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 Satisfaction et Purgatoire

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Marcus



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MessageSujet: Satisfaction et Purgatoire   Mer 06 Sep 2006, 11:11

Je voudrais aborder deux thèmes très liés dans la théologie romaine : Satisfaction et Purgatoire.
La théorie de la Satisfaction, élaborée au XIème siècle si je ne m'abuse par Anselme de Cantorbéry, affirme que le Christ est mort sur la Croix pour réparer l'offense faîte au Père par le péché. Il y a là une vision juridique qui pouvait valoir comme métaphore (même chez les Pères grecs) mais qui a été prise au pied de la lettre par Anselme et ses continuateurs. Cette conception d'un Père réclamant justice et obtenant satisfaction par l'Offrande de Jésus-Christ (parce qu'étant vraiment Homme, Il assumait les péchés de ses frères et qu'étant vraiment Dieu, Lui-seul pouvrait réparer l'immensité de l'offense) a certainement provoqué une désaffection massive des fidèles à l'égard de l'Eglise romaine.
A l'opposé, il me paraît possible de dégager de l'enseignement des Pères et de l'Eglise orthodoxe que le Christ a souffert sur la Croix et a connu le trépas pour nous arracher à la mort, conséquence du péché, et à l'emprise de Satan, lequel a été terrassé, et qu'il a offert Sa mort victorieuse en Sacrifice de louange à la Sainte Trinité (et non au Père seul). En fait, il n'ya pas à proprement parlé de sacrifice propitiatoire, mais un sacrifice de louange, rendu présent, ainsi que tous les autres mystères christiques, lors de la Divine Liturgie.
Une partie de la théorie du purgatoire vient de là. Personne, dans l'orthodoxie, ne reproche aux catholiques de prier pour les défunts conformément à la lettre de "Macchabées" et à la Tradition de l'Eglise mais là où ca ne va plus, c'est lorsque les latins affirment que le pécheur qui a été absous mais n'a pas fait pénitence doit encore "satisfaire" après la mort. Pour les Pères, si un péché est pardonné, il n'y a aucune dette à payer. L'absolution agit comme un remède, éventuellement une "pénitence" peut être proposée par le confesseur à titre de complément au remède principal, mais le péché étant une essentiellement une maladie, une fois qu'elle est guérie, il n' ya rien à "mériter", rien à "payer". Ce serait faire insulte à l'amour et la puissance divines de croire que Dieu a les exigences d'un magistrat romain.
Par ailleurs, bien que non dogmatisée de justesse, la théorie du feu purificateur matériel du purgatoire a été longtemps enseignée par Rome, bien que contraire à la logique même puisque les âmes, entre le Jugement particulier et le Jugement dernier, sont dépourvues de corps et qu'il ne peut y avoir de souffrance corporelle.
Enfin, les Ecritures ne décrivent aucun lieu intermédiaire entre le Ciel et l'Enfer. On peut penser qu'il existe des épreuves purificatrices en forme de péages angéliques mais il ne s'agit pas alors d'un lieu mais d'un cheminement.
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Mer 06 Sep 2006, 13:30

Marcus a écrit:

La théorie de la Satisfaction, élaborée au XIème siècle si je ne m'abuse par Anselme de Cantorbéry, affirme que le Christ est mort sur la Croix pour réparer l'offense faîte au Père par le péché. Il y a là une vision juridique qui pouvait valoir comme métaphore (même chez les Pères grecs) mais qui a été prise au pied de la lettre par Anselme et ses continuateurs. Cette conception d'un Père réclamant justice et obtenant satisfaction par l'Offrande de Jésus-Christ (parce qu'étant vraiment Homme, Il assumait les péchés de ses frères et qu'étant vraiment Dieu, Lui-seul pouvrait réparer l'immensité de l'offense) a certainement provoqué une désaffection massive des fidèles à l'égard de l'Eglise romaine.

C'est vrai. Cette vision doit être prise comme une comparaison. En mettant une lecture juridique, voire rigide, on transforme la liberté du Christ en un registre de recettes.


Citation :
Une partie de la théorie du purgatoire vient de là. Personne, dans l'orthodoxie, ne reproche aux catholiques de prier pour les défunts conformément à la lettre de "Macchabées" et à la Tradition de l'Eglise mais là où ca ne va plus, c'est lorsque les latins affirment que le pécheur qui a été absous mais n'a pas fait pénitence doit encore "satisfaire" après la mort. Pour les Pères, si un péché est pardonné, il n'y a aucune dette à payer. L'absolution agit comme un remède, éventuellement une "pénitence" peut être proposée par le confesseur à titre de complément au remède principal, mais le péché étant une essentiellement une maladie, une fois qu'elle est guérie, il n' ya rien à "mériter", rien à "payer". Ce serait faire insulte à l'amour et la puissance divines de croire que Dieu a les exigences d'un magistrat romain.

C'est d'abord dans un effort de fidélité à la lettre de l'Ecriture que la théologie catholique a reconnu l'existence d'une certaine satisfaction, tout en affirmant la souplesse de celle-ci, le Christ ayant effectivement tout pris sur lui:

Le texte:

Citation :
Matthieu 5, 25 Hâte-toi de t'accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l'adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison.
Matthieu 5, 26 En vérité, je te le dis: tu ne sortiras pas de là, que tu n'aies rendu jusqu'au dernier sou.

Et cet autre pour exprimer l'indulgence:

Citation :
Matthieu 18, 27 Apitoyé, le maître de ce serviteur le relâcha et lui fit remise de sa dette.


Citation :
Par ailleurs, bien que non dogmatisée de justesse, la théorie du feu purificateur matériel du purgatoire a été longtemps enseignée par Rome, bien que contraire à la logique même puisque les âmes, entre le Jugement particulier et le Jugement dernier, sont dépourvues de corps et qu'il ne peut y avoir de souffrance corporelle.

Le dogme catholique parle de "peine diverses" (Benoît XII, constitution Benedictus Deus). Ce sont les théologiens scolastiques qui prirent l'opinion d'un feu matériel agissant sur les âmes. C'est juste une opinion, même si elle est assez fréquente chez eux. Elle n'engage pas l'Eglise.

Citation :
Enfin, les Ecritures ne décrivent aucun lieu intermédiaire entre le Ciel et l'Enfer. On peut penser qu'il existe des épreuves purificatrices en forme de péages angéliques mais il ne s'agit pas alors d'un lieu mais d'un cheminement.

Ce n'est pas sûr. En analysant bien le texte de Lazare et du riche, on y voit,à la lettre, un homme qui
1° A soif de la présence de Dieu (trempe son doigt dans l'eau).
2°- Est de bonne volonté.
3°- Prie pour ses frères et pour qu'il ne viennent pas dans ce lieu.

Cela ne peut être l'enfer des damnés qui est lié à un blasphème contre l'esprit.

C'est visiblement le purgatoire mystique (celui de sainte Catherine de Gênes).


Cher Marcus,

La théologie catholique du purgatoire, lorsqu'on la regroupe chez tous les Pères catholiques et les saints comme Catherine de Gênes, ascène deux finalités aux trois purgatoires qui suivent la Parousie du Christ:

1° Ils ne visent aucunement à grandir dans l'amour. Face au Christ et unanimement, les saints admettaient qu'on aime ou déteste de TOUT SON COEUR, sans aucune croissance de cette ferveur ou de ce reet. Il s'agit donc de se purifier d'autre chose qu'on appelait "les restes du péché", autrement dit un manque d'HUMILITE dans cette manière d'aimer. L'âme veut devenir DIGNE DE DIEU. Elle se met elle-même, dans son grand amour, dans ce purgatoire, dit sainte Catherine.

La dette de peine, qui peut être par contre, remise par indulgence, mais que l'âme, dans sa ferveur d'amour, veut ELLE-MEME payer entièrement au Christ dont elle est tombée amoureuse, selon ce texte:

Citation :
Luc 19, 8 Mais Zachée, debout, dit au Seigneur: "Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j'ai extorqué quelque chose à quelqu'un, je lui rends le quadruple."
Luc 19, 9 Et Jésus lui dit: "Aujourd'hui le salut est arrivé pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d'Abraham.

Seriez vous intéresé à vous faire une idée par le concret de ce purgatoire catholique?

Regardez ce lien et ces trente contes sur l'heure de la mort.

http://eschatologie.free.fr/fichiers/histoires.htm

Pour le purgatoire mystique, il y a le conte sur 9- Amelia, au purgatoire jusqu'à la fin du monde

ou encore 14- La prière pour une âme du purgatoire (les purgatoires mystiques)

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Arnaud
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Marcus



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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Mer 06 Sep 2006, 15:05

Voici en substance ce qu'explique Mgr Hiérotheos Vlahos, théologien orthodoxe sur cette question :
Désireux de préciser la question du Paradis et de l'Enfer, et pour exprimer la doctrine de l'Église, saint Marc d'Ephèse, au Concile de Ferrare-Florence, expliquait à ses interlocuteurs latins la doctrine traditionnelle de l'Eglise orthodoxe : à leur mort les justes ne reçoivent pas leur béatitude tout entière, pas plus que les pécheurs ne sont emmenés vers le châtiment éternel où ils seront tourmentés éternellement, mais tant la béatitude que le châtiment « surviendront nécessairement après le dernier jour du Jugement et la résurrection de tous ». Justes et pécheurs se trouvent donc maintenant « chacun dans le lieu qui lui est destiné », mais les justes se trouvent dans l'aisance et la liberté qu'ils partagent avec les Anges au ciel, jouissant de l'avant-goût du Royaume des Cieux, cependant que les pécheurs se trouvent enfermés dans l'Hadès, attendant dans la gêne et une inimaginable tristesse la sentence du Juge, car ils se savent déjà condamnés et prévoient le tourment éternel .
De cet enseignement que nous transmet saint Marc, il ressort bien qu'il ne saurait exister de situation intérimaire pour les âmes comprise dans le sens que lui donnaient les latins, c'est-à-dire comme une situation qui viendrait s'intercaler entre le Paradis et l'Enfer, un lieu particulier où existerait un feu purificateur. Mais il existe bien une situation intérimaire qui est le lot de toutes les âmes en ce sens qu'après que leur âme est sortie du corps, les justes doivent attendre la résurrection de leurs corps pour pouvoir jouir totalement du Paradis, cependant que les pécheurs doivent attendre de connaître la sentence définitive du Juge et leur châtiment éternel. Cependant la jouissance qu'auront les justes de la vue de Dieu, après que l'âme soit sortie du corps, est très supérieure à ce qu'elle avait été en cette vie. Il est très caractéristique que saint Marc puisse écrire qu'après leur mort les justes reçoivent la vision bienheureuse de Dieu, « et ce rayonnement venu d'en haut est plus pur et plus parfait que tout ce qu'ils avaient pu connaître en cette vie » .
Depuis les origines, l'Église prie pour les pécheurs qui sont enfermés dans l'Hadès, « afin qu'ils en ressentent au moins un petit soulagement, si ce n'est une totale libération ». On prie surtout pour tous ceux qui sont morts dans la foi « même s'ils sont pécheurs ». Il existe certes des cas de saints qui ont prié aussi pour les impies, mais « l'Église de Dieu n'oublie jamais de prier aussi pour eux » . Les pécheurs, et ceux qui après leur mort sont enfermés dans l'Hadès, tirent profit de ces prières, d'une part parce qu'ils n'ont pas encore été condamnés définitivement, et qu'ils ne savent pas encore ce que sera la sentence définitive du Juge, mais d'autre part aussi parce qu'ils ne se trouvent pas encore dans l'Enfer, ce qui ne pourra survenir qu'après le Second Avènement du Christ. Si cela vaut pour les pécheurs, combien plus de profit encore tireront de ces prières ceux qui se seront convertis, sans parvenir à achever cette conversion et à obte-nir l'illumination de leur intellect ? S'ils n'ont commis que de petits péchés, des péchés légers, ils pourront recevoir l'héritage réservé aux justes et aller dans les demeures de ceux-ci, et « leurs difficultés seront allégées, ils pourront nourrir des espérances plus fondées » .
De là, et c'est Marcus qui reprend le flambeau, il apparaît que les prières de l'Eglise profitent, soit aux âmes qui sont en train de passer les péages angéliques dont je parlais précédemment, soit aux âmes qui se trouvent dans l'Hadès parce qu'elles sont mortes en état de péché. Si ce péché était léger, la prière des vivants permettra au défunt de gagner l'avant-goût du Ciel auprès des anges, s'il était très grave, cette prière atténuera au moins les souffrances du mort dans l'Hadès et ultérieurement dans l'Enfer définitif. L'Eglise orthodoxe ne cherche d'ailleurs pas à se prononcer sur ce qui est péché "purifiable" ou ne l'est pas car les variables personnelles sont innombrables (c'est la question de l'imputabilité en scolastique et en casuistique latine...) et la Miséricorde divine est infinie, étant sauve la liberté de l'âme concernée.
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Mer 06 Sep 2006, 15:24

Cher Marcus,

L'Hadès (autrement dit le passage de la mort) est gardé dans l'Eglise catholique travers le témoignage de saint Bernard, mais aussi de sainte Faustine, et récemment de Marthe Robin. Il est attesté comme une deuxième étape, durant quelques minutes pour la plupart des gens, mais plusieurs siècles pour d'autres, entre ce monde et l'autre. C'est une sorte de prolongement de cette vie terrestre, pour quelques personnes ayant besoin d'un peu plus de temps. C'est aussi le domaine des âme errantes.

Mais ce purgatoire là n'est que la deuxième étape du purgatoire, après la première étape du purgatoire qui est la vie terrestre.

La troisième étape (le troisième Ciel de saint Paul) est la Parousie du Christ accompagné des saint et des anges. C'est un purgatoire brûlant, tant son amour révèle notre propre péché..

Ce n'est qu'ensuite, lorsque cette apparition a provoqué la séparation des bons et des méchants, que vient pour ceux qui ont encore de la fierté (donc qui ne sont pas tout humbles) les purgatoires mystique.

Au XVI° siècle, l'Eglise s'est prononcée sur l'hypothèse alors débattue de saint Marc d'Ephèse.

Et, par un décret dogmatique solennel, elle a tranché si bien que, dans la foi catholique, le débat est clos sur ce point:

Voici le décret (Benedictus Deus):

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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Mer 06 Sep 2006, 15:26

Constitution dogmatique Benedictus Deus, Benoît XII, 1336



«Par la présente constitution, qui restera à jamais en vigueur, et de notre autorité apostolique, Nous définissons que, d’après la disposition générale de Dieu, les âmes de tous les saints qui ont quitté ce monde avant la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ: que celles des saints Apôtres, martyrs, confesseurs, vierges et autres fidèles morts après avoir reçu le saint baptême du Christ, en qui il n’y a rien eu à purifier lorsqu’ils sont morts ou en qui il n’y aura rien à purifier lorsqu’ils mourront dans la suite ou encore, s’il y a eu ou qu’il a quelque chose à purifier, lorsque, après leur mort, elles auront achevé de le faire; que, de même, les âmes des enfants régénérés par ce même baptême du Christ ou encore à baptiser, une fois qu’ils l’auront été, s’ils viennent à mourir avant d’user de leur libre-arbitre, (que toutes les âmes de ces enfants), aussitôt après leur mort et la purification dont nous avons parlé pour celles qui en auraient besoin, avant même la résurrection dans leur corps et le Jugement général, et cela depuis l’Ascension du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ au Ciel, ont été, sont et seront au Ciel, au Royaume des cieux et au paradis céleste avec le Christ, admises dans la société des saints anges.

En outre, nous définissons que, selon la disposition générale de Dieu, les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent aussitôt après leur mort en enfer, où elles sont tourmentées de peines infernales.»


Il faut noter cet "aussitôt après la mort", autrement dit, en langage biblique, aussitôt après le passage de la mort (l'Hadés sans doute).

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Marcus



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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Mer 06 Sep 2006, 15:42

Cher Arnaud,

L'Eglise romaine a donc pour dogme que le Jugement particulier suffit à obtenir la plénitude de la rétribution. On se demande à quoi servira alors le jugement dernier... Elle a aussi dogmatisé l'existence du "péché mortel" qui damne, sans possibilité de délivrance par la prière de l'Eglise, alors que la discussion reste assez ouverte dans l'Orthodoxie. En revanche je vous concède que, dans les deux Eglises, nous nous accordons pour considérer comme figé l'état de l'âme "au moment de la mort", le Salut ultérieur ne venant, même pour les Grecs, que de la prière des vivants.
Le pape a donc tranché contre nombre de pères grecs au nom de son autorité "pétrinienne" ensuite elle-même dogmatisée en 1870. Je respecte cette croyance à laquelle j'ai adhéré à une époque mais si l'on s'en tient à la doctrine selon laquelle ne peut être dogmatisé, et seulement par un Concile, que ce qui a été cru partout, toujours et par tous (St Vincent de Lerins), il y a un petit hic....

Bien à vous.
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Mer 06 Sep 2006, 16:07

[quote="Marcus"]Cher Arnaud,

Citation :
L'Eglise romaine a donc pour dogme que le Jugement particulier suffit à obtenir la plénitude de la rétribution. On se demande à quoi servira alors le jugement dernier...

Deux jugement donc:
1° Le jugement individuel, juste après la mort et la parousie du Christ, et qui attribue en fonction de notre choix notre éternité.
2° Le jugement général, après la fin du monde et la résurrection, et qui, éternellement, montre tout de TOUS à nous tous. Nous verrons les tenants et aboutissant de tout, la raison et la justesse du destin éternel de chacun etc.

Citation :
Elle a aussi dogmatisé l'existence du "péché mortel" qui damne, sans possibilité de délivrance par la prière de l'Eglise, alors que la discussion reste assez ouverte dans l'Orthodoxie.

Attention, parmi les péchés mortels, seuls le blasphème contre l'Esprit Saint, c'est à dire celui qu'un homme maintient en toute lucidité à l'heure de sa mort FACE AU CHRIST QUI PROPOSE SON PARDON, damne. C'est conforme à ce texte de Jésus (qui parles des péchés mortels de faiblesse ou de la mort spirituelle due à l'ignorance) :

Citation :
Matthieu 12, 31 Aussi je vous le dis, tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas remis.
Matthieu 12, 32 Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis; mais quiconque aura parlé contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l'autre.


Citation :
En revanche je vous concède que, dans les deux Eglises, nous nous accordons pour considérer comme figé l'état de l'âme "au moment de la mort", le Salut ultérieur ne venant, même pour les Grecs, que de la prière des vivants.

Pour être précis, il vaut mieux dire en théologie catholique APRES LA MORT. C'est après la mort et non dans le passage de Hadès que l'âme se fige, non parce que sa liberté serait détruite, mais parce qu'elle est PARFAITE. Elle a tout su, tout u, tout pesé. Luifer lui a montré son projet de monde où la dignité domine. Elle a opté, en sachant qu'en enfer, le feu de l'absence de Dieu règne.


Citation :
Le pape a donc tranché contre nombre de pères grecs au nom de son autorité "pétrinienne" ensuite elle-même dogmatisée en 1870. Je respecte cette croyance à laquelle j'ai adhéré à une époque mais si l'on s'en tient à la doctrine selon laquelle ne peut être dogmatisé, et seulement par un Concile, que ce qui a été cru partout, toujours et par tous (St Vincent de Lerins), il y a un petit hic....

C'est vrai. C'est pourquoi ces dogmes ne concernent que les catholiques. Et encore la plupart des théologiens les prennent comme de simples opinions. En cela, ils ne sont pas logiques avec leur foi.

Pour ma part, j'ai opté pour la chose suivante: Je prends les dogmes comme ils sont, à savoir des bornes techniques du vrai et du faux, sans ajouter ni retirer un mot.

Et je m'aperçois de quoi 'Sylie qui est orthodoxe vous le dira): A prt quelques certitudes que les orthodoxes n'ont pas, elle dit parfois que je pense comme les orthodoxes. C'est un beau compliment.

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Marcus



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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Mer 06 Sep 2006, 17:34

Cher Arnaud,

La théorie des trois purgatoires n'est pas dans le dogme romain je crois, pas plus que votre thèse sur "le péché contre l'Esprit seul damne", laquelle reste, je le reconnais, la seule solution acceptable pour concilier la Miséricorde infinie de Dieu "ami des hommes"" philanthropos" avec la dogmatique latine....

Avouez qu'on a l'impression que Rome s'est dit "Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?! " Notez que si c'était resté des dubia, l'Orthodoxie serait moins hostile même si c'est contraire à pas mal de Pères.
Le "flou artistique" orthodoxe (je crois que c'est un peu comme ça que vous voyez la non-dogmatisation chez les Grecs) n'est pas le résultat de l'incapacité à réunir un Concile. Il est voulu. Vous parait-il gênant pour mener une vie spirituelle ? Moi je trouve qu'il correspond à la souveraine liberté des enfants de Dieu devant ce qui n'est pas essentiel au Salut et à la déification dès ici bas.
Le pape infaillible ? Saint Grégoire le Grand n'en aurait pas voulu, lui qui contestait que quiconque porte le titre de Patriarche oecuménique, traduit en latin comme "universalis", terme repris pourtant ce me semble dans le dogme de 1870 sous la forme d'épiscopat universel du pape (lette au P. de Constantinople)...

Bien cordialement.
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Mer 06 Sep 2006, 19:05

Marcus a écrit:
Cher Arnaud,

La théorie des trois purgatoires n'est pas dans le dogme romain je crois, pas plus que votre thèse sur "le péché contre l'Esprit seul damne", laquelle reste, je le reconnais, la seule solution acceptable pour concilier la Miséricorde infinie de Dieu "ami des hommes"" philanthropos" avec la dogmatique latine....

C'est vrai. Ce sont les visions de saint Catherine de Gênes, ici:

http://eschatologie.free.fr/livres/traitepurgatoire.zip
Seul le péché contre l'Esprit Saint damne est un dogme par "concomitance", disait le Cardinal Ratzinger:
1° Benoît XII qui dit que tout homme qui meurt avec un péché mortel est damné.
2° La définition dogmatique du péché mortel "comme un acte impliquant pleine lucidité, pleine maîtrise de soi, pleine liberté" (autrement dit, c'est l'acte d'un croyant face au Christ).

Citation :
Avouez qu'on a l'impression que Rome s'est dit "Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?! " Notez que si c'était resté des dubia, l'Orthodoxie serait moins hostile même si c'est contraire à pas mal de Pères.

Ce qui est dogmatique est simple:
1° Vision béatifique aussitôt après la mort pour ceux qui n'ont plus rien à purifier.
2° Purgatoire par diverses peines pour ceux qui doivent encore se purifier.
3° Enfer éternel pour ceux qui sont luidement et librement dans le rejet de Dieu.

Le reste sort de l'ensemble de la Tradition des Saints (selon la méthode orthodoxe).

Citation :
Le "flou artistique" orthodoxe (je crois que c'est un peu comme ça que vous voyez la non-dogmatisation chez les Grecs) n'est pas le résultat de l'incapacité à réunir un Concile. Il est voulu. Vous parait-il gênant pour mener une vie spirituelle ? Moi je trouve qu'il correspond à la souveraine liberté des enfants de Dieu devant ce qui n'est pas essentiel au Salut et à la déification dès ici bas.

La vérité toute entière AIDE A AIMER.


Citation :
Le pape infaillible ? Saint Grégoire le Grand n'en aurait pas voulu, lui qui contestait que quiconque porte le titre de Patriarche oecuménique, traduit en latin comme "universalis", terme repris pourtant ce me semble dans le dogme de 1870 sous la forme d'épiscopat universel du pape (lette au P. de Constantinople)...

C'est certes une question de foi, mais aussi de promesse EXPLICITE DE JESUS DANS L'ECRITURE, rappelée plusieurs fois à Pierre et à nul autre dans tellement de texte qu'il faut le faire pour arriver à les relativiser.


En voici quelques uns:

Citation :
Ce premier texte précise qu'infaillibilité ne signifie pas impeccabilité:

Citation :
Luc 22, 31 "Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme froment;
Luc 22, 32 mais moi j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères."
Luc 22, 33 Celui-ci lui dit: "Seigneur, je suis prêt à aller avec toi et en prison et à la mort."
Luc 22, 34 Mais il dit: "Je te le dis, Pierre, le coq ne chantera pas aujourd'hui que tu n'aies, par trois fois, nié me connaître."

Ce deuxième texte précise que c'est une infaillibilité intellectuelle mais pas... PRATIQUE (pastorale) :

Citation :
Matthieu 16, 17 En réponse, Jésus lui dit: "Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t'est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux.
Matthieu 16, 18 Eh bien! moi je te dis: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les Portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle.
Matthieu 16, 19 Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux: quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié."
Matthieu 16, 20 Alors il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Christ.
Matthieu 16, 21 A dater de ce jour, Jésus commença de montrer à ses disciples qu'il lui fallait s'en aller à Jérusalem, y souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter.
Matthieu 16, 22 Pierre, le tirant à lui, se mit à le morigéner en disant: "Dieu t'en préserve, Seigneur! Non, cela ne t'arrivera point!"
Matthieu 16, 23 Mais lui, se retournant, dit à Pierre: "Passe derrière moi, Satan! tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes!"
q


Ce troisième texte prouve que Pierre à tout de même une mission pastorale, en plusieurs étapes, jusqu'à la fin (son martyre):

Citation :
Jean 21, 15 Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre: "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci?" Il lui répondit: "Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime." Jésus lui dit: "Pais mes agneaux."
Jean 21, 16 Il lui dit à nouveau, une deuxième fois: "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu" - "Oui, Seigneur, lui dit-il, tu sais que je t'aime." Jésus lui dit: "Pais mes brebis."
Jean 21, 17 Il lui dit pour la troisième fois: "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu?" Pierre fut peiné de ce qu'il lui eût dit pour la troisième fois: "M'aimes-tu", et il lui dit: "Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime." Jésus lui dit: "Pais mes brebis.
Jean 21, 18 En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas."
Jean 21, 19 Il signifiait, en parlant ainsi, le genre de mort par lequel Pierre devait glorifier Dieu. Ayant dit cela, il lui dit: "Suis-moi."

Le dogme de Vatican II précise ces points sous forme technique...

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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Mer 06 Sep 2006, 20:58

..


Dernière édition par le Lun 23 Oct 2006, 23:24, édité 1 fois
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VexillumRegis



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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Mer 06 Sep 2006, 21:03

A propos de la théorie de la satisfaction :

Que dire finalement de la théorie dite classique de saint Anselme ?

Nous pouvons écarter le côté moyenâgeux de l'honneur lésé de Dieu, mais nous devons y substituer l'idée d'un amour divin bafoué par le péché. Ici, dit le père Galot, "
le témoignage de l'Ecriture est formel. Le péché y apparaît comme une offense faite à Dieu". Car, ainsi que dit le père Guillet, "Dieu s'est engagé dans le monde et s'est rendu vulnérable".

Il serait absolument indigne de Dieu de révéler d'abord une justice à la fois gracieuse et exigeante, et de laisser tomber ensuite toute exigence et tout jugement, pour ne manifester qu'un amour insoucieux du comportement des hommes. A cet endroit, on ne peut dépasser Anselme.

Reste la question qui revient toujours : ce Dieu qui envoie son Fils dans cette mort affreuse, n'est-il pas cruel, inhumain ?
(...)

S'il est le Fils de Dieu, comme l'affirme le centurion (Mt 27, 54), alors tout change. Alors nous entrons dans un drame divin, un drame trinitaire, et en chrétiens nous ne pouvons plus partir d'une vision arienne de la divinité : un Dieu suprême, nommé Père, donnant des ordre à un Dieu subordonné ou demu-Dieu ou surhomme, qui aurait à les exécuter, pour ne rien dire du Saint-Esprit, qui dans ce cas ne saurait être l'esprit commun du Père et du Fils, mais tout au plus une instance subordonnée au Fils.

En tant que chrétiens, notre point de départ ne peut être qu'une Trinité
homoousios, en laquelle la liberté, la dignité, la spontanéité du Fils et de l'Esprit sont aussi divines que celles du Père, où le Fils et l'Esprit n'approuvent et n'exécutent pas seulement les ordres du dessein créateur et salvifique du Père, mais le conçoivent originairement dans la plus parfaite unité avec lui.

Et puisque c'est le Fils qui, dans ce plan du salut, aura à souffrir pour justifier que ce monde -même coupable- puisse être finalement jugé
très bon, puisque c'est lui qui aura à en porter le poids comme un Atlas spirituel, il ne suffît pas de supposer qu'il acquiesce à la proposition du Père, mais il faut admettre que la proposition procède originairement de lui, que lui-même s'offre au Père pour soutenir et sauver l'oeuvre de la création. (...)

Rien n'empêche d'admettre que pour le salut du monde le Père envoie le Fils, guidé sur terre par l'Esprit qui lui désigne à chaque instant la volonté du Père, et que cette volonté soit à la fois amour infini des créatures et respect infini pour l'offre du Fils, que le Père a acceptée et que l'Esprit laisse se réaliser, jusqu'à cette diastase suprême du Père et du Fils sur la croix, qui est en vérité l'ultime révélation de la tripersonnalité de Dieu.


Hans Urs von Balthasar, Au coeur du mystère rédempteur, Soceval, 2005, pp. 57-62.
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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Mer 06 Sep 2006, 21:15

Antiquité de l'idée de Purgatoire : ici.

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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Jeu 07 Sep 2006, 08:28

Voilà ce que dit le théologien grec Alexandre Kalomiros, aujourd'hui décédé, de la notion de "Dieu juste" dans l'orthodoxie et de la position orthodoxe sur les thèses latines :

"Dans la langue des Saintes Ecritures, 'juste' signifie donc bon et aimant. Lorsque nous parlons des justes de l'Ancien Testament, nous ne voulons pas dire qu'ils étaient de bons juges, mais qu'ils étaient bons et qu'ils aimaient Dieu. Lorsque nous disons que Dieu est juste, cela ne signifie pas qu'Il est un bon juge qui sait punir les hommes équitablement selon la gravité de leurs crimes, mais au contraire qu'Il est bon et aimant, pardonnant toutes les transgressions et toutes les désobéissances, qu'Il veut nous sauver par tous les moyens et qu'Il ne rend jamais le mal pour le mal(21). Il me faut citer ici un texte magnifique de saint Antoine tiré du premier volume de la Philocalie :
«Dieu est bon, impassible et immuable. Cependant, celui qui croit raisonnable et vrai d'affirmer que Dieu ne change pas peut se demander comment on peut alors dire qu'Il se réjouit à la vue des bons et fait miséricorde à ceux qui le servent et l'adorent, et qu'Il se détourne des méchants et s'irrite contre les pécheurs. Il faut répondre à cela que Dieu ne se réjouit pas et qu'Il ne se met pas en colère, car joie et colère sont des passions. Il n'est pas non plus satisfait par les dons de ceux qui L'honorent, car Il serait alors dominé par le plaisir. La Divinité ne ressent ni plaisir ni déplaisir des choses humaines. Dieu est bon, Il n'envoie que des bénédictions et ne cause jamais de tort, restant toujours le même et identique à soi. Quant à nous hommes, si nous restons bons et ressemblants à Dieu, nous nous tenons unis à Lui, mais si nous devenons mauvais en cessant de Lui ressembler, nous nous séparons de Lui. En vivant dans la sainteté, nous restons attachés à Dieu, mais en devenant méchants nous en faisons notre ennemi. Ce n'est pas qu'Il se fâche contre nous de façon arbitraire ; ce sont nos propres péchés qui empêchent Dieu de briller en nous et qui nous exposent aux démons qui nous torturent. Si nous obtenons la rémission de nos péchés par la prière et par des actes de compassion, cela ne signifie pas que nous avons conquis Dieu et l'avons fait changer, mais que par nos actions et par notre conversion vers la Divinité, nous nous sommes guéris de notre méchanceté et que nous jouissons à nouveau de la bonté de Dieu. Ainsi, dire que Dieu se détourne des méchants revient à dire que le soleil se cache des aveugles(22)».

Vous saisissez dès lors comment Dieu a été diffamé par la théologie occidentale. Augustin, Anselme, Thomas d'Aquin et tous leurs disciples, sur lesquels est fondée la théologie papiste ou protestante, ont contribué à cette calomnie «théologique». Ils n'ont certes pas dit clairement et expressément que Dieu est un être mauvais et passionné. Ils Le considéraient plutôt comme prisonnier d'une force supérieure, d'une Nécessité sombre et implacable ressemblant à celle qui gouvernait les dieux païens. Cette Nécessité oblige Dieu à rendre le mal pour le mal et ne Lui permet pas de pardonner et d'oublier le tort fait à Sa volonté à moins qu'une satisfaction infinie Lui soit offerte.
Nous abordons ici la grande question de l'influence du paganisme hellène sur le christianisme.

La mentalité païenne fut à l'origine de toutes les hérésies. Elle était très forte en Orient, carrefour de tous les courants philosophiques et religieux. Nous lisons toutefois dans le Nouveau Testament que «là où le péché avait abondé, la grâce surabonda» ; là où les hérésies prospérèrent, l'orthodoxie prospéra aussi et sortit toujours victorieuse des persécutions des puissants de ce monde. En Occident, au contraire, la mentalité païenne grecque pénétra subrepticement, sans prendre l'aspect d'une hérésie. Elle s'infiltra dans la multitude des textes latins dictés par Augustin, évêque d'Hippone. Saint Jean Cassien qui vivait alors en Occident comprit les dangers des doctrines augustiniennes et les combattit. Malheureusement, les autres Pères de l'Eglise ne purent étudier les oeuvres d'Augustin, écrites en latin et très volumineuses. Elles ne furent donc pas condamnées comme celles d'Origène le furent en Orient, ce qui leur permit d'exercer ultérieurement une forte influence sur la pensée et la théologie occidentales. L'Occident oublia peu à peu le grec, et les écrits d'Augustin devinrent les seuls textes patristiques accessibles. L'Occident reçut donc comme chrétiennes des doctrines fortement teintées de paganisme. L'évolution de Rome vers le césaro-papisme empêcha toute réaction salutaire, et l'Occident s'engloutit dans la pensée humaniste païenne qui continue d'y régner.

Nous nous retrouvons donc avec un Orient de langue grecque demeurant essentiellement le nouvel Israël, ayant conservé la pensée et la sainte tradition des Israélites, et un Occident ayant oublié le grec et rompu les liens avec l'Empire d'Orient, mais héritier de la pensée et de la mentalité helléniques païennes avec lesquelles il a forgé un christianisme frelaté.
En réalité, l'opposition entre l'orthodoxie et le christianisme occidental n'est rien d'autre que la continuation de l'opposition entre Israël et Hellas.
Il ne faut jamais oublier que les Pères de l'Eglise se considéraient comme les véritables fils spirituels d'Abraham, que l'Eglise se concevait comme le nouvel Israël et que les peuples orthodoxes, grec, russe, bulgare, serbe, roumain et autres avaient conscience d'être, tel Nathanaël, de vrais Israélites, le peuple de Dieu. Alors que telle était la conscience de la chrétienté orientale, l'Occident devenait de plus en plus le fils de la civilisation gréco-romaine païenne et humaniste."

Notes

21) «Et qu'est-ce qu'un cœur miséricordieux ? C'est un cœur qui brûle pour toute la création, pour les hommes et pour les oiseaux et pour les animaux et pour les démons, et pour toute créature. De leur souvenir et de leur contemplation ses yeux fondent en larmes. A cause de la grandeur et de la force de cette compassion, qui lui étreint le cœur, et à cause de sa grande patience son cœur se fait tout petit et il ne peut supporter ni d'entendre ni de voir le moindre dommage ou le moindre chagrin survenir dans la création. Pour cette raison, à toute heure, il prie avec larmes, aussi bien pour les animaux, et pour les ennemis de la vérité, et pour ceux qui lui font du mal, afin que Dieu les garde et les prenne tous également en pitié, il prie même pour la race des reptiles, à cause de sa grande miséricorde qui bouillonne dans son cœur d'une façon démesurée, à la ressemblance de Dieu», Isaac le Syrien, Homélies, 81.

22) Philocalie, chapitre 150. «Ce n'est pas Dieu qui hait, c'est nous, car Dieu n'éprouve jamais de haine», dit saint Jean Chrysostome
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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Jeu 07 Sep 2006, 10:30

Un texte de synthèse :

Orthodoxie Gréco-Russe et Théologie Occidentale.

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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Jeu 07 Sep 2006, 11:45

Cher Vexillum Regis, j'avais déjà lu le texte de Louis Jugnet qui résume de façon assez honnête certaines divergences dogmatiques entre les deux Eglises. Mais cela reste un catalogue plus qu'un argumentaire.
Ainsi, son hostilité violente à la théorie palamite des énergies se traduit par des remarques d'opportunité ou d'autorité mais ne prend pas en compte l'énorme travail d'exégèse scripturaire et patristique de Saint Grégoire Palamas pour élaborer sa théologie.
De même pour le filioque qui, dit-il, s'imposerait aux consciences catholiques, soit ! Mais au nom de quoi ? De l'inerrance de l'Eglise romaine et de son pasteur ? D'accord mais c'est un argument d'autorité et non un raisonnement théologique. D'ailleurs le pape de Rome, Jean-Paul II, au moment des "accords de Balamant" avait quasiment ravalé le filioque à un avatar liturgique du Credo, propre à l'Eglise de Rome... Ouf, quel changement de ton, au demeurant fort sympathique lorsqu'on a lu Saint Jean l'Evangéliste "... l'Esprit qui procède du Père..." et le texte grec du Credo de Nicée... Pourquoi donc les pères de ce Concile auraient-ils été incomplets dans leur définition ? Une inattention du Saint-Esprit, justement sur un sujet Le concernant pourtant directement ?
En outre, lauteur montre son attachement viscéral à la logique scholastique lorsqu'il s'en prend à l'apophatisme en dénonçant le "minimum de dogmes" qu'il explique par l"anarchie" ecclésiastique qui régnerait en Orient. Décidément, les latins n'ont qu'une obsession, que l'on retrouve, je le dis en toute amitié, chez certains sur ce forum : le plus de dogmes possibles ! Comme si on louait Dieu par la surenchère du dogme et non par la beauté et la grandeur de la liturgie immuable. D'ailleurs, il est symptomatique que certains se préoccupent tant de faire proclamer de nouveaux dogmes mariaux ou concernant St Joseph comme si cela ajoutait au culte légitime qu'on leur rend !
Quelle curiosité aussi de voir l'auteur trouver que les orthodoxes accentuent trop les mystères glorieux ! Le Christ est-il en Gloire aujourd'hui ? OUI ! La chair et le sang que nous consommons au banquet eucharistique sont la Chair et le Sang transfigurés d'un Christ victorieux. Il ne s'agit pas de nier la Croix mais de la voir comme un Passage. La Croix nous délivre parce qu'il y a la Résurrection après.
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Jeu 07 Sep 2006, 13:21

Citation :
Vous saisissez dès lors comment Dieu a été diffamé par la théologie occidentale. Augustin, Anselme, Thomas d'Aquin et tous leurs disciples, sur lesquels est fondée la théologie papiste ou protestante, ont contribué à cette calomnie «théologique». Ils n'ont certes pas dit clairement et expressément que Dieu est un être mauvais et passionné. Ils Le considéraient plutôt comme prisonnier d'une force supérieure, d'une Nécessité sombre et implacable ressemblant à celle qui gouvernait les dieux païens. Cette Nécessité oblige Dieu à rendre le mal pour le mal et ne Lui permet pas de pardonner et d'oublier le tort fait à Sa volonté à moins qu'une satisfaction infinie Lui soit offerte.
Nous abordons ici la grande question de l'influence du paganisme hellène sur le christianisme.

Cher Marcus,

le théologien grec Alexandre Kalomiros était en écrivant cela dans la longue tradition de ce schisme mutuel (rupture de la charité et de l'écoute) en Occident et Orient qui provoquait l'effet suivant dans les deux camps: on prenait le pire de l'autre (ou encore l'interprétation la pire) et on disait que c'était la pensée de l'autre.

C'est un phénomène qu'on voit assez fréquement dans les couples qui divorces:

Avant, ils disent partout que l'autre est le meilleurs conjoint.

Après le divorce et la rupture, les qualités qu'on voyait chez l'autre sont devenus des défauts.

L'interprétation que donne le théologien grec Alexandre Kalomiros existe dans l'Eglise et a existé. Je disais à Hélène l'autre jour avoir été confronté un jour à un thomiste de ce genre. Une telle rencontre est traumatisante.

Mais il va de soi que cette interprétation de saint Thomas (dont la souplesse de pensée, la nuance, est connue) est celle qui fut pratiquée par beaucoup à l'époque des guerres avec les Luthériens. Elle est périmmée.

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MessageSujet: Re: Satisfaction et Purgatoire   Lun 11 Sep 2006, 06:41

Finalement, le problème est de savoir si on doit prendre les références scripturaires qui parlent de "dettes" en évoquant la remise des péchés pour des métaphores ou non ?
Le fait est qu'il y a des passages comme celui du fils prodigue qui ne visent aucune sorte de dette due par le pécheur puisque le fils ne doit même pas restituer sa part d'héritage !
La plupart des Pères grecs ont toujours considéré que, si l'Ecriture vise une dette, c'est une dette d'amour et non une dette juridique. La théologie de la satisfaction systématisée par Anselme est donc une "création" postérieure à 1054 et unilatérale.
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Satisfaction et Purgatoire
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