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 La charité selon Philippe Nemo

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AuteurMessage
Philippe Fabry
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Masculin Messages : 13954
Inscription : 31/01/2009

MessageSujet: La charité selon Philippe Nemo   Ven 11 Fév 2011, 09:27

Citation :
Le Temps d’y Penser : Pour revenir à la confusion entretenue
entre socialisme et solidarité, elle est d’autant plus efficace que le
terme solidarité fait vibrer la fibre chrétienne. Il évoque tout
naturellement la notion de charité. Et l’épiscopat français est tombé
dans le panneau et cautionne encore cette confusion. Comment
expliquez-vous cet aveuglement collectif massif ?

Philippe Nemo : J’espère seulement que certains
évêques sont moins aveugles que d’autres. L’erreur que commet la
majorité d’entre eux peut s’expliquer comme suit. Le christianisme,
c’est la charité, et la charité consiste à vouloir délivrer autrui du
mal, à diminuer toutes les souffrances. Cela ressemble à la
« fraternité » entendue au sens anthropologique, c’est-à-dire au
sentiment de proximité qui lie les membres d’une même famille ou d’une
même tribu. Or là est l’erreur, car la charité n’est ni un concept
psychologique ni un concept sociologique, c’est une notion théologale
qui transcende les catégories empiriques (comme l’a dit admirablement
Pascal dans son texte sur les trois ordres). D’abord, elle diffère de
toute « fraternité » en ce que celle-ci, comme tout sentiment
communautaire, comme la justice naturelle elle-même, implique la
réciprocité, alors que la relation charitable au prochain est
essentiellement dissymétrique (comme l’a bien montré Levinas : je dois
tout à autrui, et s’il est vrai qu’autrui, lui aussi, me doit tout,
c’est son affaire ; je lui dois tout, quand bien même il ne me
paierait pas de retour). D’autre part, la charité ne se limite pas à sa
figure « samaritaine », cette charité immédiate qui consiste à aider
directement les pauvres et à soigner les malades, dont le Christ a donné
plusieurs exemples. Car la lecture de l’Évangile montre que le Christ
n’a pas prôné cette seule forme de charité. Le « prochain » n’est pas
uniquement celui qui est proche dans l’espace, la chair qui est à
quelques centimètres de ma chair. Le Christ est mort pour sauver tous
les hommes, ceux du passé, du présent et de l’avenir, maints humains
qu’il n’avait jamais vus, qui étaient pour lui des « prochains » au sens
théologal, mais des « lointains » au sens empirique du terme. D’où l’on
peut déduire que toute personne qui accomplit sciemment et
volontairement une tâche qui a pour effet d’améliorer le monde pratique
la charité. La charité ne consiste pas seulement à donner de l’argent
aux pauvres de la main à la main ou à toucher le lépreux. Elle peut
également demander de produire des œuvres de science et des œuvres d’art
qui élèvent l’humanité et améliorent son existence. Je pense qu’il y a
une charité du savant, de l’artiste, également de l’homme d’État et
même, peut-être, du soldat. L’Église le sait bien, qui a canonisé des
docteurs et des rois.
Quand on pense à toute la joie et à l’élévation de l’âme que la
musique de Jean-Sébastien Bach prodigue encore, des siècles après la
mort du compositeur, à des myriades d’auditeurs qu’il ne connaissait pas
et dont il ne pouvait même pas imaginer l’existence, on se dit que
Jean-Sébastien devait être animé par une charité singulièrement
puissante. Cette modalité de rayonnement d’un homme, capable de produire
du Bien si loin de soi, au-delà des siècles et des continents, est
peut-être une forme de sainteté. De même, il y a peut-être beaucoup de
charité chez un scientifique qui poursuit avec persévérance et
abnégation des recherches apparemment froides et désintéressées, mais
qui pourront avoir pour conséquence, même très lointaine, même
absolument invisible aujourd’hui, de soulager les souffrances des
hommes. Quand bien même ce scientifique serait, à titre privé, un vrai
ours, que son entourage le trouverait rêche et pénible, voire méchant…,
peut-être Dieu, à la porte de son Ciel, le jugera-t-il aussi charitable
que l’infatigable « petit frère des pauvres » dont les psychologues,
depuis La Rochefoucauld, ont montré qu’il pouvait tirer de son activisme
quelque bénéfice narcissique et quelques plaisirs substantiels en
termes d’accomplissement de soi, et avoir donc déjà sa récompense en ce
monde.
Tout cela pour dire que, contrairement à ce que pensent certains
chrétiens et même certains clercs, le christianisme n’a rien à voir avec
aucune forme de communautarisme, de solidarisme et de socialisme, ou,
pour parler comme Karl Popper, avec aucune forme de « société fermée ».

Extrait de http://www.letempsdypenser.fr/2010/09/philippe-nemo-liberalisme-et-christianisme/

_________________
"Les désastres nous enseignent l'humilité" Saint Anselme de Canterbury
« N’attendre de l’État que deux choses : liberté, sécurité. Et bien voir que l’on ne saurait, au risque de les perdre toutes deux, en demander une troisième. » Frédéric Bastiat
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