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 Quand les juges s'improvisent théologiens

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Chrysostome



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MessageSujet: Quand les juges s'improvisent théologiens   Mar 06 Juil 2010, 23:34

Quand les juges s'improvisent théologiens

par Sandro Magister

Le 06 juillet 2010 - Eucharistie Sacrement de la Miséricorde - En ce début d’été, un nouvel acteur, le juge, est entré en scène à grand fracas dans le drame de la pédophilie.

Le 24 juin, en Belgique, des forces de police ont procédé, sur ordre de la magistrature, à des perquisitions portant sur des personnes et des lieux essentiels pour l’Église de ce pays : l'archevêché de Malines-Bruxelles alors qu’y étaient réunis les évêques, le domicile du cardinal Godfried Danneels et le siège de la commission indépendante créée par l’Église de Belgique pour enquêter sur les abus sexuels. Les enquêteurs y ont saisi 475 dossiers, dont beaucoup concernant des victimes qui s’étaient adressées à cette commission plutôt qu’à la justice civile pour protéger leur vie privée.

De plus, le même jour, à la cathédrale Saint-Rombaut de Malines, les tombes des cardinaux Désiré-Félicien Mercier, Jozef-Ernest Van Roey et Léon-Joseph Suenens ont été violées, dans une vaine recherche de preuves présumées de la complicité de l’Église belge dans les abus sexuels.

Le 29 juin, aux États-Unis, la cour suprême a en revanche refusé d’examiner la requête du Saint-Siège tendant à empêcher la mise en cause des plus hautes autorités vaticanes, en tant qu’accusés, dans un procès qui a lieu dans l'Oregon pour abus sexuels commis par un religieux.

La requête du Saint-Siège avait reçu l’appui de l'administration Obama. De même, en 2005, pendant la présidence Bush, le département d’État américain avait qualifié d’illégitime la mise en cause de Benoît XVI dans un procès ayant lieu au Texas à propos d’abus sexuels, en raison de l’immunité de tout chef d’état et donc aussi du pape. Et cette fois le juge avait tenu compte de l’avis de l’administration.

Mais la cour suprême a décidé de ne pas s’exprimer sur la question, comme elle le fait du reste pour l’immense majorité des 7 à 8 000 demandes de jugement qu’elle reçoit chaque année, dont elle n’examine pas plus de 60 à 70.

Par conséquent, la cour suprême a renvoyé le jugement à un niveau inférieur, en l’espèce la cour d’appel fédérale de l'Oregon. Théoriquement, donc, ce tribunal pourrait confirmer la mise en cause, comme accusés, du pape Benoît XVI, de son secrétaire d’état le cardinal Tarcisio Bertone, du préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi le cardinal William Levada et du nonce apostolique aux États-Unis l'archevêque Pietro Sambi. Cela deviendrait possible au cas où la cour de l'Oregon déciderait que le religieux auteur des abus sexuels, mort en 1992, était un "employé du Saint-Siège".

Une semblable mise en cause des plus hautes autorités de l’Église est en cours dans le Kentucky et une autre a été lancée il y a quelques jours à Los Angeles.

Qu’on en arrive à ce point, c’est-à-dire à traduire le pape en justice pour les crimes commis par un de ses "employés", c’est peu probable. Mais que, tôt ou tard, une cour s’arroge le droit de définir selon ses critères propres ce qu’est l’Église et quelles relations la hiérarchie a avec ses "employés" n’est plus une hypothèse à exclure absolument.

Les perquisitions ordonnées par la magistrature belge – qualifiées de "brutales" par le ministre belge de la justice, Stefaan De Clerck, lui-même – ne sont pas rassurantes du tout. Dans ce cas, l’Église a été considérée comme un clan mafieux.

En Belgique et aux États-Unis, mais aussi un peu partout, se manifeste une tendance croissante à juger la nature et l'organisation de l’Église en ne tenant pas compte de ce qu’elle est et de son organisation originale et particulière, qui est également entrée dans la meilleure culture juridique et a été reconnue par des accords de valeur internationale.

Le souhait exprimé plusieurs fois par les autorités de l’Église, que la justice civile et la justice canonique opèrent chacune dans son domaine pour lutter contre les abus sexuels commis par le clergé, ne se traduit donc pas toujours par une coopération pacifique et fructueuse.

L’Église, depuis quelque temps et surtout grâce à l’impulsion de Joseph Ratzinger cardinal et pape, fait beaucoup pour corriger ses fautes et omissions. Mais la justice civile doit elle aussi faire mieux. Ses essais en ce domaine ont souvent été décevants au cours des dernières décennies. Mais si aujourd’hui elle abusait de son pouvoir en s’attribuant des compétences et des rôles qui ne lui reviennent pas et en agissant en conséquence, elle ferait pire encore.

On trouvera ci-dessous une analyse approfondie de la question soulevée par les affaires belge et américaine. L'auteur, le professeur Pietro De Marco, enseigne à l'Université de Florence et à la Faculté de Théologie d'Italie Centrale.

À PROPOS DES JUGES ET DE L’ÉGLISE

par Pietro De Marco

Bien évidemment, aucune cour suprême des États-Unis n’a déclaré, comme l’a titré un journal, que l’on “peut faire un procès au Vatican”, ni que celui-ci est “civilement responsable des actes d’un prêtre”, pour reprendre l’expression d’une agence de presse. Non seulement parce qu’une cour suprême nationale n’a pas de pouvoir de décision en matière d’éventuels délits internationaux, mais surtout parce qu’un état n’est pas “justiciable”.

Accuser un état d’un comportement donné est possible à partir d’une conduite individuelle pouvant être attribuée à cet état. Et la conduite mise en cause n’est imputable à un état que si cet individu est l’un de ses représentants et pas simplement l’un de ses membres. Mais un titre de journal n’est qu’un titre, avec tout ce qu’il faut pour désinformer. Il serait plus exact de parler d’une non-décision de la cour concernant l’"immunity" du Saint-Siège, c’est-à-dire l’immunité qui protège un souverain du pouvoir judiciaire et de la responsabilité découlant de l’exercice d’un pouvoir discrétionnaire. Simplement la cour n’a pas accepté la demande du Saint-Siège – qui avait obtenu l’avis favorable du "solicitor general", le procureur général du gouvernement fédéral auprès de la cour – de vérifier la validité des actes accomplis par les juges ordinaires en charge de l’affaire John Doe (c’est le nom général habituel, qui recouvre ici celui de la victime d’actes de pédophilie commis en 1965 par un prêtre de l’Oregon mort en 1992).

Par ailleurs la cour semble ne pas exclure en principe la possibilité, du point de vue du droit international civil, d’une imputation de responsabilité au Saint-Siège. Elle laisse à un juge ordinaire la chance de recourir à ce moyen. Mais cela paraît très peu vraisemblable. Un prêtre n’est pas – et un évêque non plus - à proprement parler un "représentant" du Saint-Siège, pour ne pas parler de l’état de la Cité du Vatican (entre parenthèses, la confusion existant entre ces termes suffirait à rendre invalides aussi bien des actes formels que des considérations journalistiques). Le clergé ne représente pas le Saint-Siège et, en général, il n’agit pas sous son impulsion. L’autorité et la force d’orientation du Saint-Siège - en dernier ressort celles du pape - sur les Églises locales, le clergé et les fidèles, ne sont pas celles d’une chaîne de commandement, d’une hiérarchie militaire ou d’entreprise. Le siège de Pierre est une instance qui anime, guide et sanctionne, dans des cas bien définis, en tenant compte des buts ultimes de l’Église elle-même. Il est important de rappeler que le concept originel de "hiérarchie", qui a subsisté jusqu’au XIXe siècle dans certaines langues comme l’allemand, désigne une organisation sacrée ou un organisme religieux ; alors que la "hiérarchie" en tant que système de commandement d’une organisation quelconque est une innovation linguistique datant de la fin du XVIIIe siècle. La hiérarchie catholique reste un corps et un sacrement, pas un organigramme d’entreprise ; la position de chaque membre de l’Église est cohérente avec cet ordre de droit sacré.

D’un côté, donc, l’état de la Cité du Vatican jouit certainement de l’"immunity" qui appartient à chaque état ; de l’autre, le Saint-Siège, protégé par le bouclier de droit international de l’état de la Cité du Vatican, n’entretient pas avec les membres des Églises locales les rapports qui caractérisent une chaîne de commandement.

Tout cela est l’expression d’une réalité historique universelle que le droit du XXe siècle a bien vue : l’Église est une organisation originale et particulière. La haute doctrine juridique qui a reconnu et sanctionné cette évidence millénaire au niveau international est à la base, par exemple, des Accords de Latran de 1929, entrés ensuite dans la constitution italienne. En effet aucune instance externe ne peut définir ce qu’est l’Église – qui en est membre, quels sont ses rapports avec la hiérarchie – en faisant abstraction de la définition que l’Église donne d’elle-même. Une instance extérieure peut seulement “reconnaître” cette autodéfinition. Donc la cour américaine n’a pas décidé, ni même pensé, selon moi, qu’“un prêtre peut être considéré comme un employé du Vatican”, comme nous l’a annoncé un autre quotidien. Et il n’y a personne qui ait le pouvoir de décider qu’il l’est. Il n’en est pas ainsi dans l’organisation de l’Église et cela suffit. Insister relève d’un arbitraire injustifiable, ou bien – pour les avocats et certains juges – d’un jeu de hasard.

L’"immunity" de droit international des organes de gouvernement de l’état de la Cité du Vatican se combine donc, sous l’aspect substantiel, juridico-religieux, avec la forme particulière de la communauté des chrétiens, de l’Église, de son implantation et de son organisation pays par pays, peuple par peuple, "unum et plura", une seule entité et en même temps plusieurs. Le gouvernement et le peuple de l’Église sont identifiables ; son territoire est l’œcoumène ; elle a tendance à se superposer partout aux territoires et aux peuples gouvernés par le souverain politique. Ce n’est pas un état de type moderne ; au contraire, institutionnellement, elle le précède et le transcende. Elle continuera à exister même quand l’état moderne sera remplacé par une autre forme politique.

L’Église n’est pas non plus une "corporation" ou une organisation internationale. Les commentateurs et les juristes feraient bien de se replonger dans la distinction classique entre institution et organisation. Il y a des organisations dans l’Église comme il y en a dans l’état. Mais elle n’est pas une organisation, de même que l’état n’en est pas une. De même que la famille est une institution et pas une organisation.

Il faut rappeler tout cela, parce que l’actuelle attaque juridique contre l’Église de Rome a un présupposé sociologique, selon lequel l’Église serait une entité qui ne serait qu’empiriquement significative (fidèles, influence politique, poids économique : autant de dimensions considérées comme vulnérables) mais sa nature ne serait pas différente de celle d’une quelconque association volontaire. En Belgique, par exemple, où existe une forte tradition laïco-irréligieuse, certains ont eu l’idée de porter atteinte à l’image publique de l’Église, et donc d’affaiblir son autorité, en traitant le conseil épiscopal comme une réunion de mafieux. Pour le juge d’instruction qui en a ordonné l’inspection, ces hommes, ce bâtiment, ces tombes (dont celle du grand cardinal Mercier) ne font pas partie d’une institution universelle, ils ne représentent pas l’histoire spirituelle qui a amené ce pays à la dignité de l’Occident chrétien. Ils sont un groupe de citoyens formé par hasard dans de vieux murs, vis-à-vis duquel on peut utiliser les allégations ridicules (comme on a pu s’en rendre compte par la suite) d’un prêtre qui a joué un grand rôle dans l’affaire.

Que le monde des juristes ait le courage de faire son autocritique ! Leur incapacité à voir les institutions et l’histoire au-delà des individus est en cohérence avec la hantise de protection de l'arbitraire utilitariste d’hommes et de femmes pris individuellement. Mais la protection des libertés et des droits qui sont une fin en soi, l’actuelle “laïcité” en un mot, fait de quelques juges des manipulateurs de réalités historiques qu’ils ne connaissent pas en tant que juristes et qu’ils ne devraient même pas oser toucher. Entendons-nous bien : une organisation judiciaire ne connaît des faits sociaux que ce qui, en eux, demande la protection de la loi. Par exemple, en tant que tel, le juriste ne “connaît” pas la famille, qui dépasse le droit, mais seulement ce qui, en elle, doit être juridiquement protégé. Aller au-delà, en prétendant redéfinir complètement la famille, serait porter un coup à l’institution, de manière aveugle ou délibérément manipulatrice. Il doit en être de même pour les interventions du juriste laïc en ce qui concerne les institutions religieuses, à plus forte raison quand celles-ci sont dotées d’une organisation et d’un droit qui leur sont propres. On en viendrait à s’exclamer : "judices ne ultra crepidam", juges, n’allez pas au-delà de ce que vous savez faire !

Carl Schmitt l’avait bien vu, quand il a écrit que les juristes légitiment les institutions de la modernité à la place des théologiens et qu’ils ont avec eux le pouvoir du souverain, l’exécutif. Dans les organisations mondiales comme dans les institutions de la société, en anthropologie et en bioéthique comme dans le choix de celui qui gouverne, une nouvelle vague de juristes "révolutionnaires" agit aujourd’hui, les uns consciemment et les autres non, et on ne sait pas ce qui est le pire. Beaucoup d’analystes ne se rendent pas compte que, parmi les effets pervers de la modernité tardive, c’est l’un des plus pernicieux.

Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.

http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page=0607103_magister
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Théodéric



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MessageSujet: Re: Quand les juges s'improvisent théologiens   Mer 07 Juil 2010, 00:26

Simon1976 a écrit:
Quand les juges s'improvisent théologiens

par Sandro Magister

Le 06 juillet 2010 - Eucharistie Sacrement de la Miséricorde - En ce début d’été, un nouvel acteur, le juge, est entré en scène à grand fracas dans le drame de la pédophilie.

Le 24 juin, en Belgique, des forces de police ont procédé, sur ordre de la magistrature, à des perquisitions portant sur des personnes et des lieux essentiels pour l’Église de ce pays : l'archevêché de Malines-Bruxelles alors qu’y étaient réunis les évêques, le domicile du cardinal Godfried Danneels et le siège de la commission indépendante créée par l’Église de Belgique pour enquêter sur les abus sexuels. Les enquêteurs y ont saisi 475 dossiers, dont beaucoup concernant des victimes qui s’étaient adressées à cette commission plutôt qu’à la justice civile pour protéger leur vie privée.

De plus, le même jour, à la cathédrale Saint-Rombaut de Malines, les tombes des cardinaux Désiré-Félicien Mercier, Jozef-Ernest Van Roey et Léon-Joseph Suenens ont été violées, dans une vaine recherche de preuves présumées de la complicité de l’Église belge dans les abus sexuels.

Le 29 juin, aux États-Unis, la cour suprême a en revanche refusé d’examiner la requête du Saint-Siège tendant à empêcher la mise en cause des plus hautes autorités vaticanes, en tant qu’accusés, dans un procès qui a lieu dans l'Oregon pour abus sexuels commis par un religieux.

La requête du Saint-Siège avait reçu l’appui de l'administration Obama. De même, en 2005, pendant la présidence Bush, le département d’État américain avait qualifié d’illégitime la mise en cause de Benoît XVI dans un procès ayant lieu au Texas à propos d’abus sexuels, en raison de l’immunité de tout chef d’état et donc aussi du pape. Et cette fois le juge avait tenu compte de l’avis de l’administration.

Mais la cour suprême a décidé de ne pas s’exprimer sur la question, comme elle le fait du reste pour l’immense majorité des 7 à 8 000 demandes de jugement qu’elle reçoit chaque année, dont elle n’examine pas plus de 60 à 70.

Par conséquent, la cour suprême a renvoyé le jugement à un niveau inférieur, en l’espèce la cour d’appel fédérale de l'Oregon. Théoriquement, donc, ce tribunal pourrait confirmer la mise en cause, comme accusés, du pape Benoît XVI, de son secrétaire d’état le cardinal Tarcisio Bertone, du préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi le cardinal William Levada et du nonce apostolique aux États-Unis l'archevêque Pietro Sambi. Cela deviendrait possible au cas où la cour de l'Oregon déciderait que le religieux auteur des abus sexuels, mort en 1992, était un "employé du Saint-Siège".

Une semblable mise en cause des plus hautes autorités de l’Église est en cours dans le Kentucky et une autre a été lancée il y a quelques jours à Los Angeles.

Qu’on en arrive à ce point, c’est-à-dire à traduire le pape en justice pour les crimes commis par un de ses "employés", c’est peu probable. Mais que, tôt ou tard, une cour s’arroge le droit de définir selon ses critères propres ce qu’est l’Église et quelles relations la hiérarchie a avec ses "employés" n’est plus une hypothèse à exclure absolument.

Les perquisitions ordonnées par la magistrature belge – qualifiées de "brutales" par le ministre belge de la justice, Stefaan De Clerck, lui-même – ne sont pas rassurantes du tout. Dans ce cas, l’Église a été considérée comme un clan mafieux.

En Belgique et aux États-Unis, mais aussi un peu partout, se manifeste une tendance croissante à juger la nature et l'organisation de l’Église en ne tenant pas compte de ce qu’elle est et de son organisation originale et particulière, qui est également entrée dans la meilleure culture juridique et a été reconnue par des accords de valeur internationale.

Le souhait exprimé plusieurs fois par les autorités de l’Église, que la justice civile et la justice canonique opèrent chacune dans son domaine pour lutter contre les abus sexuels commis par le clergé, ne se traduit donc pas toujours par une coopération pacifique et fructueuse.

L’Église, depuis quelque temps et surtout grâce à l’impulsion de Joseph Ratzinger cardinal et pape, fait beaucoup pour corriger ses fautes et omissions. Mais la justice civile doit elle aussi faire mieux. Ses essais en ce domaine ont souvent été décevants au cours des dernières décennies. Mais si aujourd’hui elle abusait de son pouvoir en s’attribuant des compétences et des rôles qui ne lui reviennent pas et en agissant en conséquence, elle ferait pire encore.

On trouvera ci-dessous une analyse approfondie de la question soulevée par les affaires belge et américaine. L'auteur, le professeur Pietro De Marco, enseigne à l'Université de Florence et à la Faculté de Théologie d'Italie Centrale.

À PROPOS DES JUGES ET DE L’ÉGLISE

par Pietro De Marco

Bien évidemment, aucune cour suprême des États-Unis n’a déclaré, comme l’a titré un journal, que l’on “peut faire un procès au Vatican”, ni que celui-ci est “civilement responsable des actes d’un prêtre”, pour reprendre l’expression d’une agence de presse. Non seulement parce qu’une cour suprême nationale n’a pas de pouvoir de décision en matière d’éventuels délits internationaux, mais surtout parce qu’un état n’est pas “justiciable”.

Accuser un état d’un comportement donné est possible à partir d’une conduite individuelle pouvant être attribuée à cet état. Et la conduite mise en cause n’est imputable à un état que si cet individu est l’un de ses représentants et pas simplement l’un de ses membres. Mais un titre de journal n’est qu’un titre, avec tout ce qu’il faut pour désinformer. Il serait plus exact de parler d’une non-décision de la cour concernant l’"immunity" du Saint-Siège, c’est-à-dire l’immunité qui protège un souverain du pouvoir judiciaire et de la responsabilité découlant de l’exercice d’un pouvoir discrétionnaire. Simplement la cour n’a pas accepté la demande du Saint-Siège – qui avait obtenu l’avis favorable du "solicitor general", le procureur général du gouvernement fédéral auprès de la cour – de vérifier la validité des actes accomplis par les juges ordinaires en charge de l’affaire John Doe (c’est le nom général habituel, qui recouvre ici celui de la victime d’actes de pédophilie commis en 1965 par un prêtre de l’Oregon mort en 1992).

Par ailleurs la cour semble ne pas exclure en principe la possibilité, du point de vue du droit international civil, d’une imputation de responsabilité au Saint-Siège. Elle laisse à un juge ordinaire la chance de recourir à ce moyen. Mais cela paraît très peu vraisemblable. Un prêtre n’est pas – et un évêque non plus - à proprement parler un "représentant" du Saint-Siège, pour ne pas parler de l’état de la Cité du Vatican (entre parenthèses, la confusion existant entre ces termes suffirait à rendre invalides aussi bien des actes formels que des considérations journalistiques). Le clergé ne représente pas le Saint-Siège et, en général, il n’agit pas sous son impulsion. L’autorité et la force d’orientation du Saint-Siège - en dernier ressort celles du pape - sur les Églises locales, le clergé et les fidèles, ne sont pas celles d’une chaîne de commandement, d’une hiérarchie militaire ou d’entreprise. Le siège de Pierre est une instance qui anime, guide et sanctionne, dans des cas bien définis, en tenant compte des buts ultimes de l’Église elle-même. Il est important de rappeler que le concept originel de "hiérarchie", qui a subsisté jusqu’au XIXe siècle dans certaines langues comme l’allemand, désigne une organisation sacrée ou un organisme religieux ; alors que la "hiérarchie" en tant que système de commandement d’une organisation quelconque est une innovation linguistique datant de la fin du XVIIIe siècle. La hiérarchie catholique reste un corps et un sacrement, pas un organigramme d’entreprise ; la position de chaque membre de l’Église est cohérente avec cet ordre de droit sacré.

D’un côté, donc, l’état de la Cité du Vatican jouit certainement de l’"immunity" qui appartient à chaque état ; de l’autre, le Saint-Siège, protégé par le bouclier de droit international de l’état de la Cité du Vatican, n’entretient pas avec les membres des Églises locales les rapports qui caractérisent une chaîne de commandement.

Tout cela est l’expression d’une réalité historique universelle que le droit du XXe siècle a bien vue : l’Église est une organisation originale et particulière. La haute doctrine juridique qui a reconnu et sanctionné cette évidence millénaire au niveau international est à la base, par exemple, des Accords de Latran de 1929, entrés ensuite dans la constitution italienne. En effet aucune instance externe ne peut définir ce qu’est l’Église – qui en est membre, quels sont ses rapports avec la hiérarchie – en faisant abstraction de la définition que l’Église donne d’elle-même. Une instance extérieure peut seulement “reconnaître” cette autodéfinition. Donc la cour américaine n’a pas décidé, ni même pensé, selon moi, qu’“un prêtre peut être considéré comme un employé du Vatican”, comme nous l’a annoncé un autre quotidien. Et il n’y a personne qui ait le pouvoir de décider qu’il l’est. Il n’en est pas ainsi dans l’organisation de l’Église et cela suffit. Insister relève d’un arbitraire injustifiable, ou bien – pour les avocats et certains juges – d’un jeu de hasard.

L’"immunity" de droit international des organes de gouvernement de l’état de la Cité du Vatican se combine donc, sous l’aspect substantiel, juridico-religieux, avec la forme particulière de la communauté des chrétiens, de l’Église, de son implantation et de son organisation pays par pays, peuple par peuple, "unum et plura", une seule entité et en même temps plusieurs. Le gouvernement et le peuple de l’Église sont identifiables ; son territoire est l’œcoumène ; elle a tendance à se superposer partout aux territoires et aux peuples gouvernés par le souverain politique. Ce n’est pas un état de type moderne ; au contraire, institutionnellement, elle le précède et le transcende. Elle continuera à exister même quand l’état moderne sera remplacé par une autre forme politique.

L’Église n’est pas non plus une "corporation" ou une organisation internationale. Les commentateurs et les juristes feraient bien de se replonger dans la distinction classique entre institution et organisation. Il y a des organisations dans l’Église comme il y en a dans l’état. Mais elle n’est pas une organisation, de même que l’état n’en est pas une. De même que la famille est une institution et pas une organisation.

Il faut rappeler tout cela, parce que l’actuelle attaque juridique contre l’Église de Rome a un présupposé sociologique, selon lequel l’Église serait une entité qui ne serait qu’empiriquement significative (fidèles, influence politique, poids économique : autant de dimensions considérées comme vulnérables) mais sa nature ne serait pas différente de celle d’une quelconque association volontaire. En Belgique, par exemple, où existe une forte tradition laïco-irréligieuse, certains ont eu l’idée de porter atteinte à l’image publique de l’Église, et donc d’affaiblir son autorité, en traitant le conseil épiscopal comme une réunion de mafieux. Pour le juge d’instruction qui en a ordonné l’inspection, ces hommes, ce bâtiment, ces tombes (dont celle du grand cardinal Mercier) ne font pas partie d’une institution universelle, ils ne représentent pas l’histoire spirituelle qui a amené ce pays à la dignité de l’Occident chrétien. Ils sont un groupe de citoyens formé par hasard dans de vieux murs, vis-à-vis duquel on peut utiliser les allégations ridicules (comme on a pu s’en rendre compte par la suite) d’un prêtre qui a joué un grand rôle dans l’affaire.

Que le monde des juristes ait le courage de faire son autocritique ! Leur incapacité à voir les institutions et l’histoire au-delà des individus est en cohérence avec la hantise de protection de l'arbitraire utilitariste d’hommes et de femmes pris individuellement. Mais la protection des libertés et des droits qui sont une fin en soi, l’actuelle “laïcité” en un mot, fait de quelques juges des manipulateurs de réalités historiques qu’ils ne connaissent pas en tant que juristes et qu’ils ne devraient même pas oser toucher. Entendons-nous bien : une organisation judiciaire ne connaît des faits sociaux que ce qui, en eux, demande la protection de la loi. Par exemple, en tant que tel, le juriste ne “connaît” pas la famille, qui dépasse le droit, mais seulement ce qui, en elle, doit être juridiquement protégé. Aller au-delà, en prétendant redéfinir complètement la famille, serait porter un coup à l’institution, de manière aveugle ou délibérément manipulatrice. Il doit en être de même pour les interventions du juriste laïc en ce qui concerne les institutions religieuses, à plus forte raison quand celles-ci sont dotées d’une organisation et d’un droit qui leur sont propres. On en viendrait à s’exclamer : "judices ne ultra crepidam", juges, n’allez pas au-delà de ce que vous savez faire !

Carl Schmitt l’avait bien vu, quand il a écrit que les juristes légitiment les institutions de la modernité à la place des théologiens et qu’ils ont avec eux le pouvoir du souverain, l’exécutif. Dans les organisations mondiales comme dans les institutions de la société, en anthropologie et en bioéthique comme dans le choix de celui qui gouverne, une nouvelle vague de juristes "révolutionnaires" agit aujourd’hui, les uns consciemment et les autres non, et on ne sait pas ce qui est le pire. Beaucoup d’analystes ne se rendent pas compte que, parmi les effets pervers de la modernité tardive, c’est l’un des plus pernicieux.

Traduction française par Charles de Pechpeyrou, Paris, France.

http://eucharistiemisericor.free.fr/index.php?page=0607103_magister


bonjour Simon1976,


chacun trouves les raisons et manières de faire de l'autre outrageuse et indigne ; bien sûr dans le coeur et l'idée de chacun il peut y avoir des raisons inconcientes qui le tiennent coincé.
Toute fois depuis combien de temps l'Eglise est au courant de ces cas de pédophilies ? depuis combien de temps promettons la transparence , la justice et la sanction ?
cela fait des décennies que des personnes ont portés plaintes et on a fuit caché niés !
aujourd'hui publiquement ont promet que et que, mais cela l'ordre publique ce l'est déjà fait dire (on nous en parlé pas ) depuis longtemps !! pourquoi auraient ils confiance maintenant ?
on récolte ce que l'on sème , ils ont trop trainé et voulu cacher ; je ne doute pas que certains aient de mauvaises intentions contre l'Eglise, mais je dis que Jésus n'agit pas comme l'a fait la religion catholique ; Jésus nous a dit " que votre Oui soit OUI et votre Non NON ! le reste vient du diviseur !"

ceux qui ont abusés des enfants (ou d'autre personnes) devaient être stoppé aussitôt par la hiérarchie et non protégé au non de l'establishment religieux !!, mais on en a rien fait , maintenant on a le résultat d'un tel comportement et c'est destructeur !!
Jésus est trés clair sur ce qui arrivera a ceux qui scandalise les enfants ou sont une occasion de chute pour les hommes !
l'Église est là pour confirmer La Parole de Dieu = Jésus Christ et non se permettre d'étouffer la Vérité même quand elle est un scandale !
Jésus n'a mis personne au dessus de Sa Parole , faire comme il a été fait là c'est passer outre la Parole du Christ et entrer en division avec l'Esprit ; que l'on ne s'étonne donc pas des conséquences graves et destructrices "
"tout actes a des conséquences, tout arbres porte des fruits et si les fruits ne plaisent pas a dieu IL l'arrache !" cette manière de faire et de refuser de reconnaître sa faute sa complicité molle et surtout y mettre fin fermement engendre une rude sanction spirituelle.
ils peuvent le nier tergiverser , Notre Père et Seigneur ne sera pas complice et nous allons en voir les douloureuses conséquences !

il est inutile de pleurer l'innocence ils sont coupable , car cela a duré et ils ont laissé faire ( au nom de quoi ou de qui ? certainement pas Le Christ et l'enseignement de Dieu !) !

si l'Eglise est dans l'état quelle est cela nous mais devant la Vérité , car quand les Apôtres marchent droit l'Eglise s'accomplit , sinon elle réduit !

veutons oui ou non appeler un chat un chat et une faute une faute !

le temps que l'on niera nous nous livrerons a la sanction et a l'emprise du menteur !!

Notre Père Est BON même trés BON Jésus aussi , alors pourquoi ne pas revenir a LUi avec Confiance et Amour et surtout Humilité !

on nous sort du légalisme , l'heure de tout ce fichoir est passée , si on a peur de l'Amour de Dieu est de Sa lumière c'est que l'on veut encore cacher des choses ! on s'en lassera avant LUI !

la hiérarchie a péché gravement en ne disant pas la Vérité publiquement et en trainant des pieds et en jouant la finesse (a Rome ils sont spécialiste de ce jeux stupide je le dis sans détour) qui veut-on encore berner ?
c'est le moment de mettre en pratique ce que l'on enseigne sur les Biens du Saint Esprit dans la Vie d'un Chrétien !

il est l'heure de LUI demander pardon et rien d'autre, sinon ça va pourrir encore plus !

je ne suis ni en colère ni ennemis de Rome, j'attend un vrai repentir et non un acte de fonctionnaire de Dieu, pour l'heure on ergote on papote on Vaticine , mais de Fils prodigue point n'en voit !!

ce qui c'est fait trés longtemps et était connu et cacher, nécessite de la part de ceux qui savaient , autre choses devant Notre Père que des formulaires et autre discourt d'école ;

on ne berne pas Dieu, les feuilles de vigne (excuses intellectuelles, c'est le symbole Juif des feuilles de vignes) d'Adam et Ève sont tombées au Pieds de La Croix lorsque la Folie de l'Amour a tué Notre Grand Frère Jésus rendant la Folie (d'Amour) de Dieu plus sage que la sagesse des sages !

que l'on arrête de nous sortir du blabla , Jésus Vit pour que nous Vivions de LUI et comme LUI ! fleur 6
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Christophore



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MessageSujet: Re: Quand les juges s'improvisent théologiens   Lun 12 Juil 2010, 21:57

Perquisition à l'archevêché de Bruxelles : Déclaration de la
Secrétairerie d'Etat



ROME, Vendredi 25 juin 2010 (ZENIT.org) - La Secrétairerie d'Etat du
Vatican reprend ce vendredi le communiqué du porte-parole de la
Conférence des évêques de Belgique (cf. section « Documents ») qui
explique les circonstances de la perquisition qui a été effectuée hier
jeudi à l'archevêché de Malines-Bruxelles. A la suite du communiqué,
elle publie la déclaration suivante :

En publiant cette déclaration, la Secrétairerie d'État réaffirme sa
ferme condamnation de tout acte immoral et criminel d'abus sur mineurs
de la part de membres de l'Église, ainsi que la nécessité de réparer et
d'affronter comme tels ces actes, conformément aux exigences de la
justice et aux enseignements de l'Evangile. C'est également à la
lumière d'une telle nécessité que la Secrétairerie d'Etat exprime sa
vive stupeur devant la manière dont ont été effectuées certaines
perquisitions conduites hier par les autorités judiciaires belges et
son indignation devant le fait qu'il y ait même eu violation des tombes
des cardinaux Jozef-Ernest Van Roey et Léon-Joseph Suenens, archevêques
défunts de Malines-Bruxelles. Au désarroi devant de telles actions
s'ajoute le regret pour quelques infractions à la confidentialité,
auxquelles ont droit précisément les victimes pour lesquelles les
perquisitions ont été effectuées.

Ces sentiments ont été exprimés personnellement par Mgr Dominique
Mamberti, secrétaire pour les relations avec les Etats, et M. Charles
Ghislain, ambassadeur de Belgique près le Saint-Siège.

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MessageSujet: Re: Quand les juges s'improvisent théologiens   Mer 14 Juil 2010, 02:53


Quand les juges s'improvisent théologiens ?

Que dire de ces mêmes "juges" quand ils se réfèrent à la Shoah ?
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Quand les juges s'improvisent théologiens
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