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 Mythe, rituel et victime émissaire

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Olivier JC



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MessageSujet: Mythe, rituel et victime émissaire   Jeu 09 Mar 2006, 19:21

Je suis en train de lire la thèse développée par René Girard à propos du religieux. La puissance explicative de ce modèle est particulièrement intéressante. Elle permet de rendre compte à la fois de tout ce qu'il y a de commun dans les mythes et rituels, sans que les divergences posent problème. Sans avoir besoin non plus de supposer une hypothétique et indémontrable "tradition primordiale" ou autre prophétie écrite au ciel et envoyée sur terre...

Pour résumer d'une phrase la perspective girardienne, le religieux est le régulateur de la violence à l'intérieur d'une communauté. Le religieux est né pour canaliser cette violence et assurer la possibilité d'une communauté humaine, d'une société humaine.

Le mécanisme de la victime émissaire est le principe explicatif du religieux, y compris du retournement religieux opéré par le Christ.

L'être humain apprend par la voie de l'imitation. C'est une chose que l'on sait depuis fort longtemps : Aristote le professait déjà. Cela pose un petit problème lorsqu'il s'agit de s'approprier quelque chose... La mimésis d'appropriation est source de la violence. Par cette mimésis, deux ou plusieurs désirs tendent vers un objet unique. Cela vaut pour tout objet imaginable, jusqu'à la femme conçue comme objet.
Le problème, dans le cadre d'une communauté, c'est que cette violence est diffuse. Il y a une violence qui oppose les membres aux uns et aux autres, et la communauté risque de se désagréger.

Autre problème, on ne supprime pas la violence comme ça. La violence doit s'exprimer violemment.

Mais si cette violence s'exprime "telle quelle", ç'en est fini de la possibilité d'une société. Que faire ? Diriger cette violence sur quelqu'un d'autre. Qui ?
Le problème qui se pose là est celui de la vengeance. De l'escalade de la violence que, précisément, il s'agit d'éviter. Il faut donc que la victime de cette violence, ou victime émissaire, ne soit pas "vengeable". Pour éviter que la violence ne détruise la communauté, la communauté va donc sacrifier la victime émissaire.

Et, chose suprenante pour les primitifs, mais aisément compréhensible : la mort de la victime émissaire ramène le calme dans la communauté. La violence s'est déchaînée, elle s'est vidée. L'ordre et la paix reviennent donc automatiquement.

La mythe, c'est le récit du sacrifice de la victime émissaire, lu du point de vue des sacrificateurs. Le rituel, c'est la perpétuation dans le temps des effets pacificateurs de ce sacrifice par le biais de la répétition de ce sacrifice dirigé sur une victime de substitution.

A noter que ce système n'est pleinement efficace que si la certitude de la responsabilité exclusive de la victime émissaire dans la crise de violence perdure. L'ignorance du mécanisme conditionne son efficacité.
Dès lors que le religieux est démystifié, dès lors qu'il est compris que c'est du coeur que procède les mauvais desseins, le religieux sacrificiel n'est plus d'aucune utilité. Voilà l'apport du christiannisme, avec une victime émissaire qui, étant l'innocence même, démasque le mensonge du religieux sacrificiel.

A noter, petite difficulté annexe, que la disparition de l'efficacité du religieux sacrificiel ne règle pas le problème de la violence. Jésus a prévu le coup, Lui qui a envoyé son Esprit Saint.
Mais sans l'Esprit, il n'y a plus aucun moyen de réguler la violence. Celle-ci ne peut donc que croître. Observez le monde actuel. Démonstration éclatante.

Application récente du mécanisme de la victime émissaire. Je lisais ce matin le quatrième de couverture d'un livre-témoignage écrit par une pakistanaise. L'histoire :
Le frère de cette jeune femme de 28 ans (un gamin de 12 ans) est surpris à jouer au docteur avec une fille d'un autre clan. Réunion au sommet. Visiblement, un interdit est là enfreint (l'interdit n'ayant d'autre fonction que de prohiber toute action susceptible de faire naître la violence). Pour éviter que la violence n'éclate, le conseil des anciens du clan auquel appartient le gamin a donné la soeur de ce gamin à l'autre clan afin qu'elle puisse être tranquillement violée par celui-ci.
Tout est là. La victime qui n'est pas vengeable (une femme), qui reste semblable à l'auteur de la transgression (son frère) et sur laquelle va s'exercer la violence (vengeance) de l'autre clan.
Ce mot de Caïphe en commentaire : Il vaut mieux qu'un seul périsse pour sauver tout le peuple... Pas si con, le Caïphe...
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lagaillette



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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Jeu 09 Mar 2006, 20:21

8)

Olivier, j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt votre exposé de la théorie de Girard.

Je suppose que vous êtes parti des deux ouvrages clés : « La violence et le sacré », où Girard expose sa théorie de l’origine des religions sacrificielles, et « Des choses cachées depuis la fondation du monde » où il décrit ce qu’on pourrait appeler la révolution judéo-chrétienne :

- alors que les religions sacrificielles expriment le point de vue des sacrificateurs (les sacrificateurs ont raison d’immoler la victime puisque c’est ce sacrifice qui ramène la paix dans le groupe) ;
- la « révolution judéo-chrétienne » consiste à se placer du côté de la victime (Abel) et à donner tort à l’assassin (Caïn).

La religion juive reste cependant une religion sacrificielle : on y assiste au passage des sacrifices humains aux sacrifices d’animaux (voir le mythe du sacrifice d’Isaac, la victime humaine remplacée par un animal : un bélier (Genèse 22 :13).
Mais déjà dans le judaïsme, la prédication des prophètes et des auteurs de psaumes ou « écrits de sagesse » met en cause cette religion sacrificielle :
Psaumes 51:16 (51-18) Si tu eusses voulu des sacrifices, je t’en aurais offert; Mais tu ne prends point plaisir aux holocaustes.
Proverbes 21:3 La pratique de la justice et de l’équité, Voilà ce que l’Eternel préfère aux sacrifices.
Esaïe 1:11 Qu’ai-je affaire de la multitude de vos sacrifices? dit l’Eternel. Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des veaux; Je ne prends point plaisir au sang des taureaux, des brebis et des boucs.
Jérémie 6:20 Vos holocaustes ne me plaisent point, Et vos sacrifices ne me sont point agréables.
Osée 6:6 Car j’aime la piété et non les sacrifices, Et la connaissance de Dieu plus que les holocaustes.

Cette mise en cause de la religion sacrificielle sera reprise par

Matthieu 9:13 Allez, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices.
Matthieu 12:7 Si vous saviez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices, vous n’auriez pas condamné des innocents.

La théologie chrétienne, dans la ligne de l’Epître aux Hébreux, gardera le thème sacrificiel en voyant dans Jésus l’ultime sacrifié.

Mais la mort de Jésus sur la croix doit-elle encore être considérée comme un sacrifice ?

Si on s’en tient aux faits historiques, c’est une exécution capitale pour raisons politiques.

Et c’est en poussant la logique jusque là qu’on pourrait dire que la religion chrétienne met vraiment fin, du moins en principe, à toute logique sacrificielle.

Pour terminer, Olivier, je ferai une remarque sur votre conclusion finale :

Code:
Dès lors que le religieux est démystifié, dès lors qu'il est compris que c'est du coeur que procède les mauvais desseins, le religieux sacrificiel n'est plus d'aucune utilité. Voilà l'apport du christiannisme, avec une victime émissaire qui, étant l'innocence même, démasque le mensonge du religieux sacrificiel.

C’est vrai que la mort de Jésus l’innocent (mais on peut en dire autant de la mort de tous les innocents) démasque le mensonge du religieux sacrificiel. Mais quand vous ajoutez « qu'il est compris que c'est du coeur que procède les mauvais desseins, » vous extrapolez ce que dit l’anthropologie girardienne. Pour Girard, le relais des religions sacrificielles pour assurer la paix dans la société, c’est l’établissement d’institutions, politiques, judiciaires, civiles, nationales et internationales..

De même quand vous ajoutez :

Code:
A noter, petite difficulté annexe, que la disparition de l'efficacité du religieux sacrificiel ne règle pas le problème de la violence. Jésus a prévu le coup, Lui qui a envoyé son Esprit Saint.
Mais sans l'Esprit, il n'y a plus aucun moyen de réguler la violence. Celle-ci ne peut donc que croître. Observez le monde actuel. Démonstration éclatante.

vous passez à la théologie ; et ce passage de l’anthropologie à la théologie, de même que le passage de Girard de l’anthropologie à l’apologétique, a largement contribué à disqualifier sa théorie aux yeux de la communauté scientifique des anthropologues.
En voulant trop « démontrer » on aboutit à discréditer la thèse qu’on soutient.
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Olivier JC



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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Jeu 09 Mar 2006, 21:12

De fait, je passe de l'anthropologie à la théologie, et c'est bien la raison pour laquelle ce sujet est dans le forum théologie spirituelle. Et, en fait, mon questionnement est celui-ci : Girard démonte magistralement le mécanisme du religieux sans recourir à la transcendance. Qu'est-ce que ces résultats scientifiques (raison) peuvnt apporter à la théologie catholique (foi) ? Est-ce qu'on peut la maintenir, ou faut-il conclure que le christiannisme n'est qu'un avatar de plus du religieux, et que Dieu est une simple "idée" ? Girard se fait taper dessus pour s'y essayer. C'est normal. C'est un scientifique. Personnellement, je ne cherche pas à démontrer la véracité de son analyse, mais à en voir les implications éventuelles d'un point de vue catholique.
Je l'enrôle explicitement, et ne m'en cache pas, dans une perspective partisane.

Egalement, se pose la question du comment ?
Je vois bien ce que dit Girard, selon lequel la renonciation à la violence pass par la mise en place d'instutions judiciaires et autres. C'est très bien. Mais ces institutions, et nous ne le savons que trop, sont humaines et mises en oeuvre par des hommes. Les institutions, à elles seule, ne sont qu'un pis-aller. L'institutionnalisation de la vengeance ne résoud pas le problème.

Où placer, dans ce cadre, la vengeance comprise comme pardon ? Au centre. A mon sens, la seule réponse efficace à la violence, c'est le pardon. C'est lui seul qui peut briser la spirale de violence. Et on voit bien que le pardon ne surgit pas d'institutions, quelles qu'elles soient. D'ailleurs, Girard le dit lui-même : les institutions sociales ne sont rien d'autre que la sécularisation du religieux.

Donc, la sortie de la violence (une vraie sortie) ne peut se réaliser que par le spirituel, peu importe lequel au demeurant. De ce point de vue, le bouddhisme est tout aussi intéressant que le christiannisme bien compris ou toute autre spiritualité sui generis adaptée. L'enjeu est trop grand pour se perdre dans des querelles de confessions. Je parle de Jésus parce que je suis chrétien. Au fond, dirais-je, on s'en fiche un peu. Christ, Bouddha ou autre, le fond du problème, c'est le pardon qui brise la spirale de violence. C'est l'amour du prochain qui prévient l'offense et pardonne. Voilà en quoi saint Jean résume à la perfection le christiannisme tout en s'extrayant, en un sens, du christiannisme : "Aimez-vous les uns les autres".
Peu importe pourquoi, peu importe au nom de qui, peu importe avec quelle doctrine, mais aimez-vous les uns les autres.

La perspective d'une sortie de la violence par l'institution, cela fait furieusement penser au messianisme sécularisé de l'antéchrist. On met certes (peut-être) un terme à la violence, on obtient "paix et sécurité", mais au fond, on reste dans la même mystification. "Quand les hommes diront paix et sécurité, c'est là que le malheur fondra sur eux".
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lagaillette



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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Jeu 09 Mar 2006, 23:21

Smile

On a tout à fait le droit de passer de l'anthropologie à la théologie, à condition que le passage soit clairement marqué et que la thèse anthropologique ne soit pas « instrumentalisée » dans un but apologétique. On rencontre le même problème avec l’astrophysique qui scrute l’origine de l’Univers et dont les acquis peuvent servir de base à une réflexion de nature théologique. Je pense à la démarche de Theilard de Chardin avec son idée du « point oméga » ; jusque là, sa thèse est acceptable, discutable, au niveau scientifique, quelles que soient les croyances de ses interlocuteurs ; mais quand il baptise ce « point oméga » : le Christ, il entre dans l’optique d’une théologie particulière : la théologie chrétienne.

Code:
Girard démonte magistralement le mécanisme du religieux sans recourir à la transcendance. Qu'est-ce que ces résultats scientifiques (raison) peuvent apporter à la théologie catholique (foi) ?

Distinguons théologie et foi.
La théorie de Girard pourrait servir de base à l’élaboration d’une théologie. C’est un travail qui revient aux théologiens, « professionnels » ou « amateurs ».
Du point de vue de la foi, je dis mon expérience personnelle : cet éclairage, de même que tout apport historique sur les bases de notre foi, a enrichi ma foi.

Code:
faut-il conclure que le christianisme n'est qu'un avatar de plus du religieux, et que Dieu est une simple "idée" ?

Le mot « avatar » n’est peut-être pas le plus approprié ; mais il est de fait que le christianisme marque une étape importante dans le développement de l’histoire humaine. Et l’Histoire n’est pas finie.

Nous nous faisons une idée de Dieu. Nous croyons que cette idée n’est pas un pur produit de notre imagination, mais qu’il y correspond un Etre que nous cherchons à connaître, et nous croyons que cet Etre vient lui-même à notre rencontre.

Code:
ces institutions, et nous ne le savons que trop, sont humaines et mises en oeuvre par des hommes.

Que voulez-vous qu’elles soient d’autre ? Nous ne sommes pas des anges.

Code:
Les institutions, à elles seule, ne sont qu'un pis-aller.

Même les institutions religieuses. Il nous appartient de les faire progresser.

Code:
L'institutionnalisation de la vengeance ne résoud pas le problème.

Les institutions n’institutionnalisent pas la vengeance ; elles l’interdisent.

Code:
le pardon ne surgit pas d'institutions

Les institutions organisent la vie sociale. Le champ de la conscience individuelle, c’est autre chose.

Pour le reste de votre message, je suis d’accord. C’est vrai qu’on se fourvoie dangereusement si on croit que tout peut se régler par une organisation sociale, aussi parfaite soit-elle. Je crois qu’il y a aussi, chez Girard, cette idée que les institutions elles-mêmes sont des béquilles dont on a besoin tant qu’on n’est pas capable de marcher droit sans ces « prothèses ».

De qui est le dicton : « "Quand les hommes diront paix et sécurité, c'est là que le malheur fondra sur eux". ?
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Olivier JC



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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Jeu 09 Mar 2006, 23:36

Ce "dicton" est de saint Paul, dans je ne sais plus quelle épître.

Citation :
Les institutions n’institutionnalisent pas la vengeance ; elles l’interdisent.

Les institutions interdisent certes la vengeance, mais c'est pour l'exercer elles-mêmes.
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lagaillette



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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Ven 10 Mar 2006, 13:08

Shocked

Code:
Les institutions interdisent certes la vengeance, mais c'est pour l'exercer elles-mêmes.

Non, Olivier. Leur objectif c'est la justice et pas la vengeance. Si parfois elles le font - et il faudrait avancer des faits - elles trahissent leur objectif.
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Olivier JC



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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Ven 10 Mar 2006, 13:48

La justice n'est jamais que la vengeance devenue respectable parce qu'exercée par l'Etat, lequel détient le monopole de la violence légitime.

Les débats autour de l'insertion de la constitution de partie civile en droit français montre que ceci n'est pas complètement méconnu : l'argument du risque de "privatisation de la justice" allait dans ce sens.

A preuve, également, le fait que l'orientation du droit pénal dépend, pour une très large part, de considérations contingentes. Un exemple, parmi d'autres, l'avortement. Après avoir été pénalisé, il a cessé de l'être. Ou encore tout ce qui touche à l'homosexualité, au suicide.
Pourquoi ce qui violait la justice hier ne la viole plus aujourd'hui ? La "justice" apparaît dans ce cadre comme un concept à géométrie variable.

Ou encore, il était conçu autrefois comme juste qu'un meurtrier soit puni de la peine de mort. Aujourd'hui, on regarde cela comme injuste. Comment expliquer cette évolution au seul regard d'un concept abstrait de "justice" ?

Ou encore, cette façon que peuvent avoir les procureurs (et les juges qui les suivent) de demander, parfois, une lourde condamnation "pour l'exemple" ? Où est la "justice", là-dedans ?

C'est une des choses que l'on apprend très vite en droit. L'institution judiciaire n'est pas là pour faire respecter une abstraction que serait la justice. Sa fonction première est d'assurer l'ordre social. Et, chose amusante, on remarque que quand la "justice" ne tranche pas comme le voudraient les victimes, il est question de "justice qui fonctionne mal". Dans le cas inverse, la "victime" est "satisfaite du jugement". C'est bien que la "justice" est liée, d'une certaine façon, à la vengeance.
Dans un premier cas, la victime estime que "justice" na pas été faite, en d'autres termes, elle n'a pas été "vengée", elle n'est pas apaisée. Dans le second cas, à l'inverse, la victime estime que justice a été faite. Elle n'a plus envie de se venger, elle est apaisée. L'ordre social est assuré.

Dire que la justice exerce une "vengeance légitime" est, je vous l'accorde, peut-être excessif. Pourtant, cela a le mérite de montrer qu'il existe une étroite parenté entre la justice et la vengeance. La question étant de savoir si c'est de la vengeance "civilisée" que surgit l'idée de justice, ou si c'est d'un sentiment naturel de justice dévoyé que résulte la vengeance. Je penche personnellement pour la seconde solution, la justice n'ayant selon moi pas pour vocation de punir, mais de rendre juste. Et donc que la "peine" n'a de sens véritable que si elle se conçoit et s'applique comme corrective. A cette condition, on sort du mécanisme de la vengeance.

Mais ce pourquoi je dit que la justice est l'institutionnalisation de la vengeance, c'est qu'il ne m'apparaît pas, aujourd'hui, que la dimension corrective de la peine soit une idée généralisée. Et je crois même qu'elle n'est pas encore près de l'être. L'institution judiciaire est en train, petit à petit, de se faire bouffer par ce à quoi elle est censée mettre un point d'arrêt. L'affaire d'Outreau en est un signe manifeste.
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lagaillette



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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Ven 10 Mar 2006, 18:59

:evil:

Code:
l'Etat détient le monopole de la violence légitime.

C'est bien dit : de la "violence" légitime. Et, en interdisant que cette violence s’exerce entre membres de la communauté, il empêche l’enclenchement du cycle infernal de la vengeance ; c’est du moins là sa fonction normale. Une fois que l’individu auteur de violence a été sanctionné et la victime dédommagée, l’affaire est close, en principe. Le système n’est évidemment pas parfait. La société parfaite serait celle où il n’y aurait aucune violence : nostalgie d’un âge d’or mythique, ou utopie d’un avenir messianique.

Code:
La "justice" apparaît comme un concept à géométrie variable.

La justice accompagne l’évolution des mœurs en s’efforçant de les réguler.

Code:
cette façon que peuvent avoir les procureurs (et les juges qui les suivent) de demander, parfois, une lourde condamnation "pour l'exemple" ? Où est la "justice", là-dedans ?

C’est une façon de faire qui me parait très discutable ; la question se pose actuellement à propos du jugement de Zacarias Moussaoui aux Etats-Unis.

Code:
on remarque que quand la "justice" ne tranche pas comme le voudraient les victimes, il est question de "justice qui fonctionne mal". Dans le cas inverse, la "victime" est "satisfaite du jugement". C'est bien que la "justice" est liée, d'une certaine façon, à la vengeance.

C’est simplement le signe que la victime rechigne à être dépouillée de son « droit à la vengeance ». Les juges n’ont pas à tenir compte de ces réactions des victimes ; ils ont à se tenir au-dessus de la mêlée.

Code:
Dans un premier cas, la victime estime que "justice" na pas été faite, en d'autres termes, elle n'a pas été "vengée", elle n'est pas apaisée. Dans le second cas, à l'inverse, la victime estime que justice a été faite. Elle n'a plus envie de se venger, elle est apaisée. L'ordre social est assuré.
Code:
Dire que la justice exerce une "vengeance légitime" est, je vous l'accorde, peut-être excessif. Pourtant, cela a le mérite de montrer qu'il existe une étroite parenté entre la justice et la vengeance. La question étant de savoir si c'est de la vengeance "civilisée" que surgit l'idée de justice, ou si c'est d'un sentiment naturel de justice dévoyé que résulte la vengeance. Je penche personnellement pour la seconde solution, la justice n'ayant selon moi pas pour vocation de punir, mais de rendre juste. Et donc que la "peine" n'a de sens véritable que si elle se conçoit et s'applique comme corrective. A cette condition, on sort du mécanisme de la vengeance.

Il y a plusieurs choses dans votre propos, Olivier.

Pour ma part, je maintiens que l’exercice de la justice est le contraire de l’exercice d’une vengeance. Elle a pour fonction évidente d’assurer l’ordre social....en interdisant la vengeance. Si la victime à qui il a été « rendu justice » ne s’estime pas satisfaite, apaisée, ayant été frustrée de son besoin de vengeance, c’est son affaire à elle ; et si, en dépit du jugement, elle entreprend de se venger, elle tombera, à son tour, sous le coup de la loi.

Code:
La justice a pour vocation de « rendre juste », et donc, la peine se doit d’être « corrective » ;

ce qui n’interdit pas qu’elle ait aussi une fonction de « punition » ; les deux ne sont pas incompatibles.
Et c’est vrai que pour qu’on sorte vraiment du mécanisme de la vengeance, il faut que le coupable accepte sa peine et entreprenne de se réformer, et que la victime renonce à sa vengeance. Mais ceci est de l’ordre de la conversion des cœurs, terrain qui ne relève pas des institutions sociales mais de la conscience individuelle.

L’affaire d’Outreau a mis en lumière un certain disfonctionnement de la justice dont les causes sont plurielles.
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Laurent
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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Ven 10 Mar 2006, 19:54

Citation :
C’est une façon de faire qui me parait très discutable ; la question se pose actuellement à propos du jugement de Zacarias Moussaoui aux Etats-Unis.

Shocked Shocked Shocked
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Olivier JC



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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Ven 10 Mar 2006, 19:56

Qu'avez-vous fait là, Lagaillette !!! Vous venez d'attirer sur ce fil les foudres de Laurent le pourfendeur de l'Islam !!

Ok, je sors...

:DD
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Laurent
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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Ven 10 Mar 2006, 19:58

Je ne discute plus avec lui, le faire c'est se heurter à un mur...

Je fais juste part de ma stupéfaction, c'est tout ;)
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Ven 10 Mar 2006, 21:30

C'est vrai, reconnaissons-le:

Il y a en France une sorte de dénégation médiatique de la légitimité du procès de ce terroriste islamiste.

C'est comme si, à l'image des membres d'Action Directe, sa lutte barbare qui consistait à projeter de précipiter un avion remplis "d'ignobles civils Américains, femmes et enfants compris", trouvait une certaine légitimité dans le combat de l'opprimé contre l'oppresseur.

Je suis désolé de la perte des repères du bien et du mal en Europe.

Pour reprendre le thème de ce fil:

Moussaoui n'est PAS une victime émissaire, mais un barbare de la pire espèce.

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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Ven 10 Mar 2006, 22:28

Shocked

Un "barbare" n'aurait pas droit à un procès équitable ?

J'ai pris le premier exemple qui me tombait sous la main d'un cas où la condamnation risque d'être prononcée "pour l'exemple" et non pour des crimes réellement accomplis.

Mais on pourrait évoquer d'autres procès célèbres de grands criminels où la passion et le besoin de vengeance risquent de l'emporter sur la sérénité normalement exigée quand il s'agit de "rendre la justice".
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Ven 10 Mar 2006, 22:30

Citation :
Un "barbare" n'aurait pas droit à un procès équitable ?
Shocked
Il n'a pas un procès équitable?

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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Ven 10 Mar 2006, 22:48

Arnaud Dumouch a écrit:
Citation :
Un "barbare" n'aurait pas droit à un procès équitable ?
Shocked
Il n'a pas un procès équitable?

Je crains qu'il soit condamné "pour l'exemple" plutôt que pour des actes qu'il aurait réellement commis.

Par ailleurs, citoyen d'un pays où la peine de mort a été abolie, il est jugé dans un pays où cette sanction "barbare" existe encore.
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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Sam 11 Mar 2006, 03:36

Tu perds ton temps, Arnaud...
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Arnaud Dumouch
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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Sam 11 Mar 2006, 06:32

Citation :
*Au fond, notre époque ignore la Miséricorde. Elle oscille entre une molle tolérance, prête à tolérer l’intolérable, et une dure intolérance, sans compassion pour les faibles et sans pitié pour les adversaires. La tolérance, amour sans vérité, et l’intolérance, vérité sans amour, engendrent un monde sans pardon.

P. Alain Bandelier, Famille chrétienne

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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Sam 11 Mar 2006, 10:49

Laurent a écrit:
Tu perds ton temps, Arnaud...

Faut jamais désespérer de la conversion du pécheur.

lol!
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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Sam 11 Mar 2006, 10:51

Arnaud Dumouch a écrit:
Citation :
*Au fond, notre époque ignore la Miséricorde. Elle oscille entre une molle tolérance, prête à tolérer l’intolérable, et une dure intolérance, sans compassion pour les faibles et sans pitié pour les adversaires. La tolérance, amour sans vérité, et l’intolérance, vérité sans amour, engendrent un monde sans pardon.

P. Alain Bandelier, Famille chrétienne

Qui c'est çui-là qui a un jugement si pessimiste sur notre époque pourtant si riche de contradictions ?

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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Sam 11 Mar 2006, 11:02

C'est la phrase du mois du site de Dominique Very Happy
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Arnaud
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MessageSujet: Re: Mythe, rituel et victime émissaire   Sam 11 Mar 2006, 11:14

8)

Code:
la nature des Fées est de transformer une chose  en une autre

Voilà ce que j'ai trouvé sur le site de Dominique.

Malheureusement les images ne se transmettent pas.

J'ai adoré son petit chat et les chiens qui ganbadent.


Le ballet de chiens de Dominique
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Mythe, rituel et victime émissaire
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