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 La doctrine sociale de l'Eglise et le libre marché

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Philippe Fabry
Administrateur


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Inscription : 31/01/2009

MessageSujet: La doctrine sociale de l'Eglise et le libre marché   Sam 04 Fév 2012, 15:57

Doctrine sociale de l’Église et libre marché

Tom Woods veut ici montrer que la Doctrine sociale de l’Eglise ignore un certain nombre d’apports essentiels à la réflexion sur le libre marché, notamment l’apport des théologiens de l’Ecole de Salamanque. De ce fait, elle adopte une perspective faussée sur le juste salaire, consistant à légitimer sa réglementation par l’Etat.

Traduction, sous-titres et notes de Damien Theillier.

« La scolastique espagnole au XVIe siècle a adopté généralement la doctrine du « laissez-faire » concernant les salaires, en faisant valoir qu’un salaire accordé à un ouvrier qui a donné son consentement ne pouvait en aucun cas être injuste. S’il n’était pas satisfait de la compensation qui lui était offerte, il pouvait mettre fin à son emploi [1]. Personne à l’époque ne réagissait avec horreur, ou déclarait que cela était radicalement contraire à la tradition catholique [2].
Peut-on critiquer la Doctrine sociale de l’Eglise sans être un dissident ?

On entend dire parfois que les catholiques partisans du libre marché, ne sont pas différents des catholiques dissidents de l’enseignement officiel de l’Eglise sur des sujets controversés comme l’avortement, l’éthique médicale et la sexualité humaine. Cette accusation est totalement dénuée de fondement : le partisan catholique du libre marché critique les instruments et non les caractéristiques fondamentales de la doctrine sociale de l’Église. En d’autres termes, le catholique partisan du libre marché veut les mêmes résultats que ceux préconisés par les papes, mais craint que les moyens parfois suggérés à l’appui de ces objectifs ne soient inadéquats.

Une remarque similaire peut être faite sur l’enseignement du Pape concernant l’aide au développement. Tandis que le Pape a tous les droits de déclarer l’avortement comme un mal moral, par exemple, il ne peut pas par lui-même faire qu’A soit la cause de B si, dans la nature des choses, l’action de A empêche B. Le gauchiste est en désaccord avec l’enseignement du Pape sur des questions mettant en jeu des biens moraux, le partisan catholique du libre marché du travail est préoccupé simplement par le fait que le plan d’action que le pape recommande pour aider les moins fortunés est – contrairement à son but véritable – soit inutile, soit de nature à aggraver leur situation.

Mgr John J. Myers a fait récemment un commentaire sur cette distinction entre les moyens et les fins. Bien que sur l’avortement « il ne peut y avoir une légitime diversité d’opinion », il n’en va pas de même des questions économiques, où la meilleure approche à adopter, dans des circonstances concrètes, est celle du jugement éclairé et de la conscience individuelle.

Par exemple, l’option préférentielle pour les pauvres est un élément fondamental de cet enseignement. Mais, il y a des désaccords légitimes sur la meilleure façon d’aider vraiment les pauvres dans notre société. Aucun catholique ne peut légitimement dire : « Je ne me soucie pas des pauvres. » La personne qui le fait ne serait pas objectivement en communion avec le Christ et son Église. Mais les deux, ceux qui proposent une augmentation de l’État providence et ceux qui proposent des réductions d’impôts pour stimuler l’économie, peuvent en toute sincérité croire que leur méthode est la meilleure pour aider vraiment les pauvres. Il s’agit d’une question de jugement prudentiel pour ceux qui se préoccupent du bien commun. C’est une question de conscience au sens propre [3].

Notre position ne concerne en aucune façon l’allégation selon laquelle les sciences sociales ou les sciences dures seraient exemptées d’évaluation morale. (…) Ainsi, si un certain médicament ne peut être produit qu’en détruisant des êtres humains vivants, l’Eglise doit condamner une telle chose. Peu importe le nombre de médecins en faveur de la production de ce médicament. Mais si deux types de médicaments sont suggérés pour traiter un trouble particulier, et qu’aucune objection morale ne peut être portée à l’un ou l’autre, l’Eglise doit s’en remettre à ceux qui sont compétents dans cette science spécialisée [4].
L’autorité du Pape sur les questions de foi et de morale peut-elle s’étendre aussi à l’économie ?

Un autre argument consiste à dire que les partisans catholiques du libre marché auraient défini les domaines de la foi et la morale de façon trop restrictive, et que les déclarations des Papes sur l’économie seraient un sous-ensemble tout à fait légitime de ces domaines sur lesquels ils ont reçu le pouvoir divin d’instruire les fidèles. Les Papes, selon cet argument, auraient le droit de se prononcer sur les questions économiques puisque ces affaires économiques ne sont pas absolument séparées de préoccupations d’ordre moral.

Cet argument est tout aussi faux. Personne ne nie que l’activité économique porte une dimension morale. Le pape est évidemment dans son droit de condamner le vol ou la fraude, ou d’instruire les fidèles sur la nécessité d’être généreux de leur richesse. Il peut également condamner les gouvernements politiques qui pratiquent l’oppression et l’injustice, une lourde imposition ou l’inflation de la masse monétaire. Personne dans ce débat ne conteste rien de tout cela.

Le véritable enjeu, qui est masqué par ces objections futiles, est le suivant. Supposons qu’un document d’Église recommande une politique économique particulière comme étant moralement nécessaire parce que ses rédacteurs estiment qu’elle sera meilleure pour les pauvres. Supposons encore qu’ils jugent que cette politique améliorera de façon tellement évidente le sort des pauvres qu’ils ne prennent pas en compte la possibilité d’un tout autre effet, ni qu’il pourrait y avoir une bonne raison de s’y opposer, ou même simplement qu’un lien puisse exister entre le bon résultat qu’ils espèrent et des effets secondaires involontaires et malheureux de cette politique. Et supposons maintenant que cette politique, en fait, non seulement n’améliore pas la situation des pauvres, mais l’aggrave. Que doivent faire les fidèles économiquement lucides ? Peut-on leur interdire de constater que le pape lui-même n’a pas le pouvoir de changer la réalité [5] ?

La question n’est pas de savoir si le pape peut nous instruire sur notre responsabilité morale en tant qu’acteurs sur le marché. La question est de savoir si les déclarations théoriques et empiriques du Pape sur la façon dont l’économie fonctionne, engagent son infaillibilité. Par exemple, le Pape peut certainement dire que tous les moyens moralement licites devraient être employés afin d’améliorer le bien-être des familles, car elles sont les éléments constitutifs de la société et les petites cellules (pour emprunter une phrase d’Edmund Burke) à partir desquelles ses futurs membres pourront un jour émerger. Mais en sa qualité de Pape, avec le pouvoir de lier tous les catholiques, sous peine de péché mortel, peut-il aller jusqu’à dire, d’un point de vue purement pragmatique, quel serait le meilleur moyen ou le plus efficace pour arriver à ce résultat ? Aucune définition orthodoxe de l’autorité papale n’inclut l’infaillibilité en ce qui concerne ces questions, et ce serait de la superstition pour un catholique de prétendre le contraire.
Le cas du Pape Paul VI et de l’Encyclique Populorum Progressio.

Un bon exemple de cette difficulté est l’Encyclique Populorum progressio du Pape Paul VI en 1967. Dans ce document, le pape a appelé le monde occidental à financer des programmes de développement du Tiers-Monde qui ont été désastreux dans la pratique. Ces programmes – comme le chercheur Peter Bauer l’a souligné en vain à l’époque – ont servi à la promotion de certains des régimes les plus brutaux du monde, et ont mis les dictateurs à l’abri des conséquences destructrices de leurs politiques économiques.

Ils ont retardé les réformes nécessaires, élargi le secteur public au détriment de l’économie productive, et ont créé souvent de violentes tensions ethniques et raciales entre des groupes tentant de prendre le contrôle de l’appareil d’État afin de s’approprier l’argent des subventions de l’Ouest.

Parmi les nations les moins développées, ce sont celles qui ont axé leur développement sur le marché qui ont fini par prospérer le plus, et où le sort des pauvres s’est amélioré de la façon la plus spectaculaire [6].

Ainsi, Paul VI a appelé à la mise en œuvre de politiques que peu de gens informés et responsables continuent à promouvoir ou à défendre aujourd’hui. Il y avait des gens à l’époque qui avaient prédit exactement ce qui se passerait, mais qui ont été ignorés au profit de l’opinion à la mode appelant au financement par l’Occident de programmes de développement dans le Tiers-Monde, dirigés par l’État.

Maintenant, le Pape Paul VI aurait certainement pu instruire les fidèles sur les enjeux moraux, les exhortant à faire preuve de générosité à l’égard de leurs frères pauvres. C’est ce que le maître de la foi et la morale est censé faire. Mais savoir si le libre-échange est plus efficace pour le développement des pays qu’un système protectionniste – est de toute évidence un sujet de désaccord légitime entre les catholiques [7]. Ou bien le fait de savoir si un programme de développement dirigé par l’État est une bonne idée économique, n’est pas une question sur laquelle le Pape peut imposer un jugement moral. Non seulement les spécifications de ces politiques sont très faillibles, mais en jouissant du prestige d’une encyclique elles peuvent inutilement troubler les consciences de bons catholiques, dont les désaccords ne sont pas fondés sur un désir pervers de s’opposer au Saint-Siège, mais sur des connaissances laïques spécialisées. C’est pourquoi Le pape Léon XIII disait : « Si je devais me prononcer sur toutes les questions économiques je porterais atteinte à la liberté des hommes de travailler sur leurs propres affaires. Certains cas doivent être résolus dans le domaine des faits, au cas par cas, à mesure qu’ils surviennent. » (Burton, 1962 : 171). »
Notes du traducteur

[1] Ce thème du juste salaire est devenu particulièrement important dans le monde catholique après la publication de Rerum Novarum du Pape Léon XIII (1891). Le Pape a condamné le socialisme, mais il a également convenu avec la pensée traditionnelle de son temps que la cupidité capitaliste avait plongé la classe ouvrière dans la misère. En second lieu, il a affirmé que les taux de salaire, fixés par l’accord volontaire des deux parties, pouvaient être injustes, notamment parce que les travailleurs n’avaient pas le pouvoir de le négocier. (NdT)

[2] Le lien entre l’école autrichienne et le catholicisme est plus que théorique : les scolastiques espagnols du XVIe siècle ont été des précurseurs importants de cette école. « Je suis convaincu qu’une communauté philosophique profonde existe entre le catholicisme et le brillant édifice de la vérité qui se trouve au sein de l’école autrichienne d’économie… Carl Menger, Mises et ses disciples, ont cherché à fonder les principes économiques sur la base de la vérité absolue, saisissable par le biais d’une réflexion sur la nature de la réalité. » Thomas Woods, The Church and The Market, A Catholic Defense of the Free Economy, Lexington Books, 2005, p. 216. (NdT)

[3] S’il s’agit de jugements touchant directement ou indirectement à la foi et à la morale, il va de soi que l’enseignement des Papes fait autorité (option préférentielle pour les pauvres, condamnation du vol et de la fraude par exemple). Par contre dès qu’un homme d’Eglise recommande une politique efficace pour améliorer le sort des travailleurs (par exemple par le salaire minimum, diverses prestations sociales, une lourde imposition sur les riches, ou tout autre solution) il entre dans un domaine dans lequel ses conclusions doivent être évaluées non pas sur la base de son autorité d’homme d’Église, mais uniquement sur la rigueur de son argumentation. (NdT)

[4] Les jugements purement historiques ou économiques échappent à l’autorité papale. En effet, l’économie ne prononce pas de jugements éthiques. Si un économiste affirme, que les lois sur le salaire minimum produisent du chômage, il fait une affirmation purement factuelle. L’éthique est normative tandis que l’économie est descriptive. L’économie indique les effets probables de certaines politiques, alors que l’éthique détermine ce qu’il faut faire. Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de dimension morale à l’ordre économique. La fraude, le vol sont des crimes qui méritent la condamnation du théologien moraliste. De même, toute défense du libre marché exige de se fonder sur un certain nombre de jugements éthiques concernant le droit de propriété, la dignité de la personne humaine etc. (NdT)

[5] On peut ainsi penser que le salaire vital minimum a pour effet d’appauvrir la société et que la situation des travailleurs serait meilleure dans une société fondée sur un libre marché du travail. Rien ni personne ne peut obliger le catholique à croire, en conscience que le salaire minimum peut être une bonne chose pour les travailleurs, même si un pape a défendu cette idée. Il s’agit ici d’un désaccord sur un point discutable, qualitativement différent de la négation de la naissance virginale, de l’Immaculée Conception, ou de l’égalité des trois Personnes de la Sainte Trinité. « Si un pape dit que deux et deux font cinq, il serait déraisonnable d’appeler dissident quelqu’un qui fait valoir que, en fait, deux et deux font quatre », écrit Thomas Woods. (NdT)

[6] « Curieusement on ne trouve rien, dans les écrits économiques des Papes depuis 1891, sur l’énorme augmentation du niveau de vie, devenue évidente pour la grande majorité de la population depuis la révolution industrielle jusqu’à nos jours. Or l’augmentation substantielle du pouvoir d’achat et des salaires a eu lieu tout au long du XIXe siècle, le siècle du « laissez-faire ». Au contraire, les encycliques sociales parlent de la condition des travailleurs uniquement en termes de stagnation, voire même de déterioration (comme d’ailleurs l’opinion populaire continue de le croire). A l’aube du XIXe siècle en Angleterre l’espérance de vie était d’environ 37 ans, mais après 1871, 20 ans avant ’’Rerum Novarum’’, il y a une augmentation très forte, de sorte qu’en 1900, l’espérance de vie est d’environ 50 ans pour un anglais. Par contre, le revenu réel par habitant commence à s’envoler immédiatement après 1800 dans toute l’Europe ». (Thomas Woods, The Church and the market, p. 72) (NdT)

[7] Woods se réfère parfois au professeur Daniel Villey, un français qui fut le premier président de l’Aleps (Association pour les libertés et le progrès social, qui a son siège à Paris et qui entretien des liens historiques avec la Société du Mont Pélerin de Hayek). Celui-ci rappelle que « la théologie catholique n’exclut pas le pluralisme des opinions sur les questions profanes. Nous ne prétendons pas que notre économie soit la seule catholique, mais simplement que ce que nous enseignons, non seulement n’est pas opposé, mais est en fait, profondément compatible avec le catholicisme traditionnel. » (Op. cit., p. 215) (NdT)

http://www.contrepoints.org/2010/10/17/2144-eglise-libre-marche

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MessageSujet: Re: La doctrine sociale de l'Eglise et le libre marché   Dim 05 Fév 2012, 00:38

Bonsoir,

Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même.

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MessageSujet: Re: La doctrine sociale de l'Eglise et le libre marché   Dim 05 Fév 2012, 15:12



Si cela peut aider à approfondir ce texte important, cher Philippe (et pardon si dans mon commentaire il y a des raccourcis), je me permets d'y adjoindre, ci-dessous, un résumé historique et chronologique qui montre au combien l’économique et le social sont au cœur des préoccupations de la vie de l’Église et de son constant souci de "l'option préférentielle pour les plus pauvres".

Nous y verrons, comme vous le savez tous, qu’aujourd’hui ce souci s'inspire de la parabole du "Bon Samaritain".

Je pense donc, mais je peux me tromper totalement, que le silence de l’Église par rapport à l’énorme augmentation du niveau de vie est signe de sa la lucidité au regard "de la sécularisation accélérée aboutissant à une idolâtrie du progrès donnant un progressisme radical faisant considérer toute spéculation métaphysique ou religieuse comme un divertissement accessoire". (Ouf !)

L’Église sait que la sagesse humaine sans Dieu, ça ne marche pas.

Je comprends sa prudence car elle mise sur "le temps" pour dire certaines choses car se sachant guidée par le Saint Esprit.

C'est un chemin d'humilité qui aboutit à regarder les événements d'aujourd'hui dans l'optique du "Bon Samaritain".

Et comme le dit le texte (voir le lien): "l'urgence première: resituer l'espoir humain dans une dimension éternelle".
Ceci implique que "la richesse des riches n'est légitime que s'ils mettent leur richesse au service de pauvres".
Il y a donc une attitude biblique à avoir pour ce qui touche les augmentations de niveau de vie: ne pas perdre de vue les dimensions d'éternité et évangélique.


Pour ceux qui voudraient regarder la chose plus en détail je vous mets le lien du PDF: Morale sociale, économique et politique ou introduction à la morale sociale de l’Église tout en bas de page.
Cet historique en est tiré.



Survol de la doctrine sociale de l'Eglise
De l'anathème au dialogue-mission sacramentelle

La modernité, émergence du sujet face, voire contre son environnement, apparaît sur les
ruines de la chrétienté médiévale.

I. Le temps des affrontements : de Grégoire XVI à Pie IX

Grégoire XVI (1862) : la Pologne catholique succombe aux pressions. Félicité de Lamenais
veut défendre la nation polonaise. Exaltation de la fraternité universelle antihiérarchique. Il
cherche à faire une synthèse théologique, révolutionnaire, antihiérarchique. Il sera
condamné pour son Parole d'un croyant. (Son frère, fondateur des Frères des Ecoles
chrétiennes, est bienheureux).
Pie IX avec Quanta Cura. Le syllabus est l'acmé de l'affrontement politique, philosophique et religieux. L'autorité de l'Eglise veut réguler le corps social. La France est alors la première
puissance mondiale, sur le plan culturel notamment. On aboutit à la "guerre des 2 Frances",
notamment dans les affaires de la laïcité.

II. Essai vain d'entrisme2


1. DES commence avec Rerum Novarum de Léon XIII.

A partir de la mort de Pie IX (1878), il y a une radicalisation de la laïcité en France. Le
ralliement de 1890 où le cardinal Lavigerie disait qu'on peut être un bon chrétien et un bon
républicain est considéré par certains comme un scandale. Le pape Léon XIII ne veut pas
s'enfermer dans l'affrontement contre la modernité. Il faut passer de l'affrontement des
idées à l'amour des personnes.
Mise en route qui s'avérera vaine. Ce n'est qu'en 1950 que la modernité n'a vraiment
triomphé. Le sens critique, la volonté de s'ériger contre la société, la religion est apparu très
progressivement.

1891, Rerum Novarum : document évangélique au sens où il relève de l'option préférentielle pour les pauvres (on regarde la position des ouvriers dans la révolution industrielle) sur une réalité pourtant prometteuse au plan économique. C'est la sortie de l'opium du peuple. C'est une réalité sociale nouvelle (décuplement de la puissance industrielle). L'Eglise aborde la révolution industrielle à partir de la condition ouvrière. On regarde ceux qui en pâtissent le plus.

C'est politique aussi. Car on est en confrontation avec le monde. Dénonciation aussi du faux
remède du communisme. Le personnalisme chrétien va s'affronter à la massification
anonyme.
L'individualisme c'est un personnalisme sans la charité. La massification anonyme est la
destruction de l'individu (purement diabolique). Or l'individu + charité = personne.
Il y a légitimité de la propriété comme substrat de la responsabilité personnelle. Propriété
limitée par la destination universelle des biens. Légitimité des associations professionnelles.

2 Entrisme : Fait d’entrer dans un parti politique dont on n’approuve pas le programme, pour en modifier l’orientation ou, plus souvent, pour y gagner des membres favorables à une scission.
Méthode trotskiste de pénétration, de subversion, d'infiltration.

On réunit par branches (tous les maçons…) verticales, mais aussi horizontales (soit les
patrons, soit les ouvriers). Ce point a fait passer Léon XIII pour le "pape rouge", permission
d'un contre-pouvoir au libéralisme. Le contrat ne légitime pas le salaire (un salaire qui ne
permet pas de vivre est inique). Le rôle de l'Etat est de veiller au bon fonctionnement du
corps social. Aider les plus faibles.
Mise en place d'un "capitalisme rhénan". L'Allemagne est catholique à l'Ouest comme la
France de l'Est. Le capitalisme anglo-saxon est plus libéral. La DES a eu une efficacité
honteuse dans ce sens là : bien des non-chrétiens ont pillé l'enseignement de l'Eglise (social-démocratie par ex qui mettra de plus en plus de personnalisme dans son vin "massifiant" ;
convergence d'intérêt entre le socialisme rose et la DSE).
Au niveau politique, Rerum Novarum est un succès (influence considérable) qui s'est dilué
(pas de prééminence de l'Eglise dont nous avons la nostalgie). De la part de la papauté,
abandon de la partie politique. Cf. Quas primas, 1925 : instauration de la fête du Christ Roi
avec la requête que les autorités sociales viennent reconnaître la royauté du Christ.
Echec extérieur mais triomphe moral. Nos idées sont passées en partie, même si on ne
reconnaît pas la paternité de nos idées. Echec de la politique de Pie XI. Les intégristes nous
prennent pour des traîtres.
L'entrisme politique a un peu marché avec la démocratie chrétienne en Italie en 1945. Mais
ça n'a pas duré.

2. Quadregimo Anno, 1931 – la subsidiarité
Un consensus des théologiens moralistes et des hommes politiques chrétiens qui est repris.

III. Face aux périls
Les drames de la 2nde guerre mondiale manifestent l'éclipse de la raison. Face aux
totalitarismes bruns et rouges, on crie "à la folie".

1. Mit brennenger Sorge
"Avec un souci brûlant", encyclique contre le nazisme, 1937, XX. Les attributs du Christ
comme homme nouveau sont attribués à la race arienne. Prétention de rédemption par le
nazisme.

2. Divini redemptoris (1937)
Contre le communisme, intrinsèquement pervers.

3. Radio-message de 1941 de Pie XII
Noël, 60ème anniversaire de Rerum Novarum. Contexte de censure quasi-absolue. Pas
d'imprimerie possible. Synthèse de la DES qui semble intemporelle. Discours non-relatif à la
situation dramatique. Il ne s'agit plus d'entrisme, on ne rentre pas dans la société qui devient
trop folle. L'Eglise a renoncé à ce que sa royauté sociale soit reconnue socialement. On
renonce à la chrétienté formelle, aux Etats catholiques.


IV. De l'Europe à la mondialisation

Après la 2ème guerre mondiale, le déclin de l'Europe commence. Le discours jusqu'à là était
raciste. L'Eglise ne s'est pas levée contre ce "racisme naturel" européen. L'Eglise, dans son
silence qu'on peut considérer comme regrettable a quand même gardé le cap, par le
baptême des non-blancs. Tous les hommes sont égaux devant Dieu.

1. Mater et Magistra, Jean XXIII, 1961

70ème anniversaire de RN. Dans la phase préparatoire de Vatican II. Il y a des signes des temps comme la décolonisation, la reconnaissance de la dignité de la femme (acteur et sujet politique), la question du sous-développement (le Tiers-mondisme apparaît). L'Eglise ne partira pas avec les colons. Image héroïque du cardinal Duval, évêque d'Alger, qui reste sans peuple.

2. Pacem in terris, Jean XXIII, 1963

L'Eglise reconnaît les droits de l'homme. Scandale chez certains traditionalistes ! Formule
empoisonnée. Mais le venin est parti (dans la déclaration de l'ONU de 1947 par rapport à
1789). L'Eglise a toujours accueilli dans sa culture des éléments extérieurs (cf. GS 44). On
parle des valeurs de la DES. Appel à considérer le bien universel au plan mondial.

3. Vatican II

L'homme moderne est le malade sur le bord du chemin (cf. parabole du bon samaritain).
Présence à un homme moderne blessé. Cf. GS dont le plan est significatif.
Dignitatis Humanae, n°3 clôt l'idée d'Etat catholique. Il y a une telle autonomie des réalités terrestres qu'on ne peut pas considérer de l'Etat qu’il fasse la cohésion sociale sur le plan religieux. L'Etat laïc n'est pas le laïcisme qui est rejet des croyants.

4. Populorum progressio, Paul VI, 1967

Le progrès des Peuples : le développement doit être intégral (tout l'homme) et solidaire. Le
développement économique est illusoire sans développement culturel (ex : argent donné
aux pays africains pré-modernes) et spirituel (en Occident).

5. Octogesimo Adveniens, Paul VI, 1971

Lettre au cardinal Roy (Québec). Mise en garde contre l'adhésion aux idéologies. Les utopies
sont saines si on les considère comme utopies. Dernière critique au communisme dur. On
distingue les différents niveaux de socialismes : le socialisme modéré est une option
pragmatique acceptable pour des chrétiens.

6. Iustitia in mundo, Exhortation post-synodale, 1971

V. L'enseignement de Jean-Paul II

Un non-italien. Les italiens ont un génie du compromis que ce pape polonais n'avait pas !


1. Redemptor hominis, 1979

Encyclique programme : "L'homme est la route de l'Eglise". Lien entre l'homme et la
création. Début du souci écologique. Si l'homme est sauvé, la création sera sauvée.

2.Dives in misericordia, 1980

"Le plus grand droit est la plus grande injustice… si le droit n'est pas habité par la charité".
Pas de charité sans justice préalable.

3. Laborem exercens, 1981

Le travail est à la fois objectif et subjectif. Clé de compréhension de l'homme.
Personnalisme, comme spiritualité du travail. Primat du travail sur le capital.

4. Sollicitudo rei socialis, 1987

Reprise de la question du développement. "Option préférentielle pour les pauvres" reprise
pour la première fois dans une encyclique. Discours sur les "structures de péchés" qui sont
les institutions sociales issues de péchés et favorisant le péché.
Déclin de l'idée de "progrès" qui est à la source d'asservissement, de danger écologique.

5. Centesimus Annus, 1991

Après la chute du Mur (1989). L'athéisme d'Etat est débilitant au niveau moral, devenant un
athéisme culturel. Aliénation de l'activité économique par complexification. Evolution des
moyens de développement : terre, capital, maintenant l'homme lui-même avec ses capacités
d'apprendre. On passe d'une économie caractérisée par le scandale de l'exploitation, de la
domination à une économie marquée par le scandale de l'exclusion.

Benoît XVI : 2ème partie de Deus Caritas est traité de la DES : place de la charité dans l'Etat.


Voici le lien du PDF :

http://www.dogmatique.net/Poly%20-%20Morale%20sociale%20et%20politique.pdf

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