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 La philosophie du genre (différences purement culturelles entre hommes et femmes)

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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: La philosophie du genre (différences purement culturelles entre hommes et femmes)   Mer 01 Sep 2010, 14:12

Petite intervention audio sur ce thème , en 11 minutes

http://visitationpourlavie.free.fr/Legenre.mp3

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Arnaud
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: La philosophie du genre (différences purement culturelles entre hommes et femmes)   Mer 01 Sep 2010, 14:32

THÉORIE DU GENRE OU ROMS : QUEL RÔLE POUR L’EGLISE ? (I)

Par Mgr Tony Anatrella

ROME, Lundi 30 août 2010 (ZENIT.org) - « Ne va-t-on pas reprocher à l'Église, comme au sujet du débat sur les Roms en France, d'intervenir dans le champ politique ? Est-elle vraiment dans son rôle ? » : Mgr Tony Anatrella répond à cette question dans cet entretien quue nous diffusons en plusieurs volets, à propos de l'encyclique sociale de Benoît XVI « Caritas in veritate » et de la théorie du « genre ». Un sujet que Mgr Anatrella a traité en juillet dernier dans une conférence donnée aux évêques du continent africain au cours de la 15e Assemblée générale du SCEAM à Accra, au Ghana.
Mgr Tony Anatrella est psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale. Consulteur du Conseil pontifical pour la famille et du Conseil pontifical pour la santé, membre de la Commission internationale d'enquête sur Medjugorje auprès de la Congrégation pour la doctrine de la foi, il consulte et enseigne à Paris à l'IPC et au Collège des Bernardins.
Il a été invité à donner une conférence sur le thème : « Caritas in Veritate et la théorie du genre » aux évêques Africains réunis à Accra (Ghana) pour la 15ème assemblée plénière du Symposium des Conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SCEAM) qui s'est tenue du 26 juillet au 2 août 2010.
Il répond aux questions de Zenit au sujet du long et riche rapport qui a retenu l'attention de l'assemblée des Conférences épiscopales d'Afrique.
Zenit : L'encyclique Caritas in veritate aborde-t-elle vraiment les problèmes posés par la théorie du genre ?
Mgr Tony Anatrella : La question anthropologique sert de fil rouge à la réflexion de la dernière encyclique du Pape. En effet, au-delà de l'enjeu économique de la crise actuelle, se présente également un enjeu sur le sens de l'homme qui est donc moral et spirituel. Caritas in veritate entend aborder la conception de l'homme qui s'est édifiée ces cinquante dernières années à partir des sciences humaines. L'approche de celles-ci qui, sous le couvert de la science, se présente comme une idéologie qui laisse entendre que l'homme n'est que le résultat de la culture et qu'il se construit indépendamment de la nature humaine et de lois universelles inhérentes à sa condition. La théorie du genre est le signe le plus problématique des idées actuelles sur l'homme.
Dans les pays occidentaux, nous sommes justement dans cette déstabilisation anthropologique et donc morale qui déséquilibre le lien social puisqu'on s'attaque au cadre porteur de la société. Elle se réalise dans la dérégulation financière au nom du libéralisme et de l'économie de marché, et dans la dérégulation anthropologique et morale en laissant croire que les normes se créent uniquement dans le consensus. Or ce n'est pas la discussion démocratique qui fait la valeur d'une loi, mais ce qui la fonde. Il y a ainsi des lois qui sont contestables du point de vue anthropologique. Son vote ne lui donne pas nécessairement une valeur morale. Il est du devoir de l'Église de le dire.
Ainsi s'installe un relativisme et un négationnisme des repères objectifs d'une anthropologie. Comment ne pas voir que l'on crée ici une nouvelle forme de violence ? Elle s'exprime à commencer chez les plus jeunes qui ont des difficultés à accéder aux dimensions objectives et symboliques de la relation aux autres et à la société. Chacun s'installe dans le désir d'inventer ses propres codes dans la volonté de les imposer aux autres. C'est le drame et le symptôme de certaines de nos cités. Nous ne sommes plus dans la recherche de normes transcendantes, des principes d'humanité, dans le sens où elles ne dépendent pas du sujet, mais du libre arbitre de l'interprétation aléatoire. Une anthropologie qui a le sens du développement humain, nous dit Benoît XVI, s'inscrit dans la perspective du bien commun qui rend compte de la dimension politique et de la dimension religieuse de l'existence.
Zenit : Ne va-t-on pas reprocher à l'Église, comme au sujet du débat sur les Roms en France, d'intervenir dans le champ politique ? Est-elle vraiment dans son rôle ?
Mgr Tony Anatrella : L'Église est dans son rôle et elle doit intervenir à chaque fois que la dignité de la personne humaine est mise en cause. Durant toute l'histoire, les gouvernants ont parfois eu du mal à accepter son discours et à en tenir compte. De nombreux évêques et prêtres l'ont payé au prix de leur vie. Il y a une incompréhension de la part de l'opinion publique et aussi parfois des responsables politiques quant au rôle de l'Église qui n'a pas à être exclue du débat politique lorsqu'elle rappelle les enjeux pour éveiller les consciences.
Le Christ ne faisait pas autre chose dans l'Évangile lorsqu'il manifestait la vérité de Dieu et révélait celle de l'homme. Il suffit d'écouter les médias qui expriment de nombreuses confusions sur le rôle de l'Église à propos du débat en France sur la question des Roms. Pour certains la séparation entre l'Église et l'État ferait que l'Église n'a pas le droit d'intervenir sur des questions sociales et politiques. Il s'agit d'une erreur de perspective sur le sens même de la laïcité en France. C'est l'État qui est laïc et non pas la société, rappelait en son temps le cardinal Jean-Louis Tauran, puisque celle-ci est traversée par différents courants de pensée.
L'Église n'a donc pas à être maintenue dans la sacristie, comme on intimait au Christ l'ordre de se taire. On oppose également les règles de l'Église à celles de l'État comme l'affirmait le ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, dans le journal La Croix (23 août 2010). « Il y a, dit-il, dans notre pays une règle très importante qui est la séparation de l'Église et de l'État (...). L'Église prend ses postions qui sont dictées par la morale, par ses propres règles, nous, nous sommes les représentants de l'État, nous sommes là pour faire respecter la règle de droit du territoire ». Le ministre devrait revoir ce genre de classification qui est loin d'être pertinente pour la réflexion sur les situations humaines qui concerne tous les citoyens de la cité et toutes les institutions, et relire les classiques en la matière. En s'exprimant ainsi, on cherche à clore autoritairement le débat et on méconnaît le sens réel de la séparation de l'un et de l'autre.
Si l'Église n'a pas vocation à gouverner politiquement la société, il lui revient de s'exprimer, au nom de sa doctrine sociale qui a largement influencé la culture occidentale, sur tous les sujets de société qui conditionnent l'existence humaine. La séparation de l'Église et de l'État porte sur la séparation du pouvoir religieux et du pouvoir politique (au sens de gouverner) et non pas de faire croire qu'il y aurait deux systèmes de pensée opposés et contradictoires afin de penser le bien commun. Les règles politiques seraient ainsi étrangères non seulement aux exigences anthropologiques objectives et, en conséquence, aux règles morales. La création de la loi civile comme la pratique politique révèlent toujours une conception de l'homme qui est en cohérence ou en contradiction avec des principes de raison. La loi civile n'est pas au-dessus des références morales.
Zenit : Le discours de l'Église ne se joue pas contre la raison humaine ?
Mgr Tony Anatrella : Bien sûr que non. De nombreux discours idéologiques et politiques tentent d'échapper aux évidences de la raison humaine. Si le christianisme produit sa propre rationalité issue de l'Évangile, elle n'est pas en contradiction avec la raison des choses lorsqu'elle les pense. La relation à Dieu, comme nous l'enseigne le Christ, est une question d'amour, d'amour de la vérité. Aime-t-on la vérité ? Le Souverain-Pontife le souligne fortement dans son encyclique. C'est d'abord au nom de ces principes de raison, rendant compte de la réalité et éclairée par la révélation chrétienne, que l'Église intervient.
Le Pape Benoît XVI l'avait magnifiquement souligné dans son discours au Collège des Bernardins lors de son voyage apostolique à Paris et à Lourdes (12 septembre 2008). La foi chrétienne s'appuie sur la raison pour discerner le sens de la Parole de Dieu et en tirer toutes les conséquences. Il ne s'agit pas uniquement d'une question religieuse mais de savoir à partir de quelles réalités l'homme se développe en vérité et en justice. L'Église peut donc être entendue aussi bien par des croyants que par des non-croyants. Caritas in veritate est de cette veine quand elle en appelle au sens d'un développement intégral qui ne réduit par l'homme à un objet économique (la société marchande n'a-t-elle pas inventé le concept aliénant de « ressources humaines »), au respect de la dignité de la personne humaine, à l'égalité des personnes qui ne se confond pas à l'égalitarisme des situations et des comportements, au sens du mariage et de la famille fondées uniquement sur la relation constituée entre un homme et une femme, à une prévention contre le SIDA qui ne se limite pas à des mesures sanitaires qui, au lieu d'en appeler à la responsabilité des comportements face au sens de l'amour, laissent supposer que toutes les pratiques sont possibles dans la mesure où l'on se protège, ou encore que la contraception et l'avortement sont des avancées sociales alors qu'elles portent atteinte à la vie humaine et entraînent de sérieux et graves problèmes psychologiques, sociaux, écologiques, démographiques et moraux, et, enfin, l'euthanasie n'est jamais un geste d'amour. L'amour n'inspire pas la mort.
Nous pourrions ainsi égrainer d'autres situations sur lesquelles l'Église cherche à se faire entendre là où on a tendance à minimiser ou à passer sous silence son discours quand il ne convient pas au conformisme plombant des clichés sociaux et des médias. En revanche, le discours de l'Église devient crédible s'il justifie des postions particulières et va dans le sens de certains mouvements d'opinion. Sinon, il est déclaré illégitime par le premier chroniqueur ou contestataire professionnel qui se positionne en magistère contre l'Église et en donneur de leçon au Pape et aux évêques. Bref d'une façon où d'une autre on cherche davantage à instrumentaliser son discours que d'en rendre compte de façon authentique.
En définitive, que dit le Pape dans son encyclique que des responsables politiques devraient lire : les décisions politiques se prennent souvent dans le conditionnement de la société marchande qui impose ses normes économiques (avec la cote du moral des français uniquement basé sur la puissance des achats qui ont été faits durant une période donnée). La société dite libérale, aliénant en fait de plus en plus les subjectivités, entraîne les responsables politiques à s'inspirer d'une vision pragmatique, à gouverner à partir des points aveugles de la société avec des lois de circonstances et sans avoir de principes anthropologiques précis. Les lois démocratiques proviennent souvent de lois prescrites médiatiquement auxquelles se soumettent parfois les gouvernants.
Les médias et les sondages, ayant le pouvoir des images et des discours, s'imposent à tous dans l'immédiateté du temps de l'Internet au détriment du sens de l'histoire et des délais de la maturation des choix politiques. L'histoire qui est de moins en moins enseigné à l'école (on supprime ainsi la présentation des grands personnages et la période de Louis XIV et de Napoléon) donne le sentiment aux jeunes que le temps ne compte pas, seul domine l'instant et l'exotisme de ce qui se passe ailleurs. Comment réfléchir et gouverner sérieusement dans un tel climat de surenchère et « d'excitation médiatique », comme le rappelait récemment le Cardinal Vingt-Trois, en ayant le regard fixé sur l'événement présent et sans aucune distance ? L'Église en appelle à la raison, à la dignité des personnes et des réalités, et à s'inscrire dans une histoire.
Pour certains, l'Église serait généreuse à l'égard des étrangers et des déshérités, et rigide en matière de mœurs (surtout quand on parle du préservatif, de l'homosexualité, du divorce, de l'avortement et de l'eugénisme avec, entres autres, la trisomie 21 quand ce n'est pas l'euthanasie). Elle n'est pas rigide, bien au contraire, elle est libre, lucide et ouverte sur la vie comme l'exige le Christ, puisque c'est toujours au nom du même principe qu'elle intervient et structure sa relation au monde : le respect de la dignité humaine, le respect de l'expression sexuelle qui est une modalité de la relation amoureuse seulement engagée entre un homme et une femme, et le respect de la vie de son commencement à sa fin. Toutes choses contestées, par ailleurs, par la théorie du genre puisque chacun est son propre créateur et pourquoi pas son destructeur et l'exterminateur des vies qui ne sont pas utiles ! Une nouvelle idéologie technocratique et idéaliste tout aussi meurtrissante que les précédentes !

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Arnaud
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MessageSujet: Re: La philosophie du genre (différences purement culturelles entre hommes et femmes)   Mer 01 Sep 2010, 16:29

Intéressant surtout ici :

Citation :
Caritas in veritate est de cette veine quand elle en appelle au sens d'un développement intégral qui ne réduit par l'homme à un objet économique (la société marchande n'a-t-elle pas inventé le concept aliénant de « ressources humaines »), au respect de la dignité de la personne humaine, à l'égalité des personnes qui ne se confond pas à l'égalitarisme des situations et des comportements, au sens du mariage et de la famille fondées uniquement sur la relation constituée entre un homme et une femme, à une prévention contre le SIDA qui ne se limite pas à des mesures sanitaires qui, au lieu d'en appeler à la responsabilité des comportements face au sens de l'amour, laissent supposer que toutes les pratiques sont possibles dans la mesure où l'on se protège, ou encore que la contraception et l'avortement sont des avancées sociales alors qu'elles portent atteinte à la vie humaine et entraînent de sérieux et graves problèmes psychologiques, sociaux, écologiques, démographiques et moraux, et, enfin, l'euthanasie n'est jamais un geste d'amour. L'amour n'inspire pas la mort.
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Paco



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MessageSujet: Re: La philosophie du genre (différences purement culturelles entre hommes et femmes)   Mer 01 Sep 2010, 20:15

Arnaud Dumouch a écrit:
THÉORIE DU GENRE OU ROMS : QUEL RÔLE POUR L’EGLISE ? (I)

Par Mgr Tony Anatrella

ROME, Lundi 30 août 2010 (ZENIT.org) - « Ne va-t-on pas reprocher à l'Église, comme au sujet du débat sur les Roms en France, d'intervenir dans le champ politique ? Est-elle vraiment dans son rôle ? » : Mgr Tony Anatrella répond à cette question dans cet entretien quue nous diffusons en plusieurs volets, à propos de l'encyclique sociale de Benoît XVI « Caritas in veritate » et de la théorie du « genre ». Un sujet que Mgr Anatrella a traité en juillet dernier dans une conférence donnée aux évêques du continent africain au cours de la 15e Assemblée générale du SCEAM à Accra, au Ghana.
Mgr Tony Anatrella est psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale. Consulteur du Conseil pontifical pour la famille et du Conseil pontifical pour la santé, membre de la Commission internationale d'enquête sur Medjugorje auprès de la Congrégation pour la doctrine de la foi, il consulte et enseigne à Paris à l'IPC et au Collège des Bernardins.
Il a été invité à donner une conférence sur le thème : « Caritas in Veritate et la théorie du genre » aux évêques Africains réunis à Accra (Ghana) pour la 15ème assemblée plénière du Symposium des Conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SCEAM) qui s'est tenue du 26 juillet au 2 août 2010.
Il répond aux questions de Zenit au sujet du long et riche rapport qui a retenu l'attention de l'assemblée des Conférences épiscopales d'Afrique.
Zenit : L'encyclique Caritas in veritate aborde-t-elle vraiment les problèmes posés par la théorie du genre ?
Mgr Tony Anatrella : La question anthropologique sert de fil rouge à la réflexion de la dernière encyclique du Pape. En effet, au-delà de l'enjeu économique de la crise actuelle, se présente également un enjeu sur le sens de l'homme qui est donc moral et spirituel. Caritas in veritate entend aborder la conception de l'homme qui s'est édifiée ces cinquante dernières années à partir des sciences humaines. L'approche de celles-ci qui, sous le couvert de la science, se présente comme une idéologie qui laisse entendre que l'homme n'est que le résultat de la culture et qu'il se construit indépendamment de la nature humaine et de lois universelles inhérentes à sa condition. La théorie du genre est le signe le plus problématique des idées actuelles sur l'homme.
Dans les pays occidentaux, nous sommes justement dans cette déstabilisation anthropologique et donc morale qui déséquilibre le lien social puisqu'on s'attaque au cadre porteur de la société. Elle se réalise dans la dérégulation financière au nom du libéralisme et de l'économie de marché, et dans la dérégulation anthropologique et morale en laissant croire que les normes se créent uniquement dans le consensus. Or ce n'est pas la discussion démocratique qui fait la valeur d'une loi, mais ce qui la fonde. Il y a ainsi des lois qui sont contestables du point de vue anthropologique. Son vote ne lui donne pas nécessairement une valeur morale. Il est du devoir de l'Église de le dire.
Ainsi s'installe un relativisme et un négationnisme des repères objectifs d'une anthropologie. Comment ne pas voir que l'on crée ici une nouvelle forme de violence ? Elle s'exprime à commencer chez les plus jeunes qui ont des difficultés à accéder aux dimensions objectives et symboliques de la relation aux autres et à la société. Chacun s'installe dans le désir d'inventer ses propres codes dans la volonté de les imposer aux autres. C'est le drame et le symptôme de certaines de nos cités. Nous ne sommes plus dans la recherche de normes transcendantes, des principes d'humanité, dans le sens où elles ne dépendent pas du sujet, mais du libre arbitre de l'interprétation aléatoire. Une anthropologie qui a le sens du développement humain, nous dit Benoît XVI, s'inscrit dans la perspective du bien commun qui rend compte de la dimension politique et de la dimension religieuse de l'existence.
Zenit : Ne va-t-on pas reprocher à l'Église, comme au sujet du débat sur les Roms en France, d'intervenir dans le champ politique ? Est-elle vraiment dans son rôle ?
Mgr Tony Anatrella : L'Église est dans son rôle et elle doit intervenir à chaque fois que la dignité de la personne humaine est mise en cause. Durant toute l'histoire, les gouvernants ont parfois eu du mal à accepter son discours et à en tenir compte. De nombreux évêques et prêtres l'ont payé au prix de leur vie. Il y a une incompréhension de la part de l'opinion publique et aussi parfois des responsables politiques quant au rôle de l'Église qui n'a pas à être exclue du débat politique lorsqu'elle rappelle les enjeux pour éveiller les consciences.
Le Christ ne faisait pas autre chose dans l'Évangile lorsqu'il manifestait la vérité de Dieu et révélait celle de l'homme. Il suffit d'écouter les médias qui expriment de nombreuses confusions sur le rôle de l'Église à propos du débat en France sur la question des Roms. Pour certains la séparation entre l'Église et l'État ferait que l'Église n'a pas le droit d'intervenir sur des questions sociales et politiques. Il s'agit d'une erreur de perspective sur le sens même de la laïcité en France. C'est l'État qui est laïc et non pas la société, rappelait en son temps le cardinal Jean-Louis Tauran, puisque celle-ci est traversée par différents courants de pensée.
L'Église n'a donc pas à être maintenue dans la sacristie, comme on intimait au Christ l'ordre de se taire. On oppose également les règles de l'Église à celles de l'État comme l'affirmait le ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, dans le journal La Croix (23 août 2010). « Il y a, dit-il, dans notre pays une règle très importante qui est la séparation de l'Église et de l'État (...). L'Église prend ses postions qui sont dictées par la morale, par ses propres règles, nous, nous sommes les représentants de l'État, nous sommes là pour faire respecter la règle de droit du territoire ». Le ministre devrait revoir ce genre de classification qui est loin d'être pertinente pour la réflexion sur les situations humaines qui concerne tous les citoyens de la cité et toutes les institutions, et relire les classiques en la matière. En s'exprimant ainsi, on cherche à clore autoritairement le débat et on méconnaît le sens réel de la séparation de l'un et de l'autre.
Si l'Église n'a pas vocation à gouverner politiquement la société, il lui revient de s'exprimer, au nom de sa doctrine sociale qui a largement influencé la culture occidentale, sur tous les sujets de société qui conditionnent l'existence humaine. La séparation de l'Église et de l'État porte sur la séparation du pouvoir religieux et du pouvoir politique (au sens de gouverner) et non pas de faire croire qu'il y aurait deux systèmes de pensée opposés et contradictoires afin de penser le bien commun. Les règles politiques seraient ainsi étrangères non seulement aux exigences anthropologiques objectives et, en conséquence, aux règles morales. La création de la loi civile comme la pratique politique révèlent toujours une conception de l'homme qui est en cohérence ou en contradiction avec des principes de raison. La loi civile n'est pas au-dessus des références morales.
Zenit : Le discours de l'Église ne se joue pas contre la raison humaine ?
Mgr Tony Anatrella : Bien sûr que non. De nombreux discours idéologiques et politiques tentent d'échapper aux évidences de la raison humaine. Si le christianisme produit sa propre rationalité issue de l'Évangile, elle n'est pas en contradiction avec la raison des choses lorsqu'elle les pense. La relation à Dieu, comme nous l'enseigne le Christ, est une question d'amour, d'amour de la vérité. Aime-t-on la vérité ? Le Souverain-Pontife le souligne fortement dans son encyclique. C'est d'abord au nom de ces principes de raison, rendant compte de la réalité et éclairée par la révélation chrétienne, que l'Église intervient.
Le Pape Benoît XVI l'avait magnifiquement souligné dans son discours au Collège des Bernardins lors de son voyage apostolique à Paris et à Lourdes (12 septembre 2008). La foi chrétienne s'appuie sur la raison pour discerner le sens de la Parole de Dieu et en tirer toutes les conséquences. Il ne s'agit pas uniquement d'une question religieuse mais de savoir à partir de quelles réalités l'homme se développe en vérité et en justice. L'Église peut donc être entendue aussi bien par des croyants que par des non-croyants. Caritas in veritate est de cette veine quand elle en appelle au sens d'un développement intégral qui ne réduit par l'homme à un objet économique (la société marchande n'a-t-elle pas inventé le concept aliénant de « ressources humaines »), au respect de la dignité de la personne humaine, à l'égalité des personnes qui ne se confond pas à l'égalitarisme des situations et des comportements, au sens du mariage et de la famille fondées uniquement sur la relation constituée entre un homme et une femme, à une prévention contre le SIDA qui ne se limite pas à des mesures sanitaires qui, au lieu d'en appeler à la responsabilité des comportements face au sens de l'amour, laissent supposer que toutes les pratiques sont possibles dans la mesure où l'on se protège, ou encore que la contraception et l'avortement sont des avancées sociales alors qu'elles portent atteinte à la vie humaine et entraînent de sérieux et graves problèmes psychologiques, sociaux, écologiques, démographiques et moraux, et, enfin, l'euthanasie n'est jamais un geste d'amour. L'amour n'inspire pas la mort.
Nous pourrions ainsi égrainer d'autres situations sur lesquelles l'Église cherche à se faire entendre là où on a tendance à minimiser ou à passer sous silence son discours quand il ne convient pas au conformisme plombant des clichés sociaux et des médias. En revanche, le discours de l'Église devient crédible s'il justifie des postions particulières et va dans le sens de certains mouvements d'opinion. Sinon, il est déclaré illégitime par le premier chroniqueur ou contestataire professionnel qui se positionne en magistère contre l'Église et en donneur de leçon au Pape et aux évêques. Bref d'une façon où d'une autre on cherche davantage à instrumentaliser son discours que d'en rendre compte de façon authentique.
En définitive, que dit le Pape dans son encyclique que des responsables politiques devraient lire : les décisions politiques se prennent souvent dans le conditionnement de la société marchande qui impose ses normes économiques (avec la cote du moral des français uniquement basé sur la puissance des achats qui ont été faits durant une période donnée). La société dite libérale, aliénant en fait de plus en plus les subjectivités, entraîne les responsables politiques à s'inspirer d'une vision pragmatique, à gouverner à partir des points aveugles de la société avec des lois de circonstances et sans avoir de principes anthropologiques précis. Les lois démocratiques proviennent souvent de lois prescrites médiatiquement auxquelles se soumettent parfois les gouvernants.
Les médias et les sondages, ayant le pouvoir des images et des discours, s'imposent à tous dans l'immédiateté du temps de l'Internet au détriment du sens de l'histoire et des délais de la maturation des choix politiques. L'histoire qui est de moins en moins enseigné à l'école (on supprime ainsi la présentation des grands personnages et la période de Louis XIV et de Napoléon) donne le sentiment aux jeunes que le temps ne compte pas, seul domine l'instant et l'exotisme de ce qui se passe ailleurs. Comment réfléchir et gouverner sérieusement dans un tel climat de surenchère et « d'excitation médiatique », comme le rappelait récemment le Cardinal Vingt-Trois, en ayant le regard fixé sur l'événement présent et sans aucune distance ? L'Église en appelle à la raison, à la dignité des personnes et des réalités, et à s'inscrire dans une histoire.
Pour certains, l'Église serait généreuse à l'égard des étrangers et des déshérités, et rigide en matière de mœurs (surtout quand on parle du préservatif, de l'homosexualité, du divorce, de l'avortement et de l'eugénisme avec, entres autres, la trisomie 21 quand ce n'est pas l'euthanasie). Elle n'est pas rigide, bien au contraire, elle est libre, lucide et ouverte sur la vie comme l'exige le Christ, puisque c'est toujours au nom du même principe qu'elle intervient et structure sa relation au monde : le respect de la dignité humaine, le respect de l'expression sexuelle qui est une modalité de la relation amoureuse seulement engagée entre un homme et une femme, et le respect de la vie de son commencement à sa fin. Toutes choses contestées, par ailleurs, par la théorie du genre puisque chacun est son propre créateur et pourquoi pas son destructeur et l'exterminateur des vies qui ne sont pas utiles ! Une nouvelle idéologie technocratique et idéaliste tout aussi meurtrissante que les précédentes !

Voilà ! Merci beaucoup!
Et j'invite tout le monde à lire les livres de Tony Anatrella et surtout "le sexe oublié".
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Chrysostome



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MessageSujet: Re: La philosophie du genre (différences purement culturelles entre hommes et femmes)   Mer 01 Sep 2010, 23:11

L’idéologie de la théorie du genre et Caritas in Veritate (II)

Par Monseigneur Tony Anatrella

ROME, Mardi 31 août 2010 (ZENIT.org) - « Si dans l'idéologie de la théorie du genre on affirme que chacun se construit et invente ses normes ? Que dit Caritas in Veritate à ce sujet ?» : Monseigneur Tony Anatrella répond à cette question dans cet entretien que nous publions en plusieurs volets (depuis hier, 30 août), à propos de l'encyclique sociale de Benoît XVI « Caritas in Veritate » et de la théorie du « genre ». Un sujet que Mgr Anatrella a traité en juillet dernier dans une conférence donnée aux évêques du continent africain.

Monseigneur Tony Anatrella, Psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale. Consulteur du Conseil Pontifical pour la famille et du Conseil Pontifical pour la Santé, membre de la Commission Internationale d'Enquête sur Medjugorje auprès de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, il consulte et enseigne à Paris à l'IPC et au Collège des Bernardins.

Il a été invité à donner une conférence sur le thème : « Caritas in Veritate et la théorie du genre » auprès des Évêques Africains réunis à Accra (Ghana) pour la 15ème Assemblée Plénière du Symposium des Conférences Épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SCEAM) qui s'est tenue du 26 juillet au 2 août 2010.

Il répond aux questions de Zenit au sujet du long et riche rapport qui a retenu l'attention de l'Assemblée des Conférences Épiscopales d'Afrique.

Zenit : Si dans l'idéologie de la théorie du genre on affirme que chacun se construit et invente ses normes ? Que dit Caritas in Veritate à ce sujet ?

Monseigneur Tony Anatrella : Nous sommes en pleine illusion narcissique de croire que l'homme se crée lui-même en étant sa propre référence. C'est le péché de l'esprit par excellence, le péché originel toujours en acte.

Dans Caritas in Veritate, le Saint-Père s'interroge, selon sa formule, sur l'idéologie technocratique qui crée des systèmes de compréhension de l'homme et d'organisation de la société irréalistes et contraires à la fois aux nécessités humaines et au bien commun.

C'est pourquoi, le Pape, dans son encyclique, met en garde contre « l'utopie d'une humanité revenue à son état premier de nature » qui est une façon « de séparer le progrès de son évaluation morale et donc de notre responsabilité » (n. 14). Derrière cette idée « d'une humanité revenue à son état premier », se révèle la volonté de déconstruire les rapports économiques au nom de la société marchande mais également les conceptions de l'homme et de la femme, du couple, du mariage, de la famille et de l'éducation des enfants. La vérité de l'homme se trouverait ainsi dans l'indifférencié pour être égaux, en la libérant de tous les modèles et de toutes les représentations, élaborés dans le processus de la civilisation, conçus comme des superstructures qui viennent contrarier des désirs premiers et des exigences de circonstance.

En ce sens, dit le Pape, l'homme n'est plus approché comme un donné offert à lui-même en ayant une ontologie qui lui est propre, mais comme un être qui se crée et se façonne lui-même. Le développement humain, loin d'être une vocation qui naît d'un appel transcendant, et qui a donc déjà un sens, est souvent présenté à travers l'idée que l'homme doit se donner un sens à lui-même. Or, note Benoît XVI, « l'homme est incapable de se donner par lui-même son propre sens ultime » (n. 16). En reprenant Populorum Progressio, il affirme : « Il n'y a donc d'humanisme vrai qu'ouvert à l'Absolu, dans la reconnaissance d'une vocation, qui donne l'idée de la vie humaine ». Sinon l'homme va se penser seul en se mirant en lui-même, sans autre vis-à-vis que son propre narcissisme et sa suffisance, une vision qui caractérise l'esprit païen des sociétés occidentales imprégnées de conceptions égotistes. Les bâtisseurs d'illusions, selon la formule de Jean-Paul II (n. 17), « fondent toujours leurs propositions sur la négation de la dimension transcendante du développement, étant certains de l'avoir tout entier à leur disposition. Cette fausse sécurité se change en faiblesse, parce qu'elle entraîne l'asservissement de l'homme, réduit à n'être qu'un moyen en vue du développement, tandis que l'humilité de celui qui accueille une vocation se transforme en autonomie véritable, parce qu'elle libère la personne » (n.17). Autrement dit, si le sujet humain développe une personnalité particulière, au sens psychologique du terme, il n'est pas à l'origine de son être qui sert de base à son élaboration personnelle et sociale. L'homme devient libre, autonome et vigoureux quand il connait l'origine de son être. Dans cette perspective, la foi chrétienne est une libération puisque le Christ lui révèle sa vérité dans l'alpha et l'oméga. Une « vérité qui libère » (Jn 8, 36-38), et cette vérité, des réalités majeures, permet de s'inscrire dans un développement constant qui est autre chose que le fait de se construire nous dit Benoît XVI.

Mais cette vérité est loin d'être accueillie comme un donné reçu. La vérité est souvent considérée comme une production humaine alors qu'elle est, dans le meilleur des cas, le fruit d'une découverte ou d'une réception (n. 34). Et c'est ainsi que « l'amour dans la vérité place l'homme dans l'étonnante expérience du don » (n. 34). L'homme cultive une mauvaise foi à ne pas reconnaître ce fait et s'enferme dans son autosuffisance, dans une vérité toute faite et convenue. Il veut lutter contre le mal avec ses seules forces et au nom des lois démocratiques qu'il fabrique. Il tente d'ignorer le sens du péché et du mal qui blesse l'homme en imaginant l'éradiquer avec des lois civiles qui parfois ne font que le renforcer. L'homme moderne, souligne le Pape, veut faire coïncider le bien être matériel et social avec le salut, voire le bonheur. En voulant se sauver lui-même, non seulement il se perd et encore davantage il s'épuise dans la dépression en étant incapable de se situer à l'égard de la source de son être.

Zenit : L'idéologie du genre aurait-elle pris la place des autres idéologies défuntes ?

Monseigneur Tony Anatrella : Il faut bien considérer que les Organisations internationales, l'Onu, la Commission européenne et le Parlement de Strasbourg imposent cette nouvelle idéologie dans l'ignorance des citoyens. Je donne de nombreuses conférences sur ce thème en France et à l'étranger, l'auditoire est souvent stupéfait de constater que ces idées se sont infiltrées de façon insidieuse dans les lois civiles, dans les médias, dans les séries télévisées, en milieu scolaire et à l'Université. Les médias français ont ainsi valorisé, de façon démagogique et sans aucun esprit critique, la création d'une Chaire sur le genre à Sciences Po. à Paris au printemps 2010 alors que cette idéologie innerve l'enseignement et les représentations sociales depuis des années. Comme d'habitude l'idéologie à la mode d'une époque ne supporte pas la critique comme dans les années 1950-1960, il était de bon ton, dans les milieux dits intellectuels, de ne pas critiquer le marxisme, mais au contraire de l'honorer dans toutes les disciplines. La plupart des enseignements universitaires en étaient imprégnés.

L'idéologie du genre passe maintenant à travers des lois qui ont pour objectif de créer la réalité sociale. C'est le cheval de Troie et il est trop tard lorsqu'on le découvre. Les Africains veulent être vigilants à ce sujet et leur clairvoyance m'a impressionné lors de mon séjour en Afrique. Ils ont des leçons de réalité et de pensée à nous donner.

L'Occident devrait être plus humble et plus modeste à l'égard des Africains, sinon nous risquons de nous décrédibiliser et de les voir se tourner vers des collaborations avec d'autres pays et d'autres horizons culturels. Les démocraties, pour autant qu'elles soient encore dans cette logique alors que nous sommes à l'ère des lobbies et des dossiers bouclés idéologiquement d'avance, dans de nombreuses instances internationales et européennes, créent souvent des lois (technocratiques) au nom de simples aménagements techniques, comme le ministre de la Justice l'avait dit en France lors du vote du Pacs (1999), alors qu'elles engagent davantage une conception de la vie et modifient le sens des réalités. C'est bien le sens de l'institution du mariage qui en pâti. Le marxisme voulait inventer un homme nouveau, le nazisme un homme pur et la théorie du genre un homme délié de la différence sexuelle : l'homme et la femme sont interchangeables au nom de la fausse valeur de la parité, et les orientations sexuelles pourraient être à l'origine du couple et de la famille. Comment ne pas voir que le nihilisme et le révisionnisme des réalités majeures sont toujours à l'œuvre ?

Zenit : Comment l'idéologie du genre se répand-elle en Afrique ?
(à suivre)

Propos recueillis par Anita S. Bourdin

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Chrysostome



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MessageSujet: Re: La philosophie du genre (différences purement culturelles entre hommes et femmes)   Mer 01 Sep 2010, 23:17

L’idéologie de la théorie du genre en Afrique (III)

Par Monseigneur Tony Anatrella

ROME, Mercredi 1er septembre 2010 (ZENIT.org) - « Comment l'idéologie du genre se répand-elle en Afrique ? »: Monseigneur Tony Anatrella répond à cette question dans cet entretien que nous publions en plusieurs volets (depuis le 30 août), à propos de l'encyclique sociale de Benoît XVI « Caritas in Veritate » et de la théorie du « genre ». Un sujet que Mgr Anatrella a traité en juillet dernier dans une conférence donnée aux évêques du continent africain.

Monseigneur Tony Anatrella, Psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale. Consulteur du Conseil Pontifical pour la famille et du Conseil Pontifical pour la Santé, membre de la Commission Internationale d'Enquête sur Medjugorje auprès de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, il consulte et enseigne à Paris à l'IPC et au Collège des Bernardins.

Il a été invité à donner une conférence sur le thème : « Caritas in Veritate et la théorie du genre » auprès des Évêques Africains réunis à Accra (Ghana) pour la 15ème Assemblée Plénière du Symposium des Conférences Épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SCEAM) qui s'est tenue du 26 juillet au 2 août 2010.

Il répond aux questions de Zenit au sujet du long et riche rapport qui a retenu l'attention de l'Assemblée des Conférences Épiscopales d'Afrique.

Zenit : Comment l'idéologie du genre se répand-elle en Afrique ?

Monseigneur Tony Anatrella : L'Occident fabrique des idées qui sont de nouvelles pathologies sociales et cherche à les exporter en Afrique, ce que les Africains ne veulent pas, malgré les financements qu'on leur propose en matière de santé, d'éducation, de couple et de famille, en échange de la diffusion des concepts du « genre » dans ce continent. Des associations chrétiennes se laissent prendre au jeu des subventions accordées dans la mesure où elles propagent cette idéologie dans des sessions de formation organisées par des Caritas en direction des prêtres, des religieux et des religieuses. Des évêques m'ont dit les avoir refusées et avoir décliné des financements pour leurs écoles et leurs centres de santé car ils ne voulaient pas être instrumentalisés par les agences Onusiennes et les ONGs.

De la même façon, les responsables politiques des différents pays d'Afrique supportent de moins en moins l'action commune des différentes chancelleries européennes, via leur ambassade, qui interviennent de façon harcelante pour favoriser la reconnaissance quasi matrimoniale des relations entre personnes de même sexe. Pour les Africains, les Occidentaux déraisonnent en voulant leur imposer un mode de vie qui est contraire à la réalité où seuls un homme et une femme forment un couple, se marient, conçoivent, adoptent et éduquent des enfants. Une orientation sexuelle est un déterminant de la personnalité que le sujet va plus ou moins bien assumer, c'est son affaire. Elle n'est pas une référence à partir de laquelle la société s'organise en matière conjugale et familiale. C'est bien pour cela que la France ne reconnaît ni le mariage, ni l'adoption des enfants par des personnes de même sexe. Il n'y a aucune discrimination à affirmer que l'intérêt de l'enfant est de pouvoir se développer entre un homme et une femme. Il serait même discriminatoire de le priver de la rencontre de l'un et de l'autre au cœur de la vie conjugale de ses parents qui donnent, eux-mêmes et pour de vrai, naissance à une famille. L'intérêt de l'enfant ne réside pas dans l'enveloppement affectif de personnes qui s'occupent de lui, mais qu'il puisse grandir dans les conditions mêmes de la filiation seulement partagées par un homme et une femme. Le reste n'est qu'une falsification de la conjugalité et de la filiation aux effets délétères sur les personnalités et sur la société.

Dans l'idéologie du genre, on voudrait nous renvoyer à une nature indéterminée et malléable à merci selon les fantasmes de chacun. La psychanalyse nous a appris, ce que les anciens savaient déjà, que le fantasme n'a pas vocation à se réaliser. Il est simplement une obligation faite à la représentation pulsionnelle de travailler sur soi. Le climat social, politique et éducatif de l'époque actuelle, ne facilite pas cette opération psychique et symbolique puisque l'infantilisme, l'impulsivité et le passage à l'acte permanent sont valorisés.

Zenit : On a le sentiment que la théorie du genre refuse la différence sexuelle qui est pourtant l'un des fondements de toutes les sociétés ?

Monseigneur Tony Anatrella : En effet, elle est dans le déni de la différence sexuelle et cette transgression du réel est insupportable pour des Africains qui, dans les meilleurs des cas, ont le sens de l'homme et de la femme, et de la famille quand ils ne sont pas soumis à des conceptions inégalitaires et de domination de l'homme sur la femme. Ce déni tient aux conditions de la création de cette idéologie à partir de personnalités transsexuelles qui n'acceptant pas leur corps sexué pour un corps fantasmé appartenant à l'autre sexe, les premiers théoriciens en ont conclu que la véritable identité sexuelle n'était pas inscrite sur le corps mais dans la psyché. Autrement dit le vrai sexe, c'est le fantasme. Nous sommes en pleine hémorragie psychique. Un cas particulier et extrême est ainsi devenu une généralité. Ainsi est née une idéologie psychologisante au nom de laquelle le politique est sommé de faire des lois à partir des intérêts subjectifs de chacun, de quoi morceler la société. Les mouvements féministes puis les mouvements lesbiens et homosexuels s'en sont emparés pour donner une légitimité « scientifique » à leur mode de vie et à leurs revendications. L'orientation sexuelle remplace l'identité sexuelle. Toute une trajectoire compassionnelle s'est développée autour de ces questions, à cause de la pandémie du sida, et l'idéologie, liant sentiments et déni d'humanité, s'est imposée au point de devenir une norme à partir de laquelle on redéfinit l'homme, la femme, le couple, le mariage, la famille et la filiation. Cette dynamique a mis plus de quarante ans pour créer de nouveaux paradigmes et succéder au marxisme.

Ainsi, au lieu de chercher à unir dans la complémentarité établissant une relation entre la différence sexuelle de l'homme et de la femme, cette idéologie (et les lois faites en son nom) sépare et oppose de plus en plus pour essayer de se maintenir dans l'indifférencié et, de ce fait, dans la confusion des pensées.

La théorie du genre ne cesse d'opposer l'homme à la femme allant jusqu'à la revendication d'un pouvoir féminin à travers l'autonomie de la femme qui exclut l'homme de la procréation et de la vie familiale. Elle manifeste une profonde immaturité intellectuelle dans le sens où la fin de la maturité humaine ce n'est pas l'autonomie, même si cette étape est nécessaire au moment de l'adolescence afin que le sujet prenne possession de soi, mais l'interdépendance entre l'homme et la femme. Celle-ci facilite leur relation de coopération, de complémentarité et des rôles assumés selon les qualités, les compétences et les symboliques de chaque sexe. Il n'est pas certain que toutes les fonctions puissent être exercées indistinctement par les hommes et les femmes et que cela soit sans conséquences sur les personnes et le lien social. Il suffit de l'observer sur les enfants et les adolescents dans le milieu scolaire.

La mixité partagée par l'homme et la femme ne se confond pas avec la similitude et en ce sens, la mixité scolaire a échoué. Au lieu de favoriser une meilleure relation entre l'un et les autres, elle entraîne à la fois une identification féminine à la psychologie masculine et le besoin, chez des postadolescents trentenaires, de se retrouver dans des groupes de personnes de même sexe : masculin ou féminin. Il reste encore à découvrir que la relation, l'attrait de l'autre et l'association de l'homme et de la femme ne se font que dans la reconnaissance intime de leur distinction. A l'inverse, la théorie du genre laisse entendre qu'il n'y a pas de distinction. Il y a pourtant une psychologie masculine autre que la psychologie féminine et des intérêts et des besoins qui sont différents chez les uns et les autres. En perdant le sens de cette différence majeure des sexes, on perd également le sens des autres différences au moment où on veut les revendiquer. Ce qui est une imposture, car ce qui est recherché c'est la similitude.

Zenit : L'un des aspects de la théorie du genre que vous avez largement analysé dans vos livres mais aussi que vous avez précisé lors de récents interviews pour Zenit, est d'opposer constamment l'homme à la femme ? Comment l'encyclique aborde cette question ?

Monseigneur Tony Anatrella : Le risque et le danger de la théorie du genre consistent justement, au nom d'artifices intellectuels, à diviser et à séparer des réalités humaines qui ont vocation à s'unir. Des mesures législatives entreprennent, par exemple, de modifier le langage pour mieux faire accepter l'opposition de l'homme et de la femme, et favoriser le mariage et l'adoption des enfants par des personnes de même sexe alors qu'ils sont antinomiques à ce type de situation paradoxale.

Le Saint-Père souligne, fort justement dans son raisonnement, que l'homme ne saurait être réduit à un donné purement culturel, comme le prétend la théorie du genre. Plus précisément, il souligne le risque de séparer la culture de la nature humaine. « Éclectisme et nivellement culturel ont en commun de séparer la culture de la nature humaine. Ainsi, les cultures ne savent plus trouver leur mesure dans une nature qui les transcende, elles finissent par réduire l'homme à un donné purement culturel. Quand cela advient, l'humanité court de nouveaux périls d'asservissement et de manipulation » (n. 26). Plus précisément, le genre humain ne se morcelle pas mais il se rencontre et se vit à travers l'altérité qui fonde « l'ouverture à la vie qui est au centre du développement » intégral (n. 28). Une altérité qui trouve son origine dans l'altérité du Dieu trinitaire comme le souligne Benoît XVI : « Seule la rencontre de Dieu permet de ne pas "voir dans l'autre que l'autre" mais de reconnaître en lui l'image de Dieu, parvenant ainsi à découvrir vraiment l'autre et à développer un amour qui devienne soin de l'autre pour l'autre » (n. 11).

Dans la théorie du genre nous sommes aux antipodes du sens de l'altérité pour s'installer dans la similitude, voire dans une vision comptable de la parité en tout point entre l'homme et la femme. Il ne s'agit pas de remettre en question une nécessaire égalité de l'homme et de la femme. L'Église, à l'image du Christ, a été la première institution à soutenir l'égalité de l'homme et de la femme contre tous les modèles sociaux prégnants qui allaient à l'encontre de cette dignité. Elle a dû lutter pendant près de vingt siècles pour faire admettre le mariage par élection libre des époux contre les mariages forcés et arrangés par les familles, la responsabilité conjugale et parentale partagée entre l'un et l'autre et le centrage de l'expression sexuelle dans la vie du couple. Il y aurait encore de nombreux exemples à donner qui ont été oubliés dans l'histoire des idées pour rendre justice à l'Église dans la promotion de la femme.

En revanche, ce qui se joue actuellement n'a rien à voir avec l'égalité entre les hommes et les femmes. La parité n'est qu'un prétexte pour instaurer un pouvoir féminin qui tendrait à exclure l'homme notamment dans le domaine conjugal et la procréation. Une attitude qui consiste à dévaloriser le mariage au bénéfice du concubinage, d'unions civiles, de la cellule monoparentale, en les mettant tous sur le même plan. Une confusion supplémentaire dommageable au lien et à la cohésion sociale ainsi morcelés. Ensuite on s'étonnera de l'augmentation du nombre de célibataires et la difficulté pour beaucoup de savoir être en couple, et élaborer une relation conjugale selon les âges de la vie même du couple.

C'est pourquoi le Saint-Père rappelle que le mariage ne concerne que l'alliance engagée seulement entre un homme et une femme et qu'il serait déraisonnable et injuste d'en attribuer les caractéristiques à des situations relationnelles qui sont d'une autre nature. Le Pape souligne avec raison que « les États sont appelés à mettre en œuvre des politiques qui promeuvent le caractère central et l'intégrité de la famille, fondée sur le mariage entre un homme et une femme, cellule première et vitale de la société, prenant en compte ses problèmes économiques et fiscaux, dans le respect de sa nature relationnelle » (n. 44). Autrement dit, les États ont tort d'élargir les droits inhérents au mariage à des situations comme le concubinage, le pacte civil et des duos homosexuels qui ne présentent pas les mêmes propriétés et les mêmes vertus. C'est ainsi que l'on fracture l'anthropologie au lieu d'en avoir une vision unitive.

Zenit : Ce qui veut dire que le mariage ne relève pas de droits individuels ?

(à suivre)

Propos recueillis par Anita S. Bourdin

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MessageSujet: Re: La philosophie du genre (différences purement culturelles entre hommes et femmes)   Jeu 02 Sep 2010, 23:51

Théorie du genre : Les enjeux sur lesquels tous doivent agir (IV)

Par Mgr Anatrella

ROME, Jeudi 2 septembre 2010 (ZENIT.org) - « Quels sont les enjeux sur lesquels l'Église et tous les chrétiens doivent agir » pour ce qui est de la diffusion de la théorie du genre ? Monseigneur Tony Anatrella répond à cette question dans cet entretien dont nous publions ici le dernier volet (pour les autres, cf. bulletins à partir du 30 août), à propos de l'encyclique sociale de Benoît XVI « Caritas in Veritate » et de la théorie du « genre ». Un sujet que Mgr Anatrella a traité en juillet dernier dans une conférence donnée aux évêques du continent africain.

Monseigneur Tony Anatrella, Psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale. Consulteur du Conseil Pontifical pour la famille et du Conseil Pontifical pour la Santé, membre de la Commission Internationale d'Enquête sur Medjugorje auprès de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, il consulte et enseigne à Paris à l'IPC et au Collège des Bernardins.

Il a été invité à donner une conférence sur le thème : « Caritas in Veritate et la théorie du genre » auprès des Évêques Africains réunis à Accra (Ghana) pour la 15ème Assemblée Plénière du Symposium des Conférences Épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SCEAM) qui s'est tenue du 26 juillet au 2 août 2010.

Il répond aux questions de Zenit au sujet du long et riche rapport qui a retenu l'attention de l'Assemblée des Conférences Épiscopales d'Afrique.

Zenit : Ce qui veut dire que le mariage ne relève pas de droits individuels ?

Monseigneur Tony Anatrella : Avec raison Benoît XVI insiste sur le fait que le mariage reste une institution structurante pour l'homme et la femme, les enfants et la société. Il n'est pas une réalité à la libre disposition du législateur, il fait partie du droit naturel puisqu'il le précède. Il n'est pas un contrat et il exige des conditions qui lui sont propres à commencer la différence sexuelle. Le Pape précise le propos en affirmant : « Continuer à proposer aux nouvelles générations la beauté de la famille et du mariage, la correspondance de ces institutions aux exigences les plus profondes du cœur et de la dignité de la personne devient ainsi une nécessité sociale, et même économique » (n. 44). Le mariage Institution est souvent défavorisé dans les sociétés occidentales au nom des droits individuels confondus avec des particularismes aléatoires et au détriment du bien commun. Bien entendu, les droits individuels ne sont pas sans intérêt quand ils ne sont pas détournés de leur finalité.

Dans le chapitre 4 de l'encyclique, Benoît XVI met en question le glissement actuel qui voudrait qu'on organise la société à partir de droits individuels sans que ceux-ci ne soient confrontés au sens du bien commun. Cette perspective de certains droits individuels revendiqués par des groupes de pression et quasiment reconnus par la Cour européenne des droits de l'homme n'annonce-t-elle pas la fin des droits de l'homme dans leur dimension objective et universelle ? D'autant plus qu'au nom des droits de l'homme tout et n'importe quoi est revendiqué. L'ONU, la Commission de Bruxelles et la Cour européenne des droits de l'homme sont conditionnés par cette philosophie individualiste et subjectiviste qui, à long terme, ne peut qu'altérer le lien social. Ainsi le Pape écrit : « Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui sont tentés de prétendre ne rien devoir à personne, si ce n'est à eux-mêmes. Ils estiment n'être détenteurs que de droits et ils éprouvent souvent de grandes difficultés à grandir dans la responsabilité à l'égard de leur développement personnel intégral et de celui des autres » D'autre part, « si les droits de l'homme ne trouvent leur propre fondement que dans les délibérations d'une assemblée de citoyens, ils peuvent être modifiés à tout moment et, par conséquent, le devoir de les respecter et de les promouvoir diminue dans la conscience commune. Les Gouvernements et les Organismes internationaux peuvent alors oublier l'objectivité et l'«indisponibilité» des droits. Quand cela se produit, le véritable développement des peuples est mis en danger » (n. 43). La multiplication de lois de circonstance pour répondre à des demandes particulières ne peut que dévaloriser le sens de la loi civile et cette mésestime encourage à ne pas la respecter puisqu'elle n'honore pas l'intérêt général.

Les sciences humaines ont joué un rôle important dans l'avènement de nouvelles idéologies fondées sur des droits individuels et sur des divisions artificielles dans l'humanité au lieu de respecter les différences fondamentales. Les sociologues qui observent des attitudes et des comportements décrètent que puisqu'un phénomène existe il faut, non seulement l'admettre, mais également le légaliser et en faire une norme. D'où la prolifération de lois qui viennent légitimer des mœurs au lieu de voir le législateur créer des lois au nom du bien commun. Nous assistons à une lente perversion du droit au nom de droits individuels (recherchés en fait au nom de normes individuelles fondées sur des intrigues subjectives) qui doivent s'imposer à la société tout en neutralisant les devoirs. Autrement dit, répétons-le, ce ne sont pas les droits individuels qui sont en question mais la façon dont ils sont travestis. Le Pape a raison d'écrire que « L'exaspération des droits aboutit à l'oubli des devoirs. Les devoirs délimitent les droits parce qu'ils renvoient au cadre anthropologique et éthique dans la vérité duquel ces derniers s'insèrent et ainsi ne deviennent pas arbitraires. C'est pour cette raison que les devoirs renforcent les droits et situent leur défense et leur promotion comme un engagement à prendre en faveur du bien. » (n. 43). Dans la plupart des pays développés, le droit est actuellement organisé pour « satisfaire des attentes psychologiques ».

Zenit : Dans votre conférence aux Évêques d'Afrique, vous avez soutenu l'idée que nous sommes dans une guerre idéologique que voulez-vous dire ?

Monseigneur Tony Anatrella : Le Pape le souligne fortement : « Aujourd'hui, nous sommes témoins d'une grave contradiction. Tandis que, d'un côté, sont revendiqués de soi-disant droits, de nature arbitraire et voluptuaire, avec la prétention de les voir reconnus et promus par les structures publiques, d'un autre côté, des droits élémentaires et fondamentaux d'une grande partie de l'humanité sont ignorés et violés » (n. 43). Les familles déplacées ne sont pas toujours respectées dans leur dignité. Les délocalisations industrielles appauvrissent les uns et exploitent la main d'œuvre des pays émergents. Et sur un autre plan, un enfant a le droit d'être éduqué seulement par un homme et une femme, son père et sa mère, pour soutenir ses besoins et respecter ses intérêts psychologiques, sociaux, moraux et spirituels.

Aujourd'hui relève le Pape, dans une mentalité technicienne, on voudrait faire coïncider le vrai avec le faisable (n. 70). « Mais lorsque les seuls critères de vérité sont l'efficacité et l'utilité, le développement est automatiquement nié » (n. ibid.). Le mariage tout comme la filiation ne peuvent pas relever de l'utilité pour combler une insatisfaction et une frustration de la personne. Surtout lorsque l'on omet de « penser le sens pleinement humain du « faire » de l'homme, sur l'horizon de sens de la personne prise dans la globalité de son être » (n. ibid.).

L'enjeu actuel est bien anthropologique dans cette bataille des idées. « Paul VI avait déjà mis en évidence dans Populorum Progressio que la question sociale est devenue radicalement une question anthropologique, au sens où elle implique la manière même, non seulement de concevoir, mais aussi de manipuler la vie » (75). Nous avons souvent dit et redit que les hérésies contemporaines ne sont plus tellement religieuses, même si elles perdurent encore dans certains milieux, mais des hérésies anthropologiques dont la théorie du genre en est une dans le paysage intellectuel qui la retient comme une norme quasi internationale. L'homme laissé ainsi à lui-même ne peut se penser qu'en termes de toute-puissance ou dans la rivalité du complexe de Caïn. Nous avons besoin de penser foi et raison de concert nous dit le Pape dans son encyclique. « Dieu révèle l'homme à l'homme; la raison et la foi collaborent pour lui montrer le bien, à condition qu'il veuille bien le voir; la loi naturelle, dans laquelle resplendit la Raison créatrice, montre la grandeur de l'homme, mais aussi sa misère, quand il méconnaît l'appel de la vérité morale » (n. 75).

Il ne faut pas se le cacher, nous sommes engagés dans un combat d'idées dont les citoyens ignorent souvent l'enjeu et dans lequel tout est fait pour marginaliser l'Église qui est dans sa mission en soulignant les conséquences sur le devenir de l'humanité de ce type d'idéologie. La mise en cause du mariage est un des premiers aspects d'une stratégie idéologique qui tente de redéfinir la sexualité humaine sur une base idéaliste et qui va à l'encontre de la réalité de l'incarnation de l'homme dans un corps spécifique. Les tenants de la théorie du genre soutiennent l'idée que nous sommes tous des êtres humains avant d'être des hommes ou des femmes. Ce sophisme généreux est une illusion car l'être humain en soi n'existe pas. Nous ne sommes pas asexués. Nous ne rencontrons que des personnes qui sont soit un homme soit une femme. D'ailleurs, il n'y a pas d'autres identités en dehors de celles-ci. De nombreux paradoxes irréalistes se présentent dans cette idéologie qui reste marqués par le déni du corps sexué et rejoint une angoisse qui a toujours traversé l'humanité, celle de la reconnaissance, de l'acceptation et de l'intériorisation de la différence sexuelle. Tel est le véritable sens de l'altérité humaine qui vient s'accomplir dans la révélation chrétienne. La signification du mariage ne peut se comprendre qu'à partir du corps sexué qui permet l'union et la communion entre un homme et une femme.

Zenit : Quels sont les enjeux sur lesquels l'Église et tous les chrétiens doivent agir ?

Monseigneur Tony Anatrella : Ils doivent agir pour que les différents parlements nationaux adoptent des lois civiles qui ne soient pas en contradiction avec des principes d'humanité. Pour les enjeux, l'idéologie du genre, produite par les sciences humaines est un nouvel idéalisme à l'image du marxisme qui est contraire aux intérêts humains. Or une société qui ne comprend plus le sens de la différence sexuelle perd progressivement le sens de la vérité des choses et favorise un sentiment profond d'insécurité. L'instabilité, déjà favorisée par d'autres facteurs, progresse puisque cette idéologie s'attaque au cadre porteur et symbolique de la société. C'est pourquoi, Montesquieu avait raison d'écrire dans L'esprit des lois, « Il ne faut toucher aux lois que d'une main tremblante ». En remettant en question la différence sexuelle, puisqu'on laisse entendre que l'identité sexuelle est indépendante du fait biologique, la théorie du genre dissocie la sexualité biologique et psychologique du social pour en faire une construction sociale et un jeu de pouvoir entre l'homme et la femme. La guerre des sexes a remplacé la lutte des classes. Le primat est mis sur la disparition des distinctions entre l'homme et la femme. Autrement dit, rien ne doit empêcher la femme de devenir l'égale de l'homme tout en dénonçant la domination et le pouvoir masculins. La maternité est également considérée comme un handicap et une injustice puisque seules les femmes portent les enfants. Il faut donc libérer les femmes de la maternité et ce fait explique la multiplication des campagnes en faveur de la contraception et de l'avortement. Une véritable campagne de mutilation internationale menée par les plus hautes institutions qui atteignent la véritable richesse d'un peuple que sont ses enfants.

Benoît XVI écrit avec raison : « Certaines organisations non-gouvernementales travaillent activement à la diffusion de l'avortement et promeuvent parfois dans les pays pauvres l'adoption de la pratique de la stérilisation, y compris à l'insu des femmes. Par ailleurs, ce n'est pas sans fondement que l'on peut soupçonner les aides au développement d'être parfois liées à certaines politiques sanitaires impliquant de fait l'obligation d'un contrôle contraignant des naissances ... Quand une société s'oriente vers le refus et la suppression de la vie, elle finit par ne plus trouver les motivations et les énergies nécessaires pour œuvrer au service du vrai bien de l'homme » (n. 28).

L'homme se prend pour le maître de l'univers. Il ne l'est pas et il ne préside pas davantage à son origine, il n'est pas son propre créateur et encore moins celui qui se construit à partir de rien. Il provient d'une nature et advient par la culture. Il n'y a pas d'opposition entre l'une et l'autre, mais une subtile interaction. Plutôt que de se construire, l'homme se développe selon des phénomènes qui lui sont propres. Il se reçoit comme un donné, dit le Pape, et se met en œuvre à partir de nombreuses interdépendances. C'est pourquoi, il est nécessaire qu'il se dégage de la vision narcissique et autosuffisante de la pensée actuelle en se libérant du fantasme de toute-puissance qui ferait du soi l'architecte de son histoire personnelle dont il aurait la parfaite maîtrise en tout. Les récits de vie qui sont très en vogue actuellement lorsque des gens se racontent sur les ondes des radios et des télévisions occidentales, témoignent d'un besoin de s'auto-légitimer, de se présenter en héros de leur vie ou en victimes de leur éducation et des autres. Ce mouvement est le symptôme d'une difficulté à prendre possession de son existence, de la signifier et de l'assumer. La pensée individualiste d'un Pic de la Mirandole, qui a influencé l'Europe du Nord et les anglo-saxons et la pensée subjectiviste, aboutit à un enfermement narcissique qui est à l'origine de différentes formes de violences dans le mouvement de la civilisation toujours à élaborer.

Le Saint-Père souligne que la personne humaine est non seulement donnée à elle-même, mais elle est également faite pour le don. « L'amour dans la vérité place l'homme devant l'étonnante expérience du don. La gratuité est présente dans sa vie sous de multiples formes qui souvent ne sont pas reconnues en raison d'une vision de l'existence purement productiviste et utilitariste. L'être humain est fait pour le don; c'est le don qui exprime et réalise sa dimension de transcendance » (n. 34). Le don ne peut se réaliser que dans la reconnaissance, l'acceptation et l'intériorisation de l'altérité, et de l'altérité sexuelle. Le don de soi s'exprime par le corps à l'image du Christ qui s'est incarné et s'est offert charnellement afin que l'homme rejoigne l'humanité de Dieu dans l'amour de la vérité.

Zenit : Comment former les prêtres et sensibiliser intellectuellement les chrétiens à cette idéologie ?

Monseigneur Tony Anatrella : Les évêques Africains sont décidés à agir dans la formation dispensée dans le cadre des Séminaires auprès des séminaristes, dans les Universités catholiques et dans la formation paroissiale et des mouvements d'action familiale pour à la fois sensibiliser à la théorie du genre, offrir un dispositif intellectuel critique et présenter la vision réaliste de la complémentarité de l'homme et de la femme. Ils sont appelés à s'associer et non pas à se faire la guerre des sexes. L'Église, Jean-Paul II l'a fortement souligné, en appelle à une civilisation fondée sur l'amour, c'est-à-dire sur le couple fondé sur un homme et une femme, les seuls à symboliser le sens de l'amour dans la conjugalité et la filiation familiale. Il faut au moins avoir intimement intériorisé cette différence majeure pour accéder à l'amour.

En Occident, alors que cette théorie est à l'œuvre depuis de nombreuses années, la réflexion dans les Séminaires et dans les Universités catholiques est quasi inexistante. Cela n'est pas le cas dans les Universités romaines comme à l'Institut Jean-Paul II et à l'Académie Pontificale Ecclésiastique. Sinon on constate que les enseignants, les étudiants et le clergé dans son ensemble, empruntent et utilisent souvent le langage inhérent à cette idéologie sans le savoir. C'est l'aspect le plus pernicieux de cette théorie : répandre les mots dans le discours courant pour mieux en faire accepter les idées. Qui a réfléchi sur le concept de « gouvernance » qui est un terme chantant et joli mais qui n'a pas le même sens que celui de gouvernement. Il en va de même avec le concept de « parentalité » qui succède à celui de « parenté » et qui induit une toute autre signification. Ou encore le concept de « santé reproductive » qui n'a rien à voir avec l'accompagnement des mères et des familles mais qui signifie la propagation des moyens contraceptifs et abortifs. Il est préférable de lui substituer le concept de « santé familiale » qui englobe le père, la mère et les enfants : bref la cellule familiale. C'est pourquoi, il faut comprendre la source et la portée, et se refuser à emprunter ce néo-langage.

Le Conseil Pontifical pour la Famille a ainsi publié le Lexique des termes ambigus et controversés pour répondre à tous ces enjeux idéologiques. Ce livre est édité en français aux éditions Téqui et il existe en allemand, en anglais, en arabe, en espagnol, en italien (Librairie Vaticane), en portugais, et en russe. Enfin, il faut également saluer tout le travail fait par les associations familiales catholiques au plan européen et international. Il reste à sensibiliser très largement les formateurs et les enseignants, et l'ensemble des chrétiens pour répondre à ce nouveau défi qui se joue dans les politiques familiales. Les chrétiens doivent se mobiliser lorsque la dignité de la vie et les équilibres humains sont déstabilisés par la recherche de profits économiques et idéologiques limités à des intérêts particuliers, là où Benoît XVI nous appelle à une gratuité plus ouverte sur la vie.

Propos recueillis par Anita S. Bourdin

http://www.zenit.org/article-25257?l=french
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La philosophie du genre (différences purement culturelles entre hommes et femmes)
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