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 Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot

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Abenader



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MessageSujet: Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot   Ven 09 Déc 2011, 23:28

Pour tordre le cou, s'il en était encore besoin, à l'idée scandaleusement fausse colportée et surtout crue par tant, selon laquelle le monde en paix est né à V2, qu'avant, c'était l'intégrisme, le fanatisme (pas mal ce mot, on imagine bien les chiens policiers de l'Eglise et les bûchers à tous les coins de rue), l'extrémisme et autres sornettes, voilà ce qui passait sur les ondes radio le dimanche: les causeries dominicales de Mgr Chevrot.

C'est quand même autre chose que ce qui passe actuellement.

Citation :


Les petites vertus du foyer

1. La petite vertu de bienveillance

Par Mgr Georges Chevrot

Causerie radiophonique dominicale de 1949



Un des secrets de la bonne humeur est de s’obli­ger à regarder les beaux côtés des personnes avec qui la vie nous met en relations. Or l’habitude de ne voir que les côtés lumineux des âmes et de rechercher tout ce qui est beau nous conduit à pratiquer une autre vertu qui, comme la gaieté, est un signe de force mo­rale et une condition de bonheur, j’ai nommé la pe­tite vertu de bienveillance.

Je n’ai pas l’intention d’enfoncer une porte ouverte ; je pense bien qu’à l’intérieur de la famille, sauf de rarissimes exceptions, vous n’avez que de bons sentiments les uns pour les autres. Dans mon esprit, il s’agit de la bienveillance envers ceux qui n’habitent pas sous votre toit. Et d’un mot je dirai que les foyers heureux, les foyers vraiment chrétiens sont ceux où l’on ne dit pas de mal des absents et où tout le monde est sûr de recevoir un bon accueil.

La bienveillance consiste d’abord à porter sur autrui des jugements empreints de charité, à ne point diminuer ses mérites, à se réjouir sincèrement de ses vertus et de ses succès, même lorsqu’il réussit là où nous avons échoué. La bienveillance nous fait accorder aux autres le préjugé favorable. N’avez-vous pas observé cette tendance instinctive qui pousse tant de gens à croire au mal plus facilement qu’au bien ? Quelqu’un est accusé d’une faute, ils commencent par admettre sa culpabilité, quitte à reconnaître en­suite qu’ils ont été ou qu’ils se sont trompés. L’homme bienveillant, au contraire, commence par refuser de croire à la faute tant qu’il n’en aura pas de preuves certaines ; puis, s’il a la certitude que ce tiers a réellement commis un acte répréhensible, il s’im­pose de n’en point parler, à moins que ce ne soit pour lui trouver une excuse ou des circonstances atténuan­tes. Ne condamnez pas disait Notre-Seigneur, et vous ne serez pas condamnés. Sans doute, lorsque vous in­terprétez favorablement la conduite d’autrui, l’indul­gence risque de vous tromper ; mais si vous le jugez avec sévérité, votre jugement est presque sûrement entaché d’erreur.

D’où vient la malveillance ? Peut-être de l’orgueil qui, en abaissant les autres, nous donne l’illu­sion que nous leur sommes supérieurs. Peut-être aussi d’un sentiment inavoué d’envie : nous suppor­tons avec peine que les autres aient des qualités ou des avantages dont nous ne sommes pas également pour­vus et l’on n’est pas fâché de leur trouver des défauts ou de les prendre en faute. Chose curieuse, il arrive que les mieux doués portent envie à de moins favo­risés qu’eux, comme le dit un proverbe persan : « Le soleil est envieux de la lune qui se lève. »




À suivre...


Dernière édition par Chris Prols le Ven 09 Déc 2011, 23:34, édité 2 fois
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Abenader



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MessageSujet: Re: Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot   Ven 09 Déc 2011, 23:30

Citation :
Prenons-y garde. Les sentiments les plus bas rô­dent autour de ceux qui y pensent le moins et, pour s’en préserver, il faut toujours craindre d’y consen­tir. Il en est ainsi de ce « mauvais regard » jeté sur nos frères. Il se dit en latin invidia, d’où est venu notre mot français « envie ». Le peintre Giotto, dans une église de Padoue, a représenté l’envie sous les traits d’une femme aux oreilles démesurément élargies à force d’écouter trop avidement le mal, et dont les yeux sont mordus par un serpent : mais le serpent ne se jette pas sur elle du dehors, il sort de sa bouche. Le venin qui obscurcit et pervertit sa vision est sécrété par le cœur même de la personne malveillante.

Chrétiens, délivrons-nous de cette maladie du dé­nigrement, et pour cela, faisons-nous une règle d’ad­mirer la beauté et la bonté partout où nous les rencon­trons. Au lieu de relever chez les autres l’ombre qui at­ténue l’éclat de leurs qualités, rappelons-nous qu’il n’y aurait pas d’ombre s’il n’y avait pas de soleil et obstinons-nous à considérer ce qu’ils ont de bon et ce qu’ils font de bien. Soyons les premiers à les louer des qualités et des actions par où ils nous dépassent.

Il faut distinguer avec soin entre l’esprit critique et l’esprit de critique. Le premier est louable : grâce à lui nous distinguons le vrai du faux, le juste de l'in­juste, le bien du mal ; il nous met à l’abri des impul­sions téméraires, des engouements naïfs et des con­damnations prématurées. Tout autre est l’esprit de critique, la manie de ne voir, de ne chercher que le mal. Quel triste caractère celui qui est incapable d’ad­mirer franchement ce qui est digne d’éloge ! Savoir admirer est le fait des hommes intelligents et valeu­reux. De même que le médisant s’intoxique de toute l’amertume qu’il distille, de même le bienveillant s’enrichit de toutes les beautés qu’il admire. En ad­mirant on se grandit, on respire dans une atmosphère de respect et d’enthousiasme. Inconsciemment on s’élève vers Dieu, principe de toute grandeur et de toute beauté. N’est-ce pas parce que l’admiration est une forme de la prière qu’elle nous procure la paix et la force ?

C’est pourquoi nous aimons tant la maison où, autour de la table familiale, la réputation du prochain n’est jamais ternie. Pour cette raison aussi on y est tou­jours bien accueilli. C’est le second aspect de l’aima­ble vertu de bienveillance.

Dites-moi où réside la sainteté, sinon dans ce chrétien qui se tient à la disposition de tous, toujours prêt à rendre service ? On croirait qu’il n’a que cela à faire. On le dérange pas mal, et certains en abusent, mais il ne le fait pas remarquer. Pour un peu, il vous remercierait d’avoir eu recours à son obligeance. J’affirme que cette forme de renoncement l’emporte aux yeux du Seigneur sur beaucoup d’autres sacrifi­ces, apparemment plus coûteux. D’emblée le chré­tien bienveillant entre dans les préoccupations de celui qui l’aborde. Il possède l’art merveilleux, dont parle saint Paul, de se réjouir avec ceux qui sont dans la joie et d’être personnellement affligé de la peine de ceux qui souffrent. Il se fait tout à tous.


A suivre...
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Abenader



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MessageSujet: Re: Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot   Ven 09 Déc 2011, 23:31

Citation :
Écoutons patiemment ceux qui se confient à nous. « Rien ne plaît tant à un grand parleur qu’un parfait écouteur », disait saintFrançois de Sales. Sans doute devez-vous ménager votre temps : il faudra parfois abréger le discours du visiteur, mais vous le ferez avec tant de simplicité et d’amitié qu’il sentira que néanmoins vous l’avez compris. En vous quittant il partira meilleur et plus courageux.

Se faire tout à tous n’implique pas qu’on se mêle de tout pour régenter tout le monde, à la manière de la mouche du coche. Le bienveillant n’est pas un touche-à-tout. Il est seulement au service de quicon­que a besoin de lui et il s’efforce de l’aider dans la mesure de ses moyens.

Dans toutes les paroisses, dans tous les quartiers, il existe de ces maisons à la porte desquelles on ne frappe pas en vain : ce sont de vrais « postes de se­cours » ; on y trouve, sinon l’aide immédiatement né­cessaire, du moins l’intérêt et la sympathie qui sont un premier réconfort. L’intimité familiale ne s’y resserre pas dans l’étroitesse d’un égoïsme collectif ; elle s’épa­nouit dans la joie d’être utile aux autres.

À l’encontre de ceux qui pensent être des sages, en se vantant de vivre chez eux sans s’occuper des autres, « pour ce qu’on est récompensé, ajoutent ils, on ne s’attire que des ennuis », les foyers chrétiens, eux, ne critiquent pas les autres (en ce sens, ils ont raison de ne point s’en occuper) mais ils ne s’en désintéressent pas. Leur porte, leur cœur, leurs mains sont ouverts à tous ceux à qui ils peuvent rendre un service. Et leur ré­compense est dans la joie d’avoir été bienveillants.

« Il faudrait, écrivait Gratry, se préparer à la mort, tous les soirs, par un acte d’amour. Il faudrait imiter le petit enfant qui, avant d’aller prendre son sommeil sous la garde de Dieu et des anges, va embrasser tout le monde, non seulement son père, sa mère, ses frè­res, ses sœurs, mais aussi les étrangers qui se trou­vent là. Et nous aussi, avant d’aller dormir, il nous faut embrasser tous les hommes, par un acte de cha­rité ! Ce sera une nuit bénie. »

A suivre...



Dernière édition par Chris Prols le Ven 09 Déc 2011, 23:33, édité 1 fois
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Abenader



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MessageSujet: Re: Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot   Ven 09 Déc 2011, 23:33

Citation :
2. La petite vertu de discrétion


Au devoir de la sincérité dont je vous ai parlé, vous aurez apporté le correctif qu’il réclame, à savoir que « toute vérité n’est pas bonne à dire ». Je souscris volontiers à cette réserve, du moment qu’il s’agit du bien de la personne à qui l’on parle : en ce cas, la charité est une limite légitime ; mais si la vérité de­vait seulement attirer des ennuis à celui qui parle, ce ne serait pas toujours une raison plausible de se taire, et il se pourrait que la vérité fût bonne à dire, même à notre préjudice. Il reste hors de cause qu’on ne doit pas parler sans discernement, et l’art de discerner ce qu’il faut dire, ainsi que la manière de le dire font l’objet de la vertu de discrétion.

Encore une « petite » vertu, mais qui contribue puissamment à la paix du foyer. La vertu de discré­tion consiste premièrement à ne pas vouloir tout connaître, et deuxièmement à savoir ne pas tout dire.

Foin des indiscrets qui cherchent à se renseigner sur tout auprès de tous et qui vous posent à brûle-pourpoint des questions en des matières qui ne les concernent pas ! Il est trop clair qu’on ne doit pas la vérité à ceux qui n’y ont pas droit, et qui pourraient, au surplus, faire un mauvais usage de la réponse qu’ils vous auraient arrachée. Le questionneur intem­pestif n’est pas fondé à se plaindre si vous avez éludé son coup de sonde poliment ou… brusquement. Toute famille a son histoire, ses projets, ses secrets qu’elle peut défendre contre la curiosité de ces sor­tes de cambrioleurs que sont les indiscrets.

Mais voici un cas plus délicat. Est-ce qu’au même foyer on peut avoir des secrets les uns pour les autres ? Je réponds que chacun y est obligé de respec­ter la vie personnelle des autres et de ne pas tenter d’en forcer l’accès. Il vade soi que lorsqu’un chef de famille est médecin ou avocat, il est rigoureusement lié par le secret professionnel, que nul ne doit chercher à découvrir. Convenez aussi qu’une femme, si tendrement qu’elle aime son mari, n’est pas autori­sée davantage à lui faire part de la confidence d’une amie qui est venue chercher auprès d’elle un conseil dans une affaire tout intime. De même que nous ne saurions disposer d’une somme d’argent que nous avons acceptée en dépôt, de même le secret que nous avons consenti à entendre ne nous appartient pas, il est la propriété de celui qui nous l’a confié ; nous n’ avons pas le droit de le divulguer. Les parents peuvent avoir des secrets à l’égard de leurs enfants déjà grands ; mais l’inverse peut se produire, et ceci réclame beaucoup de tact de la part des parents.

Sans doute, dans les heures critiques que traver­sent parfois les adolescents, ils trouveront rarement, en général, des confidents plus attentifs et plus secou­rables que leur père ou leur mère. Encore ne voudront-ils se confier à eux que si les parents ne leur font pas subir un interrogatoire trop serré et s’ils ne se plaignent pas trop amèrement des silences prolon­gés de l’enfant qui grandit. Je dirais à ce dernier : « Allons, secoue-toi un peu, fais effort pour te mêler à la conversation de la table familiale. » Et je conseillerais aux parents : « Vous le voyez soucieux, maussade, votre intuition ne vous trompe pas, il a un secret. Que votre affection soit à la fois vigilante et patiente. Une interrogation trop directe l’emprisonnerait dans son mutisme. Attendez. Un mot le trahira bientôt. Ne le relevez pas tout de suite. Mais quand vous serez en tête à tête avec lui, demandez-lui doucement ce que ce mot signifiait. L’aveu viendra de lui-même. »

La bonne méthode est d’être soi-même ouvert et souriant, d’écouter toujours les autres — oh ! oui, il faut avoir soin d’écouter, — mais aussi de respecter leur silence. La confiance d’autrui est à la mesure de notre discrétion.


A suivre...
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Abenader



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MessageSujet: Re: Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot   Ven 09 Déc 2011, 23:35

Citation :
Est-il nécessaire d’ajouter que si les confidences ne se cherchent pas, c’est ensuite un devoir de justice de les garder jalousement pour soi ? Et ceci nous conduit au second aspect de la vertu de discrétion, dont nous avons de multiples occasions dans la vie de tous les jours, j’entends la précaution de ne pas dire inconsidérément tout ce qu’on sait.

Les anciens avaient fait de la discrétion une déesse. Sa statue la représentait les lèvres scellées, et ils l’avaient placée dans le temple de la joie. Ceci est très instructif, car la discrétion porte en elle-même sa récompense. Trop parler nuit, affirme un proverbe ; en revanche, on n’a ordinairement qu’à se réjouir de n’avoir pas trop parlé. L’apôtre saint Jac­ques déclare que l’homme capable de maîtriser sa langue est un homme parfait, mais il estime que cette maîtrise n’est pas chose commune. Tel était aussi l’avis de l’auteur du livre de l’Imitation : « Plus d’une fois, confesse-t-il, j’ai regretté de n’avoir pas gardé le silence. »

Assurément, un certain abandon est tout à fait de mise dans les conversations en famille. On doit pouvoir dire librement ce qu’on pense : encore faut-il prendre le temps de penser avant de parler. Et puis, même en famille, il est agréable à tous qu’on ne parle pas sans arrêt ; on goûte alors davantage peut-être le plaisir de se trouver réunis, tandis que chacun poursuit son occupation personnelle, qui la lecture, qui la couture, qui ses études. Se tenir, se reposer, travailler ensemble est déjà une des joies de l’amitié, beaucoup plus sensible quand on ne la trouble pas par des discours sans intérêt.

Néanmoins, spécialement en famille le plus souvent on parlera. Première précaution à prendre : se garder de répéter tout ce qu’on a appris au dehors, avant de l’avoir contrôlé soi-même. Naturellement, plus la nouvelle est inattendue, piquante, drôle, plus on a hâte et plus on a de plaisir à l’ébruiter. Attention à la réputation du prochain. Ne vous rassurez pas trop vite.

« Il n’y a pas de fumée sans feu », dites-vous. En général, il y a dans les racontars plus de fumée que de feu.

« Ce mot comique n’est pas très méchant ! Est-ce l’opinion de celui sur le dos duquel vous cas­sez si allégrement du sucre ? Le dard du moustique est moins épais qu’un cheveu : sa piqûre n’a cepen­dant rien d’agréable. Et seriez vous flattés qu’on en usât de même à votre égard ?

La discrétion oblige à discerner le vrai du faux dans l’histoire qu’on nous a racontée ; dans l’incer­titude, ne la répétons pas ; renonçons plutôt à faire rire au détriment de la vérité et aux dépens des autres. Même si les faits défavorables aux autres sont exacts, fussent-ils le secret de polichinelle, ne donnons pas de publicité à une faute. La théologie catholique a for­mulé, à propos de la médisance, une règle de haute sagesse : « On n’a le droit de parler des fautes et des défauts du prochain que lorsqu’on en a le devoir. » Oui, mettez les autres en garde contre l’influence fâ­cheuse ou les mauvais agissements d’un tiers. Dites alors ce que vous connaissez de science certaine, mais dites-le gravement, sans malice, uniquement dans l’intérêt de ceux que vous avez le devoir de pro­téger.

Enfin, la vertu de discrétion nous commande de ne pas dire aux autres ce qui leur causerait inutilement de la peine. Remarquez l’adverbe « inutilement ». Les parents doivent reprendre un enfant coupable ; entre frères et sœurs, on peut se signaler mutuellement ses défauts : cela fait partie de l’éducation. Si l’avertissement est public, qu’il soit bref et qu’on parle aussitôt d’autre chose. Mais le reproche sera plus efficace et moins humiliant s’il est fait en parti­culier. Jésus en personne nous en donne le conseil : Si ton frère commet une faute, va le trouver et re­prends-le seul à seul.

En dehors de ces cas nécessaires de correction fra­ternelle, veillons à ne pas faire de peine à quelqu’un qui nous aime, même si, occasionnellement, il nous impatiente ou nous contrarie. Vous prétendez lui dire ses quatre vérités. Pourquoi quatre ? Je n’en sais rien, mais je sais bien que vous êtes en colère. Si vous vou­lez lui dire ses vérités, eh bien ! commencez par re­connaître toutes ses qualités : après cela, vous passe­rez au chapitre des défauts ; pendant ce temps, votre courroux sera tombé et vous saurez le reprendre très gentiment et pour un plus sûr profit.

Non, ne vous faites pas de peine dans ce foyer où vous avez tant d’autres motifs d’être indulgents les uns pour les autres. Vous vous taquinez, assurément. On ne taquine que ceux qu’on aime bien. Apprenez seulement à manier aimablement la taquinerie. Les meilleures plaisanteries sont les plus courtes : n’in­sistez pas sur ce petit travers, sur cette petite bévue. Il faut que votre victime soit la première à rire de vo­tre réflexion. Arrêtez-vous dès que le rire commence à devenir jaune. Effacez la petite piqûre avec une bonne marque de tendresse. Mais jamais — vous entendez, jamais — surtout les plus âgés envers les plus jeunes, n’employez l’ironie. L’ironie blesse tou­jours et ses blessures sont profondes.

Vous vous récriez : « La cousine Berthe éprouve un besoin incoercible de chanter, et la malheureuse chante faux. Lui dirai-je qu’elle chante juste ? » Non, assurément, mais comme elle a mis tout son cœur à chanter (ou à exécuter) sa romance, dites-lui que cette romance est très jolie. Vous ne mentirez point et vous ne la chagrinerez pas. Après tout, son innocente manie vous aura un peu amusés. Alors tout le monde sera content.

Le monde ? Ne pensez-vous pas qu’il se divise en deux catégories ? A côté de ceux qui cherchent à faire de la peine, il y a tous ceux, bien plus nombreux, qui tâchent de faire plaisir. Votre choix est fait depuis longtemps, vous êtes tous parmi les seconds. Voilà qui vous aidera à trancher avec la discrétion voulue les cas de conscience que je vous ai soumis, avec un égal respect de la vérité et de la charité.

A suivre...
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Abenader



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MessageSujet: Re: Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot   Ven 09 Déc 2011, 23:37

Citation :
3. La petite vertu de gratitude

La petite vertu de gratitude complète la première trilogie des vertus du foyer. On s’efface sans effort de­vant les autres dès qu’on songe à ce qu’ils nous donnent, et notre reconnaissance se manifeste en usant de cour­toisie à leur égard.

Au sein des familles, l’ingratitude positive, celle qui se traduit par de la méchanceté, est heureusement peu fréquente. L’enfant ingrat qui s’enfuit de la mai­son paternelle en claquant les portes, le père despote qui traite sa femme et ses enfants en esclaves consti­tuent des monstruosités. Ce qui est moins rare, en revanche, c’est l’oubli des services que les autres nous rendent ou seulement la fâcheuse habitude de ne jamais leur en exprimer notre contentement. A ces défauts regrettables, il convient d’opposer la petite vertu de gratitude.

Les oublieux sont, paraît-il, assez nombreux. Un épisode de l’Évangile nous autoriserait à le croire, je veux parler des dix lépreux que Jésus avait guéris aux abords d’un village. Lorsque ces gens virent que leur mal avait disparu, il ne s’en trouva qu’un pour venir se jeter aux pieds du Sauveur et le remercier. Jésus ne put s’empêcher d’en faire la remarque : "Est-ce que les dix n’ont pas été guéris ? Où sont les neuf autres ?" Ceux-là sans doute bénissaient dans leur cœur l’en­voyé de Dieu qui avait eu pitié de leur misère ; mais, pressés d’aller faire constater leur guérison par les autorités officielles afin de pouvoir rentrer dans la vie commune, ils négligèrent une démarche de recon­naissance pourtant bien élémentaire. Or les neuf oublieux étaient des compatriotes de Jésus, et le seul qui ait pensé à lui montrer sa gratitude était un Sama­ritain, un étranger !

A suivre...
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Abenader



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MessageSujet: Re: Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot   Ven 09 Déc 2011, 23:37

Citation :
Notre-Seigneur souligne lui-même ce contraste à première vue paradoxal, mais qui n’est pas chose inouïe. Alors que souvent l’on attend en vain les re­merciements de personnes qu’on a aidées au prix de réels sacrifices, d’autres pour qui nous avons fait beaucoup moins s’en souviennent longtemps après et ne savent qu’imaginer pour nous payer de retour. N’arrive-t-il pas encore, qu’attentifs à remercier un étranger d’un bienfait occasionnel, nous ne semblons même pas apercevoir les services de chaque jour que nous rendent nos proches ? De leur part, ces gentilles­ses sont tout ce qu’il y a de plus naturel. Soit, mais il le serait aussi de leur dire que nous y sommes sensi­bles.

Notre mémoire est singulièrement capricieuse, à moins que ce soit notre cœur. Si nous oublions une amabilité dont nous avons été l’objet, avec quelle précision nous retenons le souvenir d’un manque d’égards ou d’un mot blessant ! Un proverbe l’af­firme : Mémoire du mal a longue trace, mémoire du bien bientôt passe. Comme nous savons rappeler aux autres nos bons offices ou la peine que nous avons prise pour les obliger ! Le souvenir des bienfaits ren­dus est plus tenace que celui des bienfaits reçus. La vanité s’entend si bien à fausser les perspectives ! Et sans doute est-il moins grave que nos ingratitudes soient imputables à une démangeaison de l’amour-­propre plutôt qu’à un défaut d’affection envers ceux qui nous aiment ; le mieux serait pourtant que notre affection fût assez forte pour nous demeurer toujours présente à l’esprit.

Il faut donc combattre notre maudit amour-pro­pre et commencer la lutte de bonne heure. En quel foyer n’a-t-on pas entendu le dialogue suivant ? A la table familiale, l’enfant demande un morceau de pain à son père. Celui-ci saisit la miche et en taille une bonne tranche, où l’enfant mord aussitôt à pleines dents.

- Eh bien ! interroge papa, qu’est-ce qu’on dit ? La bouche pleine, le moutard murmure un timide merci.

- Merci, qui ?

- Merci, papa…

Et combien de fois cette scène ne se reproduira-­t-elle pas ? L’un des premiers mots articulés par vos bébés est : non. Celui-là, inutile de le leur apprendre, mais combien de répétitions sont nécessaires pour leur inculquer l’habitude de dire : merci. Instinctive­ment, ils tendent la main pour recevoir : « Encore, encore ! … » Le remerciement, lui, ne remonte pas des sombres régions de l’instinct ; il sort d’une cons­cience que l’éducation a éclairée.

Beaucoup d’adultes demeurent à cet égard des petits enfants toute leur vie. Ils ne sont jamais satisfaits ; ils réclament encore ; ils veulent toujours plus. Insatiables, ils se rendent malheureux, ils attristent et ils lassent les autres de qui ils exigent encore et tou­jours plus. Comment les amener à reconnaître que ce qui leur manque est peu de chose à côté de tout ce qu’ils ont reçu ?

Comment surtout les persuader d’apprécier da­vantage ce qu’ils possèdent ? Ils devraient eux aussi apprendre à dire merci.

Merci, ce tout petit mot joyeux qui se termine sur une sonorité cristalline, c’est le mot magique qui in­troduit au foyer la courtoisie, le bon ordre et la séré­nité.

Merci, c’est déjà la prière qui d’un foyer chrétien s’élève vers Dieu pour lui rendre grâces. Avez-vous remarqué la place que cet acte de gratitude occupe dans nos prières usuelles ? Nous disons, le matin : « Mon Dieu, je vous remercie de toutes les grâces que vous m’avez faites jusqu’ici. C’est encore par un ef­fet de votre bonté que je vois ce jour… » Et le soir « Quelles actions de grâces vous rendrai-je, ô mon Dieu, pour tous les biens que j’ai reçus de vous. Vous avez songé à moi de toute éternité, vous m’avez tiré du néant, vous avez donné votre vie pour me rache­ter et vous me comblez, encore tous les jours, d’une infinité de faveurs… »

Réfléchissez-y, il n’a pas un seul jour où Dieu ne vous ait accordé un bienfait par­ticulier ; même dans nos jours d’épreuves, cherchons bien, nous observerons qu’à côté de notre tristesse, il s’est glissé une petite joie. Et n’est-ce pas un grand bonheur que l’union qui règne à votre foyer ? Vous qui vous aimez, remerciez Dieu d’un sort aussi doux.

Mais sachez vous l’adresser également les uns aux autres ce petit mot qui coûte si peu à dire et qui fait tant de bien à entendre. Avant de vous endormir, repassez quelquefois dans votre esprit tout ce que, dans la journée qui s’achève, vous avez reçu des autres.

A suivre...


Dernière édition par Chris Prols le Ven 09 Déc 2011, 23:38, édité 1 fois
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Abenader



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MessageSujet: Re: Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot   Ven 09 Déc 2011, 23:38

Citation :
De tous les autres, car le nombre est considérable des hommes et des femmes qui travaillent chaque jour pour vous nourrir, vous vêtir, vous procurer les commodi­tés de l’existence. Même si vous limitez ce calcul aux membres de votre famille, vous serez littéralement émerveillés de tout ce qu’en un seul jour vous recevez d’eux : tout ce qu’ils vous ont appris, les conseils qu’ils vous ont donnés ; la main-forte qu’ils vous ont prêtée ; tantôt un encouragement, tantôt un avertissement, mais toujours pour votre bien ; une parole aimable qui vous a touchés, un mot drôle qui a dissipé vos tracas ; leurs succès dont vous avez été fiers ; leurs efforts qui ont sti­mulé les vôtres. Le compte est bon de ce qu’au foyer chacun reçoit des autres. Et voilà certes de quoi vous engager à n’être pas toujours celui qui reçoit. Demandez-vous donc : « Que leur ai-je donné ? Que puis-je leur donner en retour ? »

Mais en attendant l’occasion de les servir avec autant de générosité, ne manquez pas celle de leur dire merci lorsqu’elle se présente. Merci au moindre service rendu par qui que ce soit, mais prononcé sans affectation, comme on échange un regard. A lui seul ce petit mot récompense de toutes les peines ; il ré­pare au besoin la phrase un peu vive qui vous a échap­pée auparavant ; il équivaut à un sourire et souvent il le provoque ; il rend heureux celui qui le dit et ce­lui à qui on l’adresse.

Il est frappant d’observer qu’au moment où Notre-Seigneur se rend volontairement à la mort pour mériter aux hommes une vie éternelle, il a tenu à re­mercier ses apôtres de l’attachement qu’ils lui avaient prouvé tant qu’il vivait avec eux. Vous, leur dit-il, vous êtes demeurés auprès de moi dans mes épreu­ves. La grandeur de l’âme de Jésus se révèle dans cette délicatesse. Il n’a cessé de combler ses apôtres, il leur a tout donné, et c’est lui qui les remercie. N’est-ce pas toujours le propre d’un cœur vraiment généreux que de se montrer reconnaissant en­vers les autres du peu qu’ils essayent de faire pour lui ? Les ingrats se recrutent parmi les cœurs égoïs­tes, les esprits mesquins et les caractères médiocres. La petite vertu de gratitude est la preuve d’un grand cœur. Même envers celui qui est maladroit ou qui se trompe, du moment qu’il a bonne volonté, soyez re­connaissants au moins de son intention.

Quant à celui qui vous parle en ce moment, puis­que vous avez eu la patience de l’écouter, il ne peut mieux terminer qu’en vous disant merci.

Fin.
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Emmanuel75



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MessageSujet: Re: Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot   Sam 10 Déc 2011, 07:35


En effet, merci pour ces édifiants et sages conseils spirituels... quand on sait en plus qu'ils furent donnés à une époque située à la fin d'un long cycle de siècles de profondes ténèbres dans l'Eglise, avant que l'éclatante Lumière du Concile Vatican II ne viennent les dissiper... Laughing

P.S. Précisons après cette note d'humour que je vénère personnellement, en communion avec des centaines de millions de catholiques, le Saint Concile Vatican II, don du Saint-Esprit à l'Eglise de notre temps, qui après bien des soubresauts fâcheux en Occident, produit des fruits magnifiques dans les communautés catholiques de beaucoup de pays du monde, et continuera à le faire avec la Grâce du Saint-Esprit... Jamais dans les siècles précédents il n'y a eu autant de catholiques et de vocations sacerdotales dans le monde... Merci Seigneur ! Laissons donc passer la tempête d'incroyance et d'hédonisme en Europe, en continuant à veiller, prier, espérer et évangéliser à temps et à contretemps, malgré les difficultés du temps présent, en sachant que le Saint-Esprit pourra rallumer à l'heure de Dieu le Feu de Foi et d'Espérance chrétienne qui est caché sous la cendre !


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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot   Sam 10 Déc 2011, 08:57

Chris Prols a écrit:
Pour tordre le cou, s'il en était encore besoin, à l'idée scandaleusement fausse colportée et surtout crue par tant, selon laquelle le monde en paix est né à V2, qu'avant, c'était l'intégrisme, le fanatisme (pas mal ce mot, on imagine bien les chiens policiers de l'Eglise et les bûchers à tous les coins de rue), l'extrémisme et autres sornettes, voilà ce qui passait sur les ondes radio le dimanche: les causeries dominicales de Mgr Chevrot.

C'est quand même autre chose que ce qui passe actuellement.


Avant Vatican II, il n'y avait pas que l'intégrisme et en 1949, Monseigneur Chevrot était prêt à se rendre au saint Concile qui commença 10 ans plus tard et dont il signa les décrets avec joie.

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Arnaud
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DConstantine



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MessageSujet: Re: Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot   Sam 10 Déc 2011, 12:33

A Chris Prols,


Sans vouloir rentrer dans des polémiques concernant l'avant /après V2, c'est un très joli texte que vous nous avez fait partager.

Merci.

David
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Abenader



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MessageSujet: Re: Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot   Mer 14 Déc 2011, 01:24

Je vous en prie mon cher.

Arnaud a écrit:
Avant Vatican II, il n'y avait pas que l'intégrisme

Mais alors qui dressait les chiens policiers de l'Eglise ?

Arnaud a écrit:
en 1949, Monseigneur Chevrot était prêt à se rendre au saint Concile qui commença 10 ans plus tard et dont il signa les décrets avec joie.

Ouaip. Il est sorti de sa tombe après y avoir été enterré quatre ans (mort en 1958), et aurait débarqué à Rome pour signer V2.

Peut-être qu'il faisait une NDE pendant ces quatre ans !!!!! Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy Very Happy

Caus' this is thrilleeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeer,
Thrilleeeeeeeeeeeeeer night !!!


Dernière édition par Chris Prols le Mer 14 Déc 2011, 11:33, édité 2 fois
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot   Mer 14 Déc 2011, 07:09

A votre avis, QUI a voté Vatican II sinon tous les Monseigneur Chevrot qui étaient évêques en activité, dans le monde entier, à cette époque ?

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Arnaud
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Causeries radiophoniques de Mgr Chevrot
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