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 La fécondité réciproque des traditions de l'Orient et de l'Occident

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Espérance
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MessageSujet: La fécondité réciproque des traditions de l'Orient et de l'Occident   Ven 27 Mar 2015 - 21:15

La fécondité réciproque des traditions de l'Orient et de l'Occident

2015-03-27 Radio Vatican

Le père Raniero Cantalamessa a conclu ce vendredi matin au Vatican le cycle des prédications de Carême au Pape et à la Curie romaine. En parlant des différentes visions du mystère du Salut entre Orient et Occident, le prédicateur de la Maison pontificale a affirmé que grâce au meilleur dialogue avec les orthodoxes, aujourd'hui les catholiques ont une chance de rééquilibrer leur perception du christianisme, principalement comme voie de rédemption du péché, dans le sens d'une expérience « belle et exaltante » qui est un don de l'Esprit.

Qu'est-ce que le christianisme, surtout une voie de plénitude de grâce ou d'expiation du péché ? Qu'est-ce que la rédemption du Christ a apporté à l'homme : le don de l'Esprit ou la délivrance de la mort ? Bien évidemment les deux sont reliés, mais à relire 2000 ans d'histoire chrétienne, les choses ne sont pas si simples.

Le dilemme entre divinisation et rédemption

Le père Cantalamessa s'est appuyé sur la réflexion du théologien français Gustave Bardy (1881-1955) dans le Dictionnaire de Spiritualité : « Le but de la vie visé par les chrétiens grecs demeure la divinisation. Celui que poursuivent les chrétiens d'Occident est l'acquisition de la sainteté (...). Le Verbe s'est fait chair, selon les grecs, afin de rendre à l'homme la ressemblance avec Dieu que lui avait fait perdre la faute d'Adam et afin de le diviniser. Selon les latins, il s'est fait homme pour racheter l'humanité (...), acquitter une dette à l'égard de la justice de Dieu, »

Le père Cantalamessa a rappelé que ces deux perspectives prennent racine dans toute l'histoire biblique. « Déjà dans les prophéties de l’Ancien Testament qui annoncent l’Alliance nouvelle et éternelle, on observe la présence de deux éléments fondamentaux : un élément négatif qui consiste à éliminer le péché et le mal en général, et un élément positif qui consiste à recevoir un cœur et un esprit nouveaux, autrement dit, à détruire ce que l’homme a fait et reconstruire ou rétablir en lui l’œuvre de Dieu. Nous avons un texte clair en ce sens qui est celui d’Ézéchiel : "Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles.” (Ez 36, 25-27). »

Dépasser la contradiction apparente entre rédemption des péchés et don de l'Esprit

« Il y a quelque chose que Dieu viendra enlever à l’homme : l’iniquité, le cœur de pierre, et quelque chose qu’il mettra en l’homme: un cœur nouveau, un esprit nouveau, a insisté le père Cantalamessa. Le Nouveau Testament montre clairement ces deux aspects. Dès le début de son Évangile, Jean Baptiste présente Jésus comme « l’Agneau qui enlève le péché du monde », mais aussi comme « celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint » (Jn 1, 29. 33). Dans les synoptiques, prévaut la rédemption du péché. On y voit Jésus appliquer sur lui, à différentes occasions, le thème du serviteur de Yahvé qui prend sur lui et expie les péchés du peuple (cf. Is 52, 13 - 53,9); dans l’institution de l’Eucharistie, il parle de son sang versé « pour la rémission des péchés » (Mt 26,28).

« Cet aspect on le trouve aussi chez Jean, a précisé le père Cantalamessa. Dans sa Première Lettre, Jésus est présenté comme « Celui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés, non seulement les nôtres, mais encore ceux du monde entier » (1 Jn 2,2). Mais chez lui, l’accent est mis davantage sur l’élément positif. Avec le Verbe fait chair, la lumière est venue dans le monde, tout comme la vérité, la vie éternelle et la plénitude de la grâce (cf. Jn 1, 16). Le fruit de la mort de Jésus, mis le plus en évidence, n’est pas le pardon des péchés, mais le don de l’esprit (cf. Jn 7, 39; 19, 34). »

« Comme toujours, dans le passage des Écritures aux Pères de l’Église, on assiste à une réception différenciée de ces deux éléments, a précisé le prédicateur. Selon l’opinion commune, résumée par Gustave Bardy dans le texte cité, l’Orient a reçu l’élément positif du salut : la déification de l’homme et le rétablissement de l’image de Dieu, tandis que l'Occident a reçu l’élément négatif : la délivrance du péché. Mais la réalité est beaucoup plus complexe, et apporter une clarification là-dessus ne peut qu’améliorer la compréhension réciproque. »

Réconcilier théologie et spiritualité

« En Orient, la théologie, la spiritualité et la mystique sont unies, a précisé le père Cantalamessa. On ne conçoit pas une théologie qui ne soit pas également mystique, c’est-à-dire expérientielle. La reconstruction de la position orthodoxe est faite en tenant compte de théologiens, comme les Pères cappadociens, Jean Damascène, Maxime le Confesseur, mais aussi de mouvements spirituels, comme les Pères du désert, l’hésychasme, le monachisme, le palamisme, la philocalie, des auteurs mystiques comme Siméon le Nouveau Théologien, Séraphin de Sarov, et ainsi de suite. Hélas, cela ne fut pas le cas en Occident où, dans l’enseignement aussi, la mystique et la spiritualité, avec l’arrivée surtout de la Scolastique, occupaient une place différente par rapport à la dogmatique. La comparaison entre l’Orient et l’Occident porterait à des résultats beaucoup moins conflictuels, si l’on tenait compte de tous les mouvements spirituels et de tous les auteurs mystiques catholiques, où le salut chrétien n’est pas théorisé, mais vécu. »

La complémentarité des Grecs et des Latins

Cependant, l'approche occidentale du péché garde pleinement sa légtimité. « Si la doctrine orientale, avec sa très haute idée de la grandeur et de la dignité de l’homme à l’image de Dieu, a mis en lumière la possibilité de l’incarnation, la doctrine occidentale, en insistant sur le péché et sur la misère de l’homme, a mis en lumière sa nécessité, a résumé le prédicateur. Un disciple tardif d’Augustin, Blaise Pascal, faisait cette observation: "La connaissance de Dieu sans sa misère fait l’orgueil. La connaissance de notre misère sans celle de Dieu fait le désespoir. La connaissance de Jésus-Christ fait le milieu, parce que nous y trouvons et Dieu et notre misère." Pour Augustin, mais aussi pour Saint Anselme, et dans une autre mesure, pour Martin Luther, insister sur la gravité du péché était une autre façon de faire ressortir la grandeur du remède apporté par le Christ, a rappelé le père Cantalamessa. Ils accentuaient "l’abondance du péché" pour exalter "la surabondance de la grâce" (cf. Rm 5,20). (...) Face à l’explosion du « mal absolu » lors de la seconde guerre mondiale, quelqu’un a souligné ce qu’avait apporté l’oubli de cette amère vérité sur l’homme, après deux siècles de confiance naïve dans le progrès irrépressible de l’homme. »

La joie de la Rédemption

L'Occident a cependant besoin de regarder vers l'Orient, car dans la conception occidentale, « la grâce, même hautement exaltée, a pratiquement fini par se réduire à sa seule dimension négative de remède au péché. Le cri audacieux de l’Exultet pascal aussi, "Ô heureuse faute qui nous a mérité un tel et un si grand Rédempteur !", on le voit bien, ne sort pas de la perspective de péché et rédemption. »

« C’est sur ce point précisément, grâce à Dieu, que nous assistons depuis longtemps à un changement que nous pourrions dire historique, a tenu à dire le père Cantalamessa. Toutes les Églises d’Occident, ou nées de ces Églises, depuis plus d’un siècle, sont traversées par un courant de grâce qui est le mouvement pentecôtiste et les divers renouveaux charismatiques qui en dérivent dans les Églises traditionnelles. C’est un courant de grâce qui devrait se répandre dans toute l’Église et se disperser en elle comme une décharge électrique dans la masse, pour ensuite, à la limite, disparaître comme un phénomène indépendant. Impossible d’ignorer plus longtemps, ou de considérer comme marginal, un phénomène qui, de façon plus ou moins profonde, a touché des centaines de millions de croyants en Jésus-Christ dans toutes les confessions chrétiennes et des dizaines de millions dans la seule Église catholique. En recevant pour la première fois, le 19 mai 1975, les responsables du renouveau charismatique catholique à la basilique Saint-Pierre, le bienheureux Paul VI, dans son discours, l’a défini comme "une chance pour l’Église et pour le monde". »

Vers une réconciliation de l'esprit occidental et de l'Esprit Saint ?

« Dans quel sens et sous quel aspect peut-on dire que cette réalité est une chance pour l’Église catholique et les Églises nées de la Réforme ?, s'est interrogé le père Cantalamessa. Voici ce que je pense : celle-ci permet de remonter la pente et de rendre au salut chrétien le riche et exaltant contenu positif, résumé dans le don de l’Esprit Saint. La vie chrétienne retrouve son but principal qui est, comme disait saint Séraphin de Sarov, "l’acquisition du Saint-Esprit de Dieu". Saint Jean Paul II, dans un discours aux responsables du Renouveau charismatique catholique, en 1998, avait dit ceci : "Le mouvement charismatique catholique, (…) comme une nouvelle Pentecôte, a suscité dans la vie de l’Église une extraordinaire floraison d’agrégations et de mouvements, particulièrement sensibles à l’action de l’Esprit (…). Que de fidèles laïcs ont pu expérimenter dans leur vie l’incroyable puissance de l’Esprit et de ses dons ! Que de personnes ont retrouvé leur foi, le goût de la prière, la force et la beauté de la Parole de Dieu, traduisant tout cela en un généreux service à la mission de l’Église ! Que de vies changées en profondeur !" »

Reconnaissance pour la fécondité de la spiritualité orientale

« Je ne dis pas que parmi les personnes qui se reconnaissent dans ce « courant de grâce », tous vivent ces caractéristiques, mais je sais par expérience que tous, voire les plus simples, savent de quoi il s’agit et aspirent à les réaliser dans leur vie, a précisé le père Cantalamessa. Même l’image qu’on donne de la vie chrétienne est différente : il s’agit d’un christianisme joyeux, contagieux, qui n’a rien du sombre pessimisme que Nietzsche lui reprochait. Le péché n’est absolument pas banalisé car un des premiers effets de la venue du Paraclet dans le cœur de l’homme est "de le convaincre de péché" (cf. Jn 16,8). »

« Laissons à nos frères orthodoxes de discerner si ce courant de grâce n’est destiné qu’à nous, Églises d’occident et celles qui en sont issues, ou bien si une nouvelle Pentecôte est ce dont l'Orient chrétien aussi, pour d’autres raisons, a besoin. En attendant, nous ne pouvons pas manquer de les remercier pour avoir su cultiver et défendre farouchement, tout au long des siècles, une vision si riche du salut chrétien dont toute la chrétienté a bénéficié », a conclu le prédicateur de la Maison pontificale.

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Denys



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MessageSujet: Re: La fécondité réciproque des traditions de l'Orient et de l'Occident   Ven 27 Mar 2015 - 21:23

Merci Espérance, c'est très intéressant à lire.
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Miles Templi



Masculin Messages : 1781
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MessageSujet: Re: La fécondité réciproque des traditions de l'Orient et de l'Occident   Ven 27 Mar 2015 - 22:40

On s'inspire des orthodoxes plutôt que des évangéliques? Voilà qui s'appelle regarder dans la bonne direction.
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Oculus



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MessageSujet: Re: La fécondité réciproque des traditions de l'Orient et de l'Occident   Sam 28 Mar 2015 - 17:11

Si je comprend bien c'est plutôt que le pentecôtisme des églises occidentales  serait un signe prophétique qui nous rapprocherait de l'Orthodoxie  orientale ?

c'est méconnaitre que le Juridisme latin est toujours au coeur de la pratique occidentale ...
que l'on peine à percevoir sa fécondité ...et que l'orthodoxie  orientale n'en a nullement été fécondée ...
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