pensée impure, ou émoi d’ordre érotique… est « de facto et quelque soit son âge ou sa condition de vie » en état de péché mortel ? Ce serait oublier qu’en morale, la responsabilité subjective de l’auteur peut être diminuée – voire supprimée – par l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, les affections, les habitudes,… Que l’intention entre également en ligne de compte, ainsi que les circonstances entourant l’acte. Enfin et surtout que toute vertu s’acquiert par étapes graduelles de croissance.

Bref, par rapport à toutes les blessures de l’affectivité et de la famille, notre Pape invite – non pas à minimiser ou à subjectiviser (comme le lui reprochent certaines plumes plus-que-parfaites). En vrai pasteur, il rappelle simplement qu’il s’agit d’entrer en relation pastorale avec chaque situation concrète pour pouvoir accompagner et conseiller au mieux. Il ne change en rien la doctrine, mais invite à la considérer avec les lunettes de l’Amoris laetita – la « joie de l’Amour ».
« Cela exige de toute l’Église « une conversion missionnaire […] : il est nécessaire de ne pas s’en tenir à une annonce purement théorique et détachée des problèmes réels des gens ». La pastorale familiale « doit faire connaître par l’expérience que l’Évangile de la famille est une réponse aux attentes les plus profondes de la personne humaine : à sa dignité et à sa pleine réalisation dans la réciprocité, dans la communion et dans la fécondité. Il ne s’agit pas seulement de présenter des normes, mais de proposer des valeurs en répondant ainsi au besoin que l’on constate aujourd’hui même dans les pays les plus sécularisés » (Amoris laetitia, n°200)».
« En effet, non seulement la promotion du mariage chrétien revient aux Pasteurs, mais aussi « le discernement pastoral des situations de beaucoup de gens qui ne vivent plus dans cette situation » pour « entrer en dialogue pastoral avec ces personnes afin de mettre en évidence les éléments de leur vie qui peuvent conduire à une plus grande ouverture à l’Évangile du mariage dans sa plénitude ». Dans le discernement pastoral, il convient d’identifier « les éléments qui peuvent favoriser l’évangélisation et la croissance humaine et spirituelle ». » (Amoris Laetita, n°293)
« La route de l’Église est celle de ne condamner personne éternellement ; de répandre la miséricorde de Dieu sur toutes les personnes qui la demandent d’un cœur sincère […Car] la charité véritable est toujours imméritée, inconditionnelle et gratuite ! » Donc, « il faut éviter des jugements qui ne tiendraient pas compte de la complexité des diverses situations ; il est également nécessaire d’être attentif à la façon dont les personnes vivent et souffrent à cause de leur condition » (Amoris Laetita, n°296)

Seule une morale de la relation est une morale pleinement chrétienne, car l’homme – créé à l’image du Dieu-relation – est un être de relation, qui se réalise en nouant des relations en Esprit et Vérité. Et ceci se concrétise avec le temps. Car le temps… est supérieur à l’espace.
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RenéMatheux



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MessageSujet: Re: Pourquoi "Amoris Laetitia" n’enthousiasme pas les journalistes : parce que c'est une exhortation apostolique CATHOLIQUE   Jeu 21 Avr 2016, 22:30

Citation :
En rappelant que « le temps est supérieur à l’espace »,
Première nouvelle????? gne gne gne
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ALAIN MONIER



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MessageSujet: Re: Pourquoi "Amoris Laetitia" n’enthousiasme pas les journalistes : parce que c'est une exhortation apostolique CATHOLIQUE   Jeu 21 Avr 2016, 23:36

Si vous désirez mieux connaître la pensée du pape François à ce sujet, je vous conseille de lire cet article basé sur ce livre :



L'Eglise que j'espère: Entretien avec le père Spadaro, S.J.
Par Pape François,Antonio Spadaro


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Dernière édition par ALAIN MONIER le Ven 22 Avr 2016, 07:53, édité 1 fois
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Poisson



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MessageSujet: Re: Pourquoi "Amoris Laetitia" n’enthousiasme pas les journalistes : parce que c'est une exhortation apostolique CATHOLIQUE   Ven 22 Avr 2016, 05:20

boulo a écrit:
La " confusion " n'est pas un progrès en soi mais elle est souvent germe de progrès .
La vie progresse souvent en conciliant les inconciliables .
"La simplicité ne peut exister que dans le vrai." Abbé Pierre
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ALAIN MONIER



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MessageSujet: Re: Pourquoi "Amoris Laetitia" n’enthousiasme pas les journalistes : parce que c'est une exhortation apostolique CATHOLIQUE   Ven 22 Avr 2016, 07:55

Voici le lien :

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RenéMatheux



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MessageSujet: Re: Pourquoi "Amoris Laetitia" n’enthousiasme pas les journalistes : parce que c'est une exhortation apostolique CATHOLIQUE   Ven 22 Avr 2016, 08:06

Citation :
Cela exige de toute l’Église « une conversion missionnaire […] :
Le corps du christ a besoin de se convertir?
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boulo
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MessageSujet: Re: Pourquoi "Amoris Laetitia" n’enthousiasme pas les journalistes : parce que c'est une exhortation apostolique CATHOLIQUE   Ven 22 Avr 2016, 08:12

Poisson a écrit:
boulo a écrit:
La " confusion " n'est pas un progrès en soi mais elle est souvent germe de progrès .
La vie progresse souvent en conciliant les inconciliables .
"La simplicité ne peut exister que dans le vrai." Abbé Pierre

Et la prudence de serpent ?

_________________
" Faux départ . Enquête sur les EMI/NDE " , par Sonia Barkallah , se trouve dans " Témoignages ... " . Dernière réponse le 31/12/2015 1h33 .
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monge



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MessageSujet: Re: Pourquoi "Amoris Laetitia" n’enthousiasme pas les journalistes : parce que c'est une exhortation apostolique CATHOLIQUE   Ven 22 Avr 2016, 10:11

ALAIN MONIER:
 
Tout ce discours me semble faussé car on ne rappelle pas clairement les deux extrémités dans la pratique de la chasteté (vertu intrinsèque du mariage, qu'on semble malheureusement ausculter) à savoir le (s) péché(s) grave et la perfection. Et à mon avis la pastorale doit aider les gens à s'éloigner ou à quitter les situations de péché mortel, et de tendre vers la perfection.
Alors oui on doit se mettre à l'écoute, on ne doit pas stigmatiser, on doit accompagner spirituellement etc etc, mais est ce que c'est pour permettre de trouver une solution pour que les divorcés remariés vivent dans la continence car ils sont en état de péché mortel et que la continence vécu par amour de Dieu est la perfection? c'est là le problème.
On se met à comparer l'adultère au meurtre, comme pour dire qu'on doit être "plus compréhensif" vis à vis de certain péché. Si deux personnes se retrouvent en Enfer l'un pour adultère et l'autre pour meurtre vous croyez vraiment que la situation de l'une sera enviable à celle de l'autre?
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RenéMatheux



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MessageSujet: Re: Pourquoi "Amoris Laetitia" n’enthousiasme pas les journalistes : parce que c'est une exhortation apostolique CATHOLIQUE   Ven 22 Avr 2016, 10:25

Citation :
On se met à comparer l'adultère au meurtre, comme pour dire qu'on doit être "plus compréhensif" vis à vis de certain péché. Si deux personnes se retrouvent en Enfer l'un pour adultère et l'autre pour meurtre vous croyez vraiment que la situation de l'une sera enviable à celle de l'autre?
Ben oui!
Il y a des degrés en enfer, tiens!
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monge



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MessageSujet: Re: Pourquoi "Amoris Laetitia" n’enthousiasme pas les journalistes : parce que c'est une exhortation apostolique CATHOLIQUE   Ven 22 Avr 2016, 10:30

RenéMatheux a écrit:
Citation :
On se met à comparer l'adultère au meurtre, comme pour dire qu'on doit être "plus compréhensif" vis à vis de certain péché. Si deux personnes se retrouvent en Enfer l'un pour adultère et l'autre pour meurtre vous croyez vraiment que la situation de l'une sera enviable à celle de l'autre?
Ben oui!
Il y a des degrés en enfer, tiens!
Je n'ai pas dis qu'il n' y a pas de degré, mais quelque soit les degrés aucun n'est enviable, aucun damné ne peut envier la situation d'un autre damné, ils envient plutôt la situation des bénits! De même quelque soit les degrés au Ciel tous sont enviables et aucun bénit ne peut envier la situation d'un autre bénit. C'est ainsi.
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Oculus



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MessageSujet: Re: Pourquoi "Amoris Laetitia" n’enthousiasme pas les journalistes : parce que c'est une exhortation apostolique CATHOLIQUE   Ven 22 Avr 2016, 13:28

Hyeronimus a écrit:
La conclusion c'est oculus qui l'a très bien faite. En clair Schonborn et ceux qui pensent comme lui feront des accompagnements pastoraux de divorcés-remariés qui aboutiront à les réadmettre à la communion eucharistique. Tandis que Burke et ceux qui pensent comme lui continuerons d'interdire dans tous les cas l'admission à la communion eucharistique d'un divorcé-remarié.

à vrai dire , je pense que le Pape prépare des textes de portée canonique concernant le sujet de l'autonomie épiscopale en matière de discipline des sacrements qui fera que la position par rapport à la pastorale des divorcés remariés deviendra beaucoup moins confuse qu'actuellement .

Il me semble que françois a été élu pour remettre de l'ordre au Vatican .
Il a compris sa mission me semble-t-il de deux façons : déseuropéaniser l'Eglise et décentraliser l'administration romaine .
La composition de ses premiers consitoires ( nominations de cardinaux électeurs) montre , si il persiste dans cette voie , que les européens deviendront minoritaires au conclave , et donc que la papauté restera aux pays du "Sud " . Enfin je serai prêt à parier ...on verra bien !

La décentralisation des dicastères romains devrait accomplir ce que Vatican II avait souhaité :
partager le vrai pouvoir avec les conférences épiscopales nationales et redonner à la collégialité épiscopale toute son ampleur . cette réforme est préparée par le conseil des neuf cardinaux qui conseillent le Pape et prendra sans doute la forme d'une constitution apostolique remplaçant Pastor Bonus de JP II qui est en cours de rédaction .
dans cette optique , il reviendra sans doute à chaque conférence épiscopale de produire des normes pour unifier la pastorale dans chaque pays au lieu de laisser une douce anarchie régner entre les évêques .Car il serait quand même un peu génant que d'un diocèse à l'autre , ces normes varient ...

donc on est dans une situation de pluralité pastorale sans unification des normes pastorales dans chaque pays , et à mon avis ça ne va pas durer très longtemps , mais il faut attendre le changement de droit canonique en cours , enfin je pense ...je serai prêt à parier là encore ...
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Hieronymus



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MessageSujet: Re: Pourquoi "Amoris Laetitia" n’enthousiasme pas les journalistes : parce que c'est une exhortation apostolique CATHOLIQUE   Ven 22 Avr 2016, 13:42

C'est très intéressant ce que vous nous développez là Oculus.

Ca revient tout de même à une prise d'acte qu'il y aura des pratiques différentes, y compris en matière de discipline sacramentelle d'un pays à l'autre.

Je sens que ça va faire grincer des dents.

Si la papauté reste aux pays du sud, c'est une excellente chose. J'ai beaucoup plus confiance dans le clergé des pays du Sud pour maintenir le bon cap, que dans les membres relativistes et modernistes du clergé européen.
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petero



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MessageSujet: Re: Pourquoi "Amoris Laetitia" n’enthousiasme pas les journalistes : parce que c'est une exhortation apostolique CATHOLIQUE   Ven 29 Avr 2016, 07:02

Les réflexions d'un jeune prêtre sur sur l’exhortation apostolique « Amoris Laetitia »

L’enjeu pour le Pape et les évêques était de sortir de d'un dualisme stérile et de proposer un "chemin ensemble" (syn-odos) à la suite du Christ.

Le Synode sur la famille, qui s’est déroulé à Rome en deux temps, entre 2014 et 2015, a été comme un mini-Vatican II : riche d’échanges, de communion et d’attentes, traversé aussi par des tensions et quelques procès d’intention. Certains, plus par facilité que par malveillance, ont voulu y voir se cristalliser une opposition entre progressistes et conservateurs, entre partisans de l’ouverture au monde et gardiens de la tradition, entre doctrine et pastorale.

L’enjeu pour le Pape et les évêques était de sortir de ce dualisme stérile, de revenir à la source de l’Évangile et de proposer un « chemin ensemble » (syn-odos) à la suite du Christ.

La publication de l’exhortation Amoris Laetitia démontre que le pari est largement tenu : reste maintenant à recevoir ce texte dans la foi et l’intelligence. C’est l’objectif de ces quelques réflexions.

Accepter et assumer le paradoxe de la foi

« Le diable est dans les détails », disait Nietzsche. Pour éviter une lecture trop hâtive, pour ne par chercher dans le texte uniquement ce que l’on veut y trouver, le meilleur réflexe est de prendre de la hauteur. Pour lire notre exhortation sans tomber dans des interprétations politiques, il est bon de revenir à une dimension fondamentale de notre foi : le paradoxe. Les deux dogmes fondamentaux, la Trinité et la nature divine du Christ, ne sont que des paradoxes assumés. Comment en effet accepter qu’un seul Dieu puisse être trois Personnes ? Qu’un vrai homme soit en même temps vrai Dieu ? Il en est de même pour l’articulation impossible de la nature et de la grâce : qui de l’homme ou de Dieu a l’initiative de la conversion ? Est-ce le libre arbitre de l’homme, ou la toute-puissance de Dieu ? L’un et l’autre sont également engagés et nécessaires. Là encore, il nous faut accepter et assumer le paradoxe entre deux contraires apparemment irréconciliables, et comprendre la vraie nature de notre foi : une ligne de crête entre deux versants glissants, souvent inconfortable, mais tellement plus respectueuse de la transcendance divine et de la complexité du cœur de l’homme.

Dans la réflexion du Pape, nous retrouvons ce paradoxe appliqué à la doctrine et à la pastorale. Lequel des deux doit-il prendre le dessus ? Nous comprenons maintenant que la question ne peut se poser en ces termes ; il faut tenir les deux, accepter de ne pas se faciliter la tâche en choisissant l’un plutôt que l’autre. Appliquer la doctrine sans discernement revient parfois à « lancer des pierres à la vie des personnes », fait remarquer le Pape, mais renoncer à l’enseignement exigeant de l’Évangile est aussi un « manque d’amour ».

Le Pape ne s’adresse pas tant aux personnes en situation irrégulière, mais avant tout à chaque chrétien

Accueillir dans la foi le paradoxe est une première étape ; la suivante consiste à tracer un chemin concret : non pas sortir du paradoxe, mais le dépasser par en haut. Il faut reconnaître qu’à cause du péché de l’homme, amour et vérité ont souvent bien du mal à se rencontrer. L’intuition de l’exhortation est d’inviter les chrétiens et leurs pasteurs à être d’abord attentifs à leur chemin de croissance, à la dynamique dans laquelle ils s’inscrivent. Croire à Jésus-Christ, c’est croire qu’il est la Vérité : il rassemble en sa personne l’enseignement moral et le chemin de miséricorde. Jésus n’est pas une formulation dogmatique, il n’est pas non plus un homme comme les autres : il est la Vérité parce qu’il est le Chemin à suivre. L’accompagnement des personnes doit donc être un chemin, patient et exigeant. La question n’est plus tellement de savoir si la situation est « régulière », mais si la dynamique de conversion est engagée.

On comprend alors que le Pape et les évêques ne s’adressent pas d’abord aux personnes en situation irrégulière, mais à chaque chrétien, à chacun d’entre nous : où en êtes-vous de votre démarche de conversion, de votre chemin à la suite du Christ ? Cherchez vous à mieux le connaître chaque jour, à mieux l’aimer et à changer votre vie ? Ou bien êtes vous simplement satisfait d’être « dans les clous », tout en étant perclus d’immobilisme ? La plus grande maladie que semble pointer l’exhortation est un « rhumatisme baptismal », qui pousse le chrétien à se satisfaire confortablement de sa situation, sans relancer chaque jour le dynamisme de sa conversion. Il n’est pas question de dire que les personnes en situation irrégulière sont plus saintes que les autres, mais simplement rappeler qu’au dernier jour, nous serons jugés sur le chemin accompli plus que sur la comptabilité numérique des fautes. C’est tout un changement de mentalité et de regard sur les personnes dans lequel doivent maintenant s’engager nos communautés.

Avant de juger l’autre, demandons-nous si nous avons engagé un processus de conversion dans notre propre vie

C’est l’une des intuitions fondatrices du pontificat de François, qu’il développe dans sa première exhortation Evangelii gaudium, et qu’il cite en introduction d’Amoris laetitia : le temps est supérieur à l’espace. « Donner la priorité au temps c’est s’occuper d’initier des processus plutôt que de posséder des espaces. » Consciemment ou inconsciemment, nous faisons des exigences morales de l’Évangile une sorte de frontière, et nous nous situons dedans, ou dehors ; d’où cette tentation de « jouer avec la ligne ».

Ce qui est vrai au niveau personnel, est aussi vrai au niveau communautaire : nous considérons que certains sont à l’intérieur, parce que leur situation est régulière, parce que les cases sont cochées, et que certains sont à l’extérieur, parce que leur situation est irrégulière, parce que les blessures de la vie les ont placés là. Pourtant, la première question n’est pas de savoir d’abord leur degré de responsabilité, mais de les accompagner là où ils en sont. Le confesseur sait bien qu’en donnant sa pénitence, il ne cherche pas tant à punir ou à réparer, qu’à initier un processus de conversion, qui aura souvent besoin d’accompagnement. « L’Église ne doit pas renoncer au bien possible, même si elle court le risque de se salir avec la boue de la route. »

En bref, le chrétien n’a pas à demander s’il est en dedans ou en dehors, mais s’il a engagé un processus joyeux de conversion dans sa propre vie à la suite de Jésus-Christ. Ce dynamisme a besoin d’être soutenu, et c’est le rôle des sacrements. Décloisonnant les espaces du régulier et de l’irrégulier pour s’inscrire dans le temps, le Pape explique que dans certains situations, l’aide des sacrements doit être envisagée : « L’Eucharistie n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles ». Nous voyons qu’un tel positionnement suppose une forme de conversion eucharistique, qu’il serait trop long de déployer ici, mais qu’il faudra approfondir. Rappelons simplement cette évidence : chaque assemblée eucharistique n’est pas un rassemblement de purs, mais une assemblée de pécheurs, qui se tourne humblement vers le Christ pour recevoir de Lui la force de la conversion. « Vous n’en êtes pas dignes, mais vous en avez besoin ! » disait le Curé d’Ars.
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