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 Déjouer les 7 ruses du diable avec Fabrice Hadjadj

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MessageSujet: Déjouer les 7 ruses du diable avec Fabrice Hadjadj   Dim 13 Mar 2011, 12:49

Source

Satan devant Dieu. Peinture exposée au Vatican, auteur anonyme, vers 1750.

Longtemps, on l’a cru réservé aux grands mystiques. Mais le « combat spirituel », à savoir la résistance face aux forces du mal, connaît aujourd’hui une forte réhabilitation. En témoigne le succès du livre de Fabrice Hadjadj, la Foi des démons ou l’athéisme dépassé, qui vient d’être couronné par le prix de littérature religieuse. L’auteur y démontre que le diable œuvre surtout sous l’apparence du bien. Le défi consiste donc à repérer ses ruses... Suivons Fabrice Hadjadj à partir de sept affirmations chocs résumant les différentes thèses sur Satan que le philosophe théologien expose dans son ouvrage.

1 Il connaît Dieu !
Fabrice Hadjadj relève que, dans les Évangiles, les démons disent la vérité sur Dieu. Face à Jésus, tel esprit impur l’invective ainsi : « Je sais qui tu es : le saint de Dieu. » Le diable adhère au Credo avec son esprit mais pas avec son cœur. Fabrice Hadj­adj a recours à une image : dans l’orchestre, Satan connaît par cœur la partition, mais refuse de la jouer. En ce qui nous concerne, avoir la foi ne protège pas du Malin. Hadjadj voit le diable à l’œuvre moins chez ceux qui font profession d’athéisme qu’au sein des « chrétiens » sûrs de détenir la vérité. Le nec plus ultra de la possession diabolique est l’hypermilitance traditionaliste ou progressiste, « qui consiste à se sentir meilleur tout en pouvant se poser en minorité persécutée ». Le remède. Demander à Dieu de nous inciter à nous méfier de nous-mêmes, dès que l’on pense détenir la vérité, surtout en matière religieuse.

2 Il veut la sainteté à la force du poignet

Le défi du diable est aussi, selon Hadjadj, de nous faire « croire que l’on peut sauver l’homme sans la grâce », de nous persuader que nous devons être des saints par nous-mêmes, selon la seule idée que nous nous faisons de notre sainteté, et sans que nous ayons à consentir au fait que nous sommes irrémédiablement pécheurs.

Le remède. Redire à Dieu, tous les matins et tous les soirs, que nous avons besoin de sa miséricorde. Ceci n’a rien à avoir avec une complaisance morbide. « Être humble n’est pas se rabaisser, c’est se laisser relever par Dieu. »

3 Il est à l’aise dans le spirituel
Selon l’idée reçue, Dieu est spirituel, alors que le diable est matérialiste et nous tente par la chère et la chair. Hadjadj renverse tout : « Le vrai problème est le suivant : Satan est très spirituel. Sa nature même est d’un esprit pur. La spiritualité, c’est son truc. » Hadjadj subvertit la traditionnelle opposition entre la chair et ­l’esprit : Satan ne peut pas accepter l’option radicale de Dieu en faveur du charnel. Il ne peut pardonner au Tout-Puissant d’avoir quitté le Ciel pour partager l’humble condition humaine jusqu’à la mort sur la Croix. Du coup, il « se frotte les ailes » lorsque les chrétiens, résistant au péché matérialiste, tombent dans l’orgueil spirituel à travers la fuite dans un spiritualisme exacerbé. Le remède. Davantage s’inquiéter de son orgueil caché que se focaliser sur son matérialisme incorrigible.

4 Il désire notre bonheur par notre autonomie
« Manager de la suffisance et père de l’utopie », d’après la formule de Fabrice Hadjadj, Satan n’a pas d’autre but que de nous persuader que nous sommes capables d’être heureux uniquement par nous-mêmes. « L’essence du péché démoniaque est de faire le bien par ses propres forces, de planifier un bonheur sans surprise. » Le diable pervertit même ce qu’il peut y avoir de plus généreux, le don de soi, si l’on va « jusqu’à vouloir donner sans avoir reçu, jusqu’à parler sans avoir écouté, à partir de ce qui ne viendrait que de soi seul ». Le remède. S’abandonner dans la confiance à Dieu pour recevoir tout de lui, renoncer à tout assumer par ses propres forces. Ce qui implique aussi d’accepter de demander de l’aide, de renoncer à tout contrôler.

5 Il souhaite que nous comprenions Dieu
Hadjadj rappelle que le but du démon est de nous maintenir dans « une foi sans nuit, car à la mesure de nos propres clartés ». Or, Dieu, lui, au contraire, « ne veut pas imposer un savoir si éclatant qu’il nous capti­verait comme des papillons sur l’ampoule ». Il faut donc accepter que Dieu se cache, et consentir à une certaine obscurité de son action en nous (lire pages 99 et suivantes, les plus belles du livre). Le remède. « Éviter l’introspection vaine et s’en remettre à l’inscrutable miséricorde. » Se refuser à comprendre comment et pourquoi Dieu agit nous invite aussi à ne pas nous inquiéter si nous nous sentons abandonnés par lui. Accepter que des collègues ou des proches aient reçu, de façon apparemment arbitraire, « plus » de grâces ou de talents que soi.

6 Il est partisan de la sincérité

Par tradition, le diable est dit le « père du mensonge ». Hadjadj souligne que le principe du mensonge diabolique est de se faire passer pour une vérité. Hadjadj dénonce « une sincérité absolue qui réfère ultimement la vérité à soi ». Or, la vérité se reçoit de Dieu. « C’est la vérité qui vient par bonté nous prendre, et non pas nous qui la prendrions par la force. Parce que cette vérité est celle de la rencontre et de la communion, non pas celle de la prouesse et de l’indépendance»

Le remède. Dans la prière, demander à Dieu de nous faire échapper à l’image que nous avons construite de nous-mêmes et que nous prenons pour l’absolu. La même chose vaut en ce qui concerne les autres ou « l’institution » Église.

7 Il adore les principes et les valeurs
Hadjadj constate que nous nous sentons souvent plus prompts à vouloir venir en aide à des gens à l’autre bout de la planète qu’à supporter les défauts de notre conjoint ou de nos collègues. « Monsieur le spirituel (Satan) est favorable à la foi dès qu’elle est désincarnée et se fait le promoteur de la charité, tant qu’elle n’est que discours ou distance. » Selon Hadjadj, la vraie charité se concrétise dans le simple fait d’honorer nos devoirs auprès de nos familiers. Le remède. Aimer son prochain de façon non virtuelle, mais à travers des gestes ou des actes concrets et quotidiens, qui impliquent le corps. Aimer les gens pour eux-mêmes et non pour ce qu’on voudrait qu’ils soient implique de vraiment prier le « Que TA volonté soit faite » du Notre Père. C’est-à-dire non pas la mienne.

Le prix 2010 de littérature religieuse


La Foi des démons ou l’athéisme dépassé, de Fabrice Hadjadj, Salvator, 20 €.
Un livre absolument incontournable, de notre chroniqueur des Essentiels.


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