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 Démocratie et laïcité

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AuteurMessage
saint Zibou



Masculin Messages : 9416
Inscription : 01/01/2006

MessageSujet: Démocratie et laïcité   Sam 18 Jan 2014, 21:49

 
C. P. PL60 Charte des valeurs québecoise... par cchefphileas

Voici, saint Zibou  :hibou:  en action!...
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Cécile



Féminin Messages : 10442
Inscription : 03/05/2006

MessageSujet: Re: Démocratie et laïcité   Dim 06 Avr 2014, 15:36

FIGAROVOX/OPINION
- La réaction d'un professeur d'Histoire, spécialiste de la laïcité, à la multiplication des procédures judiciaires contre les symboles catholiques dans l'espace public.



Jean- François Chemain est diplômé de l'IEP de Paris, diplômé de Droit international, agrégé et docteur en Histoire. Il a exercé pendant une dizaine d'années le métier de consultant international avant de devenir cadre dirigeant d'un grand groupe industriel français. Depuis 2006, il a choisi d'enseigner l'Histoire, la Géographie et l'Education Civique dans un collège de ZEP. Il est l'auteur d'Une autre Histoire de la laïcité (2014, Via Romana) préfacé par Rémi Brague, avec une postface du Cardinal Barbarin.

Peut-on, au nom de la laïcité, éradiquer tout signe chrétien du paysage public, et le doit-on? Telles sont les deux questions que la passionnante enquête de Delphine de Mallevoue (Le Figaro du 26 mars) sur les procédures contre les signes religieux incite à se poser. «Tout est chrétien» se désolait Sartre au lendemain de la Guerre … Deux mille ans de christianisme ont laissé dans notre culture, notre langue, nos paysages, nos mentalités des traces si profondes qu'on voit mal comment on pourrait les effacer. Interdire aux cloches de sonner, détruire ensuite les églises, briser les calvaires, cacher les statues, travailler le dimanche, et à Noël, et Pâques, et ne plus prononcer le nom de ces fêtes, ne plus dire «battre sa coulpe» ni «avoir voix au chapitre»… Débaptiser villes et villages portant un nom de saint… Interdire à Madame Taubira de s'appeler Christiane, qui signifie «chrétienne»…

Allons plus loin: s'il est convenu de prétendre que les valeurs «républicaines» se sont construites contre le christianisme, il est pourtant évident qu'elles en sont, sécularisées, les héritières. D'où peut bien provenir, chez nous, ce souci constant du plus faible, cette compassion pour les prisonniers, cet accueil de l'étranger, cette recherche frénétique de l'égalité, cette méfiance de la richesse, sinon du message évangélique? Il faut avoir fait lire à des enfants non-chrétiens le texte des Béatitudes (programme d'Histoire de 6e: «les origines du christianisme») pour comprendre le scandale qu'il peut susciter. Comme le bourgeois gentilhomme, nous faisons du christianisme «sans le savoir», comme les patients du docteur Knock, nous sommes «des chrétiens qui s'ignorent». Pour être parfaitement «laïcs» au sens où l'entendent certains, c'est à toute notre culture humaniste qu'il faudrait renoncer!


La séparation de l'Eglise et de l'Etat fut, en France, une exigence de catholiques, dès 1830, alors que l'Eglise était fonctionnarisée par le Concordat de 1801. Dire « nous sommes laïcs », c'est dire : « nous sommes catholiques ». Faut-il alors, au nom de la laïcité, supprimer la laïcité ?

Allons encore plus loin: l'idée même de laïcité n'est pas religieusement neutre, puisque c'est une exigence chrétienne! Est-ce un hasard si elle est née en France, «fille aînée de l'Eglise»? Le christianisme est la seule religion qui ait contesté à l'empereur romain la divinité de sa personne, la sacralité de son pouvoir, sa mission de dominer le monde par la volonté des dieux, et c'est pour cela que, seul, il a été persécuté. L'histoire de la laïcité n'est pas, comme on le raconte, celle d'Etats qui, depuis deux siècles, chercheraient à échapper à la tutelle de l'Eglise, mais celle de l'Eglise qui, depuis deux mille ans, lutte pour son indépendance, contre les tentatives d'instrumentalisation politique. Les grands schismes - orthodoxe, anglican, protestant - ont toujours eu un arrière-plan politique autant que religieux: ils ont permis aux Etats de créer un christianisme national, à leur botte. Le pouvoir, quelle qu'en soit la forme (impériale, royale, républicaine) accepte mal qu'on s'adresse directement à la conscience de ses sujets, et à la sienne. On l'a vu lors de la Manif pour tous. La séparation de l'Eglise et de l'Etat fut, en France, une exigence de catholiques, dès 1830, alors que l'Eglise était fonctionnarisée par le Concordat de 1801. Dire «nous sommes laïcs», c'est dire: «nous sommes catholiques». Faut-il alors, au nom de la laïcité, supprimer la laïcité?

Voire! Ce dont il s'agit en réalité, à travers une certaine conception sectaire - le laïcisme - c'est, au mépris de la vraie laïcité, d'éradiquer le christianisme. Car il est signe de contradiction radicale, tant du pouvoir politique que du libéralisme exacerbé dont celui-ci se fait aujourd'hui le promoteur. C'est en vain que la Révolution française s'est attelée à cette mission, en y mettant pourtant les grands moyens, comme après elle toutes les révolutions. On voudrait qu'il n' y ait plus rien entre le pouvoir de l'Etat et la conscience des individus. Les «libertaires» qui veulent effacer toute trace de christianisme ont régulièrement fait le lit des totalitarismes.

La nature, enfin, a horreur du vide. Croire n'est pas seulement une liberté fondamentale de l'Homme, c'est aussi pour lui un besoin: qu'on fasse place nette du christianisme en France, et d'autres croyances prendront cette place, qui n'ont pas forcément le même rapport à la liberté, et à la laïcité. Ce n'est pas un paradoxe d'affirmer que la visibilité de notre patrimoine chrétien, témoignage de notre longue histoire chrétienne, est un signe de la laïcité. Si nous laissons tuer l'arbre, les fruits mourront aussi. Heure après heure, les cloches des clochers de France nous rappellent que nous vivons dans un pays laïc.
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