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 L'Eglise dans la tempête - Une épreuve en forme de schisme

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Thy Kingdom come
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MessageSujet: L'Eglise dans la tempête - Une épreuve en forme de schisme   Sam 23 Jan 2016, 13:23

Un extrait du livre du Père Joël Guibert (*) "Rendre amour pour amour, Une spiritualité du Cœur de Jésus" (éditions Pierre Téqui)

(*) Le père Joël Guibert est prêtre du diocèse de Nantes. Après avoir été curé de paroisse, il est désormais détaché par son évêque pour la prédication de retraites.



L'Eglise, qui est le Corps du Christ, sera amenée à revivre dans son histoire les grands mystères de l’existence de son Maître. Si l’Epouse du Christ a toutes les chances d’expérimenter une forme d’« hosanna des rameaux », tel que l’a vécu Son Seigneur, elle ne pourra pas par ailleurs prétendre à la gloire de la Pentecôte qui lui est promise, sans passer au préalable par le creuset d’une certaine passion. Le disciple n’est pas au-dessus du Maître : pour l’humanité, comme il en fut pour notre Seigneur, pas de Pentecôte sans Vendredi-saint !
Dans un premier temps, nous voudrions tenter quelques considérations à propos de ce mystérieux vendredi-saint que l’Eglise va traverser : « Avant l’avènement du Christ, l’Eglise doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants », prévient le catéchisme. Dans un second temps, toujours à l’écoute des saints et de la Vierge Marie, nous esquisserons quelques traits marquants de la nouvelle Pentecôte et du triomphe des deux Cœurs unis.

1. Une épreuve en forme de schisme

Alors que la passion se fait toute proche, Jésus prévient ses disciples : « Voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme froment » (Lc 22, 31). Mystérieuse permission divine accordée au diable pour éprouver les colonnes de l’Eglise naissante… mystérieuse permission divine qui semble être accordée au démon pour ébranler de nouveau l’Eglise.

En 2011, je m’essayais à l’écriture d’un livre au sujet de la doctrine de la miséricorde chez sainte Faustine.

Au terme de cet ouvrage, afin de rendre compte de l’annonce prophétique de la venue de Jésus dont il est fortement question dans le Petit Journal de cette sainte polonaise, je mentionnais le contenu des apparitions officiellement reconnues d’Akita au Japon. Je citais en particulier ces paroles de la Vierge à la voyante, sœur Agnès Sasagawa, du 13 octobre 1973 :
« L’action du diable s’infiltre même dans l’Église, livrée aux divisions intestines : les cardinaux se dresseront contre les cardinaux, les évêques s’opposeront aux évêques. L’Église sera remplie de ceux qui acceptent la compromission. »
J’étais quelque peu gêné d’avoir à écrire noir sur blanc ces avertissements du ciel, faire appel à des prophéties, même officielles, ne fait pas très sérieux auprès d’une certaine intelligentsia religieuse. D’autre part, voici trois ans, en pleine écriture de l’ouvrage cité à l’instant, l’Eglise n’était absolument pas aux prises avec des sérieuses turbulences de ce type : « Les cardinaux se dresseront contre les cardinaux ». Mais comme l’Esprit-Saint se faisait fort insistant pour que je le mentionne, je me résolus à Lui obéir.
Qui m’aurait dit que, seulement trois années après la parution de ce livre sur la divine miséricorde, la prophétie en question ne serait même plus une prophétie mais la description de la réalité, comme nous avons pu le constater lors du synode fin 2014 sur la famille : « Quand la famille contemporaine divise les cardinaux », titrait un journal religieux. Dans ce même ouvrage sur le message de sainte Faustine, m’appuyant sur les propos autorisés de Monseigneur Michel Schooyans, j’osais timidement évoquer un « schisme » que l’Eglise serait sans doute amenée à traverser dans un avenir prochain.
Des nuages lourds et menaçants se profileraient-ils à l’horizon de l’Eglise ? Quelques événements, quelques signes des temps peuvent amener à le penser.

2. Une attaque très "subtile"

Nous mentionnions à l’instant les apparitions de la sainte Vierge à Akita. Il est une autre manifestation mariale contemporaine, déjà évoquée plus haut, elle aussi officiellement reconnue, dans laquelle la Mère de Dieu annonce une grave crise que doit traverser l’Eglise.
Nous sommes en 1946 à Amsterdam, la Dame de tous les peuples annonce :
« La religion va endurer un sévère combat et on va chercher à la fouler aux pieds. Cela se fera de façon si subtile que presque personne ne s’en apercevra. Mais je mets en garde. »
L’important à relever dans ces paroles célestes est la sévérité de l’attaque, mais surtout le caractère très subtil de l’épreuve. Tentons d’expliquer en quoi celle-ci a toutes les chances d’être extrêmement dissimulée, sournoise, au point que finalement peu la discerneront.

2.a. L’OPPRESSION DU RELATIVISME AMBIANT

Une analyse succincte des ressorts secrets qui animent les sociétés dites développées permet d’entrevoir que ce scénario d’attaque contre l’Eglise ne relève en rien de la science-fiction.
Tout repose actuellement sur un trio agissant de concert et de manière très insidieuse : relativisme, libéralisme, libertarisme.
Après la chute du marxisme soviétique le monde s’est installé dans un capitalisme de consommation. Sa logique est de vendre et même de vendre à tous prix.
Pour que se déploie cette économie débridée de marché il est indispensable de lever tous les verrous culturels et moraux – les fameux « tabous » selon la novlangue libérale et médiatique – qui pourraient encore s’opposer à cette marchandisation à outrance. Pour parvenir à ses fins, cet ultralibéralisme cherche, de concert avec le libertarisme, à déconstruire la morale, à distiller un relativisme sournois pour qui « tout se vaut », et au final « rien ne vaut ».
La religion catholique se retrouve bien sûr au premier rang des bastions visés. De manière directe ou insidieuse son enseignement moral est littéralement sapé à la base.
Ajoutons que, même s’il s’en défend, ce libéralisme outrancier peut difficilement se passer de son partenaire, le libertarisme, ceci en vue de parvenir à ses fins : « Le libéralisme économique intégral, écrit Jean-Claude Michéa dans Le complexe d’Orphée, La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès, porte donc en lui la révolution permanente des mœurs, tout comme cette dernière exige, à son tour, la libération totale du marché. »
Le relâchement généralisé des mœurs est tel qu’un certain nombre de chrétiens et de pasteurs considèrent que l’Eglise, pour être crédible, devrait absolument « s’adapter » au monde.
La pression de ce libéro-libertarisme est telle, que si nous chrétiens, prêtres ou évêques, nous n’entrons pas en résistance avec ce relativisme ambiant, nous serons rapidement croqués par cet ogre aux habits d’un ami qui nous veut du bien. L’Evangile nous appelle effectivement à nous rendre au monde mais en aucun cas à nous vendre au monde. Pour plaire à Dieu, sommes-nous capables, en certaines circonstances, de déplaire au monde ? Le cardinal Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, au terme de l’année 2014, n’hésitait pas à sortir de sa réserve au sujet d’évêques qui tiennent des propos s’écartant clairement de l’enseignement de l’Eglise. Dans une interview à un journal polonais il posait ce diagnostic à leur sujet : « Malheureusement, ils sont représentatifs de l’Eglise, y compris les évêques qui se sont laissés aveugler d’une façon ou d’une autre par une société séculière dans laquelle ils ont été tellement influencés qu’ils ont perdu de vue la question essentielle ou les enseignements de l’Eglise basés sur la révélation. Ils se sont mis à réfléchir aux différentes possibilités, en oubliant la fondation… peut-être suggérant des solutions questionnables au sujet des engagements de certaines personnes dans des situations difficiles, peut-être avec le désir d’aider d’autres êtres humains… Mais avec tout cela, vous devez toujours garder en mémoire qu’il n’y a qu’un “agenda” pour nous, l’agenda de l’Eglise, qui est basé sur la révélation de Dieu communiquée en Jésus Christ. Et c’est cela qui compte le plus pour nous ; si on perd cela, on perd tous les autres éléments. »

2.b. UNE ATTAQUE PROVENANT DE L’INTÉRIEUR DE L’EGLISE

L’Eglise n’en est pas à son premier tangage, me direz-vous.
Son histoire est effectivement semée de crises et même de schismes terribles, ce qui ne l’a jamais empêchée de s’en remettre.
Mais la particularité du schisme à venir est qu’il a toutes les chances d’émaner de l’intérieur même de l’Eglise : « Nous voyons aujourd’hui de façon beaucoup plus terrifiante que la plus grande persécution de l’Église ne vient pas d’ennemis extérieurs mais naît du péché de l’Église », osait dire Benoît XVI, lors de sa visite apostolique au Portugal en 2010. Karol Wojtyla, futur Jean-Paul II, dès 1976, laissait déjà entrevoir que, « nous sommes aujourd’hui face au plus grand combat que l’humanité ait jamais vu. Je ne pense pas que la communauté chrétienne l’ait compris totalement. Nous sommes aujourd’hui devant la lutte […] entre l’Eglise et l’Anti-Eglise, entre l’Evangile et l’Anti-Evangile. ».
Ces mises en garde sont une invitation à nous tenir sur nos gardes ! Nous avons peut-être en mémoire par ailleurs ces propos graves du pape Benoît XVI pour son élection au siège de Pierre, lorsqu’il demanda aux catholiques avec tant d’humilité : « Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups. » Il était très réaliste. Et si les loups en question n’allaient pas venir uniquement de l’extérieur de la bergerie-Eglise mais de son intérieur ? Des loups déguisés en gentilles brebis, et ce qui sera peut-être le plus troublant, des loups déguisés en bergers, dont la mission est de guider le troupeau et à qui les brebis obéissantes font normalement et naturellement confiance. Si cela arrivait nous serions dans une immense « confusion », si bien qu’il serait difficile de discerner qui est qui. Quelle perturbation dans la bergerie !

2.c. JUSTE UN LÉGER DÉPLACEMENT DU CURSEUR !

La Vierge d’Amsterdam parlait d’une attaque très grave et très « subtile » contre l’Eglise, attaque très grave… parce que très subtile. Il est donc possible que lorsque cette épreuve surviendra, les catholiques et, peut-être même les pasteurs, aient beaucoup de peine à la discerner.
Pourquoi donc ?
Et bien justement parce que cela se fera de manière très habile, subtile… juste un léger déplacement du curseur ! La manière dont ont été tenus et parfois instrumentalisés certains débats récents dans l’Eglise laissent supposer la technique très subtile qui sera vraisemblablement utilisée pour ébranler l’Eglise, en des temps dont nous ne connaissons aucunement le calendrier ni la forme. Il nous faudra être très attentif et bien repérer ce jeu très subtil qui consiste à créer la confusion entre le pastoral et le doctrinal, entre le disciplinaire et la révélation, entre la loi de la gradualité et gradualité de la loi, entre la miséricorde et la vérité.

* * *

Pastoral et doctrinal
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Il est bon de libérer la parole dans l’Eglise, il y a plusieurs demeures dans la maison du Père, un pluralisme tout à fait légitime existe dans l’approche pastorale.
Mais la confusion survient lorsqu’on opère un subtil mélange entre le pastoral et le doctrinal, lorsqu’au nom de la diversité pastorale, on aboutit à mettre la vérité en débat. Le dialogue dans l’Eglise, surtout quand il porte sur la vérité révélée, a cette particularité de se vivre à trois : toi et moi, à l’écoute de la vérité qui nous vient d’un Troisième, le Christ !
Il y a quelques années Monseigneur Defois rappelait cette condition indispensable du dialogue en Eglise : « Je me rappelle souvent la réflexion de Lacordaire : “Quand deux vérités opposent, c’est qu’elles en cachent une troisième plus profonde qui unit.” Chrétiens, par vocation, nous sommes les prophètes de la troisième vérité, de celle qui unit dans la diversité des traditions et la clarification de la conscience ; celui qui libère des réductions sectaires et des idéologies unilatérales. Non, nous ne pouvons pas débattre sans combattre en nous-mêmes les aveuglements de l’esprit. […] Nous ne pouvons nous dire chrétiens sans avoir la passion de la troisième vérité, celle qui nourrit le sens de la foi et nous fait “sentire cum Ecclesia”. »

Miséricorde et vérité
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On peut s’inquiéter à juste titre de l’utilisation abusive de la miséricorde, surtout lorsqu’elle n’est plus reliée à la vérité. C’est, à n’en pas douter, une faille par laquelle l’attaque contre l’Eglise et son Evangile risque de s’engouffrer pour la déstabiliser. Pour cela on va s’ingénier à distinguer, jusqu’à opposer la divine miséricorde et la vérité doctrinale. « Cette distinction, déclare le courageux Cardinal Raymond Burke, est pour un catholique, artificielle, fausse. La vérité de la doctrine est l’irremplaçable fondation de la miséricorde, et c’est en ce sens que l’on peut traiter quelqu’un avec miséricorde sans être vrai, sans dire la vérité. […] Cette erreur diffusée par le cardinal Kasper et qui est celles de quelques Pères synodaux est contraire aux vraies paroles du Seigneur (chap. 19 de l’Evangile selon saint Matthieu). Cette confusion entretenue à travers tous les moyens de communication doit absolument être clarifiée. »

Disciplinaire et Révélation
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Il n’est pas interdit de penser que c’est par la question épineuse de la communion accordée aux personnes divorcées remariées que le verrou doctrinal commencera par sauter.

Si c’était le cas, une telle décision provoquerait un trouble profond et même un schisme plus ou moins larvé à l’intérieur de l’Eglise.
Si ce drame survenait un jour, il nous faudrait être très attentif à la rhétorique utilisée. La technique parfaite consiste à jouer sur les mots – toujours la novlangue, arme de choix du relativisme et de la pensée unique –, en affirmant qu’il n’est absolument pas question de toucher à l’indissolubilité du mariage… mais tout en ouvrant la porte à un changement de discipline en matière de communion eucharistique. Procéder ainsi, c’est oublier que cette fameuse discipline de l’Eglise en matière de communion eucharistique est directement en prise avec la Révélation, qu’elle est la conséquence immédiate des paroles mêmes du Christ dans l’Evangile à propos de l’indissolubilité du mariage chrétien : « L’Eglise, cependant, écrit Jean-Paul II, réaffirme sa discipline, fondée sur l’Ecriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés. Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d’y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d’amour entre le Christ et l’Eglise, telle qu’elle s’exprime et est rendue présente dans l’Eucharistie. » Admettre les divorcés remariés à la communion eucharistique, c’est ipso facto, même si on s’en défend, admettre le remariage, ou pour le moins toucher à l’indissolubilité du mariage, réalité qui appartient au dépôt intangible de la foi depuis deux mille ans.

Dogme et « évolution »
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Il n’est pas rare d’entendre le discours suivant : « La révélation est historique, le dogme se déploie à travers les siècles, il serait donc susceptible d’évoluer en fonction des circonstances. »

L’affirmation se révèle extrêmement ambigüe si on n’en précise pas les termes et l’esprit. Il est bien évident que la révélation, qui est close en Jésus-Christ, se déploie à travers le temps. Il suffit de penser par exemple aux derniers dogmes modernes concernant la Vierge Marie, qui ne sont pas un « ajout », mais une mise en lumière de ce qui demeurait voilé dans l’Ecriture. Il y a donc un authentique « développement de la doctrine », tel qu’il a été formulé par le Cardinal Newman dans son essai de 1845. Mais il importe d’en préciser le sens, sous peine de tomber dans une compréhension contraire à l’enseignement de l’Eglise.
Parler de développement de la doctrine, selon un sens profondément catholique, signifie que les vérités de foi, tout en demeurant inchangées et inchangeables, font l’objet, avec le temps et sous l’inspiration de l’Esprit, d’une compréhension plus profonde de leur mystère. Il s’agit donc d’un développement dans le sens d’un approfondissement, mais absolument pas d’une évolution qui équivaudrait à une « sortie » du dogme en question.

Si on reprend le cas de l’indissolubilité du mariage en lien avec la communion eucharistique, le développement du dogme consistera, non pas à s’en écarter sous prétexte d’adaptation au monde, mais à mettre en lumière les richesses de cette connexion. La contribution théologique et mystique de Jean-Paul II au sujet du mariage et de la sexualité est une magnifique illustration de cet enrichissement. Aucun changement ne peut donc se produire à propos de la réception de la Sainte Communion de la part de ceux qui sont dans des unions matrimoniales irrégulières. La doctrine est claire et elle s’appuie sur les paroles mêmes du Christ, « celui qui divorce d’une femme et en épouse une autre commet un adultère ». En résumé, parlons de développement du dogme au sens d’un approfondissement ; évitons de parler d’évolution du dogme au sens d’un changement.

Loi de la gradualité et gradualité de la loi
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Pour beaucoup ces expressions de « loi de la gradualité » ou de « gradualité de la loi », paraissent obscures ou techniques.

Pour comprendre de quoi il s’agit, commençons par définir l’erreur doctrinale appelée gradualité de la loi.
Cette notion de gradualité a été mise en avant pour tenter de contourner l’enseignement d’Humanae vitae réprouvant la contraception. C’est ainsi que depuis des années on pouvait lire ou entendre cette thèse erronée, selon laquelle, le commandement de Dieu est seulement un idéal vers lequel on doit tendre. Le seul important est d’être un chemin, même si la ou les personnes concernées continuent à vivre dans le péché. Au final, puisqu’elles tendent vers l’horizon du bien, leur situation de rupture de l’alliance et leurs actes ne seraient plus considérés comme un péché, ils pourraient donc avoir accès aux sacrements. Jean-Paul II a réprouvé cette notion de gradualité de la loi qui n’est pas conforme à l’enseignement du Christ.
Par contre, il précise qu’il existe bien une loi de la gradualité. C’est-à-dire que des époux, par exemple, se trouvant sur un chemin graduel de conversion, peuvent connaître des faiblesses et même des chutes : qu’ils se sachent toujours aimés de Dieu et de l’Eglise, qu’ils poursuivent avec espérance leur chemin de sanctification en Dieu mais sans jamais pouvoir appeler bien ce qui est péché. La distinction est claire entre ces deux notions de loi de la gradualité et de gradualité de la loi. Les adversaires de l’Eglise chercheront à créer la confusion entre les deux pour mieux précipiter les membres de l’Eglise dans le trouble et les éloigner ainsi de la pureté de l’Evangile.

* * *

Pour mener à bien cette entreprise de dilution de la vérité, au nom de la transparence, un grand déballage pseudo-doctrinal pourrait être donné en pâture à cette caisse de résonnance qu’est la grande machine médiatique. Pour déstabiliser les certitudes des derniers récalcitrants de l’ordre moral, les médias, la plupart extrêmement favorables au changement de doctrine et d’éthique prônée par l’Eglise, sont une arme redoutable.


Lorsqu’on est biberonné plusieurs heures par jour à l’info en continu ou que l’on s’abreuve exclusivement à des journaux religieux tendancieux, il est bien difficile de ne pas se laisser gentiment formater par la pensée unique et relativiste.

Le regard d’aigle de Benoît XVI lui permettait de dire à ce propos : « N’importe quelle future dictature antichrétienne serait probablement plus subtile que toutes celles que nous avons connues jusqu’à maintenant. Elle se montrera amicale envers la religion, mais à condition que ses propres modèles de conduite et de pensée ne soient pas remis en question […] La dictature de l’opinion va grandissant et quiconque ne partage pas l’opinion dominante, est à exclure. »

3. Conduite à tenir dans la tempête

3.a. DEMEURER DANS LA VÉRITÉ DU CHRIST

Cette description à grands traits de la crise profonde qui pourrait se profiler pour l’Eglise ne cherche pas à effrayer mais plutôt à éveiller, afin de préserver de l’aveuglement et d’une certaine naïveté quant à la dramatique qui s’y joue. Pour traverser en paix la tempête qui semble se profiler à l’horizon, nous aurons à cultiver et à conjuguer ensemble lucidité courageuse et enfance spirituelle.

Nous avons évoqué l’éventualité d’un schisme à l’intérieur de l’Eglise qui pourrait se produire par le biais de la communion aux divorcés remariés. Cette porte ouverte ne serait qu’un « cheval de Troie », à partir de laquelle on assisterait à un véritable détricotage d’un certain nombre de points de la foi et de la morale. Si, comme nous l’avons dit, cette attaque se mettra en place de manière très subtile, il importe que les catholiques et leurs pasteurs s’enracinent dans la vérité du Christ et perçoivent nettement les lignes blanches qui, dans l’enseignement de la foi et de la morale ne peuvent pas être dépassées. A cet effet, voici quelques repères :

* * *

>| Pour l’ensemble de la morale catholique, il est un point de repère à avoir en tête : la lettre encyclique de Jean-Paul II Veritatis splendor de 1993. Pour la question plus précise de la communion des divorcés remariés, on s’imprégnera de l’exhortation apostolique de Jean-Paul II sur la famille, Familiaris consortio. Tout ce qui est écrit dans ces documents n’est pas l’enseignement personnel du pape Jean-Paul II, c’est la synthèse de l’enseignement magistériel de l’Eglise s’appuyant sur la Révélation close en Jésus-Christ. Il ne peut donc pas être dépassé par la seule décision d’un responsable, quelle que soit sa position dans l’Eglise. A la question « Peut-on s’attendre à un changement de la doctrine à propos des divorcés remariés ? », le cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, répondait dans le cadre d’une interview, fin 2014 : « Même un concile œcuménique ne peut pas modifier la doctrine de l’Église, parce que celui qui en est le fondateur, Jésus-Christ, a confié la garde fidèle de ses enseignements et de sa doctrine aux apôtres et à ses successeurs. En ce qui concerne le mariage, nous avons une doctrine argumentée et structurée, fondée sur ce qu’a dit Jésus, qui doit être offerte dans son intégrité. L’indissolubilité absolue d’un mariage valide est non pas une simple doctrine, mais bien un dogme divin et défini par l’Église. Dans le cas de la rupture de fait d’un mariage valide, un autre “mariage” civil n’est pas admissible. Dans le cas contraire, nous serions confrontés à une contradiction, parce que si la précédente union, le “premier” mariage – ou, pour mieux dire, le mariage – est véritablement un mariage, une autre union qui vient ensuite n’est pas un “mariage”. Parler de premier et de second “mariage” c’est simplement jouer sur les mots. Le second mariage est possible uniquement lorsque le conjoint légitime est mort, ou bien lorsque le mariage a été déclaré invalide, parce que, dans ces cas-là, le lien précédent a été dissous. Dans le cas contraire, nous nous trouvons face à ce que l’on appelle “empêchement au lien”. »

>| C’est au fondement de l’édifice de la foi que se feront les attaques. Comme l’a si bien pointé en son temps le cardinal Ratzinger, tout part de l’idée de l’Eglise qu’on se fait : « Le sens authentiquement catholique de la réalité “Eglise” disparaît silencieusement, sans être expressément rejeté. Beaucoup ne croient plus qu’il s’agisse d’une réalité voulue par le Seigneur Lui-même. Et même chez certains théologiens, l’Eglise apparaît comme une construction humaine, un instrument créé par nous, que nous pouvons par conséquent réorganiser nous-mêmes librement selon les exigences du moment. »

Pour faire face aux attaques relativistes, il est hautement recommandé de lire le document Dominus Iesus de l’année 2000, écrit par le cardinal Joseph Ratzinger et dûment approuvé par le pape Jean-Paul II. Cette déclaration a été très contestée lors de sa publication, cela dit l’importance de s’en imprégner.

>| Nous pressentons par ailleurs que la figure du prêtre, son état de vie pourrait subir un certain flottement si ces événements survenaient. A propos de la définition du sacerdoce, du célibat ecclésiastique, nous invitons à creuser l’exhortation apostolique de Jean-Paul II sur les prêtres, Pastores dabo vobis de 1992. On ne perdra pas son temps à relire aussi le document du pape Paul VI sur le célibat sacerdotal écrit au cours de la grande tourmente (1967). A propos de l’Eucharistie, nous recommandons vivement de relire les documents de Jean-Paul II (Ecclesia de Eucharistia 2003) et de Benoît XVI (Sacramentum caritatis 2007), sans oublier l’encyclique de Paul VI sur l’Eucharistie de 1965, Mysterium fidei.


* * *

Redisons-le, tous ces documents ne sont pas la pensée particulière de tel ou tel pape et seraient, par là-même, sujets à d’éventuels changements. Non, ils synthétisent l’enseignement de l’Eglise prescrit par le Christ sur ces différentes questions. Aucun membre de l’Eglise, quelle que soit sa position hiérarchique, ne peut en changer la teneur doctrinale. Il faut donc s’accrocher à ce saint dépôt de la foi – « Garde le bon dépôt avec l’aide de l’Esprit Saint », exhorte Paul à Timothée (2 Tm 1, 14).


Lorsque cette épreuve de l’Eglise se présentera, il risque d’y avoir un tel trouble dans les esprits, une telle confusion doctrinale que nous serons tous un peu ébranlés. Il est même possible que les chrétiens demeurés parfaitement fidèles à la Parole de Dieu et à la pureté de l’enseignement bimillénaire de l’Eglise soient tenus pour responsables de cette déchirure de l’Eglise. Ce sera le comble, ces catholiques pleinement orthodoxes seront accusés de pharisaïsme, d’intransigeance, d’intolérance, d’être obsédés par la loi et de n’avoir aucune miséricorde envers les personnes. Ils seront tentés de baisser les bras et de rejoindre « ceux qui acceptent la compromission dans l’Eglise », selon l’expression de la Vierge d’Akita. Qu’ils tiennent bon, l’Esprit leur donnera une telle force qu’ils en seront tout étonnés.

3.b. VOIR LA MAIN DE LA PROVIDENCE EN TOUT

Comment garder la sérénité face à ces nuages menaçants ?
L’abandon à la divine Providence est la source la plus profonde de paix. La vie du monde et de l’Eglise n’est pas enserrée dans les mâchoires d’un destin aveugle. Non, chacune des créatures, l’Eglise et le monde sont lovés dans la main du Père : « Nul ne peut rien arracher de la main du Père » (Jn 10, 29). Comment ce Père pourrait-il abandonner ses enfants ? Il n’y a donc aucun événement de l’histoire de l’humanité, encore moins de la vie de l’Eglise, qui échappe au plan providentiel du Père éternel. S’il en est ainsi, tout en luttant pour garder le saint dépôt de la foi, il nous faut voir cette épreuve de l’Eglise à venir comme voulue – au sens de permise – par Dieu. Permise, en premier lieu parce que, comme nous l’avons déjà précisé, Dieu a laissé à Satan la capacité de tenter les créatures et son oppression peut être grande. Cette épreuve est aussi voulue par Dieu afin de purifier son Eglise. En effet, dans un certain nombre de secteurs de l’Eglise, on divulgue des enseignements qui ne sont plus du tout conformes à la vérité.

Se laisser habiter par cette conviction que Dieu mène Son Eglise, même et surtout à travers les grands troubles qu’elle a traversés et qu’elle traversera, est source d’une grande sérénité intérieure. Demandons la grâce de nous installer dans cette forme d’insouciance propre à l’enfance spirituelle, à l’image d’un saint Louis de Gonzague. A un professeur qui lui demandait, « si nous apprenions que c’est maintenant le jugement dernier, que ferions-nous ? », saint Louis de Gonzague, qui vivait sereinement en Dieu, répondit : « Moi, je continuerais à jouer à la balle ! »

3.c. SE RÉFUGIER EN MARIE

Dans les siècles anciens, lorsqu’une cité était attaquée, on se réfugiait à l’abri dans une tour fortifiée. La très sainte Vierge Marie est pour le chrétien cette tour fortifiée. Nous encourageons vivement les catholiques à prendre Marie pour mère en ces temps incertains qui sont les nôtres. Pourquoi donc ?

Marie est le secret de Dieu, la « botte secrète » du Très-haut, pourrait-on dire. Elle est, par pure grâce de Dieu, porteuse d’une force toute divine, et même d’un puissant pouvoir d’exorcisme qu’elle qu’exerce et exercera d’une manière toute particulière au cours du temps de la fin des temps : « Marie doit être terrible au diable et à ses suppôts comme une armée rangée en bataille, principalement dans ces derniers temps », écrit le père de Montfort.

La très sainte Vierge Marie, étant la Mère du Verbe, a par ailleurs une grâce toute particulière pour préserver ses enfants des hérésies et autres errements doctrinaux qui atteignent la vérité au sujet de son Fils. Sous son manteau maternel, non seulement nous éprouvons de l’assurance, mais notre sensus fidei, notre sens de la foi est singulièrement éclairé par cette bonne Mère. A son école, même les petits qui n’ont pas forcément de grands bagages théologiques voient clair et « sentent » avec justesse lorsque telle affirmation doctrinale sonne ou ne sonne pas juste.

Sur ce point, il est touchant d’entendre le pape Benoît XVI témoigner de ses découvertes à propos du mystère de Marie pour notre temps :

« Quand j’étais jeune théologien, avant (et même pendant) les sessions du Concile […] J’avais du mal à comprendre le vrai sens d’une autre expression fameuse […] qui veut que la Vierge soit " victorieuse de toutes les hérésies".
Aujourd’hui seulement – en cette période de confusion où toutes sortes de déviations hérétiques semblent venir frapper à la porte de la foi authentique –, aujourd’hui je comprends qu’il ne s’agissait pas d’une exagération de dévots, mais de vérités plus que jamais valables. »

Dans un autre passage, il conclut :

« Si la place occupée par la Sainte Vierge a toujours été essentielle à l’équilibre de la foi, retrouver aujourd’hui cette place est devenu une urgence rare dans l’histoire de l’Eglise. »

http://benoit-et-moi.fr/2015-I/actualite/leglise-dans-la-tempete.php
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: L'Eglise dans la tempête - Une épreuve en forme de schisme   Sam 23 Jan 2016, 15:56

Analyse absolument parfaite

_________________
Arnaud
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http://eschatologie.free.fr
RenéMatheux



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MessageSujet: Re: L'Eglise dans la tempête - Une épreuve en forme de schisme   Sam 23 Jan 2016, 16:26

Citation :
Des loups déguisés en gentilles brebis, et ce qui sera peut-être le plus troublant, des loups déguisés en bergers, dont la mission est de guider le troupeau et à qui les brebis obéissantes font normalement et naturellement confiance. Si cela arrivait nous serions dans une immense « confusion », si bien qu’il serait difficile de discerner qui est qui. Quelle perturbation dans la bergerie !
est ce que cela va jusqu'au pape?
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giacomorocca



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MessageSujet: Re: L'Eglise dans la tempête - Une épreuve en forme de schisme   Sam 23 Jan 2016, 17:07

Arnaud Dumouch a écrit:
Analyse absolument parfaite

Lumineux effectivement.

Bon courage Arnaud!
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L'Eglise dans la tempête - Une épreuve en forme de schisme
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