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 Turquie : le modèle islamiste en question

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fredsinam



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MessageSujet: Turquie : le modèle islamiste en question   Jeu 15 Déc 2011 - 15:41

Turquie : le modèle islamiste en question

L'expérience turque semble concluante. Au pouvoir depuis 2003, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan peut se féliciter d'un bilan économique impressionnant et aussi d'une certaine démocratisation. Tout « islamiste modéré » qu’il est – entendez « libéral » en économie et « conservateur » en matière de mœurs – il peut se féliciter d’une croissance économique qui a atteint 9% en 2010. Malgré la crise dans l'économie mondiale, le taux de croissance annuel moyen est de 4,5% depuis 2002. Le revenu moyen par habitant a triplé en dix ans !

Des logements sociaux, des hôpitaux, des écoles, des milliers de kilomètres de routes ont été construits. En Turquie, une nouvelle classe moyenne est en train d’émerger dans les grandes villes. Il ne faut pas chercher plus loin pour comprendre la réélection triomphante d’Erdogan en juin 2011 avec pratiquement 50 % des votes. Issu des milieux populaires d’Istanbul, Erdogan incarne le parti qu’il préside : l’AKP, Parti pour la justice et le développement. Plusieurs partis islamistes réformateurs en Egypte (les Frères musulmans), en Tunisie (Ennahda) et au Maroc s’en inspirent.

A l’étranger, la Turquie est devenue une référence, surtout dans le monde arabe. En quasi-faillite il y a dix ans, le pays est aujourd’hui la seizième puissance économique mondiale. Dans les pays voisins, les entreprises turques investissent et les productions de feuilletons à la télé font un tabac... Contrairement à d’autres régimes « islamistes », celui de l’AKP tient au rapprochement avec l’Europe, malgré un sentiment d’humiliation chez les Turcs après les reculades française et allemande dans le dossier de l’adhésion à l’Union européenne. Le « VRP » Erdogan plaît à la « rue arabe » : il porte mieux que les leaders arabes l'empathie pour les Palestiniens et la critique contre Israël ; il prêche la démocratie et il dénonce le salafisme (le rigorisme extrémiste religieux). Ce qui n'empêche pas l'AKP de financer la construction de mosquées un peu partout dans le pays.

Néanmoins, Erdogan et son AKP inquiètent parfois à cause d’un certain autoritarisme. Si le pouvoir tolère une certaine expression libre sur l’Arménie, il fait emprisonner les journalistes qui défendent trop, à ses yeux, les Kurdes. A y regarder plus près, le bilan social et économique est loin d’être satisfaisant : le chômage, autour de 12 %, ne baisse plus ; les clivages entre pauvres et riches augmentent ; les disparités régionales demeurent considérables ; les perspectives économiques pour 2012 sont bien plus faibles qu’en 2011.

Qu’en penser ? Et en quoi est-ce un modèle pour les « islamistes modérés » ? Pour nous aider à mieux comprendre, nous avons sollicité le regard du journaliste et intellectuel Franco-Turc Selami Varlik. Rédacteur en chef adjoint à l’édition française du journal Zaman (le plus grand journal turc avec un tirage de 800 000, de tendance idéologique plutôt AKP, quoiqu’indépendant), il est aussi doctorant à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales, où il prépare une thèse sur le réformisme des intellectuels musulmans turcs.
"La modernité islamique, c'est quand l'islam n'est plus identitaire"

Comment l'islamisme en Turquie a-t-il évolué ces deux dernières décennies ?

Au milieu des années 90, l'islamisme s'est scindé en deux. Le principal leader était Necmettin Erbakan, qui était alors le maître de Recep Tayyip Erdogan. Erbakan avait un programme islamiste qui reflétait son époque : éloignement de l'Europe, rapprochement avec les pays musulmans, mesures allant dans le sens de la pratique de l'islam. Il n'avait pas un programme belliqueux. Il avait choisi le chemin des élections.
Erdogan, lui, représentait une autre tendance. Il prônait le rapprochement avec l'Europe. Son idée était qu’on pouvait être musulman pratiquant et diriger un pays sans pour autant imposer des lois contraignantes.
Alors que le pouvoir était traditionnellement laïc en Turquie ?
Oui. Dans les années 90, nous avions encore un fort clivage entre l'élite kémaliste citadine (1), plutôt bourgeoise, d’un côté, et les masses populaires plutôt rurales, pauvres, pratiquantes, de l’autre.
Mais ce clivage est devenu moins important. L'exode rural a porté ses fruits. Les musulmans pratiquants se sont installés en ville. Le niveau universitaire a augmenté. Les « tigres anatoliens » – des petites entreprises d'Anatolie - se sont développés de plus en plus dans les grandes villes. Les jeunes filles qui voulaient porter le voile étaient désormais instruites. Elles avaient au moins le bac. Elles avaient étudié, en classe, Descartes et Nietzsche.
Tout cela a donné naissance à ce qu’on appelle « l'islamisme modéré ».

Y a-t-il un « islamisme modéré » ?

Non. Pour qualifier Erdogan je parlerai plutôt de « modernité islamique » voire musulmane. C’est un peu comme la différence entre la substance et l'accidentel. Ecoutez cette phrase : « la table est rouge ». La table est en substance table, accidentellement rouge. Elle aurait pu être blanche ou jaune. Dans l’expression « islamisme modéré », le mot central est l'islamisme. Erdogan est parfois considéré comme un islamiste modéré. Le problème est qu’il n'a pas un programme islamiste. Il n’a jamais imposé une loi à caractère religieux. En revanche, il est moderne. Il fait vivre une modernité islamique. C'est une modernité qui a une couleur d'islamité.
Les musulmans découvrent la modernité...
La modernité islamique signifie que des musulmans pratiquants ont découvert que la modernité n'est pas si mauvaise que ça. Ceux qui étaient dans la périphérie en Turquie se sont installés au centre. Le système, c'est désormais aussi eux. Et ils y ont pris goût. Plus généralement, je dirais que la modernité islamique, c'est quand l'islam n'est plus identitaire. C’est quand des jeunes musulmans peuvent écouter du heavy métal, jouer de la guitare et interrompre la répétition pour faire la prière.
Une anecdote : j'ai un copain musulman pratiquant à Istanbul qui écoute Metallica (groupe américain très trash de heavy métal, ndlr) et qui est avocat. Il est fils d'un juge, de la bourgeoisie, mais il n’idéalise pas l'Occident. Cette musique ne lui pose aucun problème. Il y a vingt ans, cela aurait été inconcevable pour un islamiste. Il se serait demandé si on pouvait écouter de la musique tout court.
Or, à Barbès, à Paris, vous verrez plus difficilement un musulman pratiquant écouter Metallica. Parce que pour lui, Metallica c'est l'autre, le système dominant. En France, les musulmans sont plus souvent dans un rapport identitaire dominant-dominé. A Istanbul, l'islam n'est pas menacé. Plus généralement, le rapport à la modernité est décomplexé. D’ailleurs, le gouvernement AKP n’est pas une cause, il est une conséquence de ces évolutions.


En quoi Erdogan aurait-il amélioré le respect des libertés fondamentales en Turquie ?

Il a, par exemple, initié de nombreuses mesures en faveur des minorités non musulmanes. Il a récemment rendu les biens des fondations des minorités chrétienne et juive que l'Etat avait confisqués en 1923. Mais, tout ça reste insuffisant, il y a encore beaucoup à faire.
Beaucoup disent qu’il y une islamisation en cours en Turquie…
Certains le disent. Mais je ne suis pas d’accord. Certes, il y a plus de femmes voilées aujourd'hui qu’il y a vingt ans. On peut facilement voir des femmes voilées assises dans un café en train de bouquiner et de fumer une cigarette. Auparavant, la femme voilée restait chez elle. Aujourd’hui, elle est étudiante ou elle travaille. Il y a un réinvestissement de la vie culturelle par les musulmans pratiquants.

Comment Erdogan utilise-t-il la référence islamique ?

Erdogan est musulman pratiquant et il le montre. Il a une morale musulmane. Sur certains sujets, il défend explicitement les musulmans. Il est favorable au port du voile dans les facultés alors que c’est toujours interdit. Il est plutôt pro-palestinien que pro-israélien. Mais son islamité ne paraît pas dans des mesures concrètes.
Ce qu’Erdogan montre est très important pour la conscience profonde turque. Entre laïcs et croyants pratiquants, il y avait en Turquie un « eux » et « nous ». Les kémalistes ont brimé la religion pendant des décennies. C’est un fait. Aujourd’hui, Erdogan fait davantage respecter la liberté de culte.

Erdogan est donc mieux compris par les religions non musulmanes que ne l'étaient les régimes kémalistes ?

Oui. L'identité kémaliste reposait sur la turcité musulmane avec un accent nationaliste, voire fasciste, opposé à tout ce qui n'était pas l'islam turc. Les biens des communautés non musulmanes ont été confisqués par le régime kémaliste. La période où les Juifs turcs ont connu le plus de problèmes, c'était le début de l'époque kémaliste. Il reste encore beaucoup de choses à faire mais aujourd’hui, on dialogue beaucoup plus. Jamais l’Etat n’a, par exemple, autant rénové d'églises, ni attribué de droits aux communautés non musulmanes.

Et la conversion au christianisme ?

Légalement, il n’y a aucun problème. Mais socialement, cela peut être difficile...

Au total, la Turquie peut-elle être un modèle pour des pays arabo-musulmans ?

Je ne pense pas qu'il faille raisonner en terme de modèle. Elle peut pourtant être une source d’inspiration.
Qu’est-ce qui manque dans ce modèle pour les Turcs ?
Une véritable opposition face à Erdogan.

http://www.lavie.fr/religion/islam/turquie-le-modele-islamiste-en-question-15-12-2011-22576_20.php


Dernière édition par fredsinam le Jeu 15 Déc 2011 - 16:49, édité 1 fois
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Philippe Fabry
Administrateur


Masculin Messages : 13954
Inscription : 31/01/2009

MessageSujet: Re: Turquie : le modèle islamiste en question   Jeu 15 Déc 2011 - 15:44

Très intéressant. Quelle est la source ?

_________________
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fredsinam



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MessageSujet: Re: Turquie : le modèle islamiste en question   Jeu 15 Déc 2011 - 16:48

Philippe Fabry a écrit:
Très intéressant. Quelle est la source ?

Excuse moi j'ai oublié de la mettre :

http://www.lavie.fr/religion/islam/turquie-le-modele-islamiste-en-question-15-12-2011-22576_20.php
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