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 [Fiche de lecture]Mgr Laneau, De deificatione justorum

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VexillumRegis



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MessageSujet: [Fiche de lecture]Mgr Laneau, De deificatione justorum   Mar 18 Avr 2006, 18:13

Mgr Louis Laneau, De la déification des justes, Genève, Ad Solem, 1993.

***


Biographie.

Né à Montdoubleau près de Vendôme en 1637, Louis Laneau fit ses études en Sorbonne, séjournant au séminaire paroissial de son frère alors vicaire de Saint-Jacques de la Boucherie. Très tôt il choisit les missions étrangères et accompagne François Pallu à son évêché du Tonkin (1662-1664). Après le synode des missions tenu à Ayuthia au début de 1664, il reste au Siam auprès de Mgr de la Motte, y apprend le siamois, le cochinchinois, le portugais, et s’occupe du séminaire voulu par le synode. Libéré de la direction du séminaire en 1671, il se consacre à l’évangélisation d’Ayuthia. Le 25 mars 1674, le jour de Pâques, il est sacré évêque, succédant à Mgr Cotolendi, et devient chef de l’Eglise du Siam. L’après-midi même de son sacre on le voit visiter les pauvres, les prisonniers et soigner les malades. En 1684, à la mort de François Pallu, il hérite de la charge d’administrateur de toutes les missions d’Asie, de l’Inde au Japon. Emprisonné à Juthia de 1688 à 1690, il écrit le De Deificatione. Libéré, il achève l’ouvrage en 1693 et meurt en 1696.

Extraits de l'introduction.

Ce texte nous a semblé capital en ce qu’il témoigne de la fécondité de la théologie catholique latine et singulièrement de la présence souvent contestée dans celle-ci d’une véritable réflexion sur la notion de déification. C’est monnaie courante d’affirmer que la Chrétienté occidentale ou latine ignore, depuis saint augustin, la déification, au contraire centrale dans la perspective grecque. (...) la distinction de l’essence et des énergies dans la théologie orthodoxe et singulièrement palamite, l’absence de cette même distinction et l’affirmation corollaire de la vision de l’essence divine dans la théologie latine - entraînant, selon les théologiens orthodoxes, la perte de la notion de déification et l’infléchissement tout augustinien vers une théologie de la grâce - la réduction, encore du point de vue orthodoxe, de l’Incarnation à la Rédemption et par conséquent l’ignorance de sa dimension “déificatrice”. (...)

Or c’est précisément contre ces opinions surannées et cependant sans cesse répétées que l’ouvrage de Mgr Laneau nous semble s’inscrire en faux. Le De deificatione a ceci de particulièrement précieux qu’il est un vivant témoignage de la possibilité d’unir philosophie scolastique, théologie thomiste de la grâce et connaissance des Pères dans une théologie de la déification qui fonde une authentique mystique, l’ “exercice du Christ”, pour reprendre l’expression de Mgr Laneau. (...) Rien ne nous semble plus instructif que ces quelques chiffres : si saint Thomas est cité quinze fois d’une façon qui montre que Mgr Laneau a été formé à l’école thomiste, c’est saint Cyrille d’Alexandrie - dont on sait qu’il est considéré comme le principal docteur de la déification - qui détient la palme avec cinquante citations, devant... saint Augustin, dont les vingt-huit mentions devraient au moins faire soupçonner que sa pensée n’est pas imcompatible avec une méditation sur la déification. (...)

L’Occident latin aurait perdu la déification à cause de l’affirmation de la vision de l’essence divine, alors que la dictinction orthodoxe de l’essence incognoscible et des énergies incréées, qui est essentiellement l’oeuvre de saint Grégoire Palamas, assurerait la possibilité de cette vision et donc de la déification. Autrement dit, il s’agirait de limiter la vision pour assurer la déification. La théologie latine, faute d’avoir su établir cette limite salvatrice, aurait perdu en fait toute vision de Dieu, se trouvant dès lors condamnée à développer une doctrine compensatoire de la grâce. Nous ne prétendons certes pas nier que la grâce soit au coeur des préoccupations de la théologie latine et que la déification y soit un thème moins traité, mais mettre en évidence que la théologie de la grâce trouve son sens dans et par la déification. Significatrice à cet égard nous semble la réflexion sur la grâce, créée et incréée, des grands docteurs médiévaux, saint Albert, saint Bonaventure, saint Thomas, dont on voit bien, quoiqu’il ne multiplie pas leurs citations, qu’elle sous-tend l’oeuvre de Mgr Laneau. Pénétrant l’âme humaine, la grâce lui donne un nouvel être, l’introduit sur le chemin du retour à Dieu, la divinise en la rendant participante de la vie de la Sainte Trinité qui vient l’inhabiter et la dispose, déjà, par anticipation, à la vision béatifique promise aux élus. Il semble qu’on ait le tort trop souvent de ne considérer, dans la théologie de la grâce, que la grâce créée qui ne lui communique qu’une certaine participation à la vie divine. (...) Si la théologie de la grâce se réduisait à cela, les critiques habituelles seraient certes justifiées, et touchée du doigt l’absence d’une véritable théologie de la déification. Mais, précisément, c’est Dieu lui-même, ce sont les Personnes de la Sainte Trinité elles-mêmes qui sont données et procèdent, ou sont envoyées - nous sommes ici dans la théologie des “missions” - dans l’âme du juste, plaçant la créature raisonnable sur la voie du retour à Dieu. Remarquons déjà le fait que Mgr Laneau reviendra à maintes reprises sur cette inhabitation de la Trinité dans l’âme dont on voit qu’elle ne peut se séparer de la déification. C’est bien de grâce incréée qu’il s’agit là, d’une grâce qui rend l’âme capable de Dieu lui-même et non pas seulement, nous semble-t-il, de ses énergies incréées, puisqu’Il est Lui-même présent dans l‘âme, tel qu’Il est, “Per Essentiam, car Nous serons semblables à lui puisque nous le verrons tel qu’il est (1 Jn III, 2). (...)

Fausse opposition donc que celle de la théologie de la déification et de la théologie de la grâce, puisqu’aussi bien la réflexion sur la grâce n’est qu’un aspect de ce qui est aussi une théologie de l’inhabitation trinitaire, de l’union transformante et de la vision béatifique. Peut-être tout simplement problème de vocabulaire : que le catholique qui s’étonnerait de ne pas trouver mention de la déification dans l’index de son catéchisme ou de son manuel de théologie regarde donc à “justification”, à “vision béatifique”, à “inhabitation” et enfin à “union transformante”, à moins que cela ne se trouve à... “divinisation”, il trouvera là la substance de ce qu’il cherche, s’il le cherche en vérité. C’est, nous semble-t-il, cela dont témoigne Mgr Laneau. On nous permettra d’ajouter qu’une telle oeuvre, au-delà des divisions, pourrait être, en vérité, un trait d’union.

Extrait de l'oeuvre.

L’inhabitation ne doit pas être entendue comme cette présence de l’Esprit Saint par laquelle, en raison de l’immensité divine, il est présent en toutes choses, ni comme une présence résultant de l’opération ou de l’infusion de la grâce et des dons surnaturels, mais il faut l’entendre comme une union intérieure et réelle, et comme la descente de l’Esprit Saint dans l’âme, de telle sorte que les justes, outre la grâce et les dons dont il les orne, possèdent sa personne même, lui qui demeure et habite en eux. Ce qui est si sûr et constant que si, par impossible comme disent les théologiens, l’Esprit Saint n’était pas partout à cause de son immensité, il serait cependant présent dans l’âme des justes informée par la grâce : celle-ci l’incline en effet à la présence la plus parfaite à cette âme et, à cause de cela, il lui est uni aussi parfaitement qu’il est possible.

Cette union n’est pas seulement affective ou comparable à celle que nous pouvons avoir avec un objet de connaissance ou d’amour : cette double union peut en effet exister même entre des absents ; elle n’est pas non plus une union naturelle telle que celle qui existe entre le corps et l’âme, et encore moins une union métaphorique qui ne résiderait que dans les mots ou ne consisterait qu’en une pure analogie. Quelle sera-t-elle donc ? Elle est certes ineffable et dépasse de beaucoup notre entendement, et cependant elle est très vraie et très réelle. Par elle, la personne du Saint-Esprit, se communiquant elle-même à la personne du juste, la déifie et l’informe comme un principe de vie surnaturelle. C’est pourquoi les théologiens ne craignent pas de dire que cette union est comme une grossière imitation de l’union hypostatique
. (pp. 147-148)

En Christ,

- VR -
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: [Fiche de lecture]Mgr Laneau, De deificatione justorum   Mer 19 Avr 2006, 16:34

Cher VR, c'est vrai, ce texte est l'un des plus fondamentaux. Il reprend la pensée de saint Augustin sur la justification et la grpâce sanctifiante.

Il fonde toutes la théologie mystique de saint Jean de la Croix, sainte Thérèse d'Avila.

Les mystiques Rhénans (Tauler, Maître Eckart) expriment par la folie de leur poésie, l'expérience de cette présence.

_________________
Arnaud
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